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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 08:59

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Saint Josaphat, témoin de l’unique vraie foi (Catholique, Apostolique et Romaine)
massacré par les schismatiques


 

21 décembre, Saint Thomas Apôtre et Martyr

 

     Dans la confusion doctrinale générale d’aujourd’hui, s’infiltre, dans l’imaginaire collectif, malheureusement aussi (ou malheureusement surtout…) catholique, l’idée que la mort violente soit suffisante - avec une référence au Christ laquelle, en ces temps de “christianisme anonyme” rahnérien, est plus que jamais vague - pour être inscrits dans le registre des martyrs. Nous ne sommes pas en train de parler uniquement de l’équivoque sur laquelle navigue la rhétorique des politicards qui, en utilisant des sentiments et des émotions mal guidés, emploie, abuse et confond la notion de martyr chrétien avec le simple fait d’avoir été tué dans les contextes les plus divers, mais nous sommes en train de parler de la désintégration de la notion de martyr chrétien pour des objectifs œcuméniques.

    Si nous y réfléchissons, ce qui est contredit au niveau dogmatique, c’est la valeur surnaturelle de la vertu de foi et l’unicité de son objet. En même temps, au niveau apologétique, la possibilité de reconnaître le vrai martyre du Christ, que la stabilité d’âme, la prière pour ses persécuteurs, le désintéressement et la magnanimité, mais surtout la force et le courage infus dans la profession de la vrai foi, extraordinairement unis à mansuétude et miséricorde, distinguent de celui qui est naturellement courageux (ou même uniquement obstiné), est méconnue. En effet il ne suffit pas de mourir avec le titre de disciple du Christ, pour nous exprimer avec Saint Ambroise de fait «même les hérétiques semblent avoir le Christ avec eux; parce qu’aucun d’entre eux ne renie le nom du Christ, mais celui qui renie le Christ, c’est celui qui ne professe pas tout ce qui est du Christ»[1].

 

L’enseignement de l’Aquinate

     Dans la nouvelle perspective œcuméniste un vague exercice de la vertu naturelle de force, une certaine capacité de résistance face au bourreau, unie au nom chrétien, suffirait pour qu’on devienne des “martyrs” et cela malgré le très grave désordre de l’adhésion à l’hérésie ou au schisme, qui ne mérite formellement certainement pas le Ciel, mais plutôt, en soi, le feu éternel. L’harmonie de l’ensemble des vertus surnaturelles disparaît, mais surtout disparaît l’objet qui justifie l’acceptation de la mort, la vraie foi. Ce qui est en contraste avec l’enseignement du plus grand théologien de l’Église: «supporter que la mort soit infligée n’est pas chose louable en soi, mais en tant qu’ordonnée à un bien déterminé, lequel consiste dans l’acte de la vertu comme dans le cas de la foi et de l’amour de Dieu»[2]. Ce n’est donc pas le fait de subir la mort qui mérite, mais le fait d’ordonner cela au bien surnaturel suprême. L’Aquinate admet que l’on puisse parfois parler à juste titre de martyre même quand d’autres vertus sont à exercer extérieurement, mais toujours dans la mesure où elles sont une manifestation de l’unique vrai foi, comme dans le cas du Baptiste qui devait reprocher publiquement l’adultère d’Erode. La perspective reste toutefois toujours rigoureusement objective et l’acte en question doit toujours être exercé surnaturellement en défendant la foi de l’Église[3], à l’intérieur de Laquelle uniquement on peut mériter.

     Si au contraire ce qui mérite la couronne de martyr ce n’est plus la défense de l’unique foi surnaturelle, mais le courage naturel ou d’autres aspects d’ordre naturel, si le discours se déplace vers la perspective anthropocentrique, quand elle n’est pas ouvertement panthéiste, il devient ainsi possible de parler de “martyre œcuménique”.

     «Extra Ecclesiam nulla salus» répond l’Église, Laquelle, en précisant le sens de ce dogme, si Elle nous dit qu’il ne peut pas y avoir de salut, Elle affirme a fortiori qu’il ne peut pas y avoir de véritable martyre, car le martyre constitue dans un certain sens le “salut héroïque” c’est-à-dire le «quasi maximae charitatis signum», comme dit Saint Thomas[4]. Altérer la notion de martyr, en l’attribuant par exemple aussi aux protestants tués,  n’est pas sans importance: on touche à ce qu’il y a de plus élevé dans l’exercice de la charité, on dénature son caractère surnaturel, de même que la foi, le mérite et le salut dans l’Église. Mais laissons aux Pères le rôle de nous en expliquer le pourquoi.

 

La pensée des Pères de l’Église attestée par Saint Augustin et par Saint Jean Chrysostome

     L’Église a toujours eu à cœur la clarté de ce concept sur les Saints Martyrs, sur lesquels des erreurs avaient surgi dès les premiers siècles (erreurs et hérésies, en effet, tendent à renaître toujours nouvelles et toujours semblables comme les mauvaises herbes). L’office de l’Octave des Saints consacrait trois Leçons, pour conclure les huit jours de célébration de nos protecteurs célestes, pour mettre en garde contre l’erreur “latitudinariste” ou relativiste.

      Le troisième Nocturne du 8 novembre proposait à tous les prêtres la lecture de l’homélie de Saint Augustin sur le grand mérite des persécutions. Le Saint Évêque d’Hippone, après avoir rappelé les conditions déjà en elles-mêmes extraordinaires pour être un martyr catholique, rappelle qu’il n’y a pas de fruit pour celui qui meurt sans exulter : n’est pas un martyr, par exemple, celui qui maudit son persécuteur et le destin qu’il lui arrive de subir, une allusion ample à la réaction surnaturelle devant la mort. Surtout, l’hérétique n’est jamais martyr, car même si beaucoup «ont perdu leur âme pour le nom chrétien», même si beaucoup «ont subi les mêmes choses» que nos martyrs, ils sont toutefois exclus de la couronne éternelle: «sed ideo excluduntur ab ista mercede»[5]. Le motif est fondamental et Saint Augustin l’explique avec l’Évangile: il est vrai que Notre Seigneur a dit «bienheureux ceux qui subissent les persécutions», mais il a aussi ajouté «à cause de la justice». Et là où il n’y a pas la vraie foi, il ne peut pas y avoir cette justice, «ubi autem sana fides non est non potest esse iustitia», car «le juste vit par la foi» dit le Saint Père de l’Église en reprenant Saint Paul (Eb 10, 38). Il n’y a aucune vitalité surnaturelle, aucune “justice théologale” sans la vraie foi. Et que les schismatiques n’osent jamais s’attribuer la grandeur du martyre, continue le grand Africain, car elle ne leur a pas été promise, car ils n’ont pas la charité: «s’ils l’avaient, ils ne déchireraient pas le Corps du Christ qu’est l’Église». De quel amour de Dieu salutaire pourront-ils jamais se glorifier? Et «là où il n’y a pas la charité, il ne pourra jamais y avoir la justice»[6], nécessaire selon les paroles du Christ afin que la persécution puisse être féconde.

