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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 21:29

Et nouvelle menace au directeur de cette revue

 

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Les fôrets de la Colombie, le lieu idéal pour faire entendre sa voix…comme en Sibérie…

 

14 septembre 2013, Exaltation de la Sainte Croix

 

Nous ne pouvons pas dire grand-chose de l’“élection”, déclarée, de l’abbé Philippe Laguérie au rôle de Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur parce que - comme nos lecteurs attentifs se souviendront certainement - le recours au Tribunal de la Signature Apostolique sur l’altération du corps électoral qui en est la base est encore pendant. Nous avons su qu’il est en train d’être examiné et quand il y aura une réponse (quelle qu’elle soit), nous pourrons en dire plus: mais, pour le moment, nous respectons une cause sub iudice et nous attendons.

 

En fait, comme il est écrit dans notre dernière édition, quelque soit le résultat obtenu lors de l’ « élection » du 31 Aout  grâce à un remaniement injustifié du Chapitre (comme nous l’avons dénoncé dans les détails, d’abord de façon réservée et ensuite publique), nous n’aurions pu y accorder trop d’importance. «À chaque jour suffit sa peine», et sans précipitations, voici quelles sont les douleurs et les joies d’aujourd’hui.

 

À ceux qui aiment réellement Rome (romains critiques, parce que romains passionnés!), le discrédit que, de cette manière  Elle reçoit, est douloureux. Certains diront que le préjudice vient de nous, en ne gardant pas sous silence ce qui se passe “dans les coulisses”. Cette Rédaction (directeur et collaborateurs, clercs et fidèles laïcs), qui a toujours tenté de procéder par étapes, répond publiquement : l’alternative réelle à une discussion à la lumière du jour, c’est-à-dire la médisance en privé et la duplicité réelle, est-ce mieux? La diffamation dans le dos, avec cette attitude de “bavardage”, dont a mis en garde, d’un ton très sévère, le Saint Père François - autant applaudi que peu écouté - est-elle meilleure? Cette logique, est, de plus, celle qui a mené à de longues réticences sur les graves scandales, connus maintenant même aux chroniques, des réticences qui, selon le témoignage du Saint Père Benoit XVI, ont justement fini par augmenter le scandale général et le discrédit populaire injuste envers notre Sainte Mère l’Église : si bien que nous pouvons vraiment dire errare humanum est, perseverare diabolicum!

 

Et certains en sont même arrivés au point de notifier au Directeur de ce site, mais en la divulguant immédiatement aux membres du Chapitre réunis justement pendant la retraite pré-électorale, la “sanction” d’un transfert en Colombie à cause du dernier article de cette revue libre! Naturellement, au bâillonnement moyennant “bâton” du Commissaire Forgeot - insouciant de son “conflit d’intérêts” - nous avons répondu de la même façon qu’au bâillonnement moyennant “la carotte” de l’abbé Laguérie (le soir du 3 juillet 2012, quand il fallait se taire sur l’affaire du bulletin remplacé qui lui permit l’égalisation, il fit alors remarquer que l’Assistant devait encore être élu…): «Non Possumus» est la réponse.

 

Mais que dire des sanctions contre ceux qui avancent des objections argumentées - au lieu des réponses invoquées (desquelles il n’y a pas de trace) - sanctions intimées par ceux qui sont partie en cause et justement dans les jours immédiatement précédents la délicate votation ? Avec quelle sérénité, avec quelle liberté aliénée par toutes  sortes de craintes impropres a-t-on voté?

 

Et il est attristant qu’un homme, un prêtre, qui, parfois, a été même courageux, puisse être pris dans le tourbillon du pouvoir au point d’accepter d’être “élu”, après un telle altération du corps électoral et une telle intervention “extérieure”, avec seulement quatre voix sur les neuf ayant droit du Chapitre remanié!

 

Au lieu des douze du Chapitre original, un nouveau Chapitre a été créé de neuf membres: et malgré cela, il n’est pas arrivé à plus de quatre voix, dont la sienne et celle de son secrétaire. Et puis, il n’est pas surprenant que, in loco, en marge de cette “élection”, il ait été dit par un des présents : “ça, c’est un coup d’Etat…”! Mais, comment a-t-il pu accepter?

 

Il est clair qu’objectivement - comme nous l’avions écrit et après que quelqu’un de nous in camera charitatis et en le regardant dans les yeux, l’ait à plusieurs reprises mis en garde de la voie qu’il était en train de prendre - il a les conditions idéales pour consentir que l’Institut soit dirigé de l’extérieur moyennant un “guide fantoche”, peut-être fort avec les faibles, mais certes faible avec les forts…, en essayant de sauver en même temps (grâce à l’imposition du silence) l’orgueil et l’assiette.

 

D’une façon plus large - parce qu’il serait erroné de personnaliser - les tentatives de justification n’ont jamais manqué aux opportunistes, mais il reste la question: pourquoi alors avons-nous pris cette voie? Pourquoi avons-nous fait certains choix difficiles? Est-il possible d’être aveugles au point de ne pas voir que l’histoire montre la myopie  de certaines “roublardises” politicardes? Mère de la Sainte Esperance, convertissez-nous!

 

C’est au contraire une joie, comme nous l’avons aussi écrit, de voir comment la Bonne Providence, moyennant les épreuves, les purifications douloureuses, passe au crible les cœurs et les dévoile, l’un après l’autre. Combien est chrétienne et féconde «la voie royale de la Sainte Croix» (L’imitation du Christ), si la maxime de Saint Augustin: «la racine de la désorientation actuelle ne réside pas tant dans la force de l’erreur, mais dans la faiblesse de ceux qui devraient témoigner la vérité» est vraie.

 

Et cela réjouit enfin de lire, de la plume de séminaristes qui ne veulent pas finir ainsi, des témoignages dont l’esprit est tout autre…

 

 

-     «Rappelons-nous combien il est chose vaine de se goinfrer d’autre

       chose que de servir Dieu et combien cela est dangereux et nuisible» 

       (extrait librement des écrits de Saint Jean de la Croix).

 

-      Oculi Domini super justos:

        et aures eius in preces eorum.

        Vultus autem Domini super facientes mala:

        ut perdat de terra memoriam eorum (Ps 33).

 

-      Deus, iniqui insurrexerunt super me,

        et synagoga potentium quaesierunt animam meam:

        et non proposuerunt te in conspectu suo.

        Et tu, Domine, Deus miserator et misericors,

        patiens, et multae misericordiae, et verax (Ps. 85).

 

-    «Que la Sainte Vierge nous donne, lors de la fête du Saint Nom de Marie, les aspirations grâce auxquelles Jean Sobjesky n’a pas choisi le profit politique immédiat (au contraire…), mais le bien commun».

 

 

En avant, avec patience et détermination, confiants dans l’aide des Cœurs de Jésus et Marie avec la petite “goutte d’eau” qu’apporte notre libre arbitre, «en cheminant, en édifiant et en confessant avec la Croix du Christ» (S.S. le Pape François – le 14 mars 2013, Homélie dans la Chapelle Sixtine).

 

 Le Directeur et la Rédaction de Disputationes Theologicae

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 09:15

Nous recevons et nous répondons.


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La vraie Romanité est le culte du Droit.


22 août, Fête du Cœur Immaculé de Marie

 

J’ai lu ce qui est écrit sur les tentatives de manipuler “en cours d’opération” le corps électoral qui doit réélire le Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur, des tentatives qui me rappellent celles avec le “clergé jureur”. Une curiosité: après ces élections (façon de parler) comment a changé le corps électoral par rapport à celui qui avait procédé à l’élection controverse de juillet 2012? Est-il plus ou moins favorable à la ligne de l’abbé Laguérie?

Giacomo Santini” 

 

Nombreux sont ceux qui nous ont déjà interpellés sur l’affaire de l’Institut du Bon Pasteur en appréciant aussi le travail d’information exercé par notre revue. Ce sont évidemment des prêtres qui appartiennent à d’autres sociétés dépendant de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, mais aussi des membres de la Fraternité Saint-Pie X, qui observent avec beaucoup d’attention comment se comporte la Commission Ecclesia Dei: veut-on réellement laisser faire l’ “expérience de la Tradition” dans un climat de sérénité et de franchise ecclésiale appropriée, ou bien la contrepartie des cérémonies liturgiques est-il le bâillonnement et même l’adhésion contre conscience à l’opinion dominante ? Nous verrons.

Supposant que l’on se rappelle la série d’articles publiés sur ce même sujet,  nous renvoyons à ces derniers pour une relecture opportune et nous nous limitons ici à approfondir la réponse, à laquelle nous avons déjà fait allusion, à la question spécifique présentée dans cette lettre. Le 4 juin, le Père Abbé Dom Forgeot, le Commissaire de l’IBP, avait convoqué une réunion pour tous les membres de l’IBP, initialement pour discuter et chercher une pacification ; quelques jours avant cette date, il a communiqué que cette réunion devenait une session électorale pour renouveler les membres électoraux du Chapitre, lesquels au contraire - élus en décembre 2011 et approuvés ensuite par la Commission E.D. - restent en fonction, d’après les Statuts, pendant six ans. En bref : six Capitulaires ont été ainsi destitués sans aucune motivation canonique et en absence de toute dérogation manifeste en matière - deux de droit et quatre élus - sur un total de douze en fonction, ce qui, de la sorte, altérait le collège électoral.

Avant cela, le Rév.me Dom Forgeot a voulu rencontrer les Capitulaires et les autres prêtres pour leur demander comment ils entendaient interpréter les Statuts et comment ils voulaient appliquer le chapitre relatif à la “célébration exclusive dans le rite traditionnel”. Il a été expressément demandé quel était la disponibilité à la célébration dans le Novus Ordo et quelle était la position doctrinale de chacun. Parfois, le Père Abbé a invité, en privé,  à suivre l’exemple de sa communauté en adoptant un certain biritualisme, même si d’une façon réduite. En quoi cela concerne-t-il le problème canonico-électoral ? Sur quelle base a eu lieu la “mise sous Commissaireˮ de l’IBP ? Uniquement en raison d’une élection “controversée” du Supérieur ? Dans ce cas, convoquez alors les douze capitulaires en fonction et que ces douze votent à nouveau. C’est simple. Par contre, si le problème est la position doctrinale du Bon Pasteur de 2006, que le Saint Siège a aussi déclaré admissible par la volonté expresse du Saint Père Benoît XVI (et Son Excellence Mgr Di Noia a, lui aussi, reconnu qu’au moins à l’intérieur de l’IBP certaines invitations peuvent être légitimement discutées : cf. Plutôt que la Commission Pontificale Ecclesia Dei, c’était donc le servilisme… ), ne serait-il pas juste de dire ouvertement que les accords ne sont valables que pendant quelques années, plutôt que de modifier les membres du Chapitre ?

Toutefois, au-delà des intentions, Dom Forgeot destituait de la fonction de Capitulaires et donc d’électeurs du Supérieur – sans qu’aucun critère juridique ne soit connu – les membres suivants, quatre desquels avaient été élus lors de l’élection de juillet 2012 et même désignés, à cette élection, pour la fonction d’Assistants Généraux et Conseillers (!) :

Abbé Paul Aulagnier

Ks.  Leszek Kròlikowski                 

Abbé Louis-Numa Julien

Don Stefano Carusi

Abbé Vincent Baumann

Abbé Matthieu Raffray

 

À la réunion “pacificatrice” du 4 juin, qui venait d’être transformée à l’improviste en une section électorale “belliqueuse”, seulement une petite partie des membres du Bon Pasteur s’est présentée, en reniant ainsi – qui explicitement et qui implicitement – un acte inadmissible.

      Mais un autre problème s’est présenté. Le Commissaire avait prévu un règlement pour le vote, qui fixait un quorum minimum pour la validité de cette élection. Ce quorum n’a pas été atteint, pas même en intégrant les quatre membres déjà sortis de l’Institut et maintenant en service dans le diocèse, qui ont été rappelés ad hoc , et après que deux desquels, pratiquants le Novus Ordo, se s’étaient même présentés (abbé Fournier et abbé Cecchin). Le Commissaire Dom Forgeot a décidé de faire tout de même voter, en violant la règle qu’il avait lui-même établie pour la validité de ce vote. L’élection a eu lieu en soutenant que l’on aurait vu par la suite si elle était valable ou non.


Les membres élus ont été les suivants :  

-   Abbé Guillaume de Tarnoüarn, dont il faut reconnaître la franchise d’avoir soutenu depuis longtemps – sans double jeu – la nécessité d’une “ouverture” n’excluant pas la possibilité d’une “adaptation” des Statuts vers une voie plus conciliante.

-   Abbé Vincent Baumann, prêtre qui – avec la même franchise et le même possibilisme – a affirmé à plusieurs reprises être disponible à concélébrer, bien que ne le faisant pas par obéissance aux Statuts.

-    Abbé Jean-François Billot, secrétaire personnel de l’abbé Laguérie.

 

Ceci dit, le Commissaire, qui s’était d’abord trouvé “embarrassé”, c’est lui-même qui l’écrit, a affirmé qu’il allait attendre des ordres supérieurs.

Voilà la raison pour laquelle le communiqué suivant est apparu sur le soi-disant site du Bon Pasteur de la part du  webmaster, le Secrétaire personnel de l’abbé Laguérie (lequel ne voulut pas remettre les codes d’accès à ce site, pas même lors de l’élection capitulaire, après sa démission, préférant ne pas les révéler à son successeur) :

 

Par autorisation spéciale du Supérieur Général de l'Institut du Bon Pasteur et délégué plénipotentiaire du Saint-Siège, le Révérendissime Père abbé Dom Forgeot, et sur son ordre expresse, nous publions sur ce site unique et officiel du Bon Pasteur [excusatio non petita…], la dernière lettre de notre Supérieur Général qui fait le point sur la situation actuelle de notre Institut. C'est dire aussi qu'avec notre Supérieur Général et derrière lui, nous attendons avec impatience, dans la prière la loyauté et la confiance, la résolution de la crise. Nous invitons tous les fidèles à se joindre à nos prières pour que le mois de septembre connaisse la résurrection de notre cher institut. Nous les en remercions bien sincèrement.

Ce mail de notre Supérieur est du premier juillet 2013.

 

+ PAX


Chers Membres de l'Institut du Bon Pasteur,

Depuis notre réunion du 4 juin dernier, vous êtes tous très présents à ma pensée et à ma prière.

Le 9 de ce même mois, j'ai écrit à S.Exc. Mgr Di Noia pour lui rendre compte de ma mission. A propos de l'embarras dans lequel je me suis trouvé pour l'élection du " troisième tiers", je lui disais:"Je me suis souvenu d'un passage de la Règle de S.Benoît, au chapitre 64ème, sur l'élection de l'abbé:. N'y a-t-il pas là une certaine analogie avec notre situation actuelle? J'ai pris la responsabilité de procéder au vote, tout en disant aux électeurs que j'avais bien conscience de cette irrégularité et que je m'en ouvrirais à vous en toute franchise, en sollicitant de votre part une sanatio ou une dérogation, étant dans la disposition de me ranger sans hésitation à votre décision".

 

Le jour de la fête des SS. Apôtres Pierre et Paul, je recevais la lettre suivante, datée du 20 juin et signée par Mgr Di Noia:

"TRP, votre lettre en date du 9 juin dernier a exposé les difficultés rencontrées au cours de l'élection du troisème tiers des capitulants appelés à élire prochainement le nouveau Supérieur général de l'Institut du Bon Pasteur. Vous y avez joint le texte de la conférence que vous avez donnée à Fontgombault aux membres de cet Institut. 

Cette Commission pontificale vous remercie très vivement pour l'ensemble de votre action. Puisque les statuts de l'Institut ne prévoient nul quorum pour ce type d'élection (cf. chap. V, art. 4), elle vous invite à poursuivre votre mission. 

 

Nous apprenons donc que, après avoir connu les noms des élus, le Commissaire Dom Forgeot a estimé que l’élection pouvait être valable, en demandant la confirmation à la Commission, laquelle – dans le texte connu – approuve avec une formule générale, mais sans s’exprimer clairement à propos du problème canonique qui a été soulevé. Il est certain qu’en lisant le communiqué du Secrétaire personnel de l’abbé Laguérie, on se demande si c’est un homonyme de celui qui assaillait Saint Germain l’Auxerrois, de cet “incontrôlable curé de Saint Nicolas du Chardonnet” devenu si docilement “vatican” (tout au moins en public) qu’il faisait maintes fois des jeux de mots à propos des phrases statutaires qui expriment nos spécificités ; en nous demandant si c’est aussi ce même prêtre qui, en tant que Supérieur du Bon Pasteur, s’installait à Poitiers en siège vacant, en bravant l’épiscopat français (pour fermer peu de mois après) et qui maintenant dit « Rome, Rome, Rome », « obéissance et silence, obéissance et silence » face à toute mesure qui « doit l’aider à réorganiser les élections», comme  affirme le texte de la “désignation du Commissaire”.  Le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique a justement été interpellé sur la compréhensibilité canonique de cette phrase énigmatique et sur sa légitimité juridique, ainsi que sur sa correspondance aux normes les plus élémentaires de correction et de justice. Ce qui aura lieu le 31 août est – évidemment et si les choses restent comme elles le sont – dénué de toute valeur quelconque aux fins de l’élection du Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur. Au prochain épisode.

                                                                                                          La Rédaction

 

 

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 10:16

Les développements de l’affaire de l’Institut du Bon Pasteur. 

 

25 juillet 2013, Saint Jacques le Majeur, apôtre

 

pio-VI-caccia-gli-emissari-della-rivoluzione.jpg"Non possumus"

 

Comme cela a été annoncé et promis, Disputationes Theologicae continue, en restant, comme il se doit, fidèle à la ligne de la franchise ecclésiale et de la critique constructive, à informer sur les développements de l’affaire de l’IBP. Et cela sans agir d’une façon précipitée – comme cela est évident à tout observateur attentif – mais toutefois en tentant de persévérer dans cet amour de la vérité, bien que difficile, qui nous a poussé à parler (et cela aussi avec une visibilité appropriée)  à propos d’autres sujets. De sorte que, après avoir prudemment suivi  « l’échelle » évangélique, nous publions aussi les actes récemment établis, qui – nous l’estimons – parlent d’eux-mêmes.

Nous ne perdons pas non plus de vue – contrairement à la si fréquente démagogie – que les pressions sont un aspect très important, mais que ce n’est pas le seul : le facteur principal est comment nous nous rapportons à celles-ci, libre arbitre après libre arbitre. C’est en effet la présence fréquente de ce second facteur, le facteur intérieur, ce qui laisse le champ au premier. Observons l’histoire récente (qui – hélas, est si rarement magistra vitae…), par exemple l’histoire ecclésiastique : si les hommes d’Église “de bonne doctrine” avaient amplement préféré le bien de la cause au bien personnel (ou au mirage de celui-ci …), si au moins les “bons ” avaient été disponibles pour s’exposer personnellement sans trop de calculs opportunistes – d’une fausse prudence uniquement humaine – et cela de façon stable, la crise moderniste n’aurait-elle pas pu nuire beaucoup moins ? Peut-être le Seigneur nous aurait-il même épargné totalement ce châtiment. D’autre part, ces épreuves ont le grand mérite de dévoiler les cœurs et de les passer au crible un par un.

