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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 08:45

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Le Pape François embrasse la main du prêtre “pro-homosexuels”.
“Accord doctrinal”? “Conversion de Rome”?

 

 

                                                                                                           31 mai 2014, Marie Reine

 

Disponibilité à l'accord, en le rebaptisant

 

Est parvenue à cette rédaction, de plusieurs sources, la notice d’un possible accord FSSPX-Rome pour la Pentecôte, du moins d’une tentative dans ce sens.

Au cours d’une discussion entre la Commission Ecclesia Dei et sa Sainteté le Pape François sur cet objet, les membres de la Commission auraient fait remarquer au Pape François qu’il n’y a pas plein accord sur la doctrine, et celui-ci aurait répondu que la chose n’est pas importante, même les néo-catéchuménaux ont leurs idées doctrinales, les lefebvristes ont d’autres idées doctrinales... Qu’on remarque bien : non pas que la “note théologique” des questions controversées soit de peu d’importance, mais c’est la doctrine elle-même qui n’est pas une chose importante. 

Est-elle vraie cette information? Evidemment, l’éventuelle présence d’une tentative qui va dans ce sens n’impliquerait pas automatiquement la réussite.

Mais il y a quelque chose. Nous en donnons ici certains éléments.

Déjà le mois passé, Mgr Fellay a redimensionné un jugements très lourd donné par lui sur le Pasteur Latino Américain (évidemment, toujours au nom du “contexte” dans lequel il s’était exprimé auparavant...); ce fait laissait prévoir qu’il y avait quelque chose dans l’air.

Dans des temps plus récents, Mgr Williamson a informé que Mgr Fellay aurait prospecté la possibilité d’une régularisation (mais, en jouant sur les mots, la régularisation aurait été appelée non pas “accord”, mais “reconnaissance unilatérale” ou “reconnaissance de garantie”); le Supérieur de la Fsspx a dit à ses séminaristes que ce serait une bonne chose, mais sans expliquer pourquoi dans le passé il disait tout autre chose (voir ici), invoquant seulement le refrain abusé et passe-partout du “contexte”  de ses affirmations passées.

En ces jours, vient de sortir la nouvelle que la direction de la Fsspx a déjeuné avec le Pape François : évidemment Mgr Fellay s’est empressé de minimiser la chose. Après tant de discours qui ont absolutisé et emphatisé que la Fraternité (et seulement la Fraternité) parlerait toujours publiquement, il n’a cependant pas estimé juste de donner lui même notice de cette rencontre conviviale, quoique brève et plus ou moins occasionnelle (évidement!).

De plus, dans un interview du 20 janvier dernier, paru sur le bulletin du district suisse de la Fsspx (avril-mai 2014), publié également sur le site officiel français La Porte Latine, à la question : « Y a-t-il eu une approche officielle de Rome pour reprendre contact avec vous depuis l’élection du pape François ? » Mgr Fellay a répondu de fait en dissimulant : « Il y a eu une approche ‘non officielle’ de Rome pour reprendre contact avec nous, mais rien de plus et je n’ai pas sollicité d’audience comme j’avais pu le faire après l’élection de Benoît XVI». Cependant Mgr Fellay ne dit pas que juste le mois précédant il avait rencontré le Pape François. Sa négation d’avoir sollicité l’audience il faut donc l’entendre, à la lumière de ce qui est sorti récemment, comme étant dite avec une restriction mentale. Il faut la lire ainsi : « la rencontre a eu lieu, mais elle n’a pas été officielle, je ne l’ai pas demandée ou en tout cas je ne l’ai pas sollicitée ».

Si une autre société ecclésiastique s’était exprimée ainsi, n’aurait elle pas été accusée d’utiliser un langage ambigu, un langage “conciliaire”?

 

Une intervention révélatrice

Il est ensuite sorti sur le Seignadou d’avril 2014 un article intéressant de M. l’Abbé Michel Simoulin,  entre autre chose, ancien Supérieur estimé de la Fsspx en Italie. L’article, qui s’insert dans la tendance citée plus haut mérite attention, à titre d’exemplification, vu l’autorité de son auteur et vu la circonstance selon laquelle, de façon notoire, l’auteur ne prendrait jamais une position contraire à l’animus des autorités de la Fsspx.

Dans cette article sont dites certaines choses auxquelles cette revue souscrit pleinement : «Qui dit ligne de crête dit danger des deux côtés. Celui d’une reconnaissance mal assurée en est un; le danger interne que nous venons de décrire en est un autre (il se réfère ici à la tendance Petite Eglise, ndr)». C’est ce que nous appelons “troisième voie”, “troisième position”.

Dans le texte sont dites aussi des choses que - historiquement et en soi - nous partageons de façon notoire : que l’on pense à la grave description des fortes tendances dans le sens Petite Eglise. Cette situation, maintenant décrite dans cet article, lorsqu’elle était dans les années passées l’objet de préoccupation (même de la part de personnes de l’intérieur ou de personnes amies), et lorsqu’elle était manifestée, attirait au minimum l’accusation de “faire des fixations”.

D’un autre côté dans l'article il y a aussi des choses que nous ne pouvons pas partager dans leur ensemble, comme l’absolutisation de l’appel à « faire front sous la sage et prudente direction des chefs que Dieu nous a donnés ». Il est vrai que, dans les circonstances présentes, il y a le problème très concret de la situation à gérer, de la “maison à faire tourner”; il est vrai que le diable en tentant sub specie boni travaille sans cesse à diviser; mais si une telle assertion, qui dans l’article n’est pas contrebalancé par aucune autre considération, était justement un absolu : comment justifier alors la résistance aux curés, aux évêques, aux papes, que “Dieu nous a donnés” ? Donner systématiquement à Mgr Fellay cette confiance aveugle, cette obéissance aveugle qu’on nie, à juste titre, aussi au Pape (surtout dans le nouveau cursus ecclésial), ne manifeste t-il pas justement cet esprit croissant de Petite Eglise que l’Abbé Simoulin dénonce et stigmatise, à juste titre ? Ces sages et prudents chefs, qui (quoique dans des circonstances difficiles) ont longtemps semé le vent, et aujourd’hui récoltent la tempête, sont-ils exemptés de donner des explications sur leurs contradictions ? Cet appel à l’unité, contredit par les sanctions obstinées de Mgr Fellay envers les dissidents de sa ligne du moment, peut-il exempter de tels chefs du fait de répondre aux objections soulevées, d’une façon ou d’une autre, par les accordistes claires et déclarées et par les anti-accordistes claires et déclarée? Y a-t-il seulement le raccourci systématique et autoritaire de punir celui qui pose des objections ou pourrait-on aussi répondre honnêtement - et ad rem - à ces mêmes objections? Un tel comportement n’est-il pas sectaire? Et ne resterait-il pas sectaire, même dans le cas d’un accord (de pouvoir) ?

Mais la principale affirmation de M. l’Abbé Simoulin avec laquelle nous ne sommes pas d’accord est la suivante, particulièrement intéressante parce que clairement explicative d’un concept qui n’est pas seulement propre à l’auteur de l’article mais qui est devenu à la mode.

 « Cesser de nous imposer d’accepter Vatican II sans discussion possible, et accorder cette liberté serait déjà une étape importante, car ce serait reconnaître implicitement que nos arguments ont de la valeur. Une autorité qui consentirait à cela serait déjà une autorité non hostile à la Tradition, voire désireuse de la rétablir dans l’Église, et ce serait déjà une vraie conversion de Rome ».

Discours qui rime avec le refrain de la “reconnaissance unilatérale”, “sans signer aucun accord”, “sans condition”, “comme cela fut pour la révocation du décret d’excommunication”... et qui - objectivement - est un mensonge. Cela sauve peut être son propre orgueil mais cela sacrifie certainement la réalité.

 

Le refrain de la “reconnaissance unilatérale” c’est à dire la voie de l’orgueil et du mensonge

L’évident embarras et les tentatives de rattrapage de ce membre autorisé et très obéissant de la Fsspx montrent bien comment de tels discours sur la “reconnaissance unilatérale”, sont, en parlant de façon objective et en sauvegardant les intentions subjectives, un mensonge. Comme ce fut objectivement un mensonge celui de la “révocation unilatérale du décret d’excommunication”. En effet, qui se souvient que Mgr Fellay avait dit que pour obtenir une telle révocation il aurait dû faire auparavant une demande écrite et que celle-ci était une “condition” et même une “condition inacceptable”, car en écrivant une lettre pour demander l’annulation du décret il aurait reconnu du même coup la validité du décret d’excommunication ? Est-ce qu’on s’en souvient ? Or cette lettre a bien été écrite et sans donner d’explication réelle sur son changement de position.

Pas seulement cela : la lettre dont il est question, qui était d’abord une “condition inacceptable” et qui par la suite ne constituait même plus une “condition”, tout en ayant été écrite, tout en étant donc un document public et important de par sa nature, n’a jamais été publiée intégralement. Encore pire, les deux parties ont diffusé, de l’unique passage qui a été publié, deux versions différentes, les deux citées entre guillemets.

Plus récemment, comme observé par Giacomo Devoto dans un article, dont le point de vue est diffèrent du nôtre, il est certain que Mgr Fellay a déjà signé quelque chose de doctrinal dans la direction voulue par le Vatican : parce qu’au Vatican ils ont encore le texte du préambule doctrinal, signé par lui il y a deux ans. Texte dans lequel le Prélat suisse affirme reconnaitre la légitimité de la promulgation du Novus Ordo Missae et souscrit le principe de réciprocité entre la Tradition et le Concile. Ce texte a été jugé ensuite par Mgr Fellay - lorsque l’accord n’est pas arrivé à bon port - moins opportun que ce qui lui avait paru, mais non pas un texte erroné dans son contenu. Et encore, dans la lettre qu’il a écrite au Saint Père Benoit XVI, suite à la demande vaticane de nouvelles concessions (autre document resté dans l’ombre et mis au jour seulement par des tiers), il a affirmé que ces nouvelles concessions, demandées par le Vatican à la Fsspx en mai-juin 2012, ne seraient pas passées à cause du contexte de l’époque ! Il est évident qu’on ne parle pas ici du contenu erroné et qu’il n’y a pas eu une rétractation claire (et faite chez les deux côtés) de ce texte. A un tel point que “les siens” ont pu comprendre - de façon un peu velléitaire et fidéiste - que le texte avait été retiré et en même temps les interlocuteurs au Vatican ont pu pareillement comprendre qu’il s’agit de la position du chef de la Fsspx, mais qu’elle ne pouvait pas être dite à haute voix à cause des problèmes internes du moment, à cause du “contexte”; il fallait savoir attendre.

Il y a d’ailleurs plusieurs façons de “faire des compromis”, parmi lesquelles souscrire publiquement un texte est seulement la façon la plus claire, à la lumière du soleil. Par exemple, lorsqu’Antonio Socci, une plume de formation non traditionnelle, mais honnête intellectuellement et courageuse, dans ces derniers mois, a écrit une série d’articles sur des étranges aspects de l’abdication de Benoit XVI - articles qui ont fait trembler plusieurs personnes au Vatican, plus que les discours un peu académiques qui pourraient rentrer en fin de compte dans un contexte de pluralisme - paradoxalement, du côté de la Fsspx bergoliènne se levèrent vite des voix normalisantes sur un sujet aussi explosif et capital.

Croyons-nous au primat de la vérité? Si nous y croyons, comment pouvons-nous soutenir (comme M. l’Abbé Simoulin le déclare explicitement et comme d’autres le soutiennent, mais avec une moindre clarté) que la liberté de discuter le Concile Vatican II s’identifie ipso facto avec le “retour à la Tradition”,  avec la “conversion de Rome”? Si les choses étaient ainsi il faudrait considérer convertis, par exemple, des gens que nous connaissons qui disent: “ tu es libre de ne pas accepter le Concile et moi je suis libre d’accepter le mariage homosexuel ”, “ tu as le droit de ne pas accepter la nouvelle messe et une femme qui veut avorter à le droit de le faire ”. C’est bien celle-ci une tendance croissante - post moderne, relativiste, libertaire et nihiliste - et notamment dans les nouvelles générations, catholiques compris.

Si nous croyons au primat de la vérité, nous devrions réagir au problème d’une tout autre manière par rapport à certains arrangements embarrassés pour dissimuler son propre changement. Il faudrait reconnaitre, en matière d’accord, qu’on s’est rendu compte qu’il y a des problèmes et des dangers tant à le faire (et cela est vrai) qu’à ne pas le faire. Il faudrait avoir l'honnêteté intellectuelle de dire que le critère principal de faire ou non un accord - et nous soulignons ce point capital - n’est pas la conversion de l’autorité, tout en le désirant évidement, mais le fait que celle-ci demande ou pas des choses en conscience inacceptables ou du moins imprudentes. Ainsi, on dirait les choses telles qu’elles sont, sans des raccourcis orgueilleux ou hypocrites. La conduite tenue jusqu’à aujourd’hui n’a pas été malheureusement celle-ci, la ligne funambulesque, tacticienne, ambiguë et autoritaire, longtemps suivi par Mgr Fellay (favorisée - il faut le dire - par certaines conduites du Vatican, qui en est donc co-responsable, surtout lorsque dans le passé il faisait monter les enchères quand Mgr Lefebvre demandait humblement l’accord) a exaspéré les esprits. Tout cela a créé un terrain défavorable à l’accord qui passe désormais comme un “truc pour magouilleurs” et a semé la division, a multiplié les ruptures.... A tel point que des personnes qui, il y a dix ou douze ans, étaient notoirement de sentiments accordistes, nous les retrouvons aujourd’hui, à plusieurs reprises, sur des positions anti-accordistes de manière exaspérée et obtue.

Si nous croyons au primat de la vérité, il nous faut reconnaitre que le danger dénoncé, celui d’une légitimation de la situation actuelle, d’une favorisation de la perspective pluraliste, danger que même Mgr Fellay avait avancé à partir de l’an 2000 (de façon un peu trop schématique, mais pas tout à fait à tort), en le présentant comme un danger inacceptable de l’accord, aujourd’hui subsisterait encore plus, même si on ne lui faisait pas signer (d’autres) textes.