     Le Chrysostome est d’ailleurs lapidaire: «pas même le sang du martyr peut laver de ce pêché (du schisme)» et s’il veut “se laver” de cette faute qu’il rentre au bercail qu’il a abandonné; l’Évêque de Constantinople continue en posant la question: «dis-moi donc, pour quel cause est-on martyr?» Pour quelle raison meure-t-on, «n’est-ce pas pour la gloire du Christ?»[7]. Et ne meurt pas pour la gloire du Christ celui qui est tué en dehors de Son unique Église, l’écoulement de son sang n’a aucune valeur, s’il n’est pas dans la vraie foi. N’est pas membre du Corps unique du Christ, comme l’a déjà indiqué Saint Augustin, celui qui, par l’hérésie ou par le schisme déchire la chair du Christ et même s’il devait subir des souffrances et la mort, le sien n’est pas un sacrifice objectivement agréable à Dieu. Il pourra l’être aux hommes et aux partisans de la secte, mais il ne l’est pas à Dieu, car objectivement il meurt pour l’erreur et non pas pour la Vérité. Il ne peut être “martyr” qui veut dire  “témoin”, témoin de toute la vérité du Christ: «ils rendent un témoignage à la vérité, non pas à une vérité quelconque, mais à la vérité qui est selon la piété», dit Saint Thomas, c’est-à-dite la vérité catholique.  «Et donc la cause de n’importe quel martyre est la vérité de la foi»[8].

     Saint Augustin dira sèchement ailleurs: «martyrem Dei non facit poena sed causa»[9] et après cette sentence lapidaire, il ne se soustrait pas à une explication patiente. Ce n’est certes pas le type de supplice qui anoblit une mort, mais c’est la cause, l’objet de la résistance au bourreau. Saint Augustin l’affirme à propos des discussions stériles et fallacieuses sur les atrocités donatistes ou les répressions des catholiques: «chassons les réprimandes inutiles que les deux parties ont l’habitude de se lancer réciproquement par ignorance : toi, ne me reproche pas les morts de Macaire tout comme moi je ne te reproche pas la cruauté des Circoncellions. Si ce fait ne retombe pas sur toi, pas même l’autre ne retombe sur moi…»[10]. Allons donc au nœud du problème, dit l’Évêque, «traitons la chose en soi» («re agamus, ratione agamus»)[11] et la vérité est encore que «martyrem non facit poena sed causa».

     Nous ne le répéterons jamais trop - spécialement dans nos temps de subjectivisme et de relativisme conséquent -, Saint Augustin fait toujours appel à l’objectivité, à la chose en soi et non pas aux contingences. La pensée relativiste des Donatistes d’hier - ou des œcuménistes libéraux d’aujourd’hui - veut constamment détourner l’attention de l’objet, parce qu’elle sait qu’elle est perdante sur un tel terrain, les Pères au contraire nous la rappellent. C’est ce que fait la pensée moderniste de nos temps, à la lumière de la nouvelle religion de l’homme pour laquelle la violence produirait presque automatiquement le martyre. Saint Augustin au contraire - et il le fait justement en parlant du vrai ou du faux martyre, en suivant les paroles de Saint Luc - nous rappelle que la violence peut être aussi un devoir et qu’il peut être juste de l’exercer. Le martyre, c’est autre chose.

     Si c’est en effet la peine qui fait le martyr, les voleurs et les assassins condamnés à mort pourraient se vanter d’un tel titre, fait remarquer le grand Père de l’Église: «nam si poena facit martyrem et latro quando occiditur martyr est»[12].

     À celui qui ne comprend pas encore, Saint Augustin demande rethoriquement: voulez-vous vraiment savoir pourquoi dans le martyre, ce qui compte c’est la cause et non pas la peine? Eh bien, mettez alors devant vos yeux la scène du Calvaire et pensez aux trois croix et à ceux qui y étaient suspendus. La peine était la même pour tous, mais «ce qui séparait ceux qu’au contraire la peine unissait, c’était la cause». L’un des trois était le Juste et il ne méritait pas la Croix, les deux autres au contraire méritaient à juste titre la potence. Tous les deux. Juste était leur condamnation à mort, mais l’un des deux demanda pardon et, comblé de foi et de charité surnaturelles et avec l’espérance théologale de celui qui est suspendu à la droite de Jésus Christ, ira au Ciel, bien que sa crucifixion était juste : «pour nous c’est justice, nous soufrons la peine que nos crimes ont mérité» (Lc 23, 40). L’autre au contraire, lui aussi condamné justement à mort pour ses méfaits, ne prendra pas part à la vie éternelle parce qu’il a refusé le Christ. Crucifixion pour tous les trois, injuste pour le Christ, juste pour le Bon Larron qui ne va pas au Ciel pour la peine soufferte, mais pour la disposition de son cœur. Crucifixion pour l’autre larron qui, ainsi que l’Écriture nous le laisse entendre, brûlera en enfer[13]. Voilà à qui Saint Augustin associe les “martyrs œcuméniques”: au mauvais larron, qui n’est certainement pas un exemple de salut.

     Ou mieux, pour le Père de l’Église, le parallèle avec le larron qui meurt en blasphémant souligne non seulement que celui qui est tué violemment dans la secte, donc hors du Corps du Christ, n’a aucun titre de mérite, mais il suggère aussi l’idée de la circonstance aggravante qui est constituée par l’obstination et l’opiniâtreté non surnaturelles, en ce qui aurait pu être une occasion de repentir, comme ce le fut pour le Bon Larron.

   Saint Augustin a raison d’être si rude, parce que l’hérétique ou le schismatique formellement pris, est le pire ennemi du Christ, même pire que le larron, endurci dans une longue vie de vols et d’homicides. Étant un corrupteur de la Vérité révélée et déchirant la chair du Christ, le seul « sang du martyre » ne peut pas « le laver d’un tel péché », pour reporter l’écho du Chrysostome.