Voilà donc les actes qui ont été établis au cours de ces derniers mois. Et cela en observant, sans anxiété, les signes de la Providence et pendant que pratiquement toutes les activités ordinaires, les joies assouvissantes du sacerdoce et du Séminaire, continuaient comme toujours. Nous nous en remettons à cette Providence par l’intercession de la Vierge Marie, sans hâte, pour le futur aussi. Fiat voluntas Tua.   

Pour la version originale en langue italienne des documents voir ici.

 

1 -  Préavis de recours au Tribunal Suprême de la Signature Apostolique envoyé au Révérendissime Dom Antoine Forgeot le 29 mai 2013

 

Au Révérendissime Père Abbé

Dom Antoine Forgeot en tant qu’exécuteur de la Commission Ecclesia Dei

 p. c. À la Révérendissime Commission Ecclesia Dei

 

Objet : préavis de recours

 

Courtalain,  le 29 mai 2013

Révérendissime Père Abbé,

                                 après avoir présenté le texte annexé ci-après, et vu que j’ai reçu en réponse des phrases au ton menaçant, mais sans présentation d’arguments aux problèmes que j’ai avancés, et vu que je n’ai pas reçu l’envoi des documents de nature publique que j’ai demandés, y compris le ou les décrets du 18 juillet et/ou du 19 juillet (les dates et les objets qui m’ont été fournis ne coïncident pas) et le rapport du canoniste qui représente la Commission au Chapitre, le Rév. Père Poquet de Haut-Jussé (dont le nom a été, au dire de l’abbé Laguérie, établi discrètement avec Mgr Guido Pozzo);

après que je vous ai confidentiellement envoyé, à vous, Révérendissime Père Abbé, un texte avec quelques questions qui m’a été renvoyé, et après avoir expédié de nouveau le même texte, sans que je n’aie encore eu une réponse à mes questions;

par la présente, je communique que, dans les prochains jours, vu l’état des choses, je vais  désormais me voir contraint – à mon grand regret – à intenter un recours canonique exercé selon le Droit de l’Église Romaine.

En effet, si, suite à la réponse écrite de la Révérendissime Commission du 29 mai dernier, je reste sans aucune suite bienveillante, je vais devoir conclure que les termes de la supplicatio pourront être considérés désormais échus. Du fait que les réponses aux questions que j’ai formulées sur les motivations canoniques de l’annulation de l’élection de l’abbé Roch Perrel et du Conseil Général de l’IBP (dont la nullité reste sans être prouvée) – Conseil qui comprend le soussigné, qui, entre autre, résulte donc partie lésée –, ainsi que sur les raisons juridiques sous-jacentes à l’introduction de la confirmation des élus de la part de la Commission (un élément nouveau qui introduit subrepticement une norme non prévue par le Droit canonique ni par nos Statuts), ne me sont pas parvenues, je vais être obligé d’agir ad normam iuris, bien que j’aie, jusqu’à aujourd’hui, préféré et tenté des voies plus discrètes, tant que compatibles avec la charité fraternelle dans la vérité. Charitas in veritate.

Accessoirement à ce qui est exprimé ci-dessus, je me vois aussi obligé de présenter un recours concernant le remaniement du corps électoral capitulaire, qui, outre le fait que ce remaniement est contraire au Droit et à nos Statuts, semble aussi être contraire à la justice naturelle la plus élémentaire (les résultats en seraient objectivement altérés et pourraient sembler “orientés”). 

Je n’ai pas l’intention de décrire ici la pratique singulière de convocation à laquelle nous avons assisté jusqu’à aujourd’hui, qui me semble tout au moins juridiquement discutable, si ce n’est catégoriquement ‘a-juridique’.

Je précise en outre, pour exprimer filialement ce que j’ai sur le cœur et le présenter à votre évaluation paternelle, qu’une telle procédure me paraît imprudente en ce qui concerne la continuation sereine de l’activité de l’Institut (qui – objectivement et abstraction faite des intentions personnelles – reste l’objectif primaire de toute intervention) et pourrait paraître inconvenante au bien d’une société déjà si tourmentée par les pressions réitérées dans le but d’en altérer l’identité, une identité reconnue par les Statuts voulus par le Souverain Pontife Benoît XVI.

Il va de soi – évidemment – qu’un recours à la Prima Sedes est par essence un acte public, qu’il ne serait par conséquent pas inconvenant d’annoncer publiquement ; toutefois,  je désire ardemment que les voies interlocutoires puissent être activées dans un délai convenable qui précède le 4 juin, date jusqu’à laquelle je continuerai d’espérer.

Qu’il me soit permis de rappeler que des interventions semblables ont objectivement engendré, abstraction faite des intentions des auteurs, des ruptures et des durcissements douloureux, qui résultent être les pires ennemis du terrain d’un saint esprit de communion. Avec la tristesse que j’éprouve en constatant que l’histoire du “monde traditionaliste”  semble n’avoir rien enseigné – tant dans le cas de Mons. Lefebvre, où la rupture aurait pu être évitée à temps, que dans le cas de la Fraternité Saint Pierre en l’An Saint 2000, où la lourde « mise sous Commissaire » et les manigances et pressions (dont des prêtres de cette Fraternité nous ont confié le conditionnement douloureux) ont renforcé le climat de défiance qui a suivi dans des secteurs variés de ce monde – je garde l’espoir que l’on ne s’obstinera pas à suivre une ligne qui suit plutôt la politique de la terre brûlée plutôt que celle de la paix et de l’union, dans la vérité et dans la charité, où nous mène cette agréable fête du Très Saint Sacrement.

En toute franchise évangélique et dans la prière à Marie Reine. 

                                                                                                    
Don Stefano Carusi

 

 

Le texte antérieur mentionné ci-dessus, de nouveau envoyé, était le suivant:

Suit l’annexe:

 

ANNEXE

 

Instance à la Commission Pontificale Ecclesia Dei

 

À Son Excellence Révérendissime  Mgr Gerhard L. Müller

A Son Excellence Révérendissime  Mgr J. Augustine Di Noia

p.c. au Révérendissime Père Abbé Dom Antoine Forgeot

 

                                 Courtalain, le 8 mai 2013,
Apparition de Saint Michel Archange
et Supplication à Notre-Dame du Rosaire

 

Excellences Révérendissimes,

                     le 4 mai 2013, j’ai été mis au courant de la lettre aux membres de l’Institut du Bon Pasteur, que Vos Excellences ont voulu nous faire parvenir moyennant l’expédition du Révérendissime Dom Forgeot, qui est partie de Fontgombault le 1 mai 2013.

J’ai lu à cœur ouvert les exhortations à la paix et à la réconciliation ; et je me réjouis d’avoir été en syntonie avec celles-ci, dans l’amour à la vérité et à la justice, dans mes tentatives suivantes : juillet 2012, septembre 2012, avril 2013. Malheureusement, comme la Révérendissime Commission nous l’écrit elle aussi, à mon grand regret, il n’a pas été possible d’arriver à une résolution raisonnable de la situation concrète. Une situation dans laquelle – sans animosité pour la personne, mais aussi sans aveuglement face aux faits – l’abbé Laguérie a publié, après avoir fait parvenir un bulletin électoral ad hoc, après avoir abandonné le Chapitre en plein déroulement, après avoir signé un document de renonciation à ses titres peu avant cet abandon, comme si de rien n’était des écrits de signe contraire, par Internet, déjà dès juillet 2012!

Par cette supplicatio, je présente, après avoir demandé conseil auprès de la Révérendissime Curie Romaine, quelques instances, à cette Commission et à tous les degrés prévus selon la pratique de notre Sainte Mère l’Église, sans, d’autre part, exclure de les considérer à nouveau.


Je vous présente donc, en premier degré, les trois instances suivantes:


Instance n. 1 – Je demande la copie du décret du 19 juillet 2012, un décret émis suite à je ne sais pas quelles informations et en tout cas inaudita altera parte, puisque le Secrétaire de l’époque de cette Commission, le Révérendissime Mgr Guido Pozzo avait répondu par courriel à l’abbé Perrel deux jours auparavant, en s’exprimant avec le ton de qui comprend tout, qu’il n’était disposé à écouter aucun des Capitulaires.

Instance n. 2 – Je demande les raisons juridiques qui ont amené à estimer nulle l’élection de l’abbé Perrel et du Conseil, y compris l’appelant, une élection que tous les Pères Capitulaires présents (plus des deux tiers des ayant droit) ont exercée et qui avait été réalisée uniquement après en avoir informé cette Révérendissime Commission et en avoir en vain demandé l’avis avant de continuer, sans recevoir aucun signe contraire de votre part. Quelles sont les raisons de la nullité de l’élection adoptée par l’abbé Laguérie, cela résulte en effet évident car, pour l’égalité de voix, fut essentiel un bulletin arrivé par correspondance et remplacé peu avant le scrutin par le Rév. Père Canoniste Poquet du Haut Jussé, que l’abbé Laguérie dit avoir concordé discrètement avec le Secrétaire de l’époque de cette Révérendissime Commission. Le contraste avec le Code étant flagrant (cf. can. 167), comme cela fut souligné lors du Chapitre (cf. Rapport du Secrétaire du Chapitre), la nullité est évidente, tout comme elle fut évidente pour les Capitulaires. Par contre, nous ne comprenons pas quel élément juridique aurait annulé l’élection, cette fois avec une majorité qualifiée, de l’abbé Perrel et de son Conseil. 

Instance n.3 – Je demande les raisons de la nécessité de confirmer celui qui sortira élu Supérieur de l’IBP aux prochaines élections, de la part de cette Commission, comme cela est précisé dans le décret du 15 avril 2013. Cet élément ne résulte pas présent dans le Code de Droit Canonique en vigueur, ni non plus dans nos Statuts, ce qui a été voulu (à l’époque ne nous a pas du tout été présenté comme transitoire) de l’Éminentissime Card. Castrillon Hoyos. Il est en effet évident, aujourd’hui malheureusement non pas partout avec certitude (comme cela sera certes bien connu à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi), que le Pontife Romain jouit du droit d’intervenir directement sans exceptions : mais vu qu’il s’agit de Statuts récemment approuvés par volonté directe – c’est ce que nous a dit le Card. Castrillon Hoyos – du S.S. Benoît XVI, il semble à l’appelant et aux sources qu’il a consultées que des éléments difformes éventuels doivent résulter approuvés directement et de façon spécifique par le Saint Père.


Restant dans l’attente des élucidations mentionnées ci-dessus, qui, en ce qui concerne les points n. 2 et 3, postulent évidemment aussi une question humble de reconsidération, je l’espère avec sérénité et je prie le plus possible, afin que l’éventualité fâcheuse d’un recours jusqu’à l’Auguste Table, soit évité.

En me permettant de confier le futur de notre Institut à Vos prières, j’implore Votre bénédiction et je Vous adresse mes salutations les plus spirituelles.


Don Stefano Carusi
, membre élu du Conseil de l’IBP   

 

 

 2 - Suite à l’absence de réponse de la part du Commissaire de la Commission “Ecclesia Dei”, qui, au contraire, convoquait des élections primaires, en modifiant la composition du Chapitre en fonction, qui allait procéder de nouveau à l’élection du Supérieur, a été transmise la présente Instance au Tribunal Suprême de la Signature Apostolique, une instance qui implique la suspension des mesures objet du recours.

 

Instance au Tribunal Suprême de la Signature Apostolique

 

À Son Éminence Révérendissime Card. Raymond Burke

p.c. À la Révérendissime Secrétairerie d’État

p.c. À la Révérendissime  Congrégation des Religieux

p.c. À la Révérendissime  Commission Ecclesia Dei

p.c. Au Révérendissime  Dom Antoine Forgeot

 
Courtalain, le 3 juin 2013

 

Éminence Révérendissime,

                                          par la présente, je fais directement appel au Tribunal Suprême que Vous présidez pour présenter ce qui suit à titre d’Instance, la suite de l’Instance juridique que j’ai déjà soumise à la Révérendissime Commission Ecclesia Dei, concernant l’annulation de l’élection du Supérieur Général de l’Institut du Bon Pasteur qui a eu lieu en juillet 2012 dernier.

Le 8 mai 2013, après avoir reçu, le 4 mai, la nouvelle certaine d’un décret annulant l’élection du Supérieur Général du Bon Pasteur et la mienne, j’ai soumis – en tant que partie lésée aussi – une Instance à la Commission Ecclesia Dei afin de connaître les raisons juridiques d’un tel acte d’annulation ; des raisons qui, de par leur nature, sont publiques, tout au moins pour les sujets qui sont, en ce qui concerne la disposition, des parties lésées.

Par la lettre datée 20 mai 2013 que j’annexe, Son Excellence Mgr Di Noia ne m’a répondu rien d’autre que l’injonction de m’“abstenir” définitivement de tout acte qui “provoquerait des désagréments”, en ajoutant aussi une phrase qui se prête à des interprétations variées, même éventuellement menaçante, c’est-à-dire que la chose aurait été un bien pour la personne que je suis ; nulle autre spécification n’a été ajoutée, ni les documents ne m’ont-ils été envoyés, ni la disponibilité à me les envoyer dans les trois mois après réception de la lettre ne m’a-t-elle été indiquée.

La pratique de l’Église étant toujours celle du recours franc et ouvert à la Prima Sedes, ce qui est, entre autres, un acte de déférence au Vicaire du Christ et à Sa Curie, je suis convaincu que le recours filial aux organes compétents peut être, dans le culte de la justice et du droit, la voie propice pour favoriser une transparence juridique humble et rigoureuse que, garantie véritable à la personne, l’Église a tant à cœur.

Suite à une telle communication et alors que, à défaut d’une réponse adéquate, j’étais en train d’anticiper le projet de mon intervention actuelle, j’ai reçu des menaces de “graves sanctions”. Celles-ci étaient exprimées d’une manière canonique irrecevables, et ont suscité en moi une profonde douleur, liée au scandale et à la réprobation, non pas pour les intentions car ce n’est pas à moi de les juger mais au Très Haut le jour du Jugement, mais pour la manière dangereusement indéfinie des susdites menaces, ce qui n’est certainement pas compatible avec la franchise chrétienne sereine et la paix ecclésiale dans la justice (cf. Annexe n. 7).

Je présente donc la documentation citée à ce Révérendissime Tribunal, actuellement sous forme d’Instance, en restant dans la prière ouvert à des possibilités de conciliation, qui soient compatibles avec les principes rappelés par les Souverains Pontifes Pie XII et Paul VI sur le lien dont il faut absolument tenir compte entre la paix et la justice.

 

Je transmets au besoin, en tant que parties intégrantes, les annexes suivantes:

Annexe n. 1) Rapport du Chapitre Général de l’Institut du Bon Pasteur de juillet 2012 rédigé par le Secrétaire du Chapitre.

 Annexe n. 2) Lettre de Son Excellence Mgr Müller aux membres de l’Institut du Bon Pasteur du 15 avril 2013.

Annexe n. 3) Instance à la Commission Pontificale Ecclesia Dei présentée par le soussigné le 8 mai 2013.

Annexe n. 4) Lettre à Mgr Di Noia du 20 mai 2013.

Annexe n. 5) Lettre du soussigné au Révérendissime Père Abbé Dom Antoine Forgeot du 29 mai 2013.

Annexe n. 6) Annonce du recours canonique par voie hiérarchique du 31 mai 2013.

Annexe n. 7) Décret du Révérendissime  Dom Antoine Forgeot, daté 30 mai 2013.

Avec mes pauvres prières, je m’incline pour baiser la Pourpre sacrée

 

Don Stefano Carusi, IBP

 

 

3) - Contextuellement, a été envoyé, avec cinq autres confrères, le recours hiérarchique suivant concernant la disposition qui, en fait, procédait à l’altération de la composition du Chapitre qui devait élire le Supérieur de l’Institut:

 

À Son Excellence Révérendissime Mgr Gerhard  Müller

À Son Excellence Révérendissime Mgr Augustine Di Noia

Commission Pontificale Ecclesia Dei

p. c. À la Révérendissime Secrétairerie d’État

p. c. À la Révérendissime Congrégation des Religieux 

 

Objet : recours hiérarchique

 

Courtalain, le 2 juin 2013

 

Excellence Révérendissime,

                  nous nous voyons obligés de présenter à Vos Excellences un recours hiérarchique, après avoir épuisé toutes les voies de l’arrangement pacifique du litige. À partir du moment où nous avons eu la communication, bien que fragmentaire et imprécise, nous avons demandé, avec des remonstrationes écrites variées envoyées au Révérendissime Antoine Forgeot, Supérieur Général pro tempore de l’Institut du Bon Pasteur, la révocation de la disposition ab ipsius auctore (CIC, c. 1734), une disposition qui convoquait des élections pour le remaniement du corps électoral capitulaire de l’Institut du Bon Pasteur, en en altérant la composition initiale. Nous soulignons que cette disposition résulte être promulguée sans dérogation manifeste en la matière. L’auteur, par la réponse écrite du 31 mai dernier ne donnait suite à aucune reconsidération de la disposition que nous exposons ci-dessous dans les détails, ni ne donnait suite à la voie de la médiation que nous avions proposée durant les deux jours suivants (CIC, c. 1733).  

Suite au décret de nomination du 15 avril dernier Vos Excellences avez nommé le Rév. Dom Antoine Forgeot, Commissaire avec la fonction de Supérieur Général  pro tempore pour l’Institut du Bon Pasteur, dans le but de procéder à l’élection du futur Supérieur Général, conformément au Droit et à nos Statuts.

Il y a environ une semaine, il nous a été communiqué par plusieurs courriels dont les contenus étaient différents, que la réunion consultative et d’échange débonnaire d’opinions en vue d’une pacification, prévue pour le 4 juin, avait été transformée en section électorale (cf. courriels annexés) pour organiser des élections primaires qui modifieraient en grande partie la composition du Chapitre. Nous précision que le Chapitre est déjà en fonction depuis plus d’un an et qu’il reste en fonction pendant les cinq ans prochains aux termes des Statuts (V. 4) ; les membres de droit ont été approuvés par cette Commission et les membres élus ont eu accès aux fonctions conformément aux pratiques statutaires approuvées par écrit par cette Commission, qui approuva aussi les résultats des scrutins et la convocation régulière de juillet 2012.

 La disposition, outre la rapidité de la communication très proche de la rencontre qui nous avait été annoncée initialement comme simplement consultative, vise à organiser un nouveau vote, qui en fait remanie la composition initiale du Chapitre Général, et ne résulte pas consonant avec le Droit et avec les normes procédurales :

En l’espace d’une semaine, immédiatement après la rencontre consultative du 4 juin, nous avons eu la nouvelle peu précise que l’on procédait à l’innovation imprévue et inattendue et que par conséquent de nouvelles élections primaires étaient établies, sans fournir aucune raison juridique (courriel du 23 mai), que l’on procédait à la destitution de deux membres de droit, à la diminution du nombre des membres élus (qui de quatre devenaient deux), à la communication que l’abbé Héry était un membre de droit, suivie d’un démenti écrit de la même nouvelle, démentie à son tour par une troisième communication de signe opposé (cf. courriels annexés des 27 et 29 mai 2013) ; il en est de même pour les diacres incardinés, qui, au premier moment, ont été indiqués par écrit comme électeurs pour être ensuite expulsés du collège électoral il y a environ deux jours, le tout à moins d’une semaine de la rencontre consultative, à l’improviste transformée en votation primaire. Nous précisons que ces communications sont toutes parvenues, par courriel et d’une manière fragmentaire, à quelques-uns et non pas à tous les membres de l’Institut, ce qui a engendré objectivement de la confusion et de la défiance juridique, car nous avons découvert une pratique procédurale qu’il nous semble impossible  de concilier avec le Code et avec nos Statuts et qu’en toute conscience nous ne pouvons approuver.