Ou donc le chef de la Fsspx reconnait sérieusement s’être trompé ou, si le contexte était trop défavorable hier car l’Autorité ne revenait pas à la Tradition, et on aurait été complice du pluralisme relativiste, il s’ensuit alors qu’aujourd’hui il est encore plus défavorable. En suivant fidèlement ce que lui-même a dit, il ne peut pas se prêter à une telle chose; et ce n’est pas sérieux de se couvrir avec la feuille de figuier du discours, objectivement hypocrite, d’une Rome qui lui court après pour lui offrir une reconnaissance, sans aucun concours de sa part. Certes lorsqu’il va en pèlerinage à Rome il doit bien manger quelque part.... Pourquoi pas à Sainte Marthe ? On y mange bien, ce n’est pas cher, les serveurs sont sympathiques.... et tiens comme par hasard il y déjeunait aussi le complexe Pontife sud américain. Mais vous savez quoi ! Tant que j’y suis je lui passe mon bonjour en passant...

Si nous croyons au primat de la vérité, invitons chacun a assumer ses responsabilités avec honnêteté intellectuelle : il est vrai, cet accord de style bergolien, vers lequel - c’est un fait - on manifeste de la disponibilité, n’est pas un compromis: c’est une capitulation. On n’accepte pas le Concile Vatican II: on accepte le Concile Vatican III. Ce n’est pas un accord pratique, pas doctrinal : c’est un pragmatique et sans gêne accord de pouvoir, radicalement anti-doctrinal. Et cela au delà du fait qu’il arrive à terme ou pas, comme cela s’est déjà produit dans le passé. Pourvu qu’on sauve la façade, pourvu qu’on sauve son propre orgueil, on peut trahir la substance.

Si on n’a pas encore renoncé à réfléchir, comment tant de monde, dans ces milieux, peut-il ne pas s’en rendre compte?

 

La rédaction de Disputationes Theologicae

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 16:15

Interview avec sa secrétaire qui pendant plusieurs décennies fut sa collaboratrice la plus proche

 

                                                                          Dimanche des Rameaux 2014


 padre-Cornelio-Fabro.jpg

 

Disputationes Theologicae remercie Soeur Rosa Goglia - auteur de: “Cornelio Fabro, profilo biografico” (Edivi, Segni 2010), livre particulièrement révélateur de la personnalité du grand philosophe et théologien stigmatin - pour sa disponibilité avec laquelle elle a accepté de répondre à nos questions.

Nous nous excusons, auprès de Soeur Rosa, pour le retard avec lequel sort sa contribution, retard dû aux charges liées à la nouvelle fondation ecclésiastique; nous sommes particulièrement heureux de la publier car elle met justement en valeur et en lumière l’union entre ce grand homme de Dieu et sa haute production métaphysique.

 

1 - C. Fabro est passé à l’histoire comme grand métaphysicien, peut être le plus grand du siècle passé. Comment vivait-il le fait d’être théologien?

Sœur Rosa : Fabro est un penseur radical, il n’est pas un homme de courant ou d’école, il se pose face aux thèmes décisifs pour l’existence et il prend position. Le poids de l'érudition n’aplatit jamais sa recherche inquiète et son religieux “soin de l’âme”. Il n’était pas un homme immergé dans l'académisme abstrait : la Commission pour le concours à la chaire de l’Université de Bari le définit «digne de beaucoup de considérations pour ses talents théorétiques», mais Elle ne manqua pas d’apercevoir ses accents «polémiques» et «tendancieux», évidemment sur le central “problème de Dieu”. Cornelio Fabro, philosophe, est un tout avec le théologien et l’homme de Dieu, pour lequel le problème essentiel de Dieu est le problème essentiel de l’homme.

Dans chacun de ses écrits on lit l’exigence indispensable de restituer à la raison sa dimension métaphysique capable d'atteindre le transcendant.

 

2 - Un aspect peu connu de cet éminent intellectuel est en effet sa passion pour la création....

Dans ses mémoires il nous parle de son enfance avec les animaux domestiques, des eaux de sources de la région de Fluminiano (Udine), son village natal, et on sent intuitivement quel rôle l’observation de la création a eu dès son enfance, qui fut très éprouvée par de sérieuses maladies qui causèrent une immobilité physique.
Il suit pendant trois ans le cours de science naturelle à l’Université de Padoue, où il s’occupe de biologie, d'embryologie, de génétique, de physiologie comparée, de la nature de la vie et notamment des rapports étroits entre biologie et philosophie. Pour observer la biologie marine il appuya la réalisation d’un laboratoire à Rome avec de l’eau de mer, nous rappelons aussi le sujet de sa thèse en zoologie : “Modifications histologiques dans l’utérus du requin” et ses innombrables visites à la station zoologique de Naples mais aussi au zoo de Rome.

 

3 - Peut être ces éléments aussi ont humainement aidé son approche réaliste?

Il reste frappé par ces modus scientifique qu’il retrouve dans les milieux de la recherche  et par le mode d’affronter les problèmes qui «t’oblige à tenir compte du réel». Cette expérience va l'accompagner quand il abandonne le milieu scientifique pour se dédier à la philosophie. De là vient son “réalisme de la res”, qui est un tout avec son réalisme gnoséologique. C. Fabro se confronte toujours avec cette «réalité qui te prend et t’oblige à tenir compte d’elle, sans nébulosités pseudo théorétiques et sans divagations formelles sémantiques».

 

De là son aversion pour l’idéologisme et pour les systèmes trop rationalistes, qui sont pour lui «une forme d'immanentisme». Son engagement était et est de « redonner aux intelligences le goût de la vérité et consolider dans les âmes le fondement de la liberté »; C. Fabro utilise son intelligence de philosophe très raffinée comme un bistouri pour individuer et examiner les fibres les plus internes, profondes et subtiles du connaitre et de l’être. En répondant à l'exigence théorétique de sondage de la fondation métaphysique de la cogitative, comme forme inférieure de rationalité et forme supérieure de sensibilité, C. Fabro cueille thomistiquement cet anneau de conjonction qui se situe entre l’intellect et la sensibilité, et qui explique et légitime le réalisme gnoséologique. A ces piliers il ancre son invitation à «l’immersion dans la réalité», à «l’élasticité conceptuelle», à la «conversio ad praesentiam». Naturellement ce sera la lecture de ses écrits qui nous ancrera à ces bases solides.

 

4 - Les dernières décennies de sa production philosophico-théologique ont été marquées, dans la culture catholique aussi, par l’idéologie de “l’ouverture au monde”; comme l’a reconnu le Pape Paul VI avec des accents auto-critiques, cette ouverture est devenue une invasion de l‘Eglise de la part de la pensée mondaine....

L’attitude de compromis du monde catholique le blessait et lui causait une grande douleur; quelques temps plus tard, il s’était même rendu compte que son infarctus de mars 1974 était lié à l’attitude du monde catholique, trop disponible aux compromis sur les thématiques du divorce et de l’avortement. Il voyait l’Italie qui s’éloignait des principes chrétiens et il voyait que cela se produisait par des lois signées par des gouvernements démocrates chrétiens.

 

Plus en général, sa sincérité le conduisit toujours à être « contre les mouvements tièdes de compromis entre transcendance chrétienne et immanence moderne », ainsi qu’il abhorrait toujours les groupes de pouvoir qui par utilité cachent la vérité dans la volonté et qui “unifient” ce qui n’est absolument pas assimilable.

 

5 - Différents hommes d’Eglise, certains très influents et même de formation moderne, ont dénoncé une gravissime dérive doctrinale dans le monde catholique d’aujourd’hui. Que pensait Fabro d’un tel phénomène?

C. Fabro écrit à propos des erreurs philosophiques modernes et de la nécessité que le clergé les connaisse pour s’en défendre: «les débandades dans la doctrine et dans la morale catholique qui ont suivi le Concile, qui sont peut être parmi les plus aberrantes et graves dans l’histoire des hérésies, qui ont emporté aussi des grands pans de la hiérarchie, qui n’a pas suivi souvent les directives du Vicaire du Christ, dépendaient et dépendent de ceci». «Ceci» c’est à dire l’ignorance de la vraie nature de la «pensée moderne» et l’ «anthropologie radicale», lesquelles minent les fondements de la transcendance et de la métaphysique, et qui entraînent avec elles les «débandades doctrinales» citées ci-dessus.

 

Citons Miccoli: «le réalisme métaphysique de Fabro s’est imposé contre le déferlement de l’idéalisme, du marxisme, de l’intuitionnisme bergsonien, de l'existentialisme, du pragmatisme et du nihilisme, comme s’impose une barrière et une palissade théorétique qui se dresse à la frontière des questions décisives concernant Dieu, Homme, Monde, avec un langage intransigeant, intolérant, sèchement exégétique plutôt que oecuméniquement herméneutique....». Il continue en parlant de Fabro comme étant «attentif et zélé à protéger l’espace sacré du divin dans la lignée de la tradition contre les profanateurs du Temple et contre les hérauts des nouvelles propositions théorétiques et pratiques, qui lui apparaissaient insidieuses pour la vie de l’Eglise parce que équivoques, hérétiques, et renversant la Fides Ecclesiae».

 

6 - Comment fut prise sa sincérité?

C. Fabro est contre tout pragmatisme doctrinal car il n’est rien d’autre que «haine pour l’intelligence» ; son «implacable et immédiate sincérité» ne peut l’amener qu’à «cet amour âpre et passionné pour la vérité qui ne tient pas compte de ce que diront et feront les autres», ainsi que l’écrira l’illustre jury de Bassano en 1989.

 

En raison de sa sincérité il a dû souffrir. Que l’on pense au livre sur K.Rahner : il lui avait été demandé par des collègues qui l’encouragèrent, mais ensuite il ne fut pas soutenu comme il le fallait quand apparurent les difficultés, l’ostracisme, les lettres indignées. Mais lui défia ses contradicteurs à venir faire un débat publique à l’Université romaine de la Grégorienne. Evidement, tout resta lettre morte car personne ne voulait se confronter écrit Mario Composta, tous connaissaient le bien fondé de ses positions et la force de ses argumentations. Plus triste encore fut le fait de constater que les attaques ne vinrent que du monde catholique, le monde philosophique laïc ne s'immisça même pas dans ce débat et les flèches les plus empoisonnées vinrent des proches, mais lui continua de condamner  fermement le “tournant anthropologique” du théologien allemand.

 

7 - Et comment voyait-il son propre combat philosophico-théologique, en dernière analyse sa bataille pour la vérité?

Il attribuait à Dieu sa force. Je cite son testament spirituel : « si je n’ai jamais reculé devant la vérité cela a été le fruit de Son (de Dieu) assistance miséricordieuse, de la protection de la Madone, des Anges et de mes saints patrons, des âmes que j’ai pu diriger et de celles que j’ai assistées au seuil de la mort pendant le passage vers la patrie céleste ». Il y a l’aide de Dieu et il y a la confiance dans le Seigneur et il y a à côté l’usage responsable de la liberté ordonnée par la vérité, véritable « participation à l’oeuvre créatrice de Dieu ». Dans les plis les plus intimes de l’esprit, nous sommes appelés par le Créateur à participer à l’oeuvre rédemptrice qui se fonde sur la toute puissance divine, qui nous donne une liberté jaillissante et se renouvelant toujours. Toute liberté est une nouvelle création dans le devenir de notre être et donc dans le tissus social dans lequel nous sommes, nous participons à l’oeuvre créatrice de Dieu. De là notre responsabilité. Dans le monde de l’esprit et dans le monde social il y a ces rejetons de véritable liberté - qui sont comme les pousses que nous voyons en ce printemps - qui peuvent rester inconnus, non visibles, pas appréciés par les yeux des hommes mais ils sont une force et ils sont précieux aux yeux de Dieu et au bien de l’humanité.

 

                                                                                             Don Stefano Carusi

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 17:45

Et auquel nous sommes restés fidèles.

 

2 avril 2014, San François de Paule


Talleyrand_David.jpg

        De Talleyrand, le prince des opportunistes

 

Les premiers jours de juin 2012, juste avant le fameux Chapitre Général, le Supérieur de l’IBP de l’époque donna l’indication, dans une conférence enregistrée, de se plier aux demandes contenues dans le texte de Mgr. Pozzo (pour lire le document, ici). Les séminaristes d’alors, à l’unanimité (sauf un absent depuis plusieurs mois et un autre qui est parti peu après pour la FSSP) réagirent en signant le texte ci-dessous reproduit.

 

Séminariste Łukasz Zaruski

Séminariste Bartłomiej K. Krzych

 

 

 

Séminaire Saint Vincent de Paul

18, place Alexandre Rillié                                                   

28290 COURTALAIN

 

7 juin 2012

 

Objet: «Exclusivité» de la Messe Traditionnelle et «critique sérieuse et constructive» du Concile Vatican II.

 

- - -

Conformément au canon 631 §3 du Code de Droit Canon ;

Conformément au document préparatoire au Chapitre Général (II, in fine);

Comme l'a rappelé le Conseil Général dans la « Lettre à tous les confrères clercs incardinés dans l'IBP » en date 20 janvier 2012;

Comme l'a également rappelé Monsieur le Secrétaire Général dans son message du 13 janvier 2012.

- - -

 

Nous, les Séminaristes soussignés,

nous nous adressons au Chapitre Général de l'Institut du Bon Pasteur en utilisant le droit de manifester officiellement et librement notre position en ce qui concerne les deux points majeurs relatifs au compte-rendu de la Visite Apostolique de l'année 2011/2012, à savoir :


a . « La question de la pratique de la forme extraordinaire, telle qu'elle est formulée dans les Statuts, est à préciser dans l'esprit de Summorum Pontificum. Il conviendrait simplement de définir cette forme comme le « rite propre » de l'Institut, sans parler d'«exclusivité» ».