    Voilà l’enseignement de deux Saints Pères sur le “martyre œcuménique”, dont non seulement il est pastoralement inopportun et scandaleux de parler à propos des personnes singulières, car nous n’en connaissons pas «la pleine advertance et le délibéré consentement» et car Dieu seul connaît les dispositions de leur ultime instant de vie (de internis non iudicat Ecclesia, Laquelle doit donc se limiter à ce qui est public et formel), mais il est aussi spéculativement hétérodoxe, car il en arrive à nier l’extra Ecclesiam nulla salus . Saint Augustin n’aurait pas dit que vouloir imposer à l’Église la lecture d’un martyrologe œcuménique est simplement vouloir fêter les blasphèmes du “mauvais larron”, uniquement parce que le supplice de la croix fut commun?     

 

La Rédaction

 




[1] Ambr., Luc. VI, 101 (CSEL 32/4).

[2] « Tolerare mortem non est laudabilis secundum se, sed solum secundum quod ordinatur ad aliquod bonum, quod consistit in actu virtutis, puta ad fidem et ad dilectionem Dei», S.Th., IIa IIae, q. 124, a.3, c.

[3] S.Th., IIa IIae, q. 124, a. 5, c.

[4] S. Th., IIa IIae, q.124, a. 3, c.

[5] Aug., serm.dom. I, 5 (CCL 35).

[6] Ibidem.

[7] Io.Chr., hom. in Eph. XI, 4.

[8] S. Th., IIa IIae, q.124, a. 5, c.

[9] Aug., serm. CCLXXXV, c. 2. Pour les lieux parallèles cf. la note 13.

[10] Aug., epist. XXIII, 6-7 (CSEL 34/1).

[11] Ibidem.

[12] Aug, serm. CCCXXVIII, c. 8.

[13] Ibidem: «  Vultis noscere quia non facit martyrem poena sed causa? Tres illas cruces attendite ubi Dominus crucifixus est in medio duorum latronum. Poena aequalis erat sed causa separabat quos poena iungebat […]Tres erant cruces. Aequalis poena sed dispar est causa. Unus damnandus alter salvandus, in medio damnator et Salvator. Unum punit, alterum solvit. Crux illa tribunal fuit ». Pei luoghi paralleli cfr. : Aug. serm. CCLXXXV, c. 2, I« llud ergo praecipue commonendi estis, quod assidue commoneri, et semper cogitare debetis, quod martyrem Dei non facit poena, sed causa. Iustitia enim nostra, non cruciatibus, delectatur Deus: nec quaeritur in omnipotentis veracisque iudicio, quid quisque patiatur, sed quare patiatur. Ut enim cruce dominica nos signemus, non fecit hoc Domini poena, sed causa. Nam si poena hoc fecisset, hoc et latronum similis poena valuisset. Unus locus erat trium crucifixorum, in medio Dominus, qui inter iniquos deputatus est. Duos latrones hinc atque inde posuerunt: sed causam similem non habuerunt. Lateribus pendentis adiungebantur, sed longe separabantur. Illos facinora sua, illum crucifixerunt nostra. […] Crux Christi in medio non fuit supplicium, sed tribunal: de cruce quippe insultantem damnavit, credentem liberavit». Cfr. anche Aug. epist. CCIV, 4 (CSEL 57): « Verum nos et occupatissimi sumus et in aliis plurimis opusculis nostris huius modi vaniloquia refutavimus. Iam enim nescio quotiens disputando et scribendo monstravimus non eos posse habere martyrum mortem, quia Christianorum non habent vitam, cum martyrem non faciat poena, sed causa». Cfr. anche Aug. serm. CXXXVIII, 2 : « Nam et apud haereticos, qui propter iniquitates et errores suos aliquid molestiarum perpessi fuerint, nomine martyrii se iactant, ut hoc pallio dealbati facilius furentur, quia lupi sunt. Si autem scire vultis in quo numero habendi sunt, pastorem bonum Paulum apostolum audite; quoniam non omnes qui corpora sua in passione etiam ignibus tradunt, aestimandi sunt sanguinem fudisse pro ovibus, sed potius contra oves. Si linguis, inquit,hominum loquar et Angelorum, caritatem autem non habeam, factus sum velut aeramentum sonans, aut cymbalum tinniens. Si sciero omnia sacramenta, et habuero omnem prophetiam, et omnem fidem, ita ut montes transferam, caritatem autem non habeam, nihil sum. Magna ergo res est postremo fides montes transferens. Illa quidem magna sunt; sed si ego haec sine caritate habeam, inquit, non illa, sed ego nihil sum. Sed adhuc istos non tetigit, qui falso martyrii nomine in passionibus gloriantur ». In generale si veda C. Lambot, Sermons complétés de saint Augustin. Fragments de sermons perdus. Allocution inédite de saint Augustin, in "Revue Bénédictine" 51, 1939, pp. 3-30).

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 11:11

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Identitaires


 

Dans la Neuvaine de l’Immaculée Conception 2013

 

Nous avons lu, récemment, trois discours que nous proposons très synthétiquement aux lecteurs de cette revue. Ces exemples concrets – ce sont des faits! – confirment des thèses déjà exposées dans ces colonnes, en montrant, plus que tout discours, la signification de la bataille de quelques membres de l’IBP (bataille pour laquelle certains prient, même à Rome, comme eux-mêmes nous l’ont dit); et qui montrent l’erreur profonde de l’argument habituel de l’alliance entre l’idéologie et l’opportunisme, c’est à dire la primauté de l’unité sur la vérité et la justice. 


1) Une homélie solennelle récente d’un haut représentant de la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre

Le 17 novembre 2013, l’abbé Ribeton, le Supérieur du District de France de la FSSP, a célébré, à Saint Sulpice, la Messe en commémorant les vingt-cinq ans de cette Société. En lisant le texte (même assez long) de cette homélie - mise à part l’inexactitude qu’à la FSSP auraient été concédées toutes les conditions prévues dans le protocole “Ratzinger-Lefebvre”, puisque le Vatican (partagé et conditionné) n’a pas osé donner l’évêque à ceux qui ont choisi de faire l’accord - nous avons été frappés de constater une absence: nous ne trouvons aucune mention de la  “bonne bataille”! Il est question de vingt-cinq ans dans l’obéissance, mais aussi dans la “bonne bataille”, ce qui comporte donc le combat “en positif”, mais aussi celui “en négatif”? Le problème se pose: la Fraternité Saint Pierre veut-elle faire une bataille doctrinal? Le drame d’aujourd’hui est-il uniquement «la culture de mort dans une société sécularisée […] la folie d’un monde sans Dieu», ou bien est-il aussi «l’auto-démolition de l’Église», ce que le Pape Paul VI avait admis? Y a-t-il, ou pas, une crise au sein de l’Église? Non pas un “traditionaliste”, mais un centriste influent comme le Cardinal Ratzinger n’a-t-il pas peint justement dans cette fameuse conférence de l’été 1988, une situation intérieure objectivement anormale?