Le remaniement presque complet du corps électoral capitulaire, en fonction pour les cinq prochaines années, sans qu’il consiste aucune attribution de pouvoirs extraordinaires en ce sens – et vu qu’il n’y avait aucune dérogation manifestée – ne rentre pas dans les munera conférés au Supérieur pro tempore (cf. Décret de la Commission Ecclesia Dei, prot. 80/2006, 15 avril 2013). Nous présentons donc un recours par voie hiérarchique afin que soit reconnue la nullité juridique de la disposition citée du Rév. Dom Forgeot, qui résulte avoir la faculté d’organiser l’élection invoquée par le décret mentionné, mais non pas pour altérer la composition de tout le Chapitre. Le Souverain Pontife Jean Paul II, en invoquant le respect du Code, qu’il appelait  “le troisième pilier de l’Église”, soulignait que la clarté procédurale est le support nécessaire présupposé de tout acte juridique ecclésial et de sa crédibilité.

Ni ne pouvons en outre garder sous silence que l’élection successive à cette procédure, du fait de sa nullité, exposerait l’Institut à de très graves troubles qui, objectivement et abstraction faite des intentions, ne feraient qu’aggraver la situation déjà délicate de notre société. Non seulement certains membres de l’Institut, avertis depuis moins d’une semaine et par courriels contradictoires – qui ne parlaient, entre autres, pas initialement d’élection – n’ont pas prévu de se rendre matériellement sur le lieu de la rencontre (que l’on pense à combien d’entre eux demeurent en Amérique du Sud, lesquels ne peuvent même pas – raisonnablement – être avertis in extremis), mais nous soulignons que nous ne pouvons vraiment pas concevoir une telle procédure. Tout résultat sortant de l’imposition d’une telle votation ne pourra qu’être l’opposé de l’“élection sereine et sûre” souhaitée par le Décret du 15 avril dernier.

Nous soulignons aussi l’inconvenance des menaces écrites que certains des signataires reçoivent en cette période qui est une période électorale, nous ne pouvons donc certainement pas dire qu’il y ait un climat permettant de pouvoir procéder sereinement, car il est évident qu’une altération semblable du corps électoral mènerait vraisemblablement à des résultats différents de ceux qui viendraient du corps électoral original des Pères capitulaires.

Nous demandons donc, avant de recourir au Tribunal Suprême de la Signature, que le vote ait lieu comme selon la procédure avec le même corps électoral capitulaire de juillet 2012 et la suspension immédiate – liée au présent recours – de la décision convoquant les élections du 4 juin prochain mentionnées.

Dans l’espoir d’une solution, nous vous adressons nos salutations distinguées et restons dans l’attente d’une réponse dans la prière à Jésus le Bon Pasteur.

(Suivent les six signatures des prêtres appelant)

 

4)  -  Alors que le Commissaire Forgeot procédait comme si de rien n’était à une nouvelle élection, pour laquelle ont été aussi convoqués quatre prêtres qui avaient abandonné l’Institut avant le dernier Chapitre, dont deux se sont même présentés (et malgré cela le quorum, qu’il avait déjà prévu pour la validité de l’élection, n’a même pas été atteint), nous avons aussi reçu la communication déconcertante d’une prorogation d’un an de l’abbé Laguérie, une notification dont personne n’était au courant avant le 4 juin 2013, ni les Pères capitulaires ni les membres de l’Institut.

Ainsi, la présente intégration au recours est devenue nécessaire:

   

Courtalain, le 8 juin 2013

                  
Excellences Révérendissimes,

                                ce n’est que successivement, par rapport à notre recours du 3 du mois courant, que nous avons appris que la Commission Ecclesia Dei a confirmé motu proprio le Supérieur échu et non réélu, l’ Abbé Philippe Laguérie, qui “est reconduit pour un an”. La circonstance, référée par le représentant, Dom Antoine Forgeot, de ladite Commission, le 4 du mois courant, qui nous a été référée par des confrères, a été confirmée successivement par ce-ci par écrit dans le courriel annexé par lequel il nous communique son rôle d’“aider le supérieur sortant, Mr l’abbé Philippe Laguérie, à préparer l’élection”. Cette procédure foule aux pieds la volonté de notre Chapitre de juillet 2012, qui a légitimement retenu ne pas confirmer ce candidat et se révèle complètement irrespectueuse de nos statuts, approuvés par le Saint Siège pas plus tard qu’en 2006, qui ne prévoient pas une telle procédure. Donc, nous refusant de considérer un accord bilatéral comme étant un chiffon de papier, nous nous voyons obligés d’intégrer notre récente Instance avec cet élément aussi, qui, entre autres, ne consent pas de reconnaître que le Délégué de la Commission soit un garant impartial de la répétition d’une élection controverse. Bien que stupéfaits et attristés à l’extrême, nous sommes en train de tenter de procéder avec le maximum de modération et de responsabilité possible si bien que nous avons encore gardé les susdits comportements, qui ne peuvent nous sembler que de scandaleux abus de pouvoir, dans la discrétion.

Nous prions ardemment afin que nous ne soyons pas obligés, en cas d’échec de la voie de l’Instance aussi, de saisir désormais prochainement les voies de justice accomplies, comme conformément à la procédure toujours considérée légitime dans la Sainte Église Romaine, amie du droit et de la justice.

 (Envoyée au nom des appelants précédents)

 
La Rédaction de Disputationes Theologicae

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 14:50

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      Disputationes a demandé à Mgr Gherardini d’évoquer la personne que fut son maître et ami Mgr Antonio Piolanti. Une dette de reconnaissance nous lie à ce théologien qui est connu de la plupart pour ses textes de théologie puissants et denses, pour son style incomparable, qui fonde la chaleur humaine de la Romagne, où il naquit, avec la rigueur doctrinale de la Rome Éternelle, où il vécu et mourut. Beaucoup ont voulu – il faut malheureusement le dire – l’oublier : ses œuvres, des chefs-d’œuvre accessibles et en même temps documentés, sont pour la plupart épuisées et personne ne cherche à en faciliter la diffusion (l’“étrange” incendie qui éclata dans le dépôt de ses œuvres est bien connu…), qui serait un baume pour les nombreux séminaristes et prêtres qui ont reçu une formation radicalement imbue d’immanentisme existentialiste, si ce n’est de véritable relativisme doctrinal. C’est aussi à cela que pensait l’auteur, dans le sillon des avertissements – inécoutés – du Magistère, Humani Generis particulièrement.

L’œuvre de Mgr Piolanti est une nourriture solide pour celui qui veut connaître la Vérité de l’Église du Christ, suivant l’exemple de Saint Thomas ; il sut aussi relire – sans rien rejeter de ce qui est bon – un certain thomisme rendu parfois un peu sec et trop livresque, en parlant toujours de la “philosophia perennis” avec une vitalité nouvelle. Mais, plus encore que le théologien, c’est l’homme de Dieu que Mgr Gherardini rehausse en peu de lignes essentielles et puissantes. Le professeur qui eut de Dieu le don de l’enseignement, aimait-il à répéter lui-même, ne courrait pas derrière des mitres épiscopales ou des pourpres faciles : pour un homme comme lui – en ces époques difficiles – elles auraient plausiblement pu lui coûter son âme. Il n’était pas affecté par cette “ambitio mala”, qui apporte tant de deuils à l’Église, mais par une soif de vérité, qui ne peut être séparée du respect du Vicaire du Christ. Tout Rome connaît sa phrase lapidaire, qu’il dut prononcer du bout des lèvres dans le Sacré Palais : “j’embrasse la main qui me frappe”. Le respect de l’autorité ecclésiastique ne signifie pas un servilisme qui brade la Vérité pour une maigre monnaie. Mgr Piolanti mourut “en monseigneur”, en Recteur honoraire du Latran, rien de plus. Il avait toujours aimé la Vérité. Mais comme la vérité est beaucoup plus durable que le bronze – et que les petitesses des hommes – nous nous unissons au cri de Mgr Gherardini, afin que l’“opera omnia” trouve un éditeur, pour que tant de manne ne soit pas perdue.

S. C.

 

ANTONIO PIOLANTI

In memoriam

 

par Mgr Brunero Gherardini

 

       "Audiamus dominum pratensem" et c’est justement moi, qui venais de m’inscrire à un de ses cours extraordinaires sur l’efficacité des sacrements, qu’il indiquait à ce moment-là de la main en m’identifiant sur la base de ma ville de provenance, Prato. Voilà comment commença un rapport qui devait se transformer, en peu de temps, en une amitié vraie et profonde.

       Au début, à dire la vérité, je me sentais un peu gêné : moi, un étudiant quelconque, lui l’un des plus célèbres maîtres de la si digne d’éloges "École Romaine". Puis, au bout de quelques semaines seulement, l’embarras se dissipa, pour laisser la place à une corrélation qui, au cours des années, devint "forte comme la mort" (Cant. 8 : 6). Ce fut ainsi, en réalité, que commença cette réciprocité d’intentions, d’estime et d’amitié vraie qui nous accompagna dans l’engagement commun pour la "sana theologia". Commun, non pas pour que nous puissions dialoguer et coopérer d’égal à égal : Lui, il était le colosse, moi, j’étais un pygmée quelconque ; Lui, le Maître, grand et célèbre, moi, le jeune "apprenti" qui entrait sur la pointe des pieds dans le sanctuaire de la théologie, que Lui, plus que d’autres, a ouvert à mon intérêt et à mon envie de savoir. Il s’est toutefois agi d’une réciprocité véritable. Dès qu’il se rendit compte que je l’approchais, non pas pour lui faire perdre du temps, mais pour lui soumettre des problèmes exclusivement théologiques et une orientation théologique authentique, surtout dans cette partie de la "sacramentaire" – la causalité des sacrements – dont Il était sans le moindre doute un Maître incomparable, fut avec moi d’une disponibilité rarissime. Non seulement il s’arrêtait pour parler avec moi dans les couloirs de l’Université du Latran, mais il prolongeait et intensifiait le dialogue en me recevant chez lui ou en me faisant part, par courrier postal, de ses réponses toujours convaincantes.

       Plus tard, alors que j’étais déjà prêtre et professeur titulaire de théologie fondamentale, je pus profiter aussi bien de sa disponibilité – qui, dans certains cas, se transformait en une joie véritable et évidente de communiquer à l’unisson avec les autres – que de sa compétence incontestée, pour focaliser les problèmes que j’avais rencontrés dans mes études et dans mon enseignement. Je l’avais hautement apprécié quand j’ai eu l’honneur et la joie de m’asseoir face à sa chaire ; mais pas autant que plus tard quand je pus l’apprécier quand j’ai discuté avec lui, face à face, en l’interpellant sur les problèmes les plus brûlants du moment ou sur leur origine historique. En effet, si son envergure de théologien fut grande, celle d’historien ne fut pas inférieure. Il avait une excellente mémoire ; je l’appelais le Pico della Mirandola ressuscité – et le cas voulut qu’il habitât à Rome, pendant un bon bout de temps, justement rue Pico della Mirandola – et je le qualifiais avec le même surnom : le phénix des intelligences (« la fenice degli ingegni »). Il connaissait, comme peu de personnes et même peut-être très peu, les obscurs précipices historiques où étaient nés et avaient pris pied les problèmes théologiques. Il avait la joie d’en parler. Il en recherchait les causes et les occasions afin d’atteindre un jugement de fond appuyé de preuves. Qui n’était jamais évident. Personne – pas même moi, qui ai été près de lui plus que d’autres – n’était à même d’en entrapercevoir une réponse ou une prise de position. Lui, le traditionaliste par antonomase, se renouvelait sans interruption et presque prodigieusement; sa position face à Odo Casel suffit pour le prouver. Chacun de ses jugements exprimait toujours la double source de laquelle il dépendait : la tradition, surtout thomiste, et le moment historique dans lequel il l’insérait.

       Son cours – tout comme, du reste, sa conversation – était exactement l’opposé de ce que les élèves entendent quand ils déclarent : que c’est rasoir ! Qu’il parle, comme presque toujours, en un latin fluide et brillant, ou qu’il se permette quelques digressions en italien, il s’agissait toujours d’une leçon limpide jusqu’à la transparence. J’ai connu peu d’autres professeurs aussi féconds que Lui et en même temps aussi pourvus de propriétés linguistiques et de rigueur méthodologique au service de la vérité théologique. Ses écrits, qui ressentent pourtant de son "cours" à vive voix, ne transmettent pas toujours les mêmes sensations que son parler en toute liberté, comme Il le faisait aussi de sa chaire. C’était un homme plein de savoir dans le sens le plus vaste du terme ; son cours le transmettait pleinement. Ce qui pourrait être considéré des digressions était, chez Lui, une partie intégrante, si ce n’est même essentielle, de son enseignement. Ou plutôt, tout était, chez Lui, enseignement : sa préparation spécifique, la façon très respectueuse de se comporter avec ses élèves, le ton même de sa voix servaient d’appui au déroulement de ses thèses : nous nous sentions tous profondément et joyeusement concernés.

       J’en ai connu peu qui avaient, dans leur chaire, Son autorité. Sans jamais lire une seule ligne écrite – à moins qu’il ne se soit agi d’une source à rapporter en entier, ou d’un Auteur à citer – il enseignait en parlant librement avec une clarté cristalline, avec une connaissance inouïe de la matière et, quelquefois, en invitant l’un ou l’autre élève à évoquer le cours qu’il avait écouté. C’était un moyen pour "repasser" la matière ensemble, qui allait à notre avantage, à nous, ses élèves, qui, en nous fondant sur ses questions, pouvions non seulement confirmer ce que nous avions appris à son école, mais aussi établir avec une certaine approximation sur quoi et comment nous allions être ensuite interrogés lors des examens.

       Les sources desquelles il puisait son savoir théologique étaient les plus fiables : saint Thomas surtout, le "Magister sententiarum", saint Albert le Grand et d’autres auteurs de la période classique. Mais il avait contact avec toute l’histoire en général et avec l’histoire théologique en particulier. Sur le plan historique, peu de personnes auraient pu rivaliser avec lui : peut-être pas même les professeurs titulaires les plus renommés. Ses écrits sont le témoignage évident de sa préparation historique : quelques-uns de nature purement historiques, la plupart de nature théologique, c’est certain, mais jamais étrangers à leur collocation dans l’histoire ou à la référence à celle-ci.

       On s’occupe en général de faire réimprimer les écrits des grands Maîtres. L’"opera omnia" de Piolanti attend l’éditeur généreux qui en prendra l’initiative. 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:12

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  Saint Athanase piétine Arius qui demande le silence

 

2 mai 2013

 

Dans la fête du glorieux et très actuel Saint Athanase et en ce quarantième anniversaire du mémorable livre-dénonciation de Mgr Rudolf Graber, Archevêque de Ratisbonne, “Saint Athanase et l’Eglise de notre temps”, nous signalons un article significatif publié exactement il y a un an dans cette revue: Le “rite propre” et l’ “herméneutique de continuité” sont-ils suffisants?.

 

La Rédaction de Disputationes Theologicae

 

 

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 11:57

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Chandeleur 2013: la prise d’habit. En avant, sereinement…

 

     Au bout de neuf mois, le temps de faire naître un enfant, la position achevée prise par la Commission Pontificale Ecclesia Dei sur la situation interne à l’Institut du Bon Pasteur est enfin arrivée. Au nom de l’amour pour la vérité qui a inspiré la ligne éditoriale de cette revue, Disputationes la communique en se promettant de continuer à informer, en toute transparence, sur les développements de ces vicissitudes.

     En résumé: un Commissaire a été nommé pour six mois. Il devra organiser de nouvelles élections pour les organes directifs de l’Institut (dans la personne d’un religieux français ayant la réputation d’être un homme de Dieu).

     D’un côté, ce fait démentit l’irrecevable et absurde prétention de l’abbé Laguérie, lequel soutenait être, encore à présent, le Supérieur de l’Institut (grâce à l’appui de cette Commission Ecclesia Dei, qu’il méprise dans le privé) et de manipuler, hier tout comme demain, les élections. En ce laps de temps, il y aura de toute façon de nouveaux votes, qui ne seront pas gérés par l’abbé Laguérie : d’une certaine manière, on sortira, avec clarté, de la situation actuelle. De l’autre, il ne paraît pas enthousiasmant qu’après neuf mois d’incertitude, on en suppose six autres sous Commissaire. L’IBP, tout au moins en sa majorité,  ira certainement de l’avant sereinement, fidèle à son identité et à son devoir, tout comme, avec la grâce de Dieu, il a continué de l’être au cours de ces longs mois : alors que pas mal de personnes donnaient l’Institut pour mort, le séminaire a continué tranquillement sa vie, et a même éprouvé la consolation de l’arrivée de nouveaux séminaristes, le ministère sacerdotale ayant continué comme toujours… Cependant, il n’y a pas de doutes que d’ajouter six mois encore sous Commissaire, aux neuf qu’il y a déjà eus, ce n’est pas ce qui était le plus désirable pour la vie d’une société. Comme cela a été écrit en son temps dans ces colonnes: voilà les fruits de l’obstination de l’abbé Laguérie!      

     Dans les milieux de la Fraternité Saint Pie X (mais pas seulement) les problèmes de l’Institut avec Rome ont souvent été mentionnés. Il nous semble qu’à ce propos aussi nous avons dit clairement les choses telles qu’elles sont: les articles de cette revue sont là pour le confirmer. Cependant le problème principal de l’Institut – cela est douloureux, mais la vérité, c’est la vérité – est la conduite de l’abbé Laguérie, tout comme le problème principal de la FSSPX est la conduite de Mgr Fellay (bien que les deux ne soient pas dépourvus de qualités remarquables). Avec la différence que la majorité de l’Institut – en résistant – a refusé de confirmer l’abbé Laguérie.

Don Stefano Carusi, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur

 

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 20:00
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Pro eligendo Summo Pontifice 

Oremus 

Supplici, Domine, humilitate deposcimus: ut Sacrosancte Romanæ Ecclesiæ concedat Pontificem illum tua immensa pietas; qui et pio in nos studio semper tibi placitus, et tuo populo pro salubri regimine sit assidue ad gloriam tui nominis reverendus.
Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus per omnia saecula saeculorum. Amen.

 

Prions 

Seigneur, nous vous en supplions humblement, que votre bonté infinie accorde à la Sainte Eglise Romaine un Pontife qui vous plaise toujours par sa sollicitude paternelle envers nous et dont le bienfaisant gouvernement mérite la vénération de votre peuple pour la plus grande gloire de votre nom. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Contra persecutores Ecclesiae

Oremus
Ecclesiae tuae, quaesumus, Domine, preces placatus admitte: ut, destructis adversitatibus et erroribus universis, secura tibi serviat libertate. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus per omnia saecula saeculorum. Amen.