 

b . «Plus que sur une critique, même « sérieuse et constructive », du Concile Vatican Il, les efforts des formateurs devront porter sur la transmission de l'intégralité du patrimoine de l'Église, en insistant sur l'herméneutique du renouvellement dans la continuité et en prenant pour support l'intégrité de la doctrine catholique exposée par le Catéchisme de l'Église catholique.»

 

1 . Quant au point «a», nous demandons formellement que le numéro 2 du ch. II des Statuts ne soit en aucune manière réformé:

«La fin particulière de l'INSTITUT est l'exercice complet du sacerdoce, dans la hiérarchie et la Tradition catholiques (...) Il suppose une fidélité envers le Magistère infaillible de l'Eglise et l'usage exclusif de la liturgie grégorienne dans la digne célébration des Saints Mystères (...) »

Ainsi seront maintenus non seulement l'esprit, mais aussi la lettre des Statuts parce que la lettre sans l'esprit tue, mais l'esprit sans la lettre serait par trop précaire et nous exposerait donc au bi-ritualisme.


2 . Quant au point « b » nous demandons formellement que, dans l'Institut, soit maintenue et même développée encore plus cette « critique sérieuse et constructive » du Concile Vatican II.


Ces deux points — l'un exprimé ipsis litteris dans les Statuts et l'autre contenu dans l'engagement signé par les fondateurs de l'Institut en 2006, et tenu par ses membres depuis sa fondation comme un vrai devoir - constituent vraiment la spécificité de l'Institut du Bon Pasteur, et sans eux il perdrait son unité, sa force et, nous semble-t-il, sa raison-même d'exister, sans parler des répercussions qui sensuivraient quant aux vocations. En effet, ces deux aspects, qui semblent être remis, assez explicitement, en question en ce moment, correspondent aux motifs principaux qui nous ont tous portés à choisir cette Société de Vie Apostolique plutôt qu'une autre. Certains parmi nous ont dû affronter des difficultés remarquables pour pouvoir être formés à l’I.B.P. notamment le changement de langue, l'éloignement du pays d'origine et d'autres difficultés d'ordre économique ou familial.

 

Enfin, ces deux points concernent non seulement le bien privé de chaque membre de l'Institut ou le bien commun de ce même Institut, mais le bien commun de toute l'Eglise.

 

C'est à cela que nous nous sommes engagés comme membres de l'Institut (définitif ou temporaire), c'est à cela que nous voulons demeurer engagés ; changer l'expression « usage exclusif de la liturgie grégorienne » et amoindrir la critique de Vatican II serait trahir notre confiance : nous nous retrouverions tous dans un Institut qui n'est plus celui que nous avions choisi au départ.

Nous voulons que ce document soit lu publiquement pendant le Chapitre Général et enregistré officiellement dans ses actes.

 

Soyez assurés, messieurs les abbés, de nos prières pour le bon déroulement de ce chapitre général,

 

[Signatures:]

 

Carter Yvain, diacre                             Parra Thomas, III année        

Lenzi Giorgio, diacre                             Rocha Francis, III année           

Pinheiro Daniel, diacre                          Zaruski Łukasz, III année       

Coelho Renato, sous-diacre                  Zucchi José, III année  

Pasquotto Luiz, sous-diacre                 Bonifacio Thiago, II année                       

Lutz-Wiest Grégory, IV année             Hormazabal Adolfo, II année  

Markiewicz Mateusz, IV année            Krzych Bartłomiej, II année                     

Gubitoso Pedro, III année                    Touche Guillaume, II année

Chudzik Ivan, I année                            Desmet Samuel, I année

Mattke Marcos, I année                         Quinquis Maxime, I année

Świętek Michał, I année                         Da Silva Anderson, I année


 

Pour voir le document original avec les signatures, cliquer ici.

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 17:30

Interview du Supérieur

 

19 mars 2014, St Joseph Protecteur de l'Eglise Universelle

 

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1 - Quels sont les développements un mois après le manifeste de la fondation du 22 février 2014 ?

Abbé Stefano Carusi: Ce mois s’est envolé! Pris par les travaux pour l’installation pratique de l’édifice qui nous accueille (et il en reste d’autres qui nous occuperont pour un bon mois), la répartition des responsabilités, les cours de Théologie pour nos séminaristes et même des cours d’italien et de chant grégorien, l’Office en commun qui ponctue notre journée... Tout cela dans le recueillement de la campagne de Camerino, devant un beau paysage de montagne qui favorise la contemplation, la vie de prière et la paix.

Différents sites ont parlé de notre manifeste: Cattolici Tradizionalisti Marche, MessainLatino et Chiesa e post-Concilioen Italie, Tradinews, Riposte Catholique et Le Forum Catholique en France, Unacum en Pologne.

En Amérique Latine et aux Etats Unis, la nouvelle a paru dans les commentaires de différents sites catholiques.

Nous avons été également contactés par des prêtres, des séminaristes et des fidèles, de positions variées, parfois pour approfondir la nouvelle, parfois pour exprimer un encouragement et parfois pour nous soutenir.


2 - Avez-vous des nouvelles de la situation interne du Bon Pasteur?

Abbé Carusi: Malheureusement oui.

Quelques ex-confrères de l’IBP, qui n’ont pas voulu faire le choix de s’en remettre à la Providence, n’ont pas eu honte de faire quelques commentaires en privé, que nous connaissons mot pour mot, et dont l’aspect le plus triste est la mentalité d’ “ennemis de la Croix du Christ”.

Evidement, dans ce genre de situation, pour sauver en même temps “la gamelle” et son propre orgueil, on sacrifie la vérité; et on anoblit sa propre conduite par le vieil argument de l’utilité: «en restant à l’intérieur, nous pourrons plus efficacement changer les choses».

La réalité n’a pas attendu pour démentir cet argument qui est - objectivement - un mensonge : quelques jours après la publication de notre manifeste, nous avons appris que le Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, Mgr Pozzo, se rendra à Courtalain pour les Ordinations. Cependant, avant, il réalisera une inspection canonique au Séminaire de l’Institut le 3 et 4 avril prochains, pendant laquelle il tiendra deux conférences : comme par hasard, une sur le Concile Vatican II et l’autre sur l’insertion du charisme de l’IBP dans l’Eglise.

Mais quoi? De telles questions n’avaient-elles pas été déjà résolues? Il ne s’est donc rien passé, il y a 8 ans, en septembre 2006? Faut-il repartir à zéro avec l’ “intégration” dans l’Eglise? Mais ça dure combien de temps la mise sous Commissaire?

Pas étonnant donc que les nerfs soient très tendus au Séminaire...

Vraiment la voie du servilisme est un abîme sans fond, si des professeurs et des séminaristes ( même ceux qui avaient signé un texte officiel contre le “Document Pozzo” le 7 juin 2012 et quelques uns qui injuriaient en privé en dépassant largement les limites ), acceptent même ce qui va suivre : chaque séminariste pourra seulement «proposer deux questions sur chacun des thèmes ( questions intelligentes, sensées, compréhensibles, et même pourquoi pas intéressantes ), afin qu’elles soient collectées, synthétisées, analysées, triées, et enfin réunies et envoyées par mes soins à son[de Mgr Pozzo ndr] secrétariat en temps opportun».

Pas de questions libres donc. On peut mettre sur la feuille deux questions sur le Concile et deux sur l’insertion de l’IBP. Bref, un traitement de petits singes apprivoisés ( ce qui rappelle et parfois dépasse les méthodes utilisées par les régimes communistes soviétiques à l’égard des communautés orthodoxes asservies ).

Ce n’est pas nous qui le disons, c’est écrit noir sur blanc dans un document, que nous possédons en original, et qui a été mis dans le casier de chaque séminariste et prêtre du Séminaire. Le voici:

1 visite Pozzo Courtalain

Et savez vous qui est le rédacteur de pareilles requêtes et l’organisateur de cela? Un des anciens opposants de l’Abbé Laguérie ( nous voulons espérer qu’à l’époque il n’agissait pas pour des motifs humains, mais pour une divergence sur la ligne à suivre pour l’IBP ). Mais maintenant il est devenu Supérieur du District Sud Américain de l’Institut, en substance le poste déjà offert aux deux prêtres, membres du dernier chapitre de l’IBP, qui sont aujourd’hui à la Communauté Saint Grégoire le Grand. Evidement nous n’avions pas accepté. Non pas parce que l’Amérique du Sud ne nous plaisait pas, mais parce que le contexte était clair et donc très claire la contrepartie d’une pareille offre.

Quant à nous, nous préférons offrir la contribution d’une “question intelligente, sensée, compréhensible, et même pourquoi pas intéressante” à Mgr Pozzo: «Excellence, les questions demandées pourraient même être - en soi - intéressantes, mais ne pensez- vous pas qu’il vaudrait mieux que l’interrogatoire soit fait au Cardinal Kasper, qui dans la perspective du Concile Vatican Trois, vient de tenir un discours scandaleux, idéal pour l’auto-démolition de l’Eglise?».

Qu’en dites vous? Cette petite question constructivement critique, posée publiquement par notre Communauté, passera-t-elle les filtres dont il est question ci-dessus?

 

3 - Que pensez vous des déclarations de Mgr Rifan, lors d’une Messe Pontificale, sur sa rencontre avec le Pape François : «le Pape pense que la Messe Traditionnelle en Latin est un trésor pour l’Eglise et son unique peur est celle que la Sainte Messe dans la Forme Extraordinaire puisse être instrumentalisée». Mgr Rifan a répondu à sa Sainteté qu’il est en train de tout faire pour assurer que cela n’arrive pas et pour promouvoir la Forme Extraordinaire?

Abbé Carusi: Je pense qu’il s’agit d’un exemple, non rare malheureusement, d’une forme extraordinaire de servilisme et le fait que l’auteur soit ce même jeune prêtre, qui en 1988 n’avait pas posé “d’objections de conscience” en transcrivant à Ecône une phrase à la teneur sédévacantiste de Mgr de Castro-Mayer (déjà très âgé à l’époque, dans sa phase “extrême” et en tout cas sans jamais dépasser l’hypothèse personnelle), montre bien ce qu’est le “complexe du rallié”.

Mgr Rifan aurait pu saisir l’occasion de cette rencontre avec le Pape François pour Lui dire, dans la franchise et la “co-responsabilité” ecclésiales, tant louées par le Pape Latino-Américain : «Sainteté, les instrumentalisations n’allez pas les chercher loin.... Ne Vous êtes Vous pas rendu compte que, en Vous utilisant, certains se sont félicités - textuellement - : “Martini Papa” (ndr : “un nouveau Cardinal Martini a été élu Pape”)».

En faisant ainsi, Mgr Rifan aurait suivi l’exemple de Saint Paul, s’opposant publiquement à Saint Pierre dans la ville d’Antioche et aurait suivi l’explication probata donnée par Saint Thomas d’Aquin. Il aurait suivi l’exemple de la lettre de Mgr de Castro Mayer, dans les années 70, au Pape Paul VI. Il aurait suivi la franchise notoire du Cardinal Siri envers ce même Pape. Il aurait suivi même le récent exemple donné par un Cardinal ( créé par Jean-Paul II ) qui a courageusement mis en garde sa Sainteté du risque d’une facile instrumentalisation de certains de ses propos, ambigus et imprudents, qui ont des effets explosifs.

Par contre, Mgr Rifan a été... à gauche... de tous ses confrères dans l’épiscopat ! Il a choisi de se limiter à un discours “en positif” (certes très important) et de mettre en valeur l’appréciation théorique de cette liturgie appelée un «trésor pour l’Eglise» - on pouvait s’y attendre, vu les récents documents officiels - : bien, pourvu qu’on n’entende pas qu’elle est un “trésor”, de la même manière que les messes rock sont un “trésor”.

Il nous revient à l’esprit l’ex-opposant au gouvernement de l’Abbé Laguérie, dont on parlait plus haut, lequel, il y a juste quelques jours, affirmait sa volonté de rester dans la ligne des statuts fondateurs de l’IBP et en donnait les points phares. Bien, peut être nos critiques n’ont pas été vaines...Nous devons cependant noter la nature abstraite d’une telle assertion, car en confirmant les spécificités auxquelles il promet à nouveau fidélité, il oublie un des deux piliers: justement la critique constructive!

Ces deux histoires ont un dénominateur commun : sans nier la complexité des problèmes inhérents au milieu dit traditionaliste, la principale “instrumentalisation” est celle ci : le renoncement à parler contre la situation actuelle en échange de concessions liturgiques et d’éblouissantes cérémonies.


                                                                                                                           Nicolas Fulvi

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 15:25

 

Samedi 22 février 2014, Chaire de Saint Pierre

 

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Les fondateurs de l’Association de Clercs "Saint Grégoire le Grand"

 

1) La réponse de la Signature et deux autres signes analogues

 

A ceux qui en ces mois nous ont demandé des nouvelles de la situation de l’IBP sur la bataille identitaire des résistants de l’IBP, sur des éventuelles nouveautés, nous avons souvent répondu de suivre cette revue, dans laquelle on pouvait trouver un certain nombre de réponses. Nous avions écrit que lorsque nous aurions eu des données certaines et complètes nous en aurions parlé publiquement ici. Nous le rappelons parce que, même pour la compréhension des développements récents, il est important de ne pas perdre de vue ce qui a été déjà exposé et éventuellement de le relire. 

Cela ayant été dit, nous avons maintenant des développements ultérieurs à communiquer.

En effet nous pouvons estimer que le Tribunal de la Signature a désormais répondu.

A celui-ci avaient été présentés quatre recours, de la part de trois prêtres de l’Institut, comprenant des objections de motifs différents. Deux de ceux-ci n’ont pas encore eu de réponse. Cependant la comparaison des délais d’échéance - en considérant d’ailleurs que nous avons attendu, ad cautelam, même un plus long délai - nous fait estimer raisonnablement que la procédure est désormais complète.

Voyons donc les deux recours qui ont reçu une certaine réponse.

- Un premiers recours - contenant surtout la demande de connaître certains documents inhérents à la controverse - a eu une réponse négative (Protocole 48 339 / 13 CA PICTAVIEN. Electionis, Rev. dus St Carusi - Pontificia Commissio Ecclesia Dei  du 17 septembre 2013).