Il y a au contraire une autre perspective: «ces paroles du Saint-Père montrent que les mesures prises depuis 1988 ne sont pas une parenthèse miséricordieuse mais l’affirmation d’un droit de cité, une entière reconnaissance.»  Et plusieurs passages de l’homélie ont la saveur de la flatterie.

Lisant un tel discours, après un quart de siècle de la régularisation, nous nous sommes rappelé ce qu’a dit une fois l’abbé de Tarnouarn, qui observait avec sagacité que la Fraternité Saint Pierre vivait le complexe des dhimmi: chrétiens tolérés en pays musulmans, toujours à la recherche de la légitimation. Nous en arrivons à nous demander si la Fraternité Saint Pierre, qui est certes sérieuse et a, historiquement, des qualités estimables, s’est remise de la mise sous Commissaire qui eut lieu l’An Saint 2000. Et il nous revient à l’esprit ce que des confrères de cette société nous dirent en privé : notre erreur a été de tout accepter dans le silence; et maintenant il est trop tard! C’est comme ça que vous voulez finir? Nous, non: donc nous luttons.


2) La plus récente (d’après ce que nous savons) sanction draconienne dans la Fraternité Saint Pie X

Nous avons récemment lu, de source directe, le texte (daté du 11 novembre) de la “condamnation” de la part du Supérieur Général Mgr Bernard Fellay de l’abbé Pinaud, un représentant de celle qu’on appelle l’“aile dure” de cette société. Évidemment, le courant de pensée du condamné n’est pas le nôtre, cela ne peut empêcher que la sévérité encore plus forte de cette condamnation soit frappante : ce prêtre a été privé par le Supérieur Général de la faculté d’accomplir tout acte sacerdotal (entre autres avec des références au pouvoir de juridiction, que Mgr Fellay ne devrait certainement pas posséder), le “condamné” ne peut plus dire la Messe, pas même en privé ! Et cela, en substance, parce qu’il s’est opposé à Mgr Fellay. Nous ne doutons pas que ce confrère ait commis des erreurs: mais Mgr Fellay ne devrait-il pas aborder les faits d’une façon plus approfondie, plutôt que d’avoir recours à des raccourcis autoritaires? Des aspects qui sont en partie compréhensibles vu les difficultés concrètes de la situation, mais qui rappellent aussi certains phénomènes très blâmés, qu’on voit du “côté officiel”.

Nous rappelons qu’il n’y a que quelques années-lumière, le même Mgr Fellay expédiait, d’un bout du monde à l’autre, des clercs, uniquement parce que de sentiment notoirement romano-accordiste. Et nous connaissons des prêtres qui, après avoir accepté de telles sanctions, en sont sorti avec une position totalement différente, si bien qu’on se pose la question s’ils n’ont pas subi une sorte de lavage du cerveau.

La Déclaration capitulaire de 2006 en arriva, elle aussi, au point d’exclure, par principe, que l’accord canonico-ecclésial soit possible tant que la crise dans l’Église restait ouverte: une telle Déclaration est grave (très grave!), parce qu’une chose est dire qu’on n’arrive malheureusement pas à obtenir un bien dans l’immédiat et une autre est l’exclure par principe. Et cela a été approuvé à l’unanimité! C’est ce qui a été écrit publiquement dans la presse officielle de la FSSPX, et pas un seul des Pères capitulaires ne s’est levé pour démentir publiquement une telle affirmation d’unanimité.

Quelques années après, le même Mgr Fellay a semblé suivre une perspective toute différente - sans donner des explications appropriées sur ce changement - et il en est arrivé au point d’envoyer à Rome une Déclaration (qui a été publiée uniquement quand il ne pouvait désormais pas en cacher le contenu exact, qui avait été, jusque-là, très librement référé), laquelle va largement outre l’abhorré “accord pratique”, comme ils l’appellent. Le contenu est en effet ce qui, jusqu’à peu de temps auparavant - et si d’autres l’avaient fait - aurait été officiellement considéré, par la Fraternité Saint Pie X, un “compromis” doctrinal détestable, ou mieux: sur certains points, même une “capitulation”.

Le plan, bien qu’en phase très avancée, n’a pas abouti: mais ce qui était impossible seulement quelques années-lumière auparavant, est devenu, avec désinvolture, possible dans la Déclaration capitulaire successive. Et les raisons du changement? Il est possible qu’on se demande légitimement: peut-on ne pas comprendre qui - en prenant sérieusement les déclarations précédentes de signe opposé et les conduites officielles de la FSSPX - est resté bouleversé, a déclaré que cela constituait une trahison et a tenté de se comporter en conséquence? “Qui sème le vent, récoltera la tempête”… Et pourtant, au lieu d’une sérieuse (et publique, comme ils disent toujours…) réflexion critique sur ce qui s’est passé et sur ses causes profondes, on a préféré réprimer durement toute voix critique. Comme c’est souvent le cas dans la FSSPX.

Chers confrères de la FSSPX, êtes-vous disposés à accepter tout cela? Êtes-vous disposés à donner à Mgr Fellay la confiance aveugle que vous niez systématiquement à Rome, parce que vous soutenez (comme le disait Mgr Fellay en 2002) parfois même justement: nous ne pouvons pas renoncer à penser? Nous pensons que non: donc nous faisons bloc sur une autre ligne et nous continuons cette bataille.


3) Une interview récente de l’Abbé Aulagnier, qui dirige le Séminaire de l’IBP de l’après(?)-mise sous Commissaire  

Dans une interview publiée dans “Vue de France” du 15 novembre 2013, parle l’Abbé Paul Aulagnier lequel, parmi les fondateurs de l’IBP (mais à l’époque aussi soi-disant membre de la FSSPX), est le dernier prêtre qui se soit inscrit à l’Institut du Bon Pasteur, en novembre 2011 (juste à temps pour voter au Chapitre controversé de 2012, qui a consenti au Vatican de mettre sous Commissaire et tout ce qui s’en suit).