 

Prions

Nous vous en supplions, Seigneur, laissez-vous fléchir par la prière de votre Eglise, pour qu'elle voie anéanties toutes les erreurs et oppositions, et qu'elle puisse vous servir avec une liberté sans entrave. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Pro tempore Passionis

Oremus 

Respice, quaesumus, Domine, super hanc familiam tuam, pro qua Dominus noster Jesus Christus non dubitavit manibus tradi nocentium, et crucis subire tormentum. Per Christum Dominum Nostrum. Amen.

 
Prions

Seigneur, nous vous prions de regarder d'un oeil favorable votre famille, pour laquelle Notre Seigneur Jésus-Christ n'a pas hésité de ses livrer entre les mains des méchants et de souffrir le tourment de la Croix. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Mater Ecclesiae, ora pro nobis 
Sancte Joseph, ora pro nobis 
Sancte Pie X, ora pro nobis

 

Après les décennies de dévastation de ce long Carême: Parce Domine, parce populo tuo...

 

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 09:43

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G. B Tiepolo, "Le courtisan Ptolémée offre la tête de Pompée pour s’attirer les bonnes grâces de César"

 

Dans notre communication publique du 14 mai 2012 Disputationes ne se laisse pas bâillonner, nous nous étions demandé si l’injonction adressée à cette revue libre au nom de la Commission Pontificale Ecclesia Dei provenait réellement de cet Organe romain, dans quelle mesure… Dans le but de vérifier, et cela aussi pour éclairer nos lecteurs, notre directeur a demandé des élucidations directement à cette Commission, par la lettre suivante :

 

Don Stefano Carusi

       18 Place A. Rillié                                                                         

       F- 28290 Courtalain

                 

  Courtalain, le 22 octobre 2012

Excellence Révérendissime,

     Je me vois obligé d’écrire à la révérendissime Commission Pontificale pour l’informer de certains événements et de certains épisodes déconcertants qui m’ont été présentés comme étant l’application de la volonté de votre Commission. Au cours de ces derniers mois, en effet, j’ai fait l’objet de menaces en tant que Directeur responsable du site Disputationes Theologicae (une revue libre qui n’est pas un organe du Bon Pasteur, comme elle l’a déclaré expressément à plusieurs reprises). Certaines de ces menaces émanaient directement de l’abbé Philippe Laguérie, qui prétendait que la révérendissime Commission l’avait mandaté afin qu’il me signifie les graves punitions qui m’attendaient si je n’obéissais pas à ces censures. Le 13 mai 2012, l’abbé Laguérie m’a écrit en soutenant que Mgr Guido Pozzo avait intimé, par une lettre du 8 mai de la même année, que quelques articles du site soient censurés ; entre-temps, j’ai été expressément menacé d’être muté en Colombie si je ne retirais pas les articles d’opinion sur le rite exclusif et sur la critique constructive du Concile Vatican II. Ces jours-là, j’ai reçu une menace anonyme qui invoquait à mon égard une réduction à l’état laïc dans un bref délai. Suite à ces pressions, j’ai dû être hospitalisé le 14 mai 2012, à l’Hôpital de Châteaudun.

     Attendu que, comme Directeur d’une revue libre, dûment inscrite au Tribunal de Camerino, mon œuvre de coordinateur m’impose de me concerter avec le Conseil de Rédaction et avec la loi italienne sur l’édition, je ne vois vraiment pas comment l’abbé Laguérie peut invoquer le droit de censure sur la presse catholique libre, à plus forte raison si les textes ne contiennent rien contre la foi ni contre les mœurs et s’ils expriment un simple point de vue théologique indépendant, comme les canons 212 et 215 du Code de droit canon le soulignent.

     Malheureusement, les menaces continuent aujourd’hui et s’intensifient en ce moment délicat pour l’Institut du Bon Pasteur. Non seulement on invoque qu’elles proviennent directement de cette révérendissime Commission, mais on soutient aussi que cette Commission a donné le pouvoir d’exclure du Chapitre du Bon Pasteur – et donc d’élections prochaines éventuelles – tous ceux qui ne se soumettent pas aux ordres et aux censures de l’abbé Laguérie. Celui-ci, en fait, est en train de remanier la composition du Chapitre – nous ne savons pas très bien à quel titre, vu qu’il a donné sa démission de Supérieur Général le 3 juillet dernier et vu que le titre coloré était échu le 8 septembre – en vue d’une réélection, avec des méthodes qui ne semblent pas s’inspirer de la légalité canonique ni du plus élémentaire sens de la justice.

     Je me vois donc obligé d’informer cette révérendissime Commission du texte stupéfiant qui m’est parvenu le 11 octobre dernier et que je joins à cette lettre. Non seulement il contient des menaces qui m’y sont manifestées et qui sont irrecevables canoniquement, mais aussi des phrases calomnieuses qui y sont insinuées. J’écris donc à cette révérendissime Commission en l’informant aussi que les membres du Conseil de Rédaction de Disputationes se sont interrogés sur la nécessité de se pourvoir en justice, in primis ecclésiastique.

     Je vous prie de croire, Excellence Révérendissime, à l’assurance de mes sentiments respectueux et dévoués. Je remets notre Institut à vos prières et j’invoque Votre bénédiction, en m’inclinant pour baiser l’anneau sacré

 

                                                                       Don Stefano Carusi

                                         Directeur responsable de Disputationes Theologicae

 

________________________

S. Ecc.za Rev. ma

Mons. Augustin Di Noia

Pontificia Commissione Ecclesia Dei

Piazza del Sant’Uffizio 11

00193 Roma

 

 

En toute simplicité, sans réticences, nous avons préféré l’approfondissement par voie directe aux conjectures précipitées, que celles-ci ait été dictées par la crainte opportuniste (des « ralliés ») ou par la simplification tendancieuse (de la FSSPX).

La Commission a répondu à la question de la sorte :

 

 

PONTIFICIA COMMISSIO ECCLESIA DEI

Prot. 80/2006

 

                                                                                         Du Vatican, le 5 novembre 2012

 

Révérend Père,

    Votre lettre datée du 22 octobre, dans laquelle vous communiquiez vos préoccupations concernant votre situation à l’intérieur de l’Institut Bon Pasteur, est parvenue à cette Commission.

           À ce propos, j’ai l’honneur de vous communiquer que, le 8 mai 2012, le secrétaire de la Commission de l’époque, Mgr Guido Pozzo, a fait savoir à votre supérieur, le Révérend Philippe Laguérie, que, bien que la discussion à l’intérieur de l’Institut concernant les questions posées après la visite canonique ait été légitime, il était inopportun que de tels débats apparaissent sur des sites Internet ou dans des revues accessibles au public. Cette Commission a demandé que la vigilance soit renouvelée à ce sujet, mais sans recommander aucune mesure disciplinaire déterminée.

          Je profite de cette communication pour vous confirmer mes sentiments de respect distingué           

 

                                                                              J. Augustin Di Noia, o. p.

                                                                              Vice-président

 

Copie au Révérend Philippe Laguérie

_________

Don Stefano Carusi

18, Place Rillié

28 290 Courtalain France

 

 

     Nous remarquons que la Commission semble ne pas exclure que l’on puisse avoir un autre point de vue au sujet de certaines invitations exprimées à la suite de la visite canonique, ces invitations n’étant pas un point de vue péremptoire. Il émerge surtout que des injonctions de censure si absolues du débat autour du “rite exclusif” et de la “critique constructive”, ainsi que d’une certaine gestion peu claire du dialogue Ecône-Rome, plus que d’être un ordre direct de la Commission, provenaient en bonne partie de la courtisanerie complexée et/ou intéressée de certains représentants de notre milieu.

      Nous pensons que quelques aspects de la réponse de la  Commission peuvent être discutés: par exemple, bien que ne dédaignant pas la valeur d’une modération prudente en la matière, nous n’estimons pas que le débat public soit inopportun sur des pareilles questions doctrinales, liturgiques et ecclésiales, car il évite les ambiguïtés et les équivoques. Il s’agit en effet de questions de nature éminemment publique (entre autres déjà antérieurement parues sur Internet).

     Il n’en reste pas moins qu’un point de vue de la Commission de l’ordre du conseil a été arbitrairement amplifié pour en arriver à une véritable injonction, susceptible de sanctions. Dans un tel procédé, en soi misérable, il y a toutefois quelque chose de providentiel car il est mis en lumière un aspect, qui reste souvent délaissé entre un opportunisme craintif et un sectarisme factieux : le servilisme intéressé qui, dans le « complexe du rallié », va au-delà de ce qui est demandé. Cette flagornerie pour laquelle, malgré les circonstances actuelles, on ne distingue pas entre une loi et un point de vue, entre une obligation et un conseil. Un servilisme de façade, souvent volontiers utilisé pour « compenser » un certain extrémisme en privé, qui est parfois même inquiétant.

       Dans ce sens, l’épreuve que l’Institut du Bon Pasteur est en train de traverser sera, en tout cas, précieuse pour dévoiler les cœurs ; et non seulement (comme malheureusement cela arrive souvent dans notre milieu) les cœurs de ceux qui – cibles trop faciles – sont loin de nous…

      Ayons confiance en la Providence, qui sait ce qu’Elle fait, comme l’ont eu les séminaristes qui, dans la situation actuelle sont entrés au Séminaire de l’IBP ! Laissons faire la Providence (comme Mgr Lefèvre aimait répéter sereinement dans les circonstances les plus difficiles) ; quant à nous, essayons de coopérer avec notre contribution petite et humble de la fidélité à la ligne de la franchise respectueuse et de la critique constructive, comme nous nous le sommes proposé dès les débuts.

 

 

P.S. Le servilisme dont nous avons parlé ci-dessus a souvent, dans les milieux de sentiment traditionnel, un appendice contradictoire ou plutôt complémentaire. Il consiste en une attitude acritiquement favorable envers la Fraternité Saint-Pie X (spécialement dans le privé, et surtout quand on la connaît peu) ; FSSPX qui a certes ses raisons, mais qui devient souvent une référence idéalisée, un raccourci « virtuel » commode, une sorte de « compensation » pour ceux qui n’osent pas s’engager.

C’est aussi sur ce point que portait la censure que certains supérieurs émérites de l’Institut du Bon Pasteur voulaient nous imposer (une censure qui nous a été même formulée à partir de septembre 2011) ; « pour ne pas contrarier la Commission… », nous ont-ils dit. Plus grande est la mauvaise conscience de ses omissions et plus on est inhibé lorsque l’on parle constructivement de ces problèmes aussi. Notre revue, qui est fermement convaincue que le primat de la vérité (même quand elle est gênante) est un bien nécessaire et préliminaire pour tous (Fraternité Saint-Pie X incluse), repousse avec dédain la voie de l’opportunisme, qui défère à d’autres son devoir de témoigner.

En effet, Disputationes a parlé publiquement et sans complexes de vérités gênantes, dont quelques-unes très douloureuses. Si bien que nous nous sommes demandé, à l’époque, et nous nous demandons publiquement aujourd’hui : dans la FSSPX, où on fait toujours mine de parler publiquement, aura-t-on la capacité d’agir de façon conséquente en publiant la lettre par laquelle Mgr Fellay a obtenu le retrait du décret d’excommunication, lettre dans laquelle les deux parties ont donné deux versions différentes ? De rendre public dans les détails les résultats des discussions doctrinales, comme promis? De publier le texte « de compromis » du préambule que Mgr Fellay a signé et envoyé en avril au Saint Père? D’éclaircir le mystère de la lettre de septembre par laquelle Mgr Fellay aurait demandé un temps supplémentaire à la Commission Pontificale pour donner une réponse définitive sur le préambule – une demande publiée officiellement par la Commission elle-même – qui est en contraste criant avec la version contraire des faits donnée par Mgr Fellay à ses fidèles dans les homélies du 1er et du 11 novembre dernier, rapportées elles aussi – publiquement – sur Internet? N’est-il pas vrai que nous aimons tous la vérité et la justice? Nous attendons une réponse.


La Rédaction de Disputationes Theologicae

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 11:20

Une intervention de Mgr Antonio Livi, doyen émérite de Philosophie à l'Université Pontificale du Latran

 

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La philosophie du sens commun en dialogue avec le rationalisme et le scepticisme d’aujourd’hui

 

Par Antonio Livi

 

Je suis engagé depuis des années dans un travail de recherche philosophique, tant historico-critique que théorétique, qui vise à fonder une revendication de la possibilité, et même de la nécessité de la métaphysique à une époque qui semble signer le triomphe définitif de la pensée antimétaphysique, si toutefois l’on peut parler de « pensée » ; en effet, il s’agit bien souvent d’une simple rhétorique en défense des intérêts de l’idéologie. Le résultat de cette recherche consiste dans la démonstration logico-aléthique de deux thèses liées entre elles : la première, contenue dans un traité intitulé Filosofia del senso comune[1], affirme qu’il est impossible de penser  si l’on ne présuppose  pas les cinq évidences empiriques universelles que sont l’existence du monde, du « moi » comme sujet, des autres sujets, de l’ordre moral et de Dieu comme cause première de tout ; la seconde, objet de l’essai intitulé Metafisica e senso comune[2], affirme que la vraie métaphysique (et non la métaphysique rationaliste qui entraîne la dialectique hégélienne) n’est rien d’autre que la formulation scientifique et la justification épistémique des certitudes qui constituent le sens commun. J’ai pu constater avec satisfaction que plusieurs savants ont pris en considération ce discours[3] et ont remarqué que cette revendication de la métaphysique, que d’autres continuent à repousser comme une tentative anachronique de ramener le débat à des époques précritiques, provient de raisons en grande partie nouvelles, en tant que basées sur ma notion de « sens commun », laquelle ne se rapporte pas tant à la philosophie antique et médiévale qu’à la philosophie moderne anticartésienne[4] et à la philosophie contemporaine de l’école analytique[5]. En particulier les commentaires d’Evandro Agazzi[6], de Francesco Arzillo[7], de Roberto Di Ceglie[8], d’Ambrogio Giacomo Manno[9], de Maria Antonietta Mendosa[10], de Fabrizio Renzi[11] et de Dario Sacchi ont mis adéquatement en relief combien ma revendication de la métaphysique n’est pas une « conséquence » de la philosophie du sens commun, mais justement la philosophie du sens commun elle-même, qui à son tour est une expression du réalisme comme méthode de la philosophie[12].

A ce propos, je profite de l’occasion pour réaffirmer que ce type d’argumentation est l’unique qui puisse démentir à la racine les fausses raisons pour lesquelles les tenants de la « pensée post-métaphysique » ou de la « pensée faible » estiment pouvoir se débarrasser de la philosophie comprise dans le sens fort, c'est-à-dire comme science et sagesse. Que l’on réfléchisse sur le lieu commun que Gianni Vattimo mène depuis des décennies  au sujet de la polémique antimétaphysique: « Il s’agit de s’ouvrir à une conception non métaphysique de la vérité, qui l’interprète […] à partir de l’expérience de l’art, de la rhétorique […] L’expérience postmoderne, post-métaphysique de la vérité est une expérience esthétique et rhétorique. […] La notion de vérité ne subsiste plus, et le fondement ne fonctionne plus, parce qu’il n’y a aucun fondement pour croire au fondement, c'est-à-dire au fait que la pensée doit « fonder» »[13]. Mais Gilson avait dit que la pensée ne doit pas « fonder » ; elle doit au contraire reconnaître le fondement qui est là[14]. La pensée post-métaphysique veut critiquer la pensée idéaliste sans se rendre compte que ses critiques ne mettent absolument pas en discussion la véritable pensée métaphysique, parce que celle-ci est caractérisée par l’acceptation du sens commun, ce qui équivaut à renoncer à la prétention de construire l’édifice philosophique sur un fondement posé par la philosophie elle-même, se voulant par là-même autosuffisante, sans présupposés.


Mais c’est bien au sujet de la philosophie du sens commun que je constate des oppositions (aimables mais explicites) de la part des autres savants qui ont commenté les deux essais dont j’ai parlé plus haut. Je fais référence particulièrement à Markus Krienke, à Horst Seidl et à Pier Paolo Ottonello. Markus Krienke, expert allemand de Rosmini, estime que ma philosophie, sans doute « postmoderne », peut récupérer et réévaluer certains éléments positifs de la philosophie moderne, à commencer par le rôle fondamental de la logique épistémique et donc de la « certitude ». Je transcris ici ses paroles précises sur le sujet :


«L’analyse de Livi révèle avec lucidité dans quel sens la dichotomie entre le subjectivisme et l’objectivisme, en tant que fondée sur un concept abstrait-scientifique du sujet connaissant et de l’épistémologie scientifique, a été dans la modernité ce qui a conduit à la perte d’une perspective philosophico-métaphysique, c'est-à-dire à la perte de la dimension « sapientielle » de la philosophie, en la transformant dans une science abstraitement logique. Ce que l’on appelle la « postmodernité », avec les issues nihilistes et athées dérivant de cette interprétation, n’est pas le « dépassement » de la modernité mais plutôt l’accomplissement d’une telle approche rationaliste. Pour trouver une alternative à ce « destin » de la métaphysique, Livi rappelle justement la dimension aléthique de la philosophie et se réclame du modèle aristotélico-thomasien de la métaphysique. La modernité est acceptée en tant qu’il y a des penseurs qui – en raison de leur doctrine du sens commun – s’opposent à la méthode par laquelle la lignée des penseurs modernes - qu’on indique d’habitude comme représentants du rationalisme (Descartes, Spinoza, Kant, Fichte, Schelling, Hegel) - réalise l’approche critique et le doute méthodique.  Mais l’intuition de Livi peut servir justement à revisiter et à réévaluer cette lignée, étant donné que les auteurs modernes qu’il propose partagent en partie l’approche moderne, tout en refusant qu’on les catégorise de manière unilatérale (voir Vico, puis Reid et Rosmini). C’est ainsi que  Rosmini lui-même dut élaborer un système pour trouver la possibilité d’une éventuelle conciliation entre le sens commun et l’approche transcendantale (cf. le Nouvel Essai) pour l’intégrer dans sa métaphysique (cf. Théosophie). Ce que ces auteurs essayent de réévaluer, c’est justement l’importance de la dimension subjective pour n’importe quelle expérience humaine et pour la certitude de cette expérience. Vu que Livi parle bien de la « certitude » des cinq « jugements d’existence » comme évidence de toute expérience métaphysique du sens commun, il faut se demander dans quelle mesure l’aspect de la « certitude » a une composante subjective et non pas subjectiviste ou individualiste. En ce sens, un dialogue ultérieur avec la pensée moderne pourrait découvrir même chez les auteurs modernes des approches positives et les possibilités d’un nouveau dialogue avec ce qu’entend la philosophie du sens commun »[15].