Il s’agissait d’ailleurs d’une réponse contenant quelques éléments intéressants et assez inquiétants quant à l’intégrité des Statuts: Des réponses de la Signature, déjà quelques confirmations.

- L’autre recours, centré sur l’altération du corps électoral, ad usum Delphini, qui a procédé à la nouvelle élection (tellement effrontée que même au Burkina-Faso ils auraient réagi), a été initialement admis par le Tribunal (voir l'article en question: Des réponses de la Signature, déjà quelques confirmations). Ceci est déjà d’une certaine importance, en raison des motifs exposés dans l’article ci-dessus et dans celui du 6 décembre 2013 (Les raisons d’une bataille).  

Ensuite, par lettre datée 30 novembre et parvenue au recourant le 11 décembre 2013, il a été répondu que son recours était «peremptum» (ndr : délai du recours dépassé, archivé), en donnant des motifs - qu’on note bien - d’assistance économique et d’échéance des termes. En effet, le recourant, ne percevant pas depuis plusieurs mois le salaire fixe versé mensuellement par son Institut (comme il a été prouvé à la Signature, en envoyant la documentation des salaires non payés), a fait la demande d’un avocat d’office, selon les modalités prévues par le règlement du Tribunal. Possibilité refusée. Ce refus de donner un avocat d’office a été communiqué après l’échéance des trente jours, en disant en même temps que désormais le recours était périmé même si on payait (de la sorte qu’on ne pouvait même plus organiser une collecte de fonds). D’un côté ça fait un peu rire, vu la fameuse “Eglise des Pauvres”, et de l’autre, évidement, cela veut dire qu’ils n’avaient pas de raisons plus décentes pour refuser le recours, qui avait été reconnu possible de principe.

A cela, ce sont ajoutés deux autres signes qui vont dans la même direction:

- En effet, il a été communiqué aux prêtres de l’Institut, par lettre circulaire du 11 novembre 2013, que le Cardinal Jean-Pierre Ricard aurait été notre “Cardinal Conseil” (?). Ce dernier a récemment confirmé (cf: Franc-maçonnerie Magazine, n. 26, septembre/octobre 2013, p. 22) aller à des réunions de la Franc-maçonnerie, en répondant à ses prêtres qu’il s’agirait d’une «périphérie existentielle» (et nous qui pensions qu’il s’agissait du “Maître du monde”...). Serait-ce une certaine "mise sous tutelle" de l’IBP, comme issue et prolongement de la mise sous commissaire (Cf. Lettre de l’Ecclesia Dei qui annonce la nomination de Dom Forgeot à Commissaire)?

- En soi, la présence d’une sorte de visiteur permanent ne constituerait pas pour nous un problème. Mais le temps de notre résistance interne a manifesté que la position majoritaire au sein de l’Institut est malheuresement comme celle du “Marais” à l’époque révolutionnaire, que nous pouvons résumer par ces mots : «je ne suis pas d’accord:

a)  avec l’ensemble des requêtes du secrétaire de la Commission Pontificale Ecclesia Dei (ndr: quoique susceptible en soit de quelques discussions internes, ainsi que la Commission avait répondu à nos critiques)

b)  et avec l’éloge qu’en a fait l’Abbé Laguérie selon lequel cette requête majeure serait même une «bonne Providence» (cf: mail collectif aux prêtres du Bon Pasteur, 29 mars 2012, 10h52:  “Documents officiels”)

c)  ni avec sa disponibilité (un jour sur deux) au changement statutaire (cf: Monde&Vie du 20 octobre 2012: Interview avec l’Abbé Laguérie)

 ...mais moi, je ne suis pas disposé à me compromettre».

 

Et si la majorité n’est pas disposée à se battre pour défendre ses propres spécificités - qui seraient démolies par ce projet -, comment peut-on penser que la nomination d’un “Cardinal Conseil” (avec en plus l’installation forcée par l’extérieur d’un Supérieur Général) ne signifierait - elle pas un dangereux conditionnement de la juste liberté?

On peut malheureusement oublier des vérités désagréables (pour un certain temps), mais si le facteur principal de notre conduite c’est la volonté mondaine d’avoir à tout prix des assurances humaines, pour rester à proximité des “marmites de viande” (Ex. XVI,1), pourquoi aurions-nous fait le choix de l’IBP? Pour quelles raisons? Parce que le rite ancien nous plait? Serait-ce une question de goût, comme à l’un peut plaire le vin et à l’autre le champagne?


2) Notre réponse

 

Nous avons présenté les recours, autant pour utiliser toutes les cartouches mises à notre disposition, en voulant faire cette bataille jusqu’au bout, que pour nous en remettre, par rapport à l’avenir, aux signes que la Providence nous aurait donnés par l’issue de ces recours.

Ces signes, une fois obtenus, nous les avons acceptés.

Nous sommes reconnaissants à la Providence tout d’abord, parce que - à la différence des mises sous commissaire de la Fraternité Saint Pierre et des Franciscains de l'Immaculée - cette fois-ci, il y a bien eu une partie de la Société qui a dit “non” aux abus d’autorité; reconnaissants aussi pour la clarté de la réponse (en effet ce que nous espérions n’était pas une réponse ou l’autre, mais une réponse claire, qu’elle soit pour le «oui» ou pour le «non»).

Ayant vérifié les éventuelles possibilités, ayant posément réfléchi et ayant choisi un par un, et après être restés chacun à sa place, nous avons donc pris acte que l’heure de partir était venue. Mais partir sans se désagréger et se dissoudre ailleurs (comme sont en train de faire d’autres, qui n’ont d’ailleurs pas voulu faire la bataille de l’intérieur jusqu’au bout), mais en restant unis, sur la même ligne.

Nous sommes donc partis dans l’évidence sereine qu’il ne s’agit pas de questions d’ordre personnel, mais du choix de la ligne directrice: nous nous refusons de prendre la voie des prisonniers du “complexe du rallié” et de l’imprudente velléité d’être à tout prix “intégrés” (de même que nous refusons la prison mentale que constitue la spirale idéologique et extrémiste, dont Monseigneur Lefebvre mettait en garde en 1979). Aux apparentes suretés mondaines, nous préférons garder la juste liberté pour la bonne bataille.

Prêts à tout, et persuadés que c’est justement la présence d’une réaction, qui souvent freine les mauvaises tendances, nous avons constitué un nouveau sujet, fidèlement identitaire et flexible sur les modalités organisatrices: l’Association de Clercs "Saint Grégoire le Grand".

Ainsi, en restant unis et en proposant une référence, nous entendons donner notre contribution au bien commun, représentée par un tel témoignage (tantôt «en positif», tantôt «en négatif») en faveur de la Tradition catholique. Dans le cadre de cette démarche nous demandons donc à ceux qui partagent notre idéal de nous soutenir. A l’occasion nous communiquons nos coordonnées bancaires: Associazione chierici San Gregorio Magno, (IBAN) IT 87 H053 0868 8300 0000 0002 003; (BIC) BLOPIT22.

 

Dans l’attente confiante de l’heure de Dieu («si moram fecerit, expecta Eum, quia veniet et non tardabit», qu’on chante dans la neuvaine de Noël) nous entendons donc nous concentrer sur cinq activités majeures, qui seront notre contribution:

a) la formation de nos séminaristes dans la fidélité au Docteur Commun de l’Eglise;

b) la revue “Disputationes Theologicae”, qui est désormais suivie dans plusieurs pays (spécialement l’Italie et la France), par des personnes qui en apprécient la franchise ecclésiale. Ils voulaient la bâillonner, vous vous souvenez? La réponse a été: “non possumus” (Disputationes ne se laisse pas bâillonner).

Aujourd’hui, dans l’actuelle situation, cette voix libre doit continuer. C’est un instrument précieux pour faire cette ample critique constructive, dans laquelle nous avons identifié la spécificité du charisme originaire de l’IBP.

Justement ce point nous semble être névralgique, également quant à la fameuse question de l’exclusive. Quel sens cela aurait-il  (après avoir approuvé les statuts de l’IBP il y a peu d’années) de faire scandaleusement des pressions pour que les mots “rite propre”  substituent de façon forcée, dans les actes officiels ou du moins dans l’usage courant, les mots de “rite exclusif” (pour ceux qui ont librement choisi l’Institut)? Quel sens aurait-il sinon le fait que cette deuxième expression a une saveur de critique - tout en laissant le jugement catégorique à l’Eglise - de la réforme liturgique dont est issu le rite moderne? 

Comme il a été dit dans l’article: “Le rite propre et l’herméneutique de continuité sont-ils suffisants?”: nous ne nous sentons pas d’accepter pleinement le “document Pozzo (ou de simuler son acceptation). Nous sommes volontiers disposés à en accepter certaines suggestions, comme l’invitation à approfondir notre identité et notre cœur pastoral, mais nous ne sommes pas disposés - dans les présentes circonstances - à nous défaire de ce qui a été dit à la fondation par le Cardinal Castrillon Hoyos: une saine critique, la critique constructive, peut être un grand service à rendre à l’Eglise.

c) La vie de prière en communauté, spécialement pour le triomphe de la Foi, pour l’Eglise et pour les âmes, lesquelles se trouvant dans une grande épreuve ont besoin particulièrement de prières insistantes.

d) La Sainte Messe Traditionnelle en communauté (évidemment ouverte à tous ceux qui désirent venir), en pensant à ce que nous chantons dans l’Adoro te devote: «cuius una stilla salvum facere totum mundum quit ab omni scelere», et donc avec une grande confiance dans les fruits du Saint Sacrifice de l’Autel. Nous aurons d’ailleurs la possibilité de recevoir un grand nombre d’intentions de Messe, dont les offrandes peuvent représenter une aide précieuse pour cette œuvre.

e) Le fait de nous mettre à disposition pour les saintes confessions dans le cadre diocésain, ce qui dès à présent ne devrait représenter de difficulté pour personne. En esprit de charité ecclésiale et dans la conviction qu’une large présence au confessionnal, compte tenu entre autre de la diminution du nombre de prêtres, peut représenter une aide précieuse: comme allégement pour les confrères occupés dans les paroisses et comme une opportunité supplémentaire pour les âmes. Nous avons offert de bon cœur cette disponibilité, en recevant oralement des réponses positives; lorsque nous serons appelés, nous irons. 

 

A la Vierge du Rosaire de Fatima, conservatrice du «dogme de la Foi», à Saint Grégoire le Grand, à Saint Athanase, aux Saints Anges Gardiens, à l’âme bien-aimée de Monseigneur Piolanti, nous confions ces propos pour que nous puissions de cette façon coopérer fidèlement, selon la vocation reçue, à la restauration de la Foi.

 

Don Stefano Carusi

Abbé Louis-Numa Julien

Sém. Łukasz Zaruski

Sém. Bartłomiej K. Krzych

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 08:59

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Saint Josaphat, témoin de l’unique vraie foi (Catholique, Apostolique et Romaine)
massacré par les schismatiques


 

21 décembre, Saint Thomas Apôtre et Martyr

 

     Dans la confusion doctrinale générale d’aujourd’hui, s’infiltre, dans l’imaginaire collectif, malheureusement aussi (ou malheureusement surtout…) catholique, l’idée que la mort violente soit suffisante - avec une référence au Christ laquelle, en ces temps de “christianisme anonyme” rahnérien, est plus que jamais vague - pour être inscrits dans le registre des martyrs. Nous ne sommes pas en train de parler uniquement de l’équivoque sur laquelle navigue la rhétorique des politicards qui, en utilisant des sentiments et des émotions mal guidés, emploie, abuse et confond la notion de martyr chrétien avec le simple fait d’avoir été tué dans les contextes les plus divers, mais nous sommes en train de parler de la désintégration de la notion de martyr chrétien pour des objectifs œcuméniques.

    Si nous y réfléchissons, ce qui est contredit au niveau dogmatique, c’est la valeur surnaturelle de la vertu de foi et l’unicité de son objet. En même temps, au niveau apologétique, la possibilité de reconnaître le vrai martyre du Christ, que la stabilité d’âme, la prière pour ses persécuteurs, le désintéressement et la magnanimité, mais surtout la force et le courage infus dans la profession de la vrai foi, extraordinairement unis à mansuétude et miséricorde, distinguent de celui qui est naturellement courageux (ou même uniquement obstiné), est méconnue. En effet il ne suffit pas de mourir avec le titre de disciple du Christ, pour nous exprimer avec Saint Ambroise de fait «même les hérétiques semblent avoir le Christ avec eux; parce qu’aucun d’entre eux ne renie le nom du Christ, mais celui qui renie le Christ, c’est celui qui ne professe pas tout ce qui est du Christ»[1].

 

L’enseignement de l’Aquinate

     Dans la nouvelle perspective œcuméniste un vague exercice de la vertu naturelle de force, une certaine capacité de résistance face au bourreau, unie au nom chrétien, suffirait pour qu’on devienne des “martyrs” et cela malgré le très grave désordre de l’adhésion à l’hérésie ou au schisme, qui ne mérite formellement certainement pas le Ciel, mais plutôt, en soi, le feu éternel. L’harmonie de l’ensemble des vertus surnaturelles disparaît, mais surtout disparaît l’objet qui justifie l’acceptation de la mort, la vraie foi. Ce qui est en contraste avec l’enseignement du plus grand théologien de l’Église: «supporter que la mort soit infligée n’est pas chose louable en soi, mais en tant qu’ordonnée à un bien déterminé, lequel consiste dans l’acte de la vertu comme dans le cas de la foi et de l’amour de Dieu»[2]. Ce n’est donc pas le fait de subir la mort qui mérite, mais le fait d’ordonner cela au bien surnaturel suprême. L’Aquinate admet que l’on puisse parfois parler à juste titre de martyre même quand d’autres vertus sont à exercer extérieurement, mais toujours dans la mesure où elles sont une manifestation de l’unique vrai foi, comme dans le cas du Baptiste qui devait reprocher publiquement l’adultère d’Erode. La perspective reste toutefois toujours rigoureusement objective et l’acte en question doit toujours être exercé surnaturellement en défendant la foi de l’Église[3], à l’intérieur de Laquelle uniquement on peut mériter.