Au cours de toute l’interview, il affirme que sa position reste inchangée depuis qu’il était un dirigeant phare de la FSSPX (pour être exact, c’est nous qui le relevons, le principal fossoyeur, dans la réunion du Pointet, de l’accord de mai 1988). Cela ne nous étonne pas beaucoup parce qu’il y a seulement trois ans, il qualifiait, devant quarante personnes, après les ordinations, la Messe célébrée selon le Novus Ordo avec des termes excrémentiels, seulement il y a deux ans il la jugeait d’une façon péremptoire, comme «Messe de Luther» et cette année encore, dans les notes pour les séminaristes, il a affirmé que «ce n’est pas un véritable Messe». Mais nous nous demandons: pourquoi alors appelle-t-il officiellement pour être directeur spirituel un prêtre biritualiste du diocèse de Paris? Aujourd’hui, il exalte Rome d’une façon presque idolâtrique, mais il appelle, pour enseigner l’ecclésiologie, un prêtre vagus, qui, pour les Confirmations avec l’Évêque du lieu, emploie uniquement la plus pure “huile d’Ecône”, parce qu’elle est “plus sûre”. Il dit aux séminaristes qu’il fera toutes les conférences spirituelles de l’année sur la théologie du sacerdoce selon le Bienheureux Jean Paul II - parce qu’il «sera bientôt Saint» - mais, en novembre, il s’interroge sur comment celui qui a excommunié Mgr Lefebvre peut être saint (en reprenant servilement l’ “argumentation” de l’Abbé de Caqueray). Et tout cela en novembre 2013! Y a-t-il de la cohérence dans de telles affirmations?

Si bien que, en étant conscient du dommage que l’autoritarisme porte à la grande valeur de l’Autorité, nous nous demandons: la vraie “troisième voie”, peut-elle consister dans le fait d’adopter dans certaines circonstances (plus publiques) le langage et les idées de la Rome même d’aujourd’hui et dans d’autres occasions (plus privées) le langage et les idées d’Ecône même dans les phases les plus “dures”? Nous répondons que non: et c’est pour cela que nous ne refusons pas non plus de faire cette bataille.

Tout en étant conscient, d’une part de la vanité de certaines ruses politicardes (comme l’histoire ainsi que la chronique le montrent ad abundantiam); et d’autre part - comme l’a souligné récemment un de nos anciens séminaristes dans une revue amie - l’admission initiale de la part de la Signature d’un de nos recours, abstraction faite de son résultat dans les phases successives du procès, a déjà atteint un résultat important. En effet, la position suivie cet été par tout l’Institut des Franciscains de l’Immaculée (pourtant très loués par la FSSPX, dont le Supérieur les a même définis justement ces jours-ci «proches de nous presque par nature») est désavouée: c’est-à-dire la thèse selon laquelle à des mesures de ce genre on ne peut certainement et absolument pas s’opposer. Une thèse qu’appartient à la mentalité de l’obéissance aveugle, une logique qui aujourd’hui a ouvert dans de nombreuses réalités la voie à la pleine acceptation de tout: du Novus Ordo et du…Novissimus Ordo, du post-Concile officiel et du post-Concile de fait (y compris le post-Concile abusif), de l’herméneutique de la continuité et de l’herméneutique du Cardinal Martini (de fait impunie, avec des Évêques et aussi avec des Cardinaux)… Sommes-nous disposés à accepter tout cela? Nous, non: donc, en acceptant au contraire la douloureuse maturation qui dérive des contrariétés permises par la Providence, nous résistons.


                                                                                                  Don Stefano Carusi

et les autres résistants de l’IBP

 

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 17:05

Notre synthèse des œuvres de Mgr Piolanti

 

    9 Novembre 2013, Dédicace de l’Archibasilique du Très Saint Sauveur

 

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La Rome eternelle

 

Les Anges, les compagnons irremplaçables de l’homme

La solennité de tous les Saints commence par l’antienne du Magnificat des Premières Vêpres et, avant même de glorifier les Patriarches et les Prophètes, les Apôtres et les Martyres, les Anachorètes et les Confesseurs, l’Église demande l’intercession de tous les Anges Saints : « Angeli, Archangeli, Troni et Dominationes, Principatus et Potestates, Virtutes caelorum, Cherubim atque Serafim…intercedite pro nobis ».

La fête de la Communion des Saints – nous y pensons si peu de nos jours alors que le rationalisme corrompt aussi bien la foi que la piété – renvoie à une grande vérité de notre sainte Religion: la vie de l’Église et les échanges fondés sur la charité entre le Ciel, la Terre et le Purgatoire, mais aussi l’ordre naturel même de la création, ne pourraient pas aller de l’avant sans l’aide des Anges. Sans eux, l’édification du Corps Mystique se bloquerait presque tout comme la construction d’un immeuble ne pourrait pas avancer s’il n’y avait pas des superviseurs au service de l’Architecte, l’auteur du projet, s’il n’y avait pas des messagers des ordres qui font la navette dans les divers étages, s’il n’y avait pas des experts avec leurs connaissances supérieures qui instruisent le manœuvre ignare. Il s’agit presque d’une nécessité; cela ne veut pas dire que Dieu a rigoureusement besoin d’eux, mais c’est l’ordre de l’ensemble qui, en tant qu’œuvre d’une sagesse infinie, l’exige presque. Pour Saint Thomas, autant le monde matériel et le monde spirituel sont liés, autant ils sont complémentaires si bien qu’il penche même pour la thèse théologique selon laquelle la création des deux mondes – le monde angélique et le monde matériel – est simultanée et cela parce que, d’une certaine façon, ils sont faits l’un pour l’autre; étant des parties complémentaires de l’unique univers sorti des mains de Dieu et qui retourne à Lui, il y a un certaine convenance à ce qu’ils aient été créés ensemble[1]

Nous allons donc susciter quelques occasions de réflexion sur l’importance du ministère des anges, en suivant aussi l’esprit de Mgr Antonio Piolanti[2], qui a toujours privilégié la vision d’ensemble des mystères divins: tout comme l’Aquinate ne veut jamais parler des Anges presque comme s’ils étaient un univers fermé et autonome, le Maître de l’École Romaine invitait très souvent à lire l’histoire du salut sous les yeux de la Communion des Saints, y compris les Saints Anges. D’autre part, c’est ainsi que – avec une vision d’ensemble, comme le laisse entendre le maître que nous avons cité – l’effort théologique peut se libérer des chaînes du simple exercice académique, qui risquerait parfois de le réduire au plaisir naturel pour les intelligences les plus perspicaces, en rognant plutôt les ailes à l’assimilation véritable du mystère dont le but est le bien de l’âme.

 

Une vérité consolante et métaphysiquement fondée

Déblayons tout d’abord le terrain des obstacles qu’ont semé le rationalisme et le jansénisme d’hier et d’aujourd’hui: le premier est incapable d’admettre l’existence de ce qu’il ne voit pas et ne démontre pas par un syllogisme catégorique, le second – en tant que véritable fils du protestantisme – est le négateur systématique de la nécessité de la médiation des Saints dans notre salut[3].