Certes, elle ne peut que plaire (à tous, mais surtout à un spécialiste de Rosmini) l’hypothèse qu’une philosophie comme la mienne, si résolument contraire à la méthode rationaliste, en partage au fond certaines valeurs théorétiques, à commencer par l’accentuation du problème de la certitude et, par conséquent, de la structure  immanentiste, laquelle consiste dans le fait de situer le point de départ de la philosophie dans la conscience du sujet. La possibilité de trouver une conciliation entre philosophie postmoderne et la philosophie “moderne” ne peut pas ne pas plaire à tous, mais particulièrement à un expert de Rosmini ; elle me plaît à moi aussi, mais je l’estime cependant abstraite et impraticable dans la concrétisation de la critique philosophique en acte. Je vais mieux expliquer, en trois considérations, pourquoi je dis cela. 

1 - De mon maître, Gilson, j’ai appris non seulement l’utilité, mais encore la nécessité de reconnaître l’essence du réalisme, qui consiste dans une méthode de réflexion philosophique spécifique, laquelle est exactement l’opposé de l’idéalisme ; et pour ce motif, il est absolument impossible de concilier une méthode avec l’autre. En philosophie il ne sert à rien de dissimuler l’incompatibilité et simuler une conciliation : il en va de la consistance théorétique d’un système de pensée. Dans notre cas, admettre que l’on puisse, voire même qu’il faille établir comme point de départ de la philosophie la conscience du sujet, c'est-à-dire la subjectivité comme telle, c’est exactement le contraire de ce que la philosophie du sens commun exige, à savoir : la reconnaissance que le point de départ de la philosophie sont les choses : les choses en tant qu’elles sont et en tant qu’elles sont connues comme telles, certes, mais non parce que connues, non pas comme « contenus de conscience », c'est-à-dire idées, représentations.

2 - Que certains auteurs modernes (Pascal, Buffier, Vico, Reid, Jacobi) soient les précurseurs de la philosophie du sens commun ainsi que je la formule, cela est vrai ; mais cela ne veut pas dire du tout que la prétendue réconciliation de la philosophie du sens commun avec la philosophie de l’immanence se soit déjà réalisée dans l’histoire moderne : cela veut dire simplement qu’il n’y a pas une seule « philosophie moderne », il n’y a pas une essence philosophique de la « modernité », comme malheureusement on continue à le penser et à le dire, en créant une prémisse fausse de laquelle dérivent tant de fausses conclusions critiques[16].

3 - Enfin, qu’un philosophe chrétien aussi important que Antonio Rosmini ait essayé de construire un système métaphysique compatible avec la foi chrétienne, opposé à celui d’Hegel, mais en même temps en accord avec certaines exigences du subjectivisme cartésien et du transcendantalisme kantien, ne signifie pas que celle-ci soit l’unique voie parcourable, ni que l’on soit arrivé, grâce à cette voie, à des résultats tout à fait satisfaisants au point de vue critique. J’ai toujours admiré la grandeur du système rosminien, et en même temps j’ai toujours relevé en lui des éléments d’ambigüité métaphysique[17]. Par ce que dirai par la suite on comprendra mieux quels sont, dans notre cas spécifique, ces éléments d’ambigüité métaphysique, et quelle relation elles peuvent avoir avec le problème du point de départ de la « philosophie première ».

 

 

Cela n’empêche pas, bien entendu, que ma philosophie du sens commun soit moderne et postmoderne, comme l’ont affirmé plusieurs critiques, mais non pas dans le sens (que je viens de refuser) d’une acceptation implicite du subjectivisme ou du transcendantalisme (cela impliquerait une incohérente contaminatio de la méthode réaliste avec la méthode immanentiste), mais dans le sens obvie d’une syntonie avec la problématique du temps auquel j’appartiens. La philosophie a sans doute une dimension sociale, qui se décline en la lisant à travers l’histoire, et c’est pour cela que j’ai intitulé Histoire sociale de la philosophie l’œuvre d’historiographie philosophique dans laquelle je me suis le plus investi[18]. En ce sens j’accepte l’observation de certain auteurs qui parlent d’« entrelacements de gnoséologie et métaphysique qui ont habité la réflexion philosophique moderne », voyant ma thèse sous le rapport entre sens commun et métaphysique en pleine syntonie avec cet orientation critique :

 

«Toute science lorsqu’elle réalise, affirme quelque chose de vrai, et donc, lorsque cela arrive, c’est parce que la cohérence du point de départ du savoir  a  été respectée, avec les fondements de chaque discours. A la métaphysique, et seulement à elle, revient de repérer de tels fondements et de constater dans le développement des différents types de savoirs qu’il y a bien cohérence effective entre eux (fondements et développements). Selon une telle structure, c’est à la métaphysique que revient la critique des savoirs, même de ceux qui sont spécifiquement philosophiques, auxquels – comme à tous les autres, et même plus qu’à tous les autres – il est demandé la cohérence avec la connaissance fondamentale. Une perspective comme celle que nous venons de présenter se révèle être d’un intérêt particulier à la lumière des entrelacements de gnoséologie et métaphysique qui ont habité la réflexion philosophique moderne. La confrontation critique, et surtout celle qui est fortement et notoirement demandée par de tels développements, y trouve un plein accueil. On peut  facilement le déduire du fait que ce volume se termine, en guise de conclusion, par un chapitre dédié justement aux « Confrontations critiques » (pp. 127 – 180) avec certaines des plus importantes figures de la pensée philosophique contemporaine. Mais on peut le comprendre encore mieux si – comme on l’a déjà souligné – sont prises en considération les raisons proprement philosophiques de l’actualité d’une telle vision, c'est-à-dire le fait qu’elle est née au sein d’un débat sur la définition de la philosophie première en rapport à son point de départ, ce qui permet, ou mieux encore qui demande, un dialogue avec toute les plus importantes lignées de développement de la philosophie de l’époque moderne et postmoderne[19].

 

Syntonie culturelle donc, et participation pleine au Zeitgeist, mais non compromis spéculatifs sur les thèmes essentiels de la vérité de la pensée et de son fondement. Il en va – je le répète – de la validité de tout le système spéculatif, qui ne peut pas prétendre avoir une valeur aléthique s’il contredit le premier principe de la logique aléthique, c'est-à-dire le « principe de cohérence ». Que ce soit là le noyau de mes raisonnements sur métaphysique et sens commun, Maria Antonietta Mendosa l’a très bien noté, qui écrivait  à ce propos:

 

«La réflexion sur la notion épistémique de la logique du sens commun implique une analyse comparée entre les logiques des autres systèmes de pensée et la logique aléthique. L’essai apporte de la clarté sur la portée purement formelle, pragmatique et autoréférentielle des logiques modernes et contemporaines, à partir du cogito cartésien, dont le champ d’application ne coïncide presque jamais avec l’horizon de l’expérience originaire. Antonio Livi relève, notamment, que dans les systèmes philosophiques de Descartes, de Kant et d’Hegel, il y a une incohérence matérielle intrinsèque qui n’investit pas seulement le profil formel de la pensée, mais aussi son profil métaphysique. Sa critique se fonde sur cette contradiction évidente qu’il existe en de telles structures de pensée une impossibilité non seulement de l’être énoncé, mais même de l’être pensé, si l’on ne réadmet pas les certitudes absolument vraies du sens commun »[20].

 

Ainsi Maria Antonietta Mendosa a bien compris qu’il n’est pas possible de partager les principes de la philosophie du sens commun, et souhaiter ensuite qu’elle trouve un point de rencontre avec la philosophie de l’immanence ; il n’est pas possible de partager les critiques que, sur la base du « principe de cohérence », j’ai adressées à Descartes, Kant et Hegel, et en conséquence à Husserl[21], et d’y voir ensuite une acceptation implicite de leur point de départ, lequel est justement ce que j’ai critiqué.

Quant aux critiques qui m’ont été adressées par Horst Seidl, il me semble que mon illustre collègue allemand, partant sans s’en rendre compte de présupposés rationalistes, ne comprend pas les raisons qui justifient ma thèse sur la présence de l’étant en acte (« les choses ») comme immédiatement donné à la connaissance humaine dans son commencement même. Il affirme, en ramenant le discours à la formalité abstraite de l’idée d’étant, que l’intellect dispose déjà, a priori, d’une notion d’ « être », par laquelle il « interprète » l’expérience. Dans son intervention sur cet aspect spécifique de la question, s’entrelacent ses compétences bien connues en matière de philosophie ancienne (Aristote) et sa familiarité avec la philosophie allemande des derniers siècles ; il faut donc examiner en détail son argumentation :

 

«Selon la réflexion aristotélicienne des Analytiques seconds, l’être des choses est le présupposé de n’importe quelle connaissance, c’est-à-dire aussi de toute expérience, de sorte qu’il ne peut devenir objet d’expérience, mais seulement de conscience, dans la signification classique de « con-scire » (c'est-à-dire « savoir avec ») qui accompagne toute expérience. La théorie qui relève ce fait ne peut être que la philosophie de la connaissance (gnoséologie, épistémologie) et non une philosophie du sens commun, c'est-à-dire de l’expérience. De fait, la philosophie de Thomas Reid, d’inspiration empiriste, retient comme fondement de toute connaissance l’expérience et non plus l’ontologie classique. Thomas d’Aquin, qui suit en cela Aristote, dit que « l’étant est  ce qui est plus connu » : ens est primum notum ; il ne dit pas : cognitum. L’étant n’est pas connu au moyen de l’expérience, mais seulement « su-avec » au moyen de la conscience. Déjà Parménide, contre l’empiriste Héraclite qui ne voyait dans l’être des choses qu’une apparence sensible, découvre pour la première fois que l’être des choses est intelligible, c'est-à-dire objet de l’intellect (avec un acte intuitif, de la conscience dirions-nous aujourd’hui), et comprend toutes les choses naturelles avec le participe présent « étant ». Dans la phrase : ésti gàr eînai, il faut mettre comme complément « l’étant » et traduire : «  il est en effet possible que l’étant soit », alors qu’il est impossible que le non-étant soit »[22].

 

Il y a dans ce discours plusieurs observations tout à fait partageables, mais il en est d’autres aussi que je ne peux accepter, parce qu’elles ne sont vraies ni du point de vue historiographique[23] ni du point de vue théorétique. De plus, du point de vue théorétique, ces observations ramènent à des principes gnoséologiques qui conduisent inévitablement à considérer la métaphysique comme explication d’un « logos » qui s’ajoute à l’ « empeiria » et la transcende. Cette formule –explicitée chez Gustavo Bontadini et ses élèves, comme Evandro Agazzi, Aniceto Molinaro et Leonardo Messinese[24] –  est seulement implicite chez Horst Seidl, mais il me semble que les prémisses sont les mêmes. Elles sont en effet une conception de la connaissance selon laquelle l’expérience serait par soi inintelligible ; par conséquent, toute l’intelligibilité du réel viendrait des fonctions de l’intellect. Il s’agit, évidemment, du module classique du rationalisme cartésien, qui engendre l’empirisme et donne place enfin à la négation de la part de Kant d’une « intuition intellective ». La métaphysique est donc ce qui transcende l’expérience « en créant » des catégories sur mesure, à commencer par la notion d’être.

        Bien entendu, Seidl est prêt à approuver ceux qui critiquent l’apriorisme kantien et en particulier son refus d’admettre qu’il y ait une intuition intellective[25] ; mais cela n’ôte pas le fait que pour lui, l’expérience et l’intuition des catégories métaphysiques sont deux moments distincts (même s’ils ne sont pas successifs) de la connaissance. En disant cela, Seidl nie indirectement que la métaphysique formalise les connaissances de sens commun, ce que pour ma part je soutiens. Dans la métaphysique ainsi que l’entend Seidl, le sens commun n’a plus aucune place, parce qu’il est interprété (contre tout éclaircissement que j’ai fourni à ce propos) comme sensation, et donc reconduit à l’expérience comme simple récolte des données sensibles.

 

Ma philosophie du sens commun  ne peut cependant pas être refusée sur la base de cette équivoque conceptuelle : j’ai toujours consacré beaucoup de place à l’explication de ce que j’entends par « expérience », à savoir la connaissance immédiate, en tant que connaissance et en tant qu’immédiate[26]. Il s’agit de la perception originaire de l’être des étants, lesquels sont perçus comme tels (sicut entia) par l’intellect (simplex apprehensio et judicium) ; c’est en effet l’intellect qui, sur la base des données fournies par les sens, en saisit dans un seul acte de connaissance tant la présence, c'est-à-dire leur « être là » (Dasein), que l’essence (Wesen), c'est-à-dire leur « être quelque chose ». Ceci est pour Thomas l’acte de «cognoscere esse rerum secundum eorum essentiam». Même si le terme « expérience », que j’utilise en opposition à « inférence » et à « témoignage », ne correspond pas en tout et pour tout au terme aristotélicien de « empeiria » et au terme thomasien de « experimentum », sa signification dans la philosophie du sens commun est bien déterminée, et en substance correspond à la structure de la gnoséologie classique, dans laquelle « nous » (en latin « intellectus ») s’oppose à « dianoia » (en latin « ratio »). Quant à la distinction que Seidl voudrait opérer entre le terme « notum » et « cognitum », je n’arrive vraiment pas à la comprendre : grammaticalement les deux termes sont absolument synonymes (ils sont tous les deux des participes passés, avec signification passive, respectivement du verbe « nosse » et du verbe « cognoscere » qui en latin sont justement synonymes). Et quant à leur usage présumé différent dans le lexique thomasien, à ma connaissance, il ne résulte pas des textes, et encore moins le fait que Saint Thomas voie dans l’intellect humain un moment « constructif » par lequel, « dans la conscience », les données de l’expérience acquièrent des dimensions intellectives et donc métaphysiques. La question n’est pas secondaire ; elle touche le point essentiel qui sépare la métaphysique « rationaliste » de la métaphysique non-rationaliste. Cette vision méthodologique caractérise justement la métaphysique « rationaliste », et elle la caractérise à ce point qu’elle coïncide – quant à la méthode – avec la pensée antimétaphysique ou de « dépassement de la métaphysique » propre à Heidegger. Que l’on pense à la façon dont Friedrich-Wilhelm von Herrmann décrit le passage de la métaphysique classique (Aristote) à la pensée heideggérienne:

 

«Heidegger donne à la question maîtresse de l’histoire de la métaphysique la formulation aristotélicienne : « Qu’est-ce qu’un étant? ». Cette question cherche le « qu’est-ce » qu’un combien être de l’étant. C’est la question métaphysique sur l’être. A partir d’elle Heidegger tire la question de base : « qu’est-ce que l’être-même? », qu’il appelle la question fondamentale parce qu’en elle se fonde la question maitresse »[27].

 

Se demander “comment” sont les étants de notre expérience immédiate a du sens, de même qu’analyser dans le langage ordinaire de quelles façons on utilise le terme « étant » ; et c’est ce que fait Aristote, sans tomber dans l’équivoque (toute moderne) d’appliquer aux étants une catégorie mentale – qui à l’origine devrait être indépendante d’eux – ayant pour nom l’ « être ». Mais, une fois introduite en philosophie la parole  « être » (qui pour la métaphysique classique est une façon de « dire » les étants réellement existent), se demander quelle est son « essence » n’a aucun sens : l’essence est ce que, de l’étant singulier et concret, l’intellect comprend par intuition (« simplex apprehensio ») comme l’ensemble des accidents propres, qui situent (mentalement) tel étant dans une « classe » ou « catégorie » (genre, espèce). Flavia Silli doit avoir bien compris cela lorsqu’elle écrit, en commentant mon essai  Metafisica e senso comune:

 

«Il est d’une importance fondamentale: 1) de ne pas céder à la tentation d’hypostasier ou, pire encore de “réifier” la notion d’être, et ensuite 2) de préserver la distinction entre vérité ontologique (ou vérité des choses) et vérité logique (vérité de la pensée) : justement parce que – comme l’enseigne Aristote – « l’être se dit de plusieurs façons », de même il faudra nécessairement entendre la vérité sur les choses de plusieurs façons. L’immanentisme est le résultat de ces métaphysiques « univocistes » qui annulent tout procédé analogique dans l’indistinction « qualitative » entre être et étants »[28].

 

Dans la philosophie classique, dans le réalisme, la question de l’essence de l’être est totalement dépourvue de sens. Elle n’en acquiert un que si l’on admet que l’être dont on parle est seulement une parole, un terme, un élément du langage, et que le langage est l’unique chose qu’on peut examiner, comme le pense Heidegger implicitement et Gadamer explicitement. Après eux, [Emanuele] Severino absolutise le « cercle vicieux » de la pensée qui réfléchit sur le langage-qui-est-pensée. Qui, comme Bontadini, Molinaro et Seidl, soutiendrait que l’être est une catégorie qui s’applique à l’expérience – au lieu de dire qu’elle découle d’elle par voie d’induction – estimerait en bonne foi pratiquer la métaphysique en continuité avec la métaphysique classique, mais il aurait en réalité assumé les principes méthodologiques de la métaphysique cartésienne. L’être dont ces penseurs parlent n’est pas l’être des étants, mais l’être qui permet de « voir » intellectuellement les étants : il est un « a priori », une idée perçue immédiatement par l’intellect et qui ne découle pas de la perception sensible. Cela n’est pas de la métaphysique : c’est de l’ontologie certainement, mais une ontologie de type « ontologiste ».

 

Je me suis arrêté sur l’intervention critique de Horst Seidl parce qu’il démontre à quel point à ce jour la forma mentis de la métaphysique rationaliste est encore présente dans la pensée contemporaine, même chez des auteurs qui estiment en avoir suffisamment pris leurs distances. Mais je pourrais faire le même discours de fond à propos de certaines interventions, surtout celle de Pier Paolo Ottonello, qui, plus explicitement, se réclame de l’ontologie d’Antonio Rosmini, avec son « idée d’être »[29]. Alors que Krienke  se limite  à suggérer une confrontation avec le philosophe de Rovereto [Rosmini], Ottonello estime pouvoir affirmer que ma philosophie du sens commun a plusieurs points de contact avec la métaphysique rosminienne. Mais à ce bien connu philosophe génois, interprète de Rosmini et élève de Michele Federico Sciacca, je réplique que sur ce point spécifique (qui est d’ailleurs le point fondamental) on ne peut absolument pas associer la philosophie du sens commun à l’ontologie de Rosmini. 

 

         La raison pour laquelle j’ai toujours pensé, et pour laquelle je continue encore aujourd’hui de penser qu’une substantielle homogénéité théorétique ne peut pas exister entre la philosophie du sens commun et l’ontologie de Rosmini, est que cette dernière, tout en étant le fruit d’une intelligence d’un niveau spéculatif exceptionnel et d’une âme vraiment illuminée par l’Esprit Saint, contient bien ces principes méthodologiques qui fondent vraiment le réalisme et la métaphysique, mais non sans ambigüités. L’ontologie de Rosmini, qui constitue sans doute une des plus remarquables entreprises  spéculatives du XIX siècle et qui revit au XX siècle grâce à Michele Federico Sciacca, appartient à une époque de la philosophie chrétienne qui se ressent trop de l’hégémonie conceptuelle et linguistique de l’idéalisme : à l’époque de Rosmini, l’idéalisme transcendantal de Kant et l’idéalisme absolu de Hegel ; à l’époque de Sciacca l’idéalisme actualiste de Giovanni Gentile. Dans les deux cas il ne semble pas que ces deux penseurs chrétiens aient pu ou aient voulu abandonner complètement le présupposé idéaliste selon lequel la métaphysique se base sur les idées, à commencer par l’idée d’être, raison pour laquelle l’intuition intellective de l’être occupe chez eux la place de premier principe[30]. La philosophie du sens commun consiste en revanche dans le fait de considérer comme premier principe non pas une idée, mais un jugement, le jugement d’existence originaire (« res sunt ») qui exprime la perception de l’être des choses données dans l’expérience immédiate. Je ne vois donc pas comment on pourrait mettre sur le même plan  le sens commun, ainsi que je l’entends, et l’idée d’être conçue comme un « a priori » duquel l’intellect devrait se servir pour « déchiffrer » la réalité[31].