     Si au contraire ce qui mérite la couronne de martyr ce n’est plus la défense de l’unique foi surnaturelle, mais le courage naturel ou d’autres aspects d’ordre naturel, si le discours se déplace vers la perspective anthropocentrique, quand elle n’est pas ouvertement panthéiste, il devient ainsi possible de parler de “martyre œcuménique”.

     «Extra Ecclesiam nulla salus» répond l’Église, Laquelle, en précisant le sens de ce dogme, si Elle nous dit qu’il ne peut pas y avoir de salut, Elle affirme a fortiori qu’il ne peut pas y avoir de véritable martyre, car le martyre constitue dans un certain sens le “salut héroïque” c’est-à-dire le «quasi maximae charitatis signum», comme dit Saint Thomas[4]. Altérer la notion de martyr, en l’attribuant par exemple aussi aux protestants tués,  n’est pas sans importance: on touche à ce qu’il y a de plus élevé dans l’exercice de la charité, on dénature son caractère surnaturel, de même que la foi, le mérite et le salut dans l’Église. Mais laissons aux Pères le rôle de nous en expliquer le pourquoi.

 

La pensée des Pères de l’Église attestée par Saint Augustin et par Saint Jean Chrysostome

     L’Église a toujours eu à cœur la clarté de ce concept sur les Saints Martyrs, sur lesquels des erreurs avaient surgi dès les premiers siècles (erreurs et hérésies, en effet, tendent à renaître toujours nouvelles et toujours semblables comme les mauvaises herbes). L’office de l’Octave des Saints consacrait trois Leçons, pour conclure les huit jours de célébration de nos protecteurs célestes, pour mettre en garde contre l’erreur “latitudinariste” ou relativiste.

      Le troisième Nocturne du 8 novembre proposait à tous les prêtres la lecture de l’homélie de Saint Augustin sur le grand mérite des persécutions. Le Saint Évêque d’Hippone, après avoir rappelé les conditions déjà en elles-mêmes extraordinaires pour être un martyr catholique, rappelle qu’il n’y a pas de fruit pour celui qui meurt sans exulter : n’est pas un martyr, par exemple, celui qui maudit son persécuteur et le destin qu’il lui arrive de subir, une allusion ample à la réaction surnaturelle devant la mort. Surtout, l’hérétique n’est jamais martyr, car même si beaucoup «ont perdu leur âme pour le nom chrétien», même si beaucoup «ont subi les mêmes choses» que nos martyrs, ils sont toutefois exclus de la couronne éternelle: «sed ideo excluduntur ab ista mercede»[5]. Le motif est fondamental et Saint Augustin l’explique avec l’Évangile: il est vrai que Notre Seigneur a dit «bienheureux ceux qui subissent les persécutions», mais il a aussi ajouté «à cause de la justice». Et là où il n’y a pas la vraie foi, il ne peut pas y avoir cette justice, «ubi autem sana fides non est non potest esse iustitia», car «le juste vit par la foi» dit le Saint Père de l’Église en reprenant Saint Paul (Eb 10, 38). Il n’y a aucune vitalité surnaturelle, aucune “justice théologale” sans la vraie foi. Et que les schismatiques n’osent jamais s’attribuer la grandeur du martyre, continue le grand Africain, car elle ne leur a pas été promise, car ils n’ont pas la charité: «s’ils l’avaient, ils ne déchireraient pas le Corps du Christ qu’est l’Église». De quel amour de Dieu salutaire pourront-ils jamais se glorifier? Et «là où il n’y a pas la charité, il ne pourra jamais y avoir la justice»[6], nécessaire selon les paroles du Christ afin que la persécution puisse être féconde.

     Le Chrysostome est d’ailleurs lapidaire: «pas même le sang du martyr peut laver de ce pêché (du schisme)» et s’il veut “se laver” de cette faute qu’il rentre au bercail qu’il a abandonné; l’Évêque de Constantinople continue en posant la question: «dis-moi donc, pour quel cause est-on martyr?» Pour quelle raison meure-t-on, «n’est-ce pas pour la gloire du Christ?»[7]. Et ne meurt pas pour la gloire du Christ celui qui est tué en dehors de Son unique Église, l’écoulement de son sang n’a aucune valeur, s’il n’est pas dans la vraie foi. N’est pas membre du Corps unique du Christ, comme l’a déjà indiqué Saint Augustin, celui qui, par l’hérésie ou par le schisme déchire la chair du Christ et même s’il devait subir des souffrances et la mort, le sien n’est pas un sacrifice objectivement agréable à Dieu. Il pourra l’être aux hommes et aux partisans de la secte, mais il ne l’est pas à Dieu, car objectivement il meurt pour l’erreur et non pas pour la Vérité. Il ne peut être “martyr” qui veut dire  “témoin”, témoin de toute la vérité du Christ: «ils rendent un témoignage à la vérité, non pas à une vérité quelconque, mais à la vérité qui est selon la piété», dit Saint Thomas, c’est-à-dite la vérité catholique.  «Et donc la cause de n’importe quel martyre est la vérité de la foi»[8].

     Saint Augustin dira sèchement ailleurs: «martyrem Dei non facit poena sed causa»[9] et après cette sentence lapidaire, il ne se soustrait pas à une explication patiente. Ce n’est certes pas le type de supplice qui anoblit une mort, mais c’est la cause, l’objet de la résistance au bourreau. Saint Augustin l’affirme à propos des discussions stériles et fallacieuses sur les atrocités donatistes ou les répressions des catholiques: «chassons les réprimandes inutiles que les deux parties ont l’habitude de se lancer réciproquement par ignorance : toi, ne me reproche pas les morts de Macaire tout comme moi je ne te reproche pas la cruauté des Circoncellions. Si ce fait ne retombe pas sur toi, pas même l’autre ne retombe sur moi…»[10]. Allons donc au nœud du problème, dit l’Évêque, «traitons la chose en soi» («re agamus, ratione agamus»)[11] et la vérité est encore que «martyrem non facit poena sed causa».

     Nous ne le répéterons jamais trop - spécialement dans nos temps de subjectivisme et de relativisme conséquent -, Saint Augustin fait toujours appel à l’objectivité, à la chose en soi et non pas aux contingences. La pensée relativiste des Donatistes d’hier - ou des œcuménistes libéraux d’aujourd’hui - veut constamment détourner l’attention de l’objet, parce qu’elle sait qu’elle est perdante sur un tel terrain, les Pères au contraire nous la rappellent. C’est ce que fait la pensée moderniste de nos temps, à la lumière de la nouvelle religion de l’homme pour laquelle la violence produirait presque automatiquement le martyre. Saint Augustin au contraire - et il le fait justement en parlant du vrai ou du faux martyre, en suivant les paroles de Saint Luc - nous rappelle que la violence peut être aussi un devoir et qu’il peut être juste de l’exercer. Le martyre, c’est autre chose.

     Si c’est en effet la peine qui fait le martyr, les voleurs et les assassins condamnés à mort pourraient se vanter d’un tel titre, fait remarquer le grand Père de l’Église: «nam si poena facit martyrem et latro quando occiditur martyr est»[12].

     À celui qui ne comprend pas encore, Saint Augustin demande rethoriquement: voulez-vous vraiment savoir pourquoi dans le martyre, ce qui compte c’est la cause et non pas la peine? Eh bien, mettez alors devant vos yeux la scène du Calvaire et pensez aux trois croix et à ceux qui y étaient suspendus. La peine était la même pour tous, mais «ce qui séparait ceux qu’au contraire la peine unissait, c’était la cause». L’un des trois était le Juste et il ne méritait pas la Croix, les deux autres au contraire méritaient à juste titre la potence. Tous les deux. Juste était leur condamnation à mort, mais l’un des deux demanda pardon et, comblé de foi et de charité surnaturelles et avec l’espérance théologale de celui qui est suspendu à la droite de Jésus Christ, ira au Ciel, bien que sa crucifixion était juste : «pour nous c’est justice, nous soufrons la peine que nos crimes ont mérité» (Lc 23, 40). L’autre au contraire, lui aussi condamné justement à mort pour ses méfaits, ne prendra pas part à la vie éternelle parce qu’il a refusé le Christ. Crucifixion pour tous les trois, injuste pour le Christ, juste pour le Bon Larron qui ne va pas au Ciel pour la peine soufferte, mais pour la disposition de son cœur. Crucifixion pour l’autre larron qui, ainsi que l’Écriture nous le laisse entendre, brûlera en enfer[13]. Voilà à qui Saint Augustin associe les “martyrs œcuméniques”: au mauvais larron, qui n’est certainement pas un exemple de salut.

     Ou mieux, pour le Père de l’Église, le parallèle avec le larron qui meurt en blasphémant souligne non seulement que celui qui est tué violemment dans la secte, donc hors du Corps du Christ, n’a aucun titre de mérite, mais il suggère aussi l’idée de la circonstance aggravante qui est constituée par l’obstination et l’opiniâtreté non surnaturelles, en ce qui aurait pu être une occasion de repentir, comme ce le fut pour le Bon Larron.

   Saint Augustin a raison d’être si rude, parce que l’hérétique ou le schismatique formellement pris, est le pire ennemi du Christ, même pire que le larron, endurci dans une longue vie de vols et d’homicides. Étant un corrupteur de la Vérité révélée et déchirant la chair du Christ, le seul « sang du martyre » ne peut pas « le laver d’un tel péché », pour reporter l’écho du Chrysostome.

    Voilà l’enseignement de deux Saints Pères sur le “martyre œcuménique”, dont non seulement il est pastoralement inopportun et scandaleux de parler à propos des personnes singulières, car nous n’en connaissons pas «la pleine advertance et le délibéré consentement» et car Dieu seul connaît les dispositions de leur ultime instant de vie (de internis non iudicat Ecclesia, Laquelle doit donc se limiter à ce qui est public et formel), mais il est aussi spéculativement hétérodoxe, car il en arrive à nier l’extra Ecclesiam nulla salus . Saint Augustin n’aurait pas dit que vouloir imposer à l’Église la lecture d’un martyrologe œcuménique est simplement vouloir fêter les blasphèmes du “mauvais larron”, uniquement parce que le supplice de la croix fut commun?     

 

La Rédaction

 




[1] Ambr., Luc. VI, 101 (CSEL 32/4).

[2] « Tolerare mortem non est laudabilis secundum se, sed solum secundum quod ordinatur ad aliquod bonum, quod consistit in actu virtutis, puta ad fidem et ad dilectionem Dei», S.Th., IIa IIae, q. 124, a.3, c.

[3] S.Th., IIa IIae, q. 124, a. 5, c.

[4] S. Th., IIa IIae, q.124, a. 3, c.

[5] Aug., serm.dom. I, 5 (CCL 35).

[6] Ibidem.

[7] Io.Chr., hom. in Eph. XI, 4.

[8] S. Th., IIa IIae, q.124, a. 5, c.

[9] Aug., serm. CCLXXXV, c. 2. Pour les lieux parallèles cf. la note 13.

[10] Aug., epist. XXIII, 6-7 (CSEL 34/1).

[11] Ibidem.

[12] Aug, serm. CCCXXVIII, c. 8.

[13] Ibidem: «  Vultis noscere quia non facit martyrem poena sed causa? Tres illas cruces attendite ubi Dominus crucifixus est in medio duorum latronum. Poena aequalis erat sed causa separabat quos poena iungebat […]Tres erant cruces. Aequalis poena sed dispar est causa. Unus damnandus alter salvandus, in medio damnator et Salvator. Unum punit, alterum solvit. Crux illa tribunal fuit ». Pei luoghi paralleli cfr. : Aug. serm. CCLXXXV, c. 2, I« llud ergo praecipue commonendi estis, quod assidue commoneri, et semper cogitare debetis, quod martyrem Dei non facit poena, sed causa. Iustitia enim nostra, non cruciatibus, delectatur Deus: nec quaeritur in omnipotentis veracisque iudicio, quid quisque patiatur, sed quare patiatur. Ut enim cruce dominica nos signemus, non fecit hoc Domini poena, sed causa. Nam si poena hoc fecisset, hoc et latronum similis poena valuisset. Unus locus erat trium crucifixorum, in medio Dominus, qui inter iniquos deputatus est. Duos latrones hinc atque inde posuerunt: sed causam similem non habuerunt. Lateribus pendentis adiungebantur, sed longe separabantur. Illos facinora sua, illum crucifixerunt nostra. […] Crux Christi in medio non fuit supplicium, sed tribunal: de cruce quippe insultantem damnavit, credentem liberavit». Cfr. anche Aug. epist. CCIV, 4 (CSEL 57): « Verum nos et occupatissimi sumus et in aliis plurimis opusculis nostris huius modi vaniloquia refutavimus. Iam enim nescio quotiens disputando et scribendo monstravimus non eos posse habere martyrum mortem, quia Christianorum non habent vitam, cum martyrem non faciat poena, sed causa». Cfr. anche Aug. serm. CXXXVIII, 2 : « Nam et apud haereticos, qui propter iniquitates et errores suos aliquid molestiarum perpessi fuerint, nomine martyrii se iactant, ut hoc pallio dealbati facilius furentur, quia lupi sunt. Si autem scire vultis in quo numero habendi sunt, pastorem bonum Paulum apostolum audite; quoniam non omnes qui corpora sua in passione etiam ignibus tradunt, aestimandi sunt sanguinem fudisse pro ovibus, sed potius contra oves. Si linguis, inquit,hominum loquar et Angelorum, caritatem autem non habeam, factus sum velut aeramentum sonans, aut cymbalum tinniens. Si sciero omnia sacramenta, et habuero omnem prophetiam, et omnem fidem, ita ut montes transferam, caritatem autem non habeam, nihil sum. Magna ergo res est postremo fides montes transferens. Illa quidem magna sunt; sed si ego haec sine caritate habeam, inquit, non illa, sed ego nihil sum. Sed adhuc istos non tetigit, qui falso martyrii nomine in passionibus gloriantur ». In generale si veda C. Lambot, Sermons complétés de saint Augustin. Fragments de sermons perdus. Allocution inédite de saint Augustin, in "Revue Bénédictine" 51, 1939, pp. 3-30).