 Il suffit d’observer la création avec des yeux purs pour que nous nous rendions compte que Dieu a voulu qu’il y ait une vaste gamme de créatures dont l’ « intensité de perfection » n’est, pour ainsi dire, pas la même. Que l’homme soit intelligent, tout comme la fourmi ne l’est pas, et qu’il y ait des hommes plus intelligents que d’autres, qui peuvent donc se vanter d’avoir un grade dans la direction – si ce n’est dans la gouvernance – de ceux qui sont moins doués, le mécréant peut lui aussi l’admettre (bien que le panthéiste moderniste n’y consente parfois pas). Dans la création naturelle, il y a, de fait, le « en plus » et le « en moins », mais tous les êtres sont ordonnés à Dieu et concourent au bien unique de l’univers[4]. Dans l’univers surnaturel aussi, dans la Communion des Saints, il y a le « en plus » et le « en moins », mais, tous unis dans la charité, ils concourent au bien surnaturel: dans ce cas spécifique, les Anges, plus doués que nous qui sommes des pèlerins sur terre, sont là pour nous conduire à cette Fin qu’ils contemplent, mais que nous, nous ne pouvons entrevoir que dans la foi.

Si nous sortons de l’individualisme mental, auquel le libéralisme nous a si gravement habitués, et si nous entrons avec Saint Thomas dans une perspective qui donne tout d’abord de l’importance à l’harmonie de l’ordre universel voulu par Dieu, il nous devient moins difficile de nous approcher du mystère de la Communion des Saints et des actes des Anges. Nous ne cherchons plus le bien isolé de la personne, nous ne privilégions pas le bien de chacun plutôt que celui de la civitas, mais nous observons avec un faisceau plus ample l’ensemble du projet de Dieu, en cherchant presque à nous laisser élever jusqu’à Lui, et, en participant à Son regard universel, nous comprenons le bien des parties uniquement à l’intérieur de l’ordre. Que ceux qui sont inférieurs soient gouvernés par ceux qui sont supérieurs rentre dans l’ordre de la Divine Providence, et Saint Thomas affirme que cela vaut pour tout l’univers, mais tout particulièrement quand nous parlons des Anges en les comparant aux hommes[5].

Il faut en outre souligner que ceux qui agissent œuvrent d’abord sur ce qui leur est plus proche et c’est comme cela qu’ils peuvent ensuite arriver à étendre leurs actes aussi sur ce qui leur est plus lointain[6]. Et, dans notre cas, cela vaut dans les deux sens, aussi bien descendant qu’ascendant. C’est-à-dire que Dieu se sert d’une chaîne de médiateurs intelligents, qui Lui sont donc les plus proches, pour  parvenir jusqu’à la gouvernance des choses les plus infimes. Bien que pouvant toujours intervenir directement, d’habitude Il ne saute pas cette gradation de perfection magnifique dans les créatures, dont Il est l’Auteur et qu’Il veut associer à Son œuvre de gouvernance en une sorte de « cascade » merveilleuse de rôles ordonnés.

La Divine Providence se sert donc de ceux qui, de par leur nature, sont plus près de Dieu: les ministres d’un roi sont ceux qui sont plus près de lui, et il est dans l’ordre des choses que les ordres concernant toute les provinces du royaume passent par eux[7]. Il en est de même pour remonter cette descente du bas vers le haut, où la loi reste inchangée: il n’est en effet pas possible de trop sauter les échelons de l’échelle et les sujets passent normalement par le ministre pour arriver à ce que le roi reçoive leurs recours. Une fois que nous sommes convaincus du naturel de la gradation de cet ordonnancement, nous comprenons que nous ne pouvons pas nous arrêter à l’homme et ensuite « sauter » directement à Dieu. Si nous réfléchissons, il s’ouvrirait de fait une sorte d’abîme entre la créature matérielle la plus élevée, l’homme, et Dieu, s’il n’y avait pas ces créatures spirituelles que sont les anges, qui sont capables – avec une intelligence extrêmement perspicace et avec une volonté monolithique – d’être les ministres les plus efficaces de la gouvernance de Dieu, et cela surtout quand il s’agit de distribuer et de faire circuler les dons de la grâce.

 

Une aide concrète pour nous conduire à la gloire

Dans la liturgie de la Sainte Messe traditionnelle, par exemple, après la consécration, nous invoquons l’intervention de la main « Sancti Angeli tui », afin qu’elle porte jusqu’à Dieu tout ce qui a été offert pendant la Messe, jusqu’à l’offrande des cœurs qui se sont unis au Sacrifice eucharistique afin que les bénédictions redescendent et remplissent les âmes des présents ou de ceux pour lesquels nous avons prié. Malheureusement, dans la nouvelle liturgie, ce concept est présent uniquement dans l’un des Canons au choix (officiellement le premier, mais – de fait – le moins fréquent dans les célébrations). L’image est en effet l’une des plus éloquentes et ramène droit à la « circulation mystique » des biens dans la Communion des Saints, laquelle passe par les « mains » de l’Ange. Cela ne veut pas dire que l’infusion de la grâce sanctifiante soit véhiculée par les anges comme un cadeau peut être transféré de main en main, mais dans le sens que les bénéfices dérivant de l’union des membres de la Communion des Saints nécessitent d’administrateurs sages, lesquels, si, d’un côté ils contemplent déjà Dieu, sont, de l’autre, proches des hommes, dont ils veulent le salut et qu’ils atteignent « agilement ». Par exemple, quand une pensée importante nous revient à l’esprit d’une façon inexplicable ou quand une inspiration a fait que nous pensons à notre ami que nous ne contactons pas depuis des années et qui avait besoin d’un mot de réconfort, l’influence angélique qui peut mettre rapidement en contact des personnes très distantes physiquement ne doit absolument pas être exclue.

Il faut en effet déblayer le terrain d’une vision trop éthérée des bénéfices angéliques cités. De fait, dans l’économie de l’Incarnation, l’aide que nous apportons à une âme unie à un corps répond toujours à une logique hylémorphique, tout comme la charité véritable réside dans la prière et dans la mortification personnelle, mais comporte aussi le fait de secourir concrètement l’indigent avec de la nourriture matérielle ou celui qui doute avec un conseil véridique.

Les Anges, qui exercent la garde réelle de l’âme et du corps, préservent notre santé, nos habitations, mais aussi les communautés religieuse et les églises, jusqu’aux royaumes et aux nations, mais ils agissent encore plus en instruisant les âmes  et en leur indiquant la voie du salut. Ils mettent en garde contre la fausseté du démon, ils illuminent les intelligences, en rappelant par exemple à la mémoire un événement ou en favorisant une sensation corporelle qui n’influencera pas directement l’intelligence, mais sollicitera au moins l’imagination. L’ange a ce pouvoir et encore plus l’ange gardien, qui reçoit, de Dieu, un mandat spécial et une faculté spéciale de veiller et d’œuvrer sur une personne déterminée.