 

 

 



[1] Cf. Antonio Livi, Filosofia de senso comune. Logica della scienza e della fede, nouvelle édition, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2010; voir aussi la traduction française de la premère édition: Philosophie du sens commun. Logique aléthique de la science et de la foi, L’Age d’Homme, Lausanne-Paris 2006.

[2] Cfr Antonio Livi, Metafisica e senso comune. Sullo statuto epistemologico della “filosofia prima”, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 22010.

[3] Cfr Valentina Pelliccia (ed.), Per una metafisica non razionalistica. Discussione su “Metafisica e senso comune”, di A. Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2008; Philip Larrey (ed.), Per una filosofia del senso comune. Studi in onore di Antonio Livi, Italianova, Milano 2009; Antonio Livi (ed.), La filosofia del senso comune al vaglio della critica, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2010; Thomas Rego, La filosofia del sentido común en Aristóteles, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2010; Mario Mesolella (ed.), Realismo e fenomenologia, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2012.

[4] Voir à ce sujet les essais ressemblés par Mario Mesolella (ed.), I filosofi moderni del senso comune: Pascal, Buffier, Vico, Reid, Balmes, Rosmini, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2010.

[5] Vedi Giovanni Covino (ed.), La nozione di “senso comune” nella filosofia del Novecento, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2012.

[6] Cf Evandro Agazzi, in Epistemologia,   (2012), pp. 345-346. 

[7] Cf Francesco Arzillo, Il fondamento del giudizio, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2005.

[8] Cf Roberto Di Ceglie, La filosofia del senso comune in Italia: obiezioni e risposte, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2005.

[9] Cf Ambrogio Giacomo Manno, Il senso comune, la metafisica e la teologia, in Valentina Pelliccia (ed.), Per una metafisica non razionalistica. Discussione su “Metafisica e senso comune”, di A. Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2008, pp. 31-44.

[10] Cf Maria Antonietta Mendosa, Epistemologia del senso comune, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2002.

[11] Cf Fabrizio Renzi, La logica aletica e la sua funzione critica. Analisi della nuova proposta teoretica di Antonio Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2012.

[12] Cette expression ― le réalisme comme méthode de la philosophie ― est spécialement efficace, quoique synthétique, et je l’ai utilisée pour traduire en italien l’œuvre célèbre de Gilson de 1935, Le Réalisme méthodique (cf. Etienne Gilson, Il realismo, metodo della filosofia, ed. Antonio Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2008.

[13] Gianni Vattimo, La fine della modernità, Garzanti, Milano 19993, pp. 20-21: 175.

[14] Cf Étienne Gilson, Le Réalisme méthodique, Pierre Téqui Editeur, Paris 1935.

[15] Markus Krienke, Per una metafisica post-moderna. La “filosofia del senso comune”  di A. Livi, in Valentina Pelliccia (ed.), Per una metafisica non razionalistica. Discussione su “Metafisica e senso comune”, di A. Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2008, pp. 75-86.

[16] Cfr Antonio Livi, “Il cristianesimo nella filosofia moderna, tra razionalismo e scetticismo”, in Studium, 98 (2002), pp. 495-522; Idem, Fede cristiana e filosofia nell’età moderna: il problema della certezza, dans Edoardo Mirri et Furia Valori (edd.), Fede e ragione, Edizioni Scientifiche Italiane, Napoli 2003, pp. 127-142; Idem, “Da Descartes a Rosmini: le categorie cristiane nella filosofia moderna”, in Rivista rosminiana, 97 (2003), pp. 341-366; Idem, “Filosofia e ortodossia. Il pensiero cristiano, grembo della modernità”, in Studi cattolici, 47 (2003), pp. 84-89.

[17] Cfr Antonio Livi, “La 'teosofia' rosminiana: il suo fascino e le sue ambiguità”, dans L’Osservatore romano, 12 luglio 2001, pp. 5-6; Idem, Vera e falsa teologia. Come distinguere l’autentica “scienza della fede” da un’equivoca “filosofia religiosa”, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2012.

[18] Cfr Idem, Storia sociale della filosofia, 3 voll., Società Editrice Dante Alighieri, Roma 2006-2008.

[19] Roberto Di Ceglie, La metafisica come formalizzazione dlel’esprienza, dans Valentina Pelliccia (ed.), Per una metafisica non razionalistica. Discussione su “Metafisica e senso comune”, di A. Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2008, pp. 59-64, ici pp. 63-64.

[20] Maria Antonietta Mendosa, La metafisica alla luce della logica aletica, dans Valentina Pelliccia (ed.), Per una metafisica non razionalistica. Discussione su “Metafisica e senso comune”, di A. Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2008, pp. 51-57, ici pp. 54-55.

[21] Cfr Idem, Il principio di coerenza. Senso comune e logica epistemica, Armando Editore, Roma 1997.

[22] Horst Seidl, La metafisica tra esperienza e scienza, in Valentina Pelliccia (ed.), Per una metafisica non razionalistica. Discussione su “Metafisica e senso comune”, di A. Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2008, pp. 54-50, qui p. 47.

[23] En ce qui concerne Thomas Reid, il faut dire qu’en réalité il fait recours à la notion de “common sense” (qui lui a été transmise par le français Claude Buffier) en réaction à la tradition idéaliste cartésienne, qui en Grande Bretagne, avait assumé les formes de l’empirisme avec John Locke et surtout avec l’autre penseur écossais David Hume. Pour s’en convaincre qu’il suffise de considérer que le “common sense” de Reid arrivait à justifier la perception immédiate des catégories métaphysiques indispensables à la religion. Si Emmanuel Kant d’abord et Antonio Rosmini par la suite critiquent Reid, ce n’est pas parce qu’il est un empiriste, mais c’est parce qu’il leur semble peu idéaliste, c’est à dire parce qu’ils voient qu’il attribue à l’expérience un contenu qui est déjà matériellement métaphysique, sans recourir à aucune catégories «a priori» ni à l’«idée d’être». Voir Antonio Livi, Il senso comune tra razionalismo e scetticismo. Vico, Reid, Jacobi, Moore, Massimo Editore, Milano 1992.

[24] Vedi Mario Mesolella (ed.),Realismo e fenomenologia, cit.

[25] Cf. Horst Seidl, Metafisica e realismo, Lateran University Press, Città del Vaticano 2007.

[26] Cf. Antonio Livi, Verità del pensiero. Fondamenti di logica aletica, Lateran University Press, Città del Vaticano 2002, pp. 53-128; Idem, La ricerca della verità. Dal senso comune alla dialettica, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2005, pp. 143-228.

[27] Friedrich-Wilhelm von Herrmann, La metafisica nel pensiero di Heidegger, trad. it., ed. Aniceto Molinaro, Urbaniana University Press, Città del Vaticano  2004, pp. 16-17. Il faut remarquer l’inconsistance des références historiographiques et l’expression vague des définitions. Pour celui qui pourrait penser que le défaut de clarté et de logique serait à attribuer à la traduction italienne, je transcris aussi l’original allemand: «Die Leitfrage der Geschichte der Metaphysik gibt Heidegger die aristotelische Formulierung “Was ist das Seiende?”.  Die Leitfrage fragt nach dem Wassein als dem Sein des Seienden. Sie ist die metaphysische Seinsfrage. Dieser entnimmt Heidegger die ursprünglichere Frage „Was ist das Sein selbst?“, die er die Grundfrage nennt, weil in ihr die Leitfrage gründet» ( pp. 90-91).

[28] Flavia Silli, La metafisica, essenza della filosofia, da Aristotele ai nostri giorni,  in Valentina Pelliccia (ed.), Per una metafisica non razionalistica. Discussione su “Metafisica e senso comune”, di A. Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2008, pp. 107-116.

[29] Pier Paolo Ottonello, Livi, la metafisica e il senso comune, in Valentina Pelliccia (ed.), Per una metafisica non razionalistica. Discussione su “Metafisica e senso comune”, di A. Livi, Casa Editrice Leonardo da Vinci, Roma 2008, pp. 19-30.

[30] Pour une synthèse approfondie de la métaphysique de Sciacca et de sa dépendance de Rosmini, on peut renvoyer au texte d'Alberto Caturelli, Michele Federico Sciacca. Metafisica dell’integrità (Edizioni Ares, Milano 2008), oeuvre qui est définie par Pier Paolo Ottonello comme une « limpide, organique, exhaustive reconstruction de toute l’œuvre  de Sciacca » (Prefazione, p. 6).

[31] Le fait que l’idée rosminienne d’être soit un “a priori” cognitif (que l’on pourrait assimiler, au moins en partie, à l’a priori kantien) a déjà été soutenue explicitement. Par exemple l’auteur cité plus haut, que Pier Paolo Ottonello estime digne de confiance écrit ceci : «Dans la pleine maturité de la pensée moderne, tant Kant que Rosmini ont posé le même problème, qui consiste dans l’objectivité de la connaissance et dans la nécessité de restaurer la métaphysique. Pour Kant les principes de la connaissance sont une forme a priori de l’intelligence, mais l’unique chose qui est a priori est seulement la forme vide, pure condition de la connaissance […]. Pour Rosmini la forme a priori n’est pas seulement une forme vide, mais elle est Idée comme intuition de l’intelligence et sur cette base il reconstruit la métaphysique ; il y a des vérités secondes, mais il y a une vérité première qui les rende possibles, et qui est donnée par Dieu à l’intelligence et qui n’est pas crée par elle» (Alberto Caturelli, Michele Federico Sciacca, cit., pp. 178-179).

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 23:04

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Après avoir prudemment attendu pour ne pas brûler les éventualités de pacification, cette libre revue, avec la même franchise avec laquelle elle a commenté d’autres événements ecclésiaux et résisté aux tentatives de censure, intervient sur la situation actuelle de l’Institut du Bon Pasteur. Nous reportons d’abord les faits, exposés dans le compte-rendu officiel du secrétaire du Chapitre qui a été transmis pour connaissance à la Commission Pontificale Ecclesia Dei ; ensuite nous publions la « Lettre ouverte à M. l’abbé Philippe Laguérie », adressée à celui-ci par le directeur de ce site.

La Rédaction 

 

 

Rev. me Commission Pontificale Ecclesia Dei,

C’est avec beaucoup de chagrin que nous nous voyons dans la nécessité d’évoquer des événements douloureux au sujet de notre premier Supérieur Général, événements que nous aurions souhaité résoudre sans qu’ils soient portés à l’extérieur de notre société.

Nous avions envisagé de vous rapporter de vive voix et de manière détaillée la situation actuelle de notre Institut. Pour cela notre nouveau Supérieur Général avait demandé à être reçu. Nous avions aussi espéré et essayé une pacification interne de cette même situation en envoyant des propositions de conciliation à M. l’abbé Laguérie. Cependant, nous avons récemment constaté qu’aucune des deux choses envisagées n’a pu se réaliser. En effet, par la lettre du 17 juillet, la Commission nous a communiqué qu’elle ne souhaitait recevoir aucun membre du Chapitre ; et en ce qui concerne l’abbé Laguérie, nous avons dû constater chez lui une attitude à la fois opposée à tout dialogue constructif et objectivement non-fiable. En effet, après les opérations électorales (dont nous faisons état intégralement ci-dessous), il a abandonné le Chapitre encore en acte, malgré les invitations à rester, à dialoguer et à s’accorder qui lui ont été adressées, mais qu’il n’a absolument pas voulu écouter.

Lorsque les travaux capitulaires étaient désormais conclus, l’abbé Laguérie a transmis ses propositions pour une conciliation de la situation (voir feuille annexe). Dans les semaines suivantes, toujours au mois de juillet, nous avons essayé d’établir un contact avec lui, dans le but de mettre en valeur pour autant que possible ces propositions, mais il s’y est refusé, sous prétexte que notre disponibilité était trop tardive (déjà en juillet!) et que ses propres propositions auraient dû être accueillies intégralement ou refusées avant la fin du Chapitre, refusant ainsi de prendre en considération ce qu’on lui avait déjà répondu : à savoir que son abandon du Chapitre et le fait de lire ses propositions envoyées par mail une fois les travaux terminés rendaient impossible une réponse plus rapide à ses propositions.

Ensuite, le même abbé Laguérie a demandé à l’abbé Perrel de le rencontrer, en spécifiant cependant qu’il ne lui aurait pas montré les documents romains auxquels il avait fait allusion sur son blog, mais auxquels il enjoignait en même temps à l’abbé Perrel de se soumettre. 

Il est évidemment déplorable qu’un document auquel tous doivent se tenir soit d’abord communiqué par allusion sur Internet, au lieu d’être envoyé aux capitulants et aux membres de l’IBP en général ; et il est évident aussi qu’un tel document doit être intégralement connu de ceux à qui il est adressé ; nous avons donc fait remarquer à M. l’abbé Laguérie que sa prétention paraissait dépourvue de sens. Selon lui, en effet, nous aurions dû nous contenter de connaître d’une façon génériquement relatée et dans le meilleur des cas par morceaux, une chose qui nous concernait directement!

L’abbé Perrel a donc demandé à l’abbé Laguérie de pouvoir le rencontrer pour lire ce document. L’abbé Laguérie a répondu qu’il ne lui montrerait pas le document, mais qu’il lui en ferait seulement lecture (intégrale ? Il n’a pas voulu spécifier) en soutenant qu’il était tenu au secret. A cela l’abbé Perrel a alors répliqué qu’un tel comportement était étrange : comment un document si secret pouvait-il être contraignant alors qu’il ne pouvait pas lui être montré ? Et s’il était si secret l’abbé Laguérie n’aurait-il pas dans tout les cas violé ce secret en en donnant la nouvelle sur son blog et en en citant des extraits dans ses mails ? Et une éventuelle lecture faite par l’abbé Laguérie en présence de l’abbé Perrel, sans que ce dernier ait pu jamais lire le texte authentique, n’aurait-elle pas violé le secret dont il était question en tous les cas ? Quelle logique y avait-il en tout cela ?

Comment pouvions-nous tenir pour indiscutablement contraignant un texte qu’on s’obstinait à ne pas vouloir nous montrer, alors que l’abbé Laguérie avait souvent varié dans ses affirmations, comme le montre l’ensemble du présent document ? Il avait d’ailleurs déjà soutenu (et même confirmé par écrit) des choses peu crédibles, comme par exemple le fait que cette Commission Pontificale aurait formellement enjoint la censure et le retrait de certains articles d’un site internet libre, site qui par ailleurs déclare explicitement ne pas être un organe de l’IBP. 

Plus tard, l’abbé Laguérie a communiqué à l’abbé Perrel avoir reçu de cette Commission l’autorisation de faire connaître le texte, et il déclarait donc le lui envoyer par mail. L’abbé Perrel a alors communiqué à l’abbé Laguérie sa disponibilité à le rencontrer, à lire ensemble les documents, et à en parler ensemble, comme il l’avait souhaité précédemment. 

En réponse à cette proposition, l’abbé Laguérie a ajouté une série de conditions : le lieu et la date, non pas d’une rencontre, mais de la convocation de l’abbé Perrel, auraient dus être choisis unilatéralement par lui-même (…) et, de plus, il enjoignait au même abbé Perrel de ne pas se présenter en compagnie d’un prêtre déterminé, membre de l’IBP, comme accompagnateur, tout ceci sur un ton arrogant et fortement provocateur.

L’abbé Perrel a donc exprimé à l’abbé Laguérie que, pour qu’une rencontre se déroule dans un climat de dialogue, elle doit se concorder ; il ne songeait pas lui-même à poser aucun veto à l’abbé Laguérie au sujet de l’accompagnateur qu’il aurait choisi, et qu’il estimait donc pouvoir jouir lui-même d’une liberté semblable ; mais l’abbé Laguérie s’obstinait à imposer tous et chacun des points comme autant de conditions sine qua non, ceci confirmant son attitude récente, n’ayant rien de constructif. 

Donc, étant donné l’avis de cette Rev. Commission dans sa communication du 17 juillet dernier, de « ne pas retenir opportun en ce moment de recevoir aucun des membres du Chapitre », et en considération de l’attitude prévaricatrice et non constructive de l’abbé Laguérie, qui a rendues vaines nos espérances d’une résolution de la situation dans l’immédiat, nous nous voyons désormais obligés de recourir au présent moyen, quoique imparfait, pour exposer de manière complète – en prolongement de notre précédent envoi – la situation en question.

 

***

 

[Déroulement du Chapitre]


Le Chapitre s’est ouvert dans la matinée du lundi 2 juillet, avec les votes sur les modalités du scrutin. Nous faisons remarquer que l’abbé Laguérie guidait alors à ce moment les discussions du chapitre en sa qualité de Supérieur Général, avant de démissionner – soulignons-le – le 3 juillet, donc avant son éventuelle réélection controversée. 

Le 3 juillet, l’abbé Laguérie use alors de sa forte influence sur les opérations préélectorales en guidant les discussions, avec l’aide de l’abbé Héry, son assistant, pour que fusse pris en considération le fait que l’abbé Navas avait transmis des bulletins de vote par l’intermédiaire de l’abbé Pinzon. L’abbé Laguérie invitait à une interprétation large des statuts pour permettre de prendre en compte le vote de l’abbé Navas.

Des doutes ont alors été soulevés, parce que l’abbé Laguérie connaissait depuis la fin du mois de juin l’envoi de tels bulletins par l’intermédiaire d’un capitulant, et qu’il n’en avait informé le Chapitre qu’après son ouverture, la chose ne figurant même pas à l’ordre du jour. L’abbé Laguérie a alors encore insisté et l’on a procédé au vote du Chapitre, qui a accepté que le vote de l’abbé Navas puisse être exprimé, au moyen des bulletins apportés par l’abbé Pinzon. 

Une nouvelle enveloppe est ensuite arrivée de Bogotá. L’abbé Laguérie, qui guidait encore les discussions, a insisté pour que l’on prenne en considération ces nouveaux votes par correspondance, et que lui-même avait sollicités auprès de l’abbé Navas dans les jours qui avaient précédé le chapitre. Dans ce climat, il n’a pas été procédé à un vote quant à l’acceptation des nouveaux bulletins, mais ceux-ci ont été substitués aux précédents par le canoniste.

 

Dans l’après midi, le Supérieur Général sortant, M. l’abbé Laguérie, a posé sa démission ainsi que tout le reste du conseil (charges qui, en l’absence d’une telle démission, auraient dû continuer jusqu’au 8 septembre 2012). Le chapitre a donc pu procéder aux élections, la présidence du chapitre étant désormais intégralement prise en charge par moi-même, secrétaire général sortant et secrétaire du chapitre.