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 11:11

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Identitaires


 

Dans la Neuvaine de l’Immaculée Conception 2013

 

Nous avons lu, récemment, trois discours que nous proposons très synthétiquement aux lecteurs de cette revue. Ces exemples concrets – ce sont des faits! – confirment des thèses déjà exposées dans ces colonnes, en montrant, plus que tout discours, la signification de la bataille de quelques membres de l’IBP (bataille pour laquelle certains prient, même à Rome, comme eux-mêmes nous l’ont dit); et qui montrent l’erreur profonde de l’argument habituel de l’alliance entre l’idéologie et l’opportunisme, c’est à dire la primauté de l’unité sur la vérité et la justice. 


1) Une homélie solennelle récente d’un haut représentant de la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre

Le 17 novembre 2013, l’abbé Ribeton, le Supérieur du District de France de la FSSP, a célébré, à Saint Sulpice, la Messe en commémorant les vingt-cinq ans de cette Société. En lisant le texte (même assez long) de cette homélie - mise à part l’inexactitude qu’à la FSSP auraient été concédées toutes les conditions prévues dans le protocole “Ratzinger-Lefebvre”, puisque le Vatican (partagé et conditionné) n’a pas osé donner l’évêque à ceux qui ont choisi de faire l’accord - nous avons été frappés de constater une absence: nous ne trouvons aucune mention de la  “bonne bataille”! Il est question de vingt-cinq ans dans l’obéissance, mais aussi dans la “bonne bataille”, ce qui comporte donc le combat “en positif”, mais aussi celui “en négatif”? Le problème se pose: la Fraternité Saint Pierre veut-elle faire une bataille doctrinal? Le drame d’aujourd’hui est-il uniquement «la culture de mort dans une société sécularisée […] la folie d’un monde sans Dieu», ou bien est-il aussi «l’auto-démolition de l’Église», ce que le Pape Paul VI avait admis? Y a-t-il, ou pas, une crise au sein de l’Église? Non pas un “traditionaliste”, mais un centriste influent comme le Cardinal Ratzinger n’a-t-il pas peint justement dans cette fameuse conférence de l’été 1988, une situation intérieure objectivement anormale?

Il y a au contraire une autre perspective: «ces paroles du Saint-Père montrent que les mesures prises depuis 1988 ne sont pas une parenthèse miséricordieuse mais l’affirmation d’un droit de cité, une entière reconnaissance.»  Et plusieurs passages de l’homélie ont la saveur de la flatterie.

Lisant un tel discours, après un quart de siècle de la régularisation, nous nous sommes rappelé ce qu’a dit une fois l’abbé de Tarnouarn, qui observait avec sagacité que la Fraternité Saint Pierre vivait le complexe des dhimmi: chrétiens tolérés en pays musulmans, toujours à la recherche de la légitimation. Nous en arrivons à nous demander si la Fraternité Saint Pierre, qui est certes sérieuse et a, historiquement, des qualités estimables, s’est remise de la mise sous Commissaire qui eut lieu l’An Saint 2000. Et il nous revient à l’esprit ce que des confrères de cette société nous dirent en privé : notre erreur a été de tout accepter dans le silence; et maintenant il est trop tard! C’est comme ça que vous voulez finir? Nous, non: donc nous luttons.


2) La plus récente (d’après ce que nous savons) sanction draconienne dans la Fraternité Saint Pie X

Nous avons récemment lu, de source directe, le texte (daté du 11 novembre) de la “condamnation” de la part du Supérieur Général Mgr Bernard Fellay de l’abbé Pinaud, un représentant de celle qu’on appelle l’“aile dure” de cette société. Évidemment, le courant de pensée du condamné n’est pas le nôtre, cela ne peut empêcher que la sévérité encore plus forte de cette condamnation soit frappante : ce prêtre a été privé par le Supérieur Général de la faculté d’accomplir tout acte sacerdotal (entre autres avec des références au pouvoir de juridiction, que Mgr Fellay ne devrait certainement pas posséder), le “condamné” ne peut plus dire la Messe, pas même en privé ! Et cela, en substance, parce qu’il s’est opposé à Mgr Fellay. Nous ne doutons pas que ce confrère ait commis des erreurs: mais Mgr Fellay ne devrait-il pas aborder les faits d’une façon plus approfondie, plutôt que d’avoir recours à des raccourcis autoritaires? Des aspects qui sont en partie compréhensibles vu les difficultés concrètes de la situation, mais qui rappellent aussi certains phénomènes très blâmés, qu’on voit du “côté officiel”.

Nous rappelons qu’il n’y a que quelques années-lumière, le même Mgr Fellay expédiait, d’un bout du monde à l’autre, des clercs, uniquement parce que de sentiment notoirement romano-accordiste. Et nous connaissons des prêtres qui, après avoir accepté de telles sanctions, en sont sorti avec une position totalement différente, si bien qu’on se pose la question s’ils n’ont pas subi une sorte de lavage du cerveau.

La Déclaration capitulaire de 2006 en arriva, elle aussi, au point d’exclure, par principe, que l’accord canonico-ecclésial soit possible tant que la crise dans l’Église restait ouverte: une telle Déclaration est grave (très grave!), parce qu’une chose est dire qu’on n’arrive malheureusement pas à obtenir un bien dans l’immédiat et une autre est l’exclure par principe. Et cela a été approuvé à l’unanimité! C’est ce qui a été écrit publiquement dans la presse officielle de la FSSPX, et pas un seul des Pères capitulaires ne s’est levé pour démentir publiquement une telle affirmation d’unanimité.

Quelques années après, le même Mgr Fellay a semblé suivre une perspective toute différente - sans donner des explications appropriées sur ce changement - et il en est arrivé au point d’envoyer à Rome une Déclaration (qui a été publiée uniquement quand il ne pouvait désormais pas en cacher le contenu exact, qui avait été, jusque-là, très librement référé), laquelle va largement outre l’abhorré “accord pratique”, comme ils l’appellent. Le contenu est en effet ce qui, jusqu’à peu de temps auparavant - et si d’autres l’avaient fait - aurait été officiellement considéré, par la Fraternité Saint Pie X, un “compromis” doctrinal détestable, ou mieux: sur certains points, même une “capitulation”.

Le plan, bien qu’en phase très avancée, n’a pas abouti: mais ce qui était impossible seulement quelques années-lumière auparavant, est devenu, avec désinvolture, possible dans la Déclaration capitulaire successive. Et les raisons du changement? Il est possible qu’on se demande légitimement: peut-on ne pas comprendre qui - en prenant sérieusement les déclarations précédentes de signe opposé et les conduites officielles de la FSSPX - est resté bouleversé, a déclaré que cela constituait une trahison et a tenté de se comporter en conséquence? “Qui sème le vent, récoltera la tempête”… Et pourtant, au lieu d’une sérieuse (et publique, comme ils disent toujours…) réflexion critique sur ce qui s’est passé et sur ses causes profondes, on a préféré réprimer durement toute voix critique. Comme c’est souvent le cas dans la FSSPX.

Chers confrères de la FSSPX, êtes-vous disposés à accepter tout cela? Êtes-vous disposés à donner à Mgr Fellay la confiance aveugle que vous niez systématiquement à Rome, parce que vous soutenez (comme le disait Mgr Fellay en 2002) parfois même justement: nous ne pouvons pas renoncer à penser? Nous pensons que non: donc nous faisons bloc sur une autre ligne et nous continuons cette bataille.


3) Une interview récente de l’Abbé Aulagnier, qui dirige le Séminaire de l’IBP de l’après(?)-mise sous Commissaire  

Dans une interview publiée dans “Vue de France” du 15 novembre 2013, parle l’Abbé Paul Aulagnier lequel, parmi les fondateurs de l’IBP (mais à l’époque aussi soi-disant membre de la FSSPX), est le dernier prêtre qui se soit inscrit à l’Institut du Bon Pasteur, en novembre 2011 (juste à temps pour voter au Chapitre controversé de 2012, qui a consenti au Vatican de mettre sous Commissaire et tout ce qui s’en suit).

Au cours de toute l’interview, il affirme que sa position reste inchangée depuis qu’il était un dirigeant phare de la FSSPX (pour être exact, c’est nous qui le relevons, le principal fossoyeur, dans la réunion du Pointet, de l’accord de mai 1988). Cela ne nous étonne pas beaucoup parce qu’il y a seulement trois ans, il qualifiait, devant quarante personnes, après les ordinations, la Messe célébrée selon le Novus Ordo avec des termes excrémentiels, seulement il y a deux ans il la jugeait d’une façon péremptoire, comme «Messe de Luther» et cette année encore, dans les notes pour les séminaristes, il a affirmé que «ce n’est pas un véritable Messe». Mais nous nous demandons: pourquoi alors appelle-t-il officiellement pour être directeur spirituel un prêtre biritualiste du diocèse de Paris? Aujourd’hui, il exalte Rome d’une façon presque idolâtrique, mais il appelle, pour enseigner l’ecclésiologie, un prêtre vagus, qui, pour les Confirmations avec l’Évêque du lieu, emploie uniquement la plus pure “huile d’Ecône”, parce qu’elle est “plus sûre”. Il dit aux séminaristes qu’il fera toutes les conférences spirituelles de l’année sur la théologie du sacerdoce selon le Bienheureux Jean Paul II - parce qu’il «sera bientôt Saint» - mais, en novembre, il s’interroge sur comment celui qui a excommunié Mgr Lefebvre peut être saint (en reprenant servilement l’ “argumentation” de l’Abbé de Caqueray). Et tout cela en novembre 2013! Y a-t-il de la cohérence dans de telles affirmations?

Si bien que, en étant conscient du dommage que l’autoritarisme porte à la grande valeur de l’Autorité, nous nous demandons: la vraie “troisième voie”, peut-elle consister dans le fait d’adopter dans certaines circonstances (plus publiques) le langage et les idées de la Rome même d’aujourd’hui et dans d’autres occasions (plus privées) le langage et les idées d’Ecône même dans les phases les plus “dures”? Nous répondons que non: et c’est pour cela que nous ne refusons pas non plus de faire cette bataille.

Tout en étant conscient, d’une part de la vanité de certaines ruses politicardes (comme l’histoire ainsi que la chronique le montrent ad abundantiam); et d’autre part - comme l’a souligné récemment un de nos anciens séminaristes dans une revue amie - l’admission initiale de la part de la Signature d’un de nos recours, abstraction faite de son résultat dans les phases successives du procès, a déjà atteint un résultat important. En effet, la position suivie cet été par tout l’Institut des Franciscains de l’Immaculée (pourtant très loués par la FSSPX, dont le Supérieur les a même définis justement ces jours-ci «proches de nous presque par nature») est désavouée: c’est-à-dire la thèse selon laquelle à des mesures de ce genre on ne peut certainement et absolument pas s’opposer. Une thèse qu’appartient à la mentalité de l’obéissance aveugle, une logique qui aujourd’hui a ouvert dans de nombreuses réalités la voie à la pleine acceptation de tout: du Novus Ordo et du…Novissimus Ordo, du post-Concile officiel et du post-Concile de fait (y compris le post-Concile abusif), de l’herméneutique de la continuité et de l’herméneutique du Cardinal Martini (de fait impunie, avec des Évêques et aussi avec des Cardinaux)… Sommes-nous disposés à accepter tout cela? Nous, non: donc, en acceptant au contraire la douloureuse maturation qui dérive des contrariétés permises par la Providence, nous résistons.


                                                                                                  Don Stefano Carusi

et les autres résistants de l’IBP

 

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 17:05

Notre synthèse des œuvres de Mgr Piolanti

 

    9 Novembre 2013, Dédicace de l’Archibasilique du Très Saint Sauveur

 

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La Rome eternelle

 

Les Anges, les compagnons irremplaçables de l’homme

La solennité de tous les Saints commence par l’antienne du Magnificat des Premières Vêpres et, avant même de glorifier les Patriarches et les Prophètes, les Apôtres et les Martyres, les Anachorètes et les Confesseurs, l’Église demande l’intercession de tous les Anges Saints : « Angeli, Archangeli, Troni et Dominationes, Principatus et Potestates, Virtutes caelorum, Cherubim atque Serafim…intercedite pro nobis ».

La fête de la Communion des Saints – nous y pensons si peu de nos jours alors que le rationalisme corrompt aussi bien la foi que la piété – renvoie à une grande vérité de notre sainte Religion: la vie de l’Église et les échanges fondés sur la charité entre le Ciel, la Terre et le Purgatoire, mais aussi l’ordre naturel même de la création, ne pourraient pas aller de l’avant sans l’aide des Anges. Sans eux, l’édification du Corps Mystique se bloquerait presque tout comme la construction d’un immeuble ne pourrait pas avancer s’il n’y avait pas des superviseurs au service de l’Architecte, l’auteur du projet, s’il n’y avait pas des messagers des ordres qui font la navette dans les divers étages, s’il n’y avait pas des experts avec leurs connaissances supérieures qui instruisent le manœuvre ignare. Il s’agit presque d’une nécessité; cela ne veut pas dire que Dieu a rigoureusement besoin d’eux, mais c’est l’ordre de l’ensemble qui, en tant qu’œuvre d’une sagesse infinie, l’exige presque. Pour Saint Thomas, autant le monde matériel et le monde spirituel sont liés, autant ils sont complémentaires si bien qu’il penche même pour la thèse théologique selon laquelle la création des deux mondes – le monde angélique et le monde matériel – est simultanée et cela parce que, d’une certaine façon, ils sont faits l’un pour l’autre; étant des parties complémentaires de l’unique univers sorti des mains de Dieu et qui retourne à Lui, il y a un certaine convenance à ce qu’ils aient été créés ensemble[1]

Nous allons donc susciter quelques occasions de réflexion sur l’importance du ministère des anges, en suivant aussi l’esprit de Mgr Antonio Piolanti[2], qui a toujours privilégié la vision d’ensemble des mystères divins: tout comme l’Aquinate ne veut jamais parler des Anges presque comme s’ils étaient un univers fermé et autonome, le Maître de l’École Romaine invitait très souvent à lire l’histoire du salut sous les yeux de la Communion des Saints, y compris les Saints Anges. D’autre part, c’est ainsi que – avec une vision d’ensemble, comme le laisse entendre le maître que nous avons cité – l’effort théologique peut se libérer des chaînes du simple exercice académique, qui risquerait parfois de le réduire au plaisir naturel pour les intelligences les plus perspicaces, en rognant plutôt les ailes à l’assimilation véritable du mystère dont le but est le bien de l’âme.