Quant aux modalités de cette action, rappelons-nous que les créatures spirituelles peuvent, par exemple, intervenir facilement sur la matière, l’ange gardien peut faire en sorte que nous évitions le danger spécifique qui incombait sur notre santé physique, mais elles peuvent – au nom de ce même principe – être la cause de bonnes pensées et de conseil extérieur.

Au contraire, l’orgueil aveugle de la pensée moderne, qui veut tout enfermer dans notre conscience autonome, le « sanctuaire de l’homme » (K. Rahner), ne veut pas permettre que l’intelligence de l’homme ne soit jamais seule et isolée sur cette terre et tout spécialement en ce qui concerne le salut éternel. Notre pauvre intelligence n’est pas un absolu, mais, vu sa nature inférieure, elle a besoin d’aide et d’orientation supérieures dans ses jugements, dans ses choix, dans son action pratique, à plus forte raison si l’objet en est surnaturel; même les infidèles sont guidés par leur ange gardien qui leur donne des conseils afin qu’ils puissent dire oui à Dieu qui les appelle tout d’abord à la conversion, bien qu’il leur reste toujours la possibilité de refuser l’aide d’autrui.

L’activité de la pensée de l’homme n’est donc jamais dans la solitude chère aux immanentistes les plus cohérents, elle ne le peut pas parce qu’elle a toujours besoin d’aide et de soutien dans son parcours discursif lent et fatigant. Cela vaut, a fortiori, pour l’homme  en grâce, qui jouit pourtant d’être uni à la multitude des Saints – sans exclure les âmes saintes du Purgatoire – qui le suivent et lui donnent des conseils avec une attention spéciale et avec empressement ; il est en compagnie d’une multitude de conseillers même s’il ne s’en rend pas toujours compte. Cette vérité de foi consolante se fonde, dans le cas des anges, sur leur faculté de solliciter la connaissance humaine selon les lois de celle-ci. En effet, l’homme a un intellect moins puissant que celui des anges, sa composition avec son corps fait qu’il doit toujours passer par le sensible ; donc l’ange – tout en respectant l’ordre créé, dit l’Aquinate – aura recours, pour illuminer l’homme sur une vérité qu’il veut lui transmettre, à des « similitudes sensibles »[8]. Mais répétons qu’il ne se rend compte que rarement de l’origine de cette pensée ou du fait que la connaissance de cette vérité ou la possibilité de faire cette action ont été suggérées par les anges[9].

L’ange peut faciliter la réorganisation des pensées par l’imagination, mais aussi faciliter un choix volontaire en intervenant sur nos passions, qui sont liées à la corporéité de notre nature sur laquelle l’ange peut agir. Pensons par exemple à la faculté qu’a un orateur, à force de figures rhétoriques, de susciter les passions d’une foule et cela uniquement en ayant recours à la parole, ne soyons donc pas étonné si l’ange peut solliciter l’imagination et des passions dans un sens ou dans l’autre. Il peut, par exemple, favoriser des dispositions de miséricorde compatissante envers un pauvre ou bien de sainte colère envers les ennemis de l’Église; et puis, il soutiendra l’acte volontaire – qui reste toujours et seulement le nôtre – dans le sens de la miséricorde ou de l’audace suivant l’exigence. Quant au pouvoir consolatoire des anges, que notre pensée courre au Jardin des Oliviers où, aux heures terribles de l’Agonie, Notre Seigneur voulut que Sa sainte humanité soit réconfortée – avec une leçon inégalée d’humilité –par quelqu’un qui Lui était inférieur selon la divinité. Jésus vient donc, lui-même, nous dire que nous devons souvent recourir aux anges avec humilité et conviction, et tout spécialement à notre ange Gardien.

 

La Compagnie surnaturelle

Et puis, dans les heures difficiles, comme celles qui précèdent la mort, où la lutte avec les démons se fait plus difficile et où l’imagination peut être influencée vers le désespoir (nous savons que les démons se déchaînent particulièrement, en rappelant à l’agonisant ses pires péchés et en le tentant contre la foi et l’espérance), le confort angélique se manifeste encore une fois, visant à conduire cette âme dans  la même société céleste que celle où il vit déjà et à l’arracher à la société infernale, pour laquelle les démons s’emploient tant. Encore une fois, la vision que l’Église suggère – si nous voulons sortir de l’asociale fermeture en soi, typique de notre époque, quoique dans la massification vulgaire dominante – est celle de penser souvent à la Communion des Saints, car, tout comme la vie de la gloire sera sociale en compagnie des anges et des hommes saints, que la vie des chrétiens qui vivent encore sur la terre soit aussi déjà ainsi.

 

Angele Dei,

Qui custos es mei,

Me tibi commissum pietate superna,

Illumina, custodi, rege et guberna. Amen.

 

Don Stefano Carusi  



[1]Probabilior videtur, quod angeli simul cum creatura corporea sunt creati. Angeli sunt quaedam pars universi : non enim constituunt per se unum universum, sed tam ipsi quam creatura corporea in constitutionem unius universi conveniunt”, S. Th., Ia, q. 61, a. 3, c.

[2] A ce propos deux testes de l’auteur ne seront jamais trop recommandés: A. PIOLANTI. La Comunione dei Santi e la vita eterna, Città del Vaticano, 1992 (pp. 297-395) e IDEM, Dio nel mondo e nell’uomo, Città del Vaticano, 1994 (pp. 231-234).

[3] S. T. BONINO, Les Anges et les Démons, quatorze leçons de théologie, Paris, 2007 (Bibliothèque de la Revue Thomiste). L’auteur, dans un texte dense d’angélologie et de réflexions métaphysiques profondes sur la nature angélique, consacre deux chapitres propédeutiques à la compréhension de l’importance du rôle des anges (la lectio IV et V); dans le second, il affronte le problème de la “démythisation” moderne de la Révélation du point de vue rationaliste, en en dénonçant l’approche profondément antimétaphysique, donc antirationnelle (pages 93- 109).

[4] S. Th., Ia, q. 67. Pour l’ unitas ordinis dans la distinction et dans l’inégalité cf. Ibidem, a. 3, c. : “quaecumque autem sunt a Deo, ordinem habent ad invicem et ad ipsum Deum”.

[5]Hoc habet ordo divinae providentiae, non solum in angelis, sed etiam in toto universo, quod inferiora per superiora administrantur” S.Th., Ia, q. 112, a.2.