Le premier scrutin a alors eu lieu, avec les résultats suivant :

 

Nombre de capitulants présents : 11 (total de 12 votants en raison du vote de l’abbé Navas).

 

Résultats du premier tour :

Abbé Philippe Laguérie 6 voix

Abbé Roch Perrel 5 voix

Abbé Guillaume de Tanoüarn 1 voix

 

Résultats du second tour :

Abbé Philippe Laguérie 6 voix

Abbé Roch Perrel 6 voix

 

Accèdent au troisième tour les abbés Philippe Laguérie et Roch Perrel.

 

Résultats du troisième tour :

Abbé Philippe Laguérie 6 voix

Abbé Roch Perrel 6 voix

 

M. l’abbé Philippe Laguérie est élu supérieur général de l’Institut du Bon Pasteur, au bénéfice de l’ancienneté.

Il accepte la charge.

M. l’abbé Carusi adresse au secrétaire du Chapitre une réclamation concernant la validité de l’élection, en raison d’un vice de forme dû à l’adoption de nouveaux bulletins de vote de l’abbé Navas, reçus par la poste après l’ouverture du Chapitre, sans aucune signature ni lettre d’accompagnement, et sans que l’acceptation de ces nouveaux bulletins n’ait été soumise à l’acceptation du Chapitre.

L’abbé Pinzon se dit très étonné parce que dans les bulletins qu’il avait consignés apparaissait le nom de l’abbé Aulagnier, qui n’a obtenu aucune voix avec les nouveaux bulletins.

Au début de la session suivante du Chapitre, le mercredi 4 juillet 2012 à 9h, l’abbé Carusi conteste la validité de cette élection, appuyé par plusieurs capitulants, et demande de soumettre l’annulation de l’élection au vote du Chapitre pour vice de procédure : le vote concernant la demande de l’abbé Navas approuvait la prise en compte des bulletins « qu’il a émis et qu’il a communiqués par l’abbé Pínzon Vélez ». Or ceux qui ont été pris en compte sont d’autres bulletins, reçus par la poste dans l’après-midi. D’autre part, ces seconds bulletins ont été reçus par le Chapitre après son ouverture ; ils n’étaient accompagnés d’aucune lettre explicative, ni même d’une signature quelconque de l’abbé Navas. Suivent les discussions des capitulants. Tous interviennent un par un sur le sujet.

La séance est alors suspendue durant 20 minutes. Au retour, l’abbé Laguérie déclare quitter l’assemblée capitulaire, malgré les invitations à rester qui lui sont adressées, à cause de l’impossibilité de gouverner qu’il déclare évidente et en disant « je vous laisse détruire l’IBP, les nouveau chefs détruiront l’IBP, je ne peux pas gouverner cet Institut ». Il quitte ensuite l’assemblée. Suite aux phrases mentionnées, qui ont la saveur d’une démission, l’abbé Laguérie a aussi affirmé, juste en sortant, qu’il partait sans pour autant donner sa démission, puisqu’il venait d’être réélu ; or mise à part la contradiction de cette dernière phrase avec ce qu’il avait dit juste avant, et avec le fait constitué par son abandon du Chapitre, il faut souligner que cette éventuelle non-démission contradictoire regardait sa prétendue réélection du jour précédent : comme nous l’avons rappelé plus haut, il avait en effet démissionné le 3 juillet de son titre de Supérieur Général – comme le prévoyait l’ordonnance préparatoire du chapitre – titre qu’il avait reçu par décret de S. Em. le Card. Castrillon Hoyos. C’est en raison de cette démission formelle du 3 juillet que nous avons donc considéré que l’unique titre éventuel pouvant être revendiqué était celui lié à l’élection controversée du 3 juillet, et non à un titre antérieur.

L’abbé Héry déclare à son tour quitter le Chapitre, pour raisons de santé, à cause de la difficulté à supporter les débats. Ce qu’il fait.

11 h 55 : la session est suspendue par le Secrétaire du Chapitre

15 h : ouverture de la session

 

 

Lettre de l’abbé Laguérie

Le P. Pocquet du Haut-Jussé, canoniste, lit une Lettre du Supérieur général, qui lui a été laissée à midi par M. l’abbé Laguérie. Celui-ci y annonce sa démission du Chapitre général et son refus à l’avance de toute responsabilité que lui confierait le Chapitre :

« Abbé Ph. Laguérie.

Je démissionne de ce chapitre général (2-… juillet 2012). Je refuse à l’avance toute responsabilité qu’il déciderait de me confier.

Fait à Courtalain, Mercredi 4 juillet 2012

Abbé Philippe Laguérie, fondateur et sup. général »

 

Le Chapitre Général, étant l’autorité suprême de l’Institut, et constatant la présence des deux tiers des ayant droits – l’abbé Laguérie ayant démissionné de sa charge reçue du Card. Castrillon Hoyos et ayant paru aussi démissionner oralement et par le moyen de la lettre consignée au canoniste (éventuelle réélection) – établit de continuer ses activités, même après l’abandon des deux capitulants, les abbés Philippe Laguérie et Christophe Héry, pour le bien suprême de la société.

Le chapitre prend acte que, en plus des problèmes cités, la procédure d’admettre un vote par correspondance, si la pratique n’est pas prévue par les statuts, est contraire au canon 167.

Le chapitre exclut donc de faire recours à un vote par correspondance ou par délégation, en établissant que seuls les présents auront droit au suffrage.

 

Le Chapitre vote et approuve la motion suivante :

« Le Chapitre général considère comme nulle l’élection du Supérieur général qui a eu lieu le mardi 3 juillet, à cause d’un vice de forme ».


Le Chapitre informe la Commission Pontifical Ecclesia Dei ; il approuve la motion suivante :

« Le Chapitre général souhaiterait obtenir un avis de la Commission Ecclesia Dei, tant qu’il est en acte, avant de procéder à l’élection du Supérieur Général et de son Conseil ».

 

Le Chapitre informe donc la Commission Pontificale Ecclesia Dei de ce qui s’est passé et prévoit de renvoyer l’élection au lendemain à 15 h pour pouvoir laisser un espace de temps congru afin que la Commission puisse envoyer des conseils éventuels tant que le capitulants sont encore tous réunis (certains membres de l’Amérique Latine ayant déjà prévu leur billet de retour).

 

Texte de la communication envoyée le 4 juillet à la Commission :

« Mercredi 4 juillet 2012.

Le Chapitre général de l’Institut du Bon Pasteur informe la Rev. Commission Ecclesia Dei que suite à l’invalidité de l’élection du 3 juillet 2012, il ne peut communiquer à la Rev. Commission les résultats de l’élection du Supérieur général avant le 5 juillet 2012.

Le Chapitre informe aussi la Commission qu’au moment de la contestation de la validité de cette élection, l’abbé Philippe Laguérie s’est retiré dans des circonstances d’abandon du Chapitre. De la sorte, la Commission est informée des raisons pour lesquelles les résultats ne pourront lui parvenir qu’avec retard, et pourra aussi, si elle l’estime utile, nous communiquer quelque avis.

Le Chapitre continuera à procéder selon l’ordre du jour, qui prévoit désormais l’élection pour le jeudi 5 juillet à 15h ».

 

Le matin suivant, le Chapitre vote et approuve la proposition suivante :

« Le Chapitre général autorise le Secrétaire du Chapitre à prendre contact immédiatement avec l’abbé Laguérie pour savoir s’il a une communication à faire au Chapitre ».

Le Secrétaire général prend contact avec l’abbé Laguérie, qui refuse de communiquer quoi que ce soit au Chapitre général.

A 15 h, en qualité de Secrétaire je consulte les mails, après avoir téléphoné pour vérifier s’il n’y avait pas d’éventuelles indications de la Commission Pontificale, et l’on procède à l’élection du Supérieur Général.

 

 

Election du Supérieur général.

Nombre de capitulants présents : 9 votants.

Résultats du premier tour :

Abbé Roch Perrel               8 voix

Bulletin blanc                                 1 voix

 

M. l’abbé Roch Perrel est élu supérieur général de l’Institut du Bon Pasteur, avec deux suffrages de plus par rapport à la parité du précédent scrutin, en obtenant les deux tiers des ayants droit, et les huit neuvièmes des présents.

Il accepte la charge.

 

Election du premier conseiller, premier assistant et vicaire général.

 

Résultats du premier tour :

Abbé Paul Aulagnier                      8 voix

Abbé Yannick Vella                        1 voix

 

M. l’abbé Paul Aulagnier est élu premier conseiller, premier assistant et vicaire général de l’Institut du Bon Pasteur.

Il accepte la charge.

 

Election du second conseiller, second assistant.

Résultats du premier tour :

Abbé Leszek Kròlikowski                6 voix

Abbé Yannick Vella                        3 voix

 

M. l’abbé Leszek Kròlikowski est élu second conseiller, second assistant de l’Institut du Bon Pasteur.

Il accepte la charge.

 

Election du troisième conseiller.

Résultats du premier tour :

Abbé Yannick Vella                        4 voix

Abbé Stefano Carusi                      4 voix

Abbé Louis-Numa Julien 1 voix

 

Résultats du second tour :

Abbé Stefano Carusi                      5 voix

Abbé Yannick Vella                        4 voix

 

M. l’abbé Stefano Carusi est élu troisième conseiller de l’Institut du Bon Pasteur.

Il accepte la charge.

 

 

Election du quatrième conseiller.

Résultats du premier tour :

Abbé Louis-Numa Julien             4 voix

Abbé Philippe Laguérie                1 voix

Abbé Jose-Luis Pinzón Vélez         1 voix

Abbé Yannick Vella                      1 voix

Abbé Vincent Baumann                1 voix

Abbé Matthieu Raffray                  1 voix

 

Résultats du second tour :

Abbé Louis-Numa Julien             5 voix

Abbé Yannick Vella                    1 voix

Abbé Jose-Luis Pinzón Vélez       1 voix

Abbé Vincent Baumann               1 voix

 

M. l’abbé Louis-Numa Julien est élu quatrième conseiller de l’Institut du Bon Pasteur.

Il accepte la charge.

 

Le Chapitre communique à la Commission :

« Le Chapitre général de l’Institut du Bon Pasteur communique à la Rev. Commission Ecclesia Dei l’élection du Supérieur général et des membres du Conseil général de l’Institut.
Sont élus :

Supérieur général, M. l’abbé Roch Perrel ;
Premier assistant, M. l’abbé Paul Aulagnier ;
Deuxième assistant, M. l’abbé Leszek Krolikowski ;
Troisième conseiller, M. l’abbé Stefano Carusi ;
Quatrième conseiller, M. l’abbé Louis-Numa Julien.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de recevoir l’expression de notre dévotion filiale,
Le Chapitre général de l’Institut du Bon Pasteur, réuni à Courtalain, le 5 juillet 2012 ».

 

Une fois le Chapitre terminé, tous les membres reçoivent alors la lettre que l’abbé Laguérie avait envoyée pour faire des propositions de “possibilité de conciliation” (voir annexe), dans lesquelles entre autre il déconseillait de faire un recours à cette Commission pour les raisons qu’il expose, et dont vous pouvez prendre connaissance dans l’annexe, écrite par l’abbé Laguérie.

Ayant ainsi informé la Rev. Commission des faits et des éléments en cause, en particulier le fait de la démission formelle de M. l’abbé Laguérie de ses charges antérieures à l’élection controversée, nous pensons que seront clairs aux yeux de la Commission, au vu des faits présentés, les motifs qui nous ont conduits à estimer ne pas pouvoir procéder d’une autre manière que ce que nous avons fait.

Nous restons en l’attente confiante de vos communications et de l’envoi direct des documents qui concernent l’IBP, n’ayant toujours pas pu en faire de lecture directe, ni voir avec certitude les originaux.

Avec nos prières dévotes à la Très Sainte Vierge Marie, Mater Ecclesiæ, et avec observance.

 

                             Don Leszek Krolikowski  

 Secrétaire du Chapitre de l’Institut du Bon Pasteur

 

 

***    

 

 

LETTRE OUVERTE A M. L’ABBE PHILIPPE LAGUERIE

 

                                                                                                      Courtalain, le 21 septembre 2012

 

Cher m. l’abbé Philippe Laguérie, Supérieur Générale (émérite) du Bon Pasteur,

 

            Votre comportement nous désole de plus en plus, vous venez au séminaire pour enlever par écrit les droits électoraux actifs et passifs à monsieur l’abbé Perrel, votre concurrent, et vous dites que vous cherchez la paix. Depuis longtemps je voulais répliquer, mais j’ai attendu, pour ne pas fermer la porte à la possibilité des signes de paix et de bon sens, maintenant cependant vous avez passé toutes les limites de l’humaine tolérance. Fecerunt desertum et appellaverunt pacem.

Et maintenant vous attaquez encore le séminaire, en disant qu’il « s’oppose à Rome », voilà votre unique argument en ces semaines, celui qui sert le plus vos intérêts personnels.


Votre hilarante déclaration d’ hyper-romanité

Vous avez écrit un incroyable « communiqué des fondateurs». Voilà celui qui se vantait jusqu’à hier de l’occupation de S. Germain l’Auxerrois et de ses attaques contre la « Rome moderniste », en compagnie du grand instigateur des Sacres de 1988, signer un document si onctueusement servile, qu’à Rome aussi on aura dû faire effort pour ne pas rire. Personnellement, je vous l’avoue, je n’y suis pas arrivé, j’ai ri, je l’admets. Ne me punissez pas davantage pour cela, déjà vous m’avez nommé (de quel droit ?) au Centre Saint Paul, qui - si je ne me trompe pas - est ce centre culturel Rue S. Joseph, sans doute érigé et toujours géré dans le plus grand respect du droit ecclésiastique positif, qui vous est devenu si cher d’un coup. Ce Centre que vous vouliez rayer de la carte - avec son dirigeant - en juin dernier et que l’économe général voulait exclure de la cultuelle parce que non érigée canoniquement . Rappelez-vous…messieurs les abbés…à vos propos colériques et passionnés  il fut répondu que ce n’était pas honnête - malgré tout - de se débarrasser ainsi du Centre de S. Paul après l’avoir longtemps utilisé. Mais depuis vous avez fait la paix…Déjà l’Evangile nous parle d’amitiés qui se recomposent vite…c’était un Vendredi Saint, le temps de traverser Jérusalem et l’amitié était refaite. 

Par ce texte (…) vous vous autoproclamez, en compagnie d’autres hyper-romains - il n’y a qu’à lire leur histoire - « interprète authentique » des Statuts. Vous vous présumez aussi de la signature d’un autre « fondateur-interprète » : il est sorti de l’IBP en claquant la porte.  Que depuis le diocèse de Toulon on puisse « interpréter authentiquement » les Statuts de l’IBP, vraiment je n’y  aurais jamais songé.

M. l’abbé, donnez-nous la liste de ces « interprètes-fondateurs », parce qu’elle est à géométrie variable : vos rapports turbulents avec l’abbé Prieur ont déterminé sa disparition de la liste en question. Dites-nous aussi jusqu’à quand on peut rester « fondateur-interprète », serait-ce une charge à vie même si on quitte l’IBP ? Si demain un « fondateur-interprète » avait à partir de l’IBP, faudra-t-il qu’on lui demande toujours avis aux sujets des Statuts, en suivant ses évolutions doctrinales ? Ne serait-ce pas là un immanentisme doctrinal moderniste, au pire sens de la « tradition vivante » et changeante aux différentes époques…et, avouons-le, selon l’utilité du moment ?

Pardonnez-moi M. l’abbé, mais je ne vois aucune cohérence dans l’ « interprétation authentique » de l’abbé Aulagnier sur le Novus Ordo, appelé « Messe de Luther » dans les publications de son site, et les évolutions liturgico-doctrinales de l’autre « interprète-fondateur », m. l’abbé de Tarnouarn, sur le site duquel on peut lire ce titre : « Mais si l'on préfère présomptueusement et témérairement un rite particulier à l'unité et à la paix, fût-on personnellement bon, saint et digne d'éloges, on mérite pourtant condamnation ». Sur la conciliation des deux positions contradictoires je vous laisse, sans trop d’espoir, unique « interprète authentique » : si au lieu de vous remplir la bouche de « Rome », « Rome », « Rome » vous vouliez bien nous dire laquelle de ces deux positions correspond à votre pensée je vous serais redevable.

Est-ce bien la signature de l’abbé Aulagnier celle qu’on lit ? Est-ce bien le même qui appelait encore récemment l’accordiste Dom Gérard « race de Juda » ? Iam parce sepulto. L’abbé Aulagnier est-ce bien le dernier prêtre qui a rejoint le Bon Pasteur, à savoir en novembre 2011 ? Il s’agit bien de celui qui, avant cette date récente écrivait encore sur internet qu’il était « membre de la FSSPX » ? Et si l’autorité compte plus que la vérité, que faisiez-vous à la FSSPX qui a résisté à la suprême autorité de l’Eglise ? S’agit-il bien de celui qui encore en juin 2011 (!) disait : «tout en ayant aidé la fondation, je ne veux pas m’incardiner à l’IBP parce que si la FSSPX fait un accord je rentre chez eux. L’IBP est instable et ne me donne aucune confiance à cause des abbés Laguérie et Tarnouarn » ? Au point que les professeurs du séminaire - qui, ne serait-ce que par honnêteté envers les séminaristes, l’avaient déjà assumé ce « risque » de s’incardiner - lui ont fait remarquer qu’une société de vie sacerdotale n’est pas à identifier avec la personne de son supérieur pro tempore.

L’abbé Aulagnier qui, en 1988, refusant toute  proposition du Cal Ratzinger, disait : « A Rome, on a une pensée théologique et philosophique contraire à la pensée de l'Église. J'ai peur de cet accord; je crains la ruse du démon, de l'ennemi. (…) Je crains le Bureau romain. ''J'adhère à la Rome catholique, je refuse la Rome moderniste", qui risque d'être le Léviathan qui nous dévore », est-ce la même personne qui nous parle maintenant si onctueusement de « Rome », « Rome », « Rome » et de fidélité absolue au droit positif ? Tout cela fait rire le monde entier…et les fonctionnaires romains peut-être aussi. Lui, qui pour éviter les risques d’une fondation est rentré au Bon Pasteur il y a seulement quelques mois - juste à temps pour voter au Chapitre - c’est assez ridicule.

Et je passe sur l’aussi hilarante auto-citation de l’abbé Laguérie - Cicero pro domo sua, encore du personnalisme exacerbé de l’autorité - devenu « herméneute unique et authentique des Statuts ». Encore de l’auto-proclamation.  Nous avons compris, n’insistez pas.

La mesure est comble, et je réplique donc après avoir attendu très longtemps, obligé désormais non pas à cause de votre acharnement à mon égard, mais parce que je dois prendre acte de votre prétendue et ridicule épuration à l’encontre de votre concurrent de ce matin ; parce que vous vous obstinez dans cette ligne destructrice. L’ancien héritage jacobin des fondateurs revient avec les listes de proscription qui sont déjà affichées : moi-même, très « canoniquement » nommé dans une maison qui « canoniquement » n’existe pas ; l’abbé Perrel « déclaré » inéligible, parce qu’il n’acquiesce pas à vos prétentions et menacé d’autres punitions. Robespierre docet. Et je ne peux pas croire que Rome soutienne des procédés pareils, comme vous le laissez entendre.