 

Une vérité consolante et métaphysiquement fondée

Déblayons tout d’abord le terrain des obstacles qu’ont semé le rationalisme et le jansénisme d’hier et d’aujourd’hui: le premier est incapable d’admettre l’existence de ce qu’il ne voit pas et ne démontre pas par un syllogisme catégorique, le second – en tant que véritable fils du protestantisme – est le négateur systématique de la nécessité de la médiation des Saints dans notre salut[3].

 Il suffit d’observer la création avec des yeux purs pour que nous nous rendions compte que Dieu a voulu qu’il y ait une vaste gamme de créatures dont l’ « intensité de perfection » n’est, pour ainsi dire, pas la même. Que l’homme soit intelligent, tout comme la fourmi ne l’est pas, et qu’il y ait des hommes plus intelligents que d’autres, qui peuvent donc se vanter d’avoir un grade dans la direction – si ce n’est dans la gouvernance – de ceux qui sont moins doués, le mécréant peut lui aussi l’admettre (bien que le panthéiste moderniste n’y consente parfois pas). Dans la création naturelle, il y a, de fait, le « en plus » et le « en moins », mais tous les êtres sont ordonnés à Dieu et concourent au bien unique de l’univers[4]. Dans l’univers surnaturel aussi, dans la Communion des Saints, il y a le « en plus » et le « en moins », mais, tous unis dans la charité, ils concourent au bien surnaturel: dans ce cas spécifique, les Anges, plus doués que nous qui sommes des pèlerins sur terre, sont là pour nous conduire à cette Fin qu’ils contemplent, mais que nous, nous ne pouvons entrevoir que dans la foi.

Si nous sortons de l’individualisme mental, auquel le libéralisme nous a si gravement habitués, et si nous entrons avec Saint Thomas dans une perspective qui donne tout d’abord de l’importance à l’harmonie de l’ordre universel voulu par Dieu, il nous devient moins difficile de nous approcher du mystère de la Communion des Saints et des actes des Anges. Nous ne cherchons plus le bien isolé de la personne, nous ne privilégions pas le bien de chacun plutôt que celui de la civitas, mais nous observons avec un faisceau plus ample l’ensemble du projet de Dieu, en cherchant presque à nous laisser élever jusqu’à Lui, et, en participant à Son regard universel, nous comprenons le bien des parties uniquement à l’intérieur de l’ordre. Que ceux qui sont inférieurs soient gouvernés par ceux qui sont supérieurs rentre dans l’ordre de la Divine Providence, et Saint Thomas affirme que cela vaut pour tout l’univers, mais tout particulièrement quand nous parlons des Anges en les comparant aux hommes[5].

Il faut en outre souligner que ceux qui agissent œuvrent d’abord sur ce qui leur est plus proche et c’est comme cela qu’ils peuvent ensuite arriver à étendre leurs actes aussi sur ce qui leur est plus lointain[6]. Et, dans notre cas, cela vaut dans les deux sens, aussi bien descendant qu’ascendant. C’est-à-dire que Dieu se sert d’une chaîne de médiateurs intelligents, qui Lui sont donc les plus proches, pour  parvenir jusqu’à la gouvernance des choses les plus infimes. Bien que pouvant toujours intervenir directement, d’habitude Il ne saute pas cette gradation de perfection magnifique dans les créatures, dont Il est l’Auteur et qu’Il veut associer à Son œuvre de gouvernance en une sorte de « cascade » merveilleuse de rôles ordonnés.

La Divine Providence se sert donc de ceux qui, de par leur nature, sont plus près de Dieu: les ministres d’un roi sont ceux qui sont plus près de lui, et il est dans l’ordre des choses que les ordres concernant toute les provinces du royaume passent par eux[7]. Il en est de même pour remonter cette descente du bas vers le haut, où la loi reste inchangée: il n’est en effet pas possible de trop sauter les échelons de l’échelle et les sujets passent normalement par le ministre pour arriver à ce que le roi reçoive leurs recours. Une fois que nous sommes convaincus du naturel de la gradation de cet ordonnancement, nous comprenons que nous ne pouvons pas nous arrêter à l’homme et ensuite « sauter » directement à Dieu. Si nous réfléchissons, il s’ouvrirait de fait une sorte d’abîme entre la créature matérielle la plus élevée, l’homme, et Dieu, s’il n’y avait pas ces créatures spirituelles que sont les anges, qui sont capables – avec une intelligence extrêmement perspicace et avec une volonté monolithique – d’être les ministres les plus efficaces de la gouvernance de Dieu, et cela surtout quand il s’agit de distribuer et de faire circuler les dons de la grâce.

 

Une aide concrète pour nous conduire à la gloire

Dans la liturgie de la Sainte Messe traditionnelle, par exemple, après la consécration, nous invoquons l’intervention de la main « Sancti Angeli tui », afin qu’elle porte jusqu’à Dieu tout ce qui a été offert pendant la Messe, jusqu’à l’offrande des cœurs qui se sont unis au Sacrifice eucharistique afin que les bénédictions redescendent et remplissent les âmes des présents ou de ceux pour lesquels nous avons prié. Malheureusement, dans la nouvelle liturgie, ce concept est présent uniquement dans l’un des Canons au choix (officiellement le premier, mais – de fait – le moins fréquent dans les célébrations). L’image est en effet l’une des plus éloquentes et ramène droit à la « circulation mystique » des biens dans la Communion des Saints, laquelle passe par les « mains » de l’Ange. Cela ne veut pas dire que l’infusion de la grâce sanctifiante soit véhiculée par les anges comme un cadeau peut être transféré de main en main, mais dans le sens que les bénéfices dérivant de l’union des membres de la Communion des Saints nécessitent d’administrateurs sages, lesquels, si, d’un côté ils contemplent déjà Dieu, sont, de l’autre, proches des hommes, dont ils veulent le salut et qu’ils atteignent « agilement ». Par exemple, quand une pensée importante nous revient à l’esprit d’une façon inexplicable ou quand une inspiration a fait que nous pensons à notre ami que nous ne contactons pas depuis des années et qui avait besoin d’un mot de réconfort, l’influence angélique qui peut mettre rapidement en contact des personnes très distantes physiquement ne doit absolument pas être exclue.

Il faut en effet déblayer le terrain d’une vision trop éthérée des bénéfices angéliques cités. De fait, dans l’économie de l’Incarnation, l’aide que nous apportons à une âme unie à un corps répond toujours à une logique hylémorphique, tout comme la charité véritable réside dans la prière et dans la mortification personnelle, mais comporte aussi le fait de secourir concrètement l’indigent avec de la nourriture matérielle ou celui qui doute avec un conseil véridique.

Les Anges, qui exercent la garde réelle de l’âme et du corps, préservent notre santé, nos habitations, mais aussi les communautés religieuse et les églises, jusqu’aux royaumes et aux nations, mais ils agissent encore plus en instruisant les âmes  et en leur indiquant la voie du salut. Ils mettent en garde contre la fausseté du démon, ils illuminent les intelligences, en rappelant par exemple à la mémoire un événement ou en favorisant une sensation corporelle qui n’influencera pas directement l’intelligence, mais sollicitera au moins l’imagination. L’ange a ce pouvoir et encore plus l’ange gardien, qui reçoit, de Dieu, un mandat spécial et une faculté spéciale de veiller et d’œuvrer sur une personne déterminée.

Quant aux modalités de cette action, rappelons-nous que les créatures spirituelles peuvent, par exemple, intervenir facilement sur la matière, l’ange gardien peut faire en sorte que nous évitions le danger spécifique qui incombait sur notre santé physique, mais elles peuvent – au nom de ce même principe – être la cause de bonnes pensées et de conseil extérieur.

Au contraire, l’orgueil aveugle de la pensée moderne, qui veut tout enfermer dans notre conscience autonome, le « sanctuaire de l’homme » (K. Rahner), ne veut pas permettre que l’intelligence de l’homme ne soit jamais seule et isolée sur cette terre et tout spécialement en ce qui concerne le salut éternel. Notre pauvre intelligence n’est pas un absolu, mais, vu sa nature inférieure, elle a besoin d’aide et d’orientation supérieures dans ses jugements, dans ses choix, dans son action pratique, à plus forte raison si l’objet en est surnaturel; même les infidèles sont guidés par leur ange gardien qui leur donne des conseils afin qu’ils puissent dire oui à Dieu qui les appelle tout d’abord à la conversion, bien qu’il leur reste toujours la possibilité de refuser l’aide d’autrui.

L’activité de la pensée de l’homme n’est donc jamais dans la solitude chère aux immanentistes les plus cohérents, elle ne le peut pas parce qu’elle a toujours besoin d’aide et de soutien dans son parcours discursif lent et fatigant. Cela vaut, a fortiori, pour l’homme  en grâce, qui jouit pourtant d’être uni à la multitude des Saints – sans exclure les âmes saintes du Purgatoire – qui le suivent et lui donnent des conseils avec une attention spéciale et avec empressement ; il est en compagnie d’une multitude de conseillers même s’il ne s’en rend pas toujours compte. Cette vérité de foi consolante se fonde, dans le cas des anges, sur leur faculté de solliciter la connaissance humaine selon les lois de celle-ci. En effet, l’homme a un intellect moins puissant que celui des anges, sa composition avec son corps fait qu’il doit toujours passer par le sensible ; donc l’ange – tout en respectant l’ordre créé, dit l’Aquinate – aura recours, pour illuminer l’homme sur une vérité qu’il veut lui transmettre, à des « similitudes sensibles »[8]. Mais répétons qu’il ne se rend compte que rarement de l’origine de cette pensée ou du fait que la connaissance de cette vérité ou la possibilité de faire cette action ont été suggérées par les anges[9].

L’ange peut faciliter la réorganisation des pensées par l’imagination, mais aussi faciliter un choix volontaire en intervenant sur nos passions, qui sont liées à la corporéité de notre nature sur laquelle l’ange peut agir. Pensons par exemple à la faculté qu’a un orateur, à force de figures rhétoriques, de susciter les passions d’une foule et cela uniquement en ayant recours à la parole, ne soyons donc pas étonné si l’ange peut solliciter l’imagination et des passions dans un sens ou dans l’autre. Il peut, par exemple, favoriser des dispositions de miséricorde compatissante envers un pauvre ou bien de sainte colère envers les ennemis de l’Église; et puis, il soutiendra l’acte volontaire – qui reste toujours et seulement le nôtre – dans le sens de la miséricorde ou de l’audace suivant l’exigence. Quant au pouvoir consolatoire des anges, que notre pensée courre au Jardin des Oliviers où, aux heures terribles de l’Agonie, Notre Seigneur voulut que Sa sainte humanité soit réconfortée – avec une leçon inégalée d’humilité –par quelqu’un qui Lui était inférieur selon la divinité. Jésus vient donc, lui-même, nous dire que nous devons souvent recourir aux anges avec humilité et conviction, et tout spécialement à notre ange Gardien.

 

La Compagnie surnaturelle

Et puis, dans les heures difficiles, comme celles qui précèdent la mort, où la lutte avec les démons se fait plus difficile et où l’imagination peut être influencée vers le désespoir (nous savons que les démons se déchaînent particulièrement, en rappelant à l’agonisant ses pires péchés et en le tentant contre la foi et l’espérance), le confort angélique se manifeste encore une fois, visant à conduire cette âme dans  la même société céleste que celle où il vit déjà et à l’arracher à la société infernale, pour laquelle les démons s’emploient tant. Encore une fois, la vision que l’Église suggère – si nous voulons sortir de l’asociale fermeture en soi, typique de notre époque, quoique dans la massification vulgaire dominante – est celle de penser souvent à la Communion des Saints, car, tout comme la vie de la gloire sera sociale en compagnie des anges et des hommes saints, que la vie des chrétiens qui vivent encore sur la terre soit aussi déjà ainsi.

 

Angele Dei,

Qui custos es mei,

Me tibi commissum pietate superna,

Illumina, custodi, rege et guberna. Amen.

 

Don Stefano Carusi  



[1]Probabilior videtur, quod angeli simul cum creatura corporea sunt creati. Angeli sunt quaedam pars universi : non enim constituunt per se unum universum, sed tam ipsi quam creatura corporea in constitutionem unius universi conveniunt”, S. Th., Ia, q. 61, a. 3, c.

[2] A ce propos deux testes de l’auteur ne seront jamais trop recommandés: A. PIOLANTI. La Comunione dei Santi e la vita eterna, Città del Vaticano, 1992 (pp. 297-395) e IDEM, Dio nel mondo e nell’uomo, Città del Vaticano, 1994 (pp. 231-234).

[3] S. T. BONINO, Les Anges et les Démons, quatorze leçons de théologie, Paris, 2007 (Bibliothèque de la Revue Thomiste). L’auteur, dans un texte dense d’angélologie et de réflexions métaphysiques profondes sur la nature angélique, consacre deux chapitres propédeutiques à la compréhension de l’importance du rôle des anges (la lectio IV et V); dans le second, il affronte le problème de la “démythisation” moderne de la Révélation du point de vue rationaliste, en en dénonçant l’approche profondément antimétaphysique, donc antirationnelle (pages 93- 109).

[4] S. Th., Ia, q. 67. Pour l’ unitas ordinis dans la distinction et dans l’inégalité cf. Ibidem, a. 3, c. : “quaecumque autem sunt a Deo, ordinem habent ad invicem et ad ipsum Deum”.

[5]Hoc habet ordo divinae providentiae, non solum in angelis, sed etiam in toto universo, quod inferiora per superiora administrantur” S.Th., Ia, q. 112, a.2.

[6] A. PIOLANTI, La Comunione dei Santi, cit., p. 298.

[7] Ibidem, pp. 298, 299.

[8] S. Th., Ia, q. 111, a. 1, c.

[9] Ibidem, ad 3. Sur la possibilité d’influencer l’imagination cf. aussi l’article 3 de la même question.

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 14:34
  • Les Statuts de l’IBP sont en danger
  • Les recours ne sont pas irrecevables

 

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Les seuls qui peuvent parler librement?

 

13 octobre 2013, Anniversaire de la dernière apparition de Fatima

 

Alors que l’on se recueille pour “la paix du Christ dans le Royaume du Christ”, en ce jour où a été annoncé le renouvellement de la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, cette revue informe ses lecteurs des nouvelles concernant la situation interne du Bon Pasteur.

Après notre dernier éditorial, l’hypothèse de remettre en question le transfert en Colombie a été suggérée au Directeur; il s’agit du transfert qui a été délibéré par le Commissaire à cause de l’avant-dernier article (et maintenant, bien entendu, en raison des recours à la Signature, “in suspensivo”). De toute évidence, la réponse à cette proposition ainsi qu’à d’autres de ce genre a été que le point névralgique n’est pas celui-ci. Si un clignotant rouge s’allume sur le tableau de bord, ce n’est pas en la couvrant que le problème est résolu. Même si la destination était la tant aimée terre d’Italie, la chose en soi ne changerait donc pas vraiment. Peut-être cette proposition voudrait-elle signifier une reconsidération de la politique du bâillon, politique que l’on voulait imposer à cette revue (lire "Disputationes ne se laisse pas bâillonner")?  Nous ne voyons pas toutefois des éléments stables et solides en ce sens.

En tout cas, nous remarquons que le dernier éditorial n’a pas non plus été accueilli avec indifférence: il n’en est rien, il a au contraire concouru à susciter les réactions les plus diverses. Certains, qui sont même loin de nos positions (parmi lesquels des catholiques non pratiquants et même des non catholiques), nous ont témoigné leur estime, parfois d’une façon surprenante et émouvante. D’autres, qui nous sont théoriquement plus proches,  “sont pour nous” dans le privé pour que les recours soient accueilli par la Signature Apostolique, mais risquer de se compromettre à titre personnel, certainement pas! Mais quel sens a de venir dans l’IBP pour ensuite s’installer dans  le “Marais”? Enfin, d’autres encore ont manifesté un certain scepticisme et des difficultés à comprendre ce que signifie le recours au Tribunal de la Signature. Nous essayons donc d’illustrer ultérieurement, tout en savant néanmoins que les “vérités ennuyeuses” seront difficilement comprises de tous… Ce sont justement et malheureusement ceux-là les aspects les plus douloureux de cette affaire.

La signification de cet acte est avant tout celui de ne pas laisser à moitié une bataille idéale, en faisant marche arrière au premier obstacle (avec une mentalité plus mondaine que chrétienne). Une bataille identitaire en faveur des spécificités de l’IBP, sans lesquelles pourquoi ne pas aller – par exemple – dans la Fraternité Saint Pierre actuelle? Pourquoi préférer l’IBP? Uniquement parce que l’organigramme de la FSSP est déjà complet?

Une bataille pour le droit et la justice. Une bataille pour la franchise ecclésiale. Une bataille contre le cancer du servilisme et de l’opportunisme dans l’Église. Si nous nous battons, si nous continuons de nous battre, c’est pour ces valeurs. Ces dernières semaines, un journaliste libéral écrivait, à propos d’autres problèmes :  “C’est un piège que de penser de se rendre […] Et puis que l’on ne sous-estime pas que dans la vie, outre les questions économiques, il arrive que l’on doive perdre même en dignité et principes”. Comment est-il possible que des ecclésiastiques traditionnels ne comprennent pas ce qu’un journaliste libéral semble comprendre? Quant à nous, nous nous sommes dit: quoique dise le Tribunal de la Signature, nous aurons fait notre devoir.

Cette initiative comporte ensuite un important aspect de clarification: elle est aussi un “papier de tournesol”, moyennant lequel la Providence nous donne des signaux pour le futur.

Quelques éléments ultérieurs de clarification en effet sont déjà en train d’émerger. Un recours avait été envoyé à la Signature aussi bien à propos d’aspects variés (par don Stefano Carusi), que, et surtout, à propos du  remaniement du corps électoral (par ce dernier et par deux autres prêtres). Une première réponse sur le premier point nous est déjà parvenue et a, en attendant, fourni l’élément suivant:

Ad rationes cognoscendas de necessaria Superioris Generalis electi confirmatione quod attinet, attendendum est in casu non agi de actu administrativo singulari, sed potius, uti Rev. dus Recurrens innuit, de mutatione statutorum, ex qua, tamen, si et quatenus, gravatus erit Superior generalis electus.” (Supremum Apostolicae Signaturae Tribunal, Prot. n. 48339/13 CA PICTAVIEN., Electionis Rev.dus St. Carusi- Pontificia Commissio “Ecclesia Dei”, 17 sept. 2013, p. 2).

“En ce qui concerne les raisons demandées à propos de la confirmation nécessaire du Supérieur Général dont il est question, il faut considérer que, dans ce cas spécifique, il ne s’agit pas d’un acte administratif singulier, mais, comme le Révérend Appelant l’indique, d’un changement des Statuts,  duquel sera toutefois grevé, si possible, le Supérieur Général élu.” 

Ceux qui se leurraient donc que la préoccupation pour les Statuts (et surtout pour ce qu’ils expriment) ne soit pas fondée, se trouvent fortement contredits par le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique lui-même : le problème existe – il est en effet expressément évoqué – et stimule chacun à prendre position avec cohérence. Les Statuts, approuvés il y a seulement quelques années par le Saint Siège, courent le risque d’être modifiés prochainement : et cela non pas suite à un choix libre, transparent, mais presque en sourdine, avec comme une sorte de blitz. Pouvons-nous accepter tout cela en silence?

En ce qui concerne le problème en général, et tout spécialement le second point, c’est-à-dire le remaniement du corps électoral, une autre missive envoyée par la Signature à Don Stefano Carusi (Prot. 48339/13 CA PICTAVIEN. Electionis - 4 octobre 2013) informe que le recours a été admis aux phases ultérieures de la procédure. Donc, au-delà de ce que sera le résultat final, nous pouvons au moins dire que le problème présenté n’était pas absurde ni irrecevable… Il faudra encore un peu de patience: bien, nous avons justement quelques articles de théologie “en suspens”, dont nous aurons peut-être le temps de nous occuper.

                                     La Rédaction de Disputationes Theologicae

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 21:29

Et nouvelle menace au directeur de cette revue

 

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Les fôrets de la Colombie, le lieu idéal pour faire entendre sa voix…comme en Sibérie…

 

14 septembre 2013, Exaltation de la Sainte Croix

 

Nous ne pouvons pas dire grand-chose de l’“élection”, déclarée, de l’abbé Philippe Laguérie au rôle de Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur parce que - comme nos lecteurs attentifs se souviendront certainement - le recours au Tribunal de la Signature Apostolique sur l’altération du corps électoral qui en est la base est encore pendant. Nous avons su qu’il est en train d’être examiné et quand il y aura une réponse (quelle qu’elle soit), nous pourrons en dire plus: mais, pour le moment, nous respectons une cause sub iudice et nous attendons.

 

En fait, comme il est écrit dans notre dernière édition, quelque soit le résultat obtenu lors de l’ « élection » du 31 Aout  grâce à un remaniement injustifié du Chapitre (comme nous l’avons dénoncé dans les détails, d’abord de façon réservée et ensuite publique), nous n’aurions pu y accorder trop d’importance. «À chaque jour suffit sa peine», et sans précipitations, voici quelles sont les douleurs et les joies d’aujourd’hui.

 

À ceux qui aiment réellement Rome (romains critiques, parce que romains passionnés!), le discrédit que, de cette manière  Elle reçoit, est douloureux. Certains diront que le préjudice vient de nous, en ne gardant pas sous silence ce qui se passe “dans les coulisses”. Cette Rédaction (directeur et collaborateurs, clercs et fidèles laïcs), qui a toujours tenté de procéder par étapes, répond publiquement : l’alternative réelle à une discussion à la lumière du jour, c’est-à-dire la médisance en privé et la duplicité réelle, est-ce mieux? La diffamation dans le dos, avec cette attitude de “bavardage”, dont a mis en garde, d’un ton très sévère, le Saint Père François - autant applaudi que peu écouté - est-elle meilleure? Cette logique, est, de plus, celle qui a mené à de longues réticences sur les graves scandales, connus maintenant même aux chroniques, des réticences qui, selon le témoignage du Saint Père Benoit XVI, ont justement fini par augmenter le scandale général et le discrédit populaire injuste envers notre Sainte Mère l’Église : si bien que nous pouvons vraiment dire errare humanum est, perseverare diabolicum!

 

Et certains en sont même arrivés au point de notifier au Directeur de ce site, mais en la divulguant immédiatement aux membres du Chapitre réunis justement pendant la retraite pré-électorale, la “sanction” d’un transfert en Colombie à cause du dernier article de cette revue libre! Naturellement, au bâillonnement moyennant “bâton” du Commissaire Forgeot - insouciant de son “conflit d’intérêts” - nous avons répondu de la même façon qu’au bâillonnement moyennant “la carotte” de l’abbé Laguérie (le soir du 3 juillet 2012, quand il fallait se taire sur l’affaire du bulletin remplacé qui lui permit l’égalisation, il fit alors remarquer que l’Assistant devait encore être élu…): «Non Possumus» est la réponse.

 

Mais que dire des sanctions contre ceux qui avancent des objections argumentées - au lieu des réponses invoquées (desquelles il n’y a pas de trace) - sanctions intimées par ceux qui sont partie en cause et justement dans les jours immédiatement précédents la délicate votation ? Avec quelle sérénité, avec quelle liberté aliénée par toutes  sortes de craintes impropres a-t-on voté?

 

Et il est attristant qu’un homme, un prêtre, qui, parfois, a été même courageux, puisse être pris dans le tourbillon du pouvoir au point d’accepter d’être “élu”, après un telle altération du corps électoral et une telle intervention “extérieure”, avec seulement quatre voix sur les neuf ayant droit du Chapitre remanié!

 

Au lieu des douze du Chapitre original, un nouveau Chapitre a été créé de neuf membres: et malgré cela, il n’est pas arrivé à plus de quatre voix, dont la sienne et celle de son secrétaire. Et puis, il n’est pas surprenant que, in loco, en marge de cette “élection”, il ait été dit par un des présents : “ça, c’est un coup d’Etat…”! Mais, comment a-t-il pu accepter?

 

Il est clair qu’objectivement - comme nous l’avions écrit et après que quelqu’un de nous in camera charitatis et en le regardant dans les yeux, l’ait à plusieurs reprises mis en garde de la voie qu’il était en train de prendre - il a les conditions idéales pour consentir que l’Institut soit dirigé de l’extérieur moyennant un “guide fantoche”, peut-être fort avec les faibles, mais certes faible avec les forts…, en essayant de sauver en même temps (grâce à l’imposition du silence) l’orgueil et l’assiette.

 

D’une façon plus large - parce qu’il serait erroné de personnaliser - les tentatives de justification n’ont jamais manqué aux opportunistes, mais il reste la question: pourquoi alors avons-nous pris cette voie? Pourquoi avons-nous fait certains choix difficiles? Est-il possible d’être aveugles au point de ne pas voir que l’histoire montre la myopie  de certaines “roublardises” politicardes? Mère de la Sainte Esperance, convertissez-nous!

 

C’est au contraire une joie, comme nous l’avons aussi écrit, de voir comment la Bonne Providence, moyennant les épreuves, les purifications douloureuses, passe au crible les cœurs et les dévoile, l’un après l’autre. Combien est chrétienne et féconde «la voie royale de la Sainte Croix» (L’imitation du Christ), si la maxime de Saint Augustin: «la racine de la désorientation actuelle ne réside pas tant dans la force de l’erreur, mais dans la faiblesse de ceux qui devraient témoigner la vérité» est vraie.

 

Et cela réjouit enfin de lire, de la plume de séminaristes qui ne veulent pas finir ainsi, des témoignages dont l’esprit est tout autre…

 

 

-     «Rappelons-nous combien il est chose vaine de se goinfrer d’autre

       chose que de servir Dieu et combien cela est dangereux et nuisible» 

       (extrait librement des écrits de Saint Jean de la Croix).

 

-      Oculi Domini super justos:

        et aures eius in preces eorum.

        Vultus autem Domini super facientes mala:

        ut perdat de terra memoriam eorum (Ps 33).

 

-      Deus, iniqui insurrexerunt super me,

        et synagoga potentium quaesierunt animam meam:

        et non proposuerunt te in conspectu suo.

        Et tu, Domine, Deus miserator et misericors,

        patiens, et multae misericordiae, et verax (Ps. 85).

 

-    «Que la Sainte Vierge nous donne, lors de la fête du Saint Nom de Marie, les aspirations grâce auxquelles Jean Sobjesky n’a pas choisi le profit politique immédiat (au contraire…), mais le bien commun».

 

 

En avant, avec patience et détermination, confiants dans l’aide des Cœurs de Jésus et Marie avec la petite “goutte d’eau” qu’apporte notre libre arbitre, «en cheminant, en édifiant et en confessant avec la Croix du Christ» (S.S. le Pape François – le 14 mars 2013, Homélie dans la Chapelle Sixtine).

 

 Le Directeur et la Rédaction de Disputationes Theologicae

 

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