Le déroulement du Chapitre

Je réplique donc publiquement que monsieur l’abbé Philippe Laguérie a été refusé deux fois par notre société : la deuxième fois par l’élection de l’abbé Perrel avec 8 voix sur 9 présents (c'est-à-dire les deux tiers des ayants droit) ; mais refusé déjà dans la première votation, dans laquelle, même en ayant tout fait pour récolter les voix de la dernière heure, l’abbé Laguérie est arrivé à la parité au troisième scrutin (six à six avec l’abbé Perrel, donc présumée élection par ancienneté). Mais précisons que pour arriver à parité il a fallu ajouter comme électeur l’abbé Aulagnier, vite incardiné quelques mois auparavant ; sans parler de la trouvaille du bulletin : d’abord on nous fait voter pour que les votes de l’abbé Navas, détenus l’abbé Pinzon, soient admis et le Chapitre accepte, mais pour se retrouver ensuite face à l’arrivée d’un autre enveloppe par la poste que vous faites substituer aux précédents sans aucune votation, alors que ce même abbé Laguérie présidait les discussions du Chapitre - en même temps juge et partie - et avec l’aval du canoniste indiqué à l’époque par vous-même et approuvé par Mgr Pozzo dans sa lettre. Ce même bulletin que Rome déclare illégitime, étant un procédé canoniquement inadmissible, selon les papiers que vous-mêmes faites circuler.

Ce bulletin, après être arrivé sans aucune lettre ni signature, et contenant quatre feuilles avec nominatif alors qu’il n’y avait que trois scrutins, étant passé d’une poche à l’autre du canoniste (!) - qui en d’autres domaines, il faut le dire, a montré mieux maîtriser le droit canon - aurait permis une apparente parité ; alors que son acceptation était proposée - en évident conflit d’intérêts - par celui qui était juge et partie. Le Chapitre a ensuite déclaré la nullité d’un acte illicite, en informant le Saint Siège avant de procéder à nouvelle élection. Et à présent le décret romain du 18 juillet semble lui aussi, en répétant presque mot à mot ce que le Chapitre avait constaté, déclarer nulle et non avenue votre élection illicite. Ce bulletin qui, avec l’inscription en dernière minute de l’abbé Aulagnier, vous a permis d’arriver à parité, est un bulletin illégitime et inutilisable.

N’oublions pas que votre premier irresponsable recours - mis sur internet avant d’être communiqué aux capitulants et aux membres de notre société, sans se soucier de ses dégâts - réclamait votre titre de Supérieur en raison de la validité de cette élection que le Chapitre n’aurait pas pu défaire. Non, ce n’est pas un acte du Chapitre, c’est un acte juridiquement nul et non avenu par vice de forme : cette votation illicite était non seulement contraire aux plus élémentaires normes de la justice, mais aussi au canon 167. Ce que nous vous avons dit - à vous et au canoniste qui avait oublié ce canon - pour qu’on procède à une autre élection. Election que vous auriez désormais perdu cinq à six et voilà que vous abandonnez le Chapitre, n’affabulez pas s’il vous plaît.  

Je suis obligé de dire que Rome « semble » confirmer ce jugement d’une évidente justesse porté par le Chapitre, parce que ce matin vous me montrez d’abord une photocopie, en me refusant l’original, et seulement suite à mon insistance vous me donnez un autre texte ; parce que l’ensemble des capitulants n’a pas encore vu ce décret, qui, le 18 juillet, vous aurait été envoyé (avec l’appellation de « m. l’abbé », mais peut importe), pour que vous le transmettiez aux capitulants. Transmettre aux capitulants - je le répète - et tout de suite, voilà ce que demande le Saint Siège.

Pendant un mois et demi ce texte ne nous est pas accessible, et on nous demande en même temps de nous y soumettre sans que nous le connaissions ! Vous vous moquez de qui, en parlant de désobéissance aux décrets ? Nihil volitum nisi praecognitum ; vous nous empêchez l’accès aux documents de Rome, et vous nous accusez de révolte. On voit bien votre respect des indications romaines et vos intentions cachées. A présent toute notice que j’ai de ce texte, m’est transmise par vous - juge et partie une fois de plus - et l’ensemble des capitulants n’a pas encore eu copie de toute la documentation. Où est-t-il votre compte-rendu des faits envoyé à Rome ? On ne connaît pas ce que vous avez raconté à Rome pour obtenir - chose assez singulière - un éventuel décret « inaudita altera parte ».

Et permettez cette remarque passagère : cher m. l’abbé, pour un Supérieur sortant être « élu par ancienneté » (et après ces manœuvres !) équivaut moralement à une défaite, cela n’aurait-il pas dû, sans multiplier les recours à internet et les recours canoniques, vous dissuader de chercher le pouvoir à tout prix ?


Votre abandon du Chapitre

L’issue des votations successives étant devenu claire - non seulement parce que vous auriez perdu cinq à six sans le « bulletin volant », mais aussi parce que cet acte illicite avait dégouté les présents, qui ont voté au nombre de 8 sur 9 l’abbé Perrel par la suite - vous abandonnez le Chapitre. Vous abandonnez le Chapitre, avant tout choix et toute votation, dès que vous voyez l’ambiance devenue défavorable à votre réélection.

Oh que c’est beau de voir un chef abandonner sa société, surtout quand celle-ci s’appelle « du Bon Pasteur »! De vous entendre dire : « je vous laisse détruire l’IBP, je ne peux pas vous gouverner, je vous laisse faire ». Mais là aussi vous ne maintenez pas votre parole et vous faites des déclarations internet. En vue de quel bien ?


Avez-vous jamais cru à l’IBP ?

Vous avez été mis en minorité, la société ne vous a pas réélu. Un chef qui aime sa société dit « que je meure pour que le Bon Pasteur vive ». Un bon chef se retire en bon ordre en démontrant qu’il aime l’IBP, en montrant ainsi que la FSPPX avait tort lorsqu’elle disait que l’abbé Laguérie avait fondé l’IBP sans y croire, seulement parce qu’il ne savait plus où se refugier. En effet, vous vous rappelez monsieur l’abbé ? Vous nous disiez en conférence « je ne savais pas où aller et il fallait bien faire quelque chose ». Et récemment vous disiez encore dans un entretien avec Mgr Gaillot (!) que vous n’étiez pas pour que la FSSPX signe un accord. Mais alors, avez-vous cru à ce que vous avez fait ? Ou vraiment les seules circonstances vous ont conduit à écouter les propositions du Cal Castrillon, délégué par le Pape Benoit XVI, qui est peut-être plus que d’autres fondateur de cet Institut.

Vous vous souvenez quand vous nous disiez que vous ne renonciez pas au poste de curé de S. Eloi (malgré la nouvelle nomination) et que vous en aviez gardé la charge sur le papier, parce que, « si tout sautait », vous auriez gardé une place chaude ? Vous vous mettiez à l’abri en laissant votre troupeau aux intempéries ! Quel Pasteur ! Bel exemple de dévouement. Et maintenant pour vous sauver vous-même, vous faites des proclamations ultra-romaines sur la spécificité de l’IBP, mais en cachant sagement l’ « exclusive », dont vous ne parlez plus depuis un certain temps, et la « critique constructive », opportunément occultée aussi depuis un an environ, comme à la conférence de juin dernier, qui a scandalisé tous les séminaristes (moi je n’y était pas, parce que je connaissais le refrain depuis le 20 juillet 2011, je l’avais entendu dans le bureau de Mgr Pozzo. Vous vous souvenez ?). 

D’autres ont cru au Bon Pasteur et y croient fermement, parce qu’ils ne se reconnaissaient pas dans la FSSPX ni dans la FSSP, en raison de l’idéal qu’ils avaient.

Vous vous souvenez de ce soir du 3 juillet, après votre apparente réélection, quand on cherchait à me faire taire sur l’irrégularité du bulletin ? Vous me parliez de mon éventuel poste de conseiller, d’assistant même. Et là vous n’arrêtiez pas de tisser les éloges de ma personne. Si j’avais accepté vous seriez maintenant Supérieur et moi assistant. Je n’ai pas accepté et maintenant vous me traitez de tous les noms, après les flatteries adulatrices de ce soir-là.


Et maintenant à nouveau « Supérieur Général »

Et maintenant vous nous dites être Supérieur Général « au dire de tous les canonistes ». Dites-nous où vous trouvez tous ces canonistes toujours d’accord avec vous, ou sinon citez les canons et la jurisprudence, sinon la justice. Ils étaient tous d’accord quand vous étiez incontestablement élu au premier tour. Ils étaient tous d’accord quand vous deveniez en juillet « Délégué Apostolique »  (là aussi, leur connaissance du droit semble un peu désuète…) et maintenant vous redevenez « Supérieur Général » par décret du Cal Castrillon de 2006, charge de laquelle vous avez formellement démissionné le 3 juillet, comme vous a justement signifié  l’abbé Raffray.

Comprenez notre hésitation à reconnaître toutes vos variations, le droit n’étant pas - selon vos propres mots - une « peau de lapin » qu’on tirerait dans tous les sens.  


Quelle cohérence?

A Rome aussi on doit rire en lisant vos serviles déclarations d’amour à toute autorité ecclésiastique et à tout droit ecclésiastique positif. Le curé incontrôlable de Saint Nicolas du Chardonnet, à coté de « l’homme des Sacres de 1988 » et de l’abbé de Tarnouarn, celui de « Vatican II et l’Evangile », celui dans le site duquel on écrit « si l'on préfère présomptueusement et témérairement un rite particulier à l'unité et à la paix, fût-on personnellement bon, saint et digne d'éloges, on mérite pourtant condamnation », et qui doit être un homonyme de celui qui, à Notre Dame de Vignemont le 4 juin 2011, donnait la communion en cotta et étole à un mariage probablement invalide, pendant la messe d’un sédévacantiste (un vrai cette fois…), douteusement ordonné et qui déclare Benoit XVI (pardon, « l’abbé Ratzinger ») être un imposteur hérétique. A propos, quel Supérieur d’un Institut de droit pontifical dirigeait la chorale de ce même « mariage » sédévacantiste ? Comment peut-on faire une chose pareille ? « Il faut tirer les conséquences d’un accord avec Rome », pontifiez-vous sans rougir dans votre récente proclamation. Medice cura teipsum. Voilà les leçons d’obédience romaine et d’ecclésialité que vous avez donné à votre société. S’agit-il de la même personne qui a tourné sa veste pour garder le pouvoir ?  Croyez-vous vraiment qu’à Rome on va penser que vous êtes devenu un docile agneau qui ne boit que l’eau du Tibre et du vin Château-Gandolphe ?

Cher Monsieur l’abbé, vous changez souvent d’idée. Où sont-elles les phrases conquérantes (et fort peu « ecclésiales ») que nous tous avons entendu au Chapitre, en campagne électorale : « et maintenant on va s’installer partout même sans la permission des évêques » ? Cela aussi  vous l’avez relaté à Rome? Où est la romanité ? Et le respect du droit et de la divine constitution de l’Eglise ? (…) Sans multiplier les exemples, que votre installation à Poitiers en siège vacant suffise, ce qui nous a valu la compréhensible réprobation de tout l’épiscopat français - comme S. Em. le Cal Ricard nous l’a rappelé maintes fois en visite canonique.

L’IBP doit respecter la constitution de l’Eglise et poursuivre sa bataille liturgique et doctrinale et non, au contraire, braver la juridiction des évêques et céder, comme je le dirais plus bas, sur sa raison d’être et ses spécificités. Voilà notre service à l’Eglise au-delà des déclarations d’amour intéressées des « interprètes-fondateurs ».

Est-ce le même abbé Laguérie, activement présent au « mariage » sédévacantiste, celui qui envoie un mail (23 mars 2012, 10 h 52) à ses prêtres, en les invitant à accepter les conseil de Mgr Pozzo d’enlever l’« exclusive » et convertir la « critique constructive » en se contentant de l’herméneutique de continuité et rien de plus ? Es-ce le même ? Quel est le vrai Laguérie ? Vous avez appelé par écrit ces demandes de Mgr Pozzo à l’IBP une « Bonne Providence » (!) pour tous. On ne pouvait même plus écrire librement « Le rite propre et l’herméneutique de continuité sont-ils suffisant ?». Mgr Pozzo en demande la censure (vous m’écrivez) et vous exécutez. Et dans ce mail collectif que je viens de citer vous avouez sans gêne que ce texte de Mgr Pozzo a accueilli ce que vous aviez vous-même proposé ( !), et vous concluez le mail avec une éloge de la nouvelle conquête : le « proprie » à la place de l’ « exclusive » ! Et je m’arrête pour des raisons de place, sans citer vos propos aux prêtres présents dans l’après-midi du 2 février dernier. Décidément vous ne manquiez pas de culot et vous continuez à en avoir.  

 

Vos contradictions

Un jour vos éloge de la Commission Ecclesia Dei dépassent la flatterie (enlever l’ « exclusive » serait une « Bonne Providence » ( !),  le lendemain vous nous écrivez au sujet d’Ecclesia Dei, en nous disant qu’il faut être uni contre « nos communs ennemi » (relisez votre Lettre au Chapitre, après votre abandon). Combien de foi changez-vous d’avis en passant d’un extrême à l’autre ? Ou vous changez simplement de registre selon l’interlocuteur ? Où est-il le commun dénominateur de vos actions, à part votre pouvoir personnel ? Quelle crédibilité fournissez-vous non seulement à nous, mais à la Commission elle-même, qu’aujourd’hui vous encensez et qu’hier vous méprisiez par écrit.

Ou plutôt vous n’aimez que vous-même (et quelques proches) et vous êtes prêt à tout, pourvu que le chef soit vous. Pouvons-nous rester avec un chef disposé à tout pourvu que son pouvoir personnel soit sauvé ? Ne faisons pas rire sur notre dos. Mais il y en a eu à l’IBP pour y croire, et qui y croient encore. Vous, vous n’y avez jamais cru, sinon vous n’agiriez pas ainsi.

Comment disait-il l’abbé Aulagnier au sujet de Dom Gerard ? « Race de Juda » ? Espérons seulement, chers abbés, que vous soyez aveuglés au point de ne pas voir chez vous ce vous condamniez chez les autres… à moins que tout ne devienne licite, pourvu que ce soit vous qui le fassiez.

Cher M. l’abbé Laguérie, vous n’êtes pas Superieur Général, vous avez donné les démissions le 3 juillet, et en outre, le 8 septembre vous avez perdu le titre coloré que le décret du Cal Castrillon vous permettait. Deux fois la société vous a refusé, deux fois, démontrez que vous méritez de l’estime par ailleurs. Vous voulez le pouvoir à tout prix, vous avez fait venir un bulletin invalide, vous avez vite fait venir l’abbé Aulagnier parmi les électeurs, donc de votes vous n’en avez eu que quatre…et, si on enlève le votre, ça fait trois ! Bref la société vous a refusé comme chef, à quoi sert tout ce que vous faites à présent ?

Un chef en minorité qui ne veut pas abandonner le pouvoir sera conditionnable, à cause de la nécessité qu’il aura de recourir continuellement à une aide de l’extérieur. Vous êtes pour certains le candidat idéal, même si un jour vous serez jeté après avoir été utilisé, comme ces pauvres femmes, qu’on utilise une fois et dont après on se débarrasse. C’est ce qu’il faut pour ceux qui voudraient diriger le Bon Pasteur par une marionnette…nous n’avons pas besoin d’un commissaire…même en faisant abstraction de tous les prêtres qu’aujourd’hui ne sont pas à l’IBP, mais qui sont intéressés, et qui disent qu’ils ne viendront pas chez nous tant que l’abbé Laguérie restera le chef. Résignez-vous à abandonner le pouvoir d’une société qui vous a refusé, sinon vous démontrerez qu’ils avaient raison lorsqu’ils disaient que vous vous en fichiez de l’IBP et que vous ne cherchiez qu’une niche et le pouvoir.

Si vous n’êtes pas complètement aveuglé par l’esprit des ténèbres, si la Providence vous donne un moment de lucidité profitez-en, avant qu’Elle ne vous l’enlève. Il ne faut pas que vous passiez à l’histoire comme « le Juda » qui a livré l’IBP, pensez à autre chose.

Je vous ai déjà dit tout cela en privé, je ne voulais pas le dire à l’extérieur, mais désormais vous m’y obligez. Concluez bien ce qui a si mal commencé. Combien de fois nous vous avons défendu avec force contre les attaques, vous avez été notre Supérieur, avec courage parfois, mais tout cela ne fait qu’augmenter ma désolation pour votre action à présent.

 

Comme à la Fraternité Saint Pierre en 2000 ?

Pensez aussi à cette éventualité : n’arriverait-il pas par hasard (de façon plus masquée) ce qui est arrivé en 2000 au Chapitre de la Fraternité Saint Pierre ? De cette Fraternité qui maintenant, selon vous, les cinq « signataires » du Communiqué, est arrivée à défendre, sans précision et servilement, la liberté religieuse et à ne plus faire aucune bataille doctrinale, pour la joie de la FSSPX, qui appelle traîtres tous « les Instituts Ecclesia Dei » ? Ne nous trouverions-nous pas, par hasard, devant une situation analogue ?     

Et si quelqu’un d’autre pense - comme il l’a clairement dit en privé - que céder sur l’ « exclusive » et sur la « critique constructive » est la meilleure voie pour faciliter le développement de l’IBP, comme on l’a entendu au téléphone et par oral, alors qu’il le dise de manière ouverte, mais non pas avec de telles « magouilles ».

Le Bon Pasteur a besoin d’un chef qui ne soit pas conditionnable, sous aucun point de vue. Quelle tristesse de voir que vous ne vous en rendez pas compte tout seul ! Et gardez-vous de l’esprit mauvais : vous ne ressemblez pas au Bon Pasteur qui donne la vie pour les siens. Vous ressemblez au contraire de Jésus Christ : que notre œuvre soit détruite, pourvu que mon pouvoir soit sauvé. Vous ressemblez au contraire du Bon Pasteur, démontrez que vous êtes un homme, un chrétien, un homme d’honneur, en démontrant avec les faits que tout cela n’est pas vrai, au lieu de vous auto-citer et de faire des manœuvres pour avoir les voix que vous n’auriez pas eu au début, en démontrant ainsi que le jugement que la FSSPX portait sur vous était faux. Démontrez-le, mais démontrez-le avec des faits !

Je vous ai dit toutes ces choses en privé et plusieurs fois, ce qui a causé votre ressentiment acharné et personnel ; je vous les redis cette fois publiquement suite à votre obstination suicidaire, parce qu’il y a encore une lueur d’espoir que vous ouvriez les yeux sur le mal que vous avait fait à notre Institut et je supplie la Mère du Bon Pasteur de nous préserver de l’aveuglement dans le service loyal de Son Fils.


                                                                                                            Don Stefano Carusi

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Published by Disputationes theologicae - dans Positions théologico-ecclésiales
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