[6] A. PIOLANTI, La Comunione dei Santi, cit., p. 298.

[7] Ibidem, pp. 298, 299.

[8] S. Th., Ia, q. 111, a. 1, c.

[9] Ibidem, ad 3. Sur la possibilité d’influencer l’imagination cf. aussi l’article 3 de la même question.

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 14:34
  • Les Statuts de l’IBP sont en danger
  • Les recours ne sont pas irrecevables

 

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Les seuls qui peuvent parler librement?

 

13 octobre 2013, Anniversaire de la dernière apparition de Fatima

 

Alors que l’on se recueille pour “la paix du Christ dans le Royaume du Christ”, en ce jour où a été annoncé le renouvellement de la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, cette revue informe ses lecteurs des nouvelles concernant la situation interne du Bon Pasteur.

Après notre dernier éditorial, l’hypothèse de remettre en question le transfert en Colombie a été suggérée au Directeur; il s’agit du transfert qui a été délibéré par le Commissaire à cause de l’avant-dernier article (et maintenant, bien entendu, en raison des recours à la Signature, “in suspensivo”). De toute évidence, la réponse à cette proposition ainsi qu’à d’autres de ce genre a été que le point névralgique n’est pas celui-ci. Si un clignotant rouge s’allume sur le tableau de bord, ce n’est pas en la couvrant que le problème est résolu. Même si la destination était la tant aimée terre d’Italie, la chose en soi ne changerait donc pas vraiment. Peut-être cette proposition voudrait-elle signifier une reconsidération de la politique du bâillon, politique que l’on voulait imposer à cette revue (lire "Disputationes ne se laisse pas bâillonner")?  Nous ne voyons pas toutefois des éléments stables et solides en ce sens.

En tout cas, nous remarquons que le dernier éditorial n’a pas non plus été accueilli avec indifférence: il n’en est rien, il a au contraire concouru à susciter les réactions les plus diverses. Certains, qui sont même loin de nos positions (parmi lesquels des catholiques non pratiquants et même des non catholiques), nous ont témoigné leur estime, parfois d’une façon surprenante et émouvante. D’autres, qui nous sont théoriquement plus proches,  “sont pour nous” dans le privé pour que les recours soient accueilli par la Signature Apostolique, mais risquer de se compromettre à titre personnel, certainement pas! Mais quel sens a de venir dans l’IBP pour ensuite s’installer dans  le “Marais”? Enfin, d’autres encore ont manifesté un certain scepticisme et des difficultés à comprendre ce que signifie le recours au Tribunal de la Signature. Nous essayons donc d’illustrer ultérieurement, tout en savant néanmoins que les “vérités ennuyeuses” seront difficilement comprises de tous… Ce sont justement et malheureusement ceux-là les aspects les plus douloureux de cette affaire.

La signification de cet acte est avant tout celui de ne pas laisser à moitié une bataille idéale, en faisant marche arrière au premier obstacle (avec une mentalité plus mondaine que chrétienne). Une bataille identitaire en faveur des spécificités de l’IBP, sans lesquelles pourquoi ne pas aller – par exemple – dans la Fraternité Saint Pierre actuelle? Pourquoi préférer l’IBP? Uniquement parce que l’organigramme de la FSSP est déjà complet?

Une bataille pour le droit et la justice. Une bataille pour la franchise ecclésiale. Une bataille contre le cancer du servilisme et de l’opportunisme dans l’Église. Si nous nous battons, si nous continuons de nous battre, c’est pour ces valeurs. Ces dernières semaines, un journaliste libéral écrivait, à propos d’autres problèmes :  “C’est un piège que de penser de se rendre […] Et puis que l’on ne sous-estime pas que dans la vie, outre les questions économiques, il arrive que l’on doive perdre même en dignité et principes”. Comment est-il possible que des ecclésiastiques traditionnels ne comprennent pas ce qu’un journaliste libéral semble comprendre? Quant à nous, nous nous sommes dit: quoique dise le Tribunal de la Signature, nous aurons fait notre devoir.

Cette initiative comporte ensuite un important aspect de clarification: elle est aussi un “papier de tournesol”, moyennant lequel la Providence nous donne des signaux pour le futur.

Quelques éléments ultérieurs de clarification en effet sont déjà en train d’émerger. Un recours avait été envoyé à la Signature aussi bien à propos d’aspects variés (par don Stefano Carusi), que, et surtout, à propos du  remaniement du corps électoral (par ce dernier et par deux autres prêtres). Une première réponse sur le premier point nous est déjà parvenue et a, en attendant, fourni l’élément suivant:

Ad rationes cognoscendas de necessaria Superioris Generalis electi confirmatione quod attinet, attendendum est in casu non agi de actu administrativo singulari, sed potius, uti Rev. dus Recurrens innuit, de mutatione statutorum, ex qua, tamen, si et quatenus, gravatus erit Superior generalis electus.” (Supremum Apostolicae Signaturae Tribunal, Prot. n. 48339/13 CA PICTAVIEN., Electionis Rev.dus St. Carusi- Pontificia Commissio “Ecclesia Dei”, 17 sept. 2013, p. 2).

“En ce qui concerne les raisons demandées à propos de la confirmation nécessaire du Supérieur Général dont il est question, il faut considérer que, dans ce cas spécifique, il ne s’agit pas d’un acte administratif singulier, mais, comme le Révérend Appelant l’indique, d’un changement des Statuts,  duquel sera toutefois grevé, si possible, le Supérieur Général élu.” 

Ceux qui se leurraient donc que la préoccupation pour les Statuts (et surtout pour ce qu’ils expriment) ne soit pas fondée, se trouvent fortement contredits par le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique lui-même : le problème existe – il est en effet expressément évoqué – et stimule chacun à prendre position avec cohérence. Les Statuts, approuvés il y a seulement quelques années par le Saint Siège, courent le risque d’être modifiés prochainement : et cela non pas suite à un choix libre, transparent, mais presque en sourdine, avec comme une sorte de blitz. Pouvons-nous accepter tout cela en silence?

En ce qui concerne le problème en général, et tout spécialement le second point, c’est-à-dire le remaniement du corps électoral, une autre missive envoyée par la Signature à Don Stefano Carusi (Prot. 48339/13 CA PICTAVIEN. Electionis - 4 octobre 2013) informe que le recours a été admis aux phases ultérieures de la procédure. Donc, au-delà de ce que sera le résultat final, nous pouvons au moins dire que le problème présenté n’était pas absurde ni irrecevable… Il faudra encore un peu de patience: bien, nous avons justement quelques articles de théologie “en suspens”, dont nous aurons peut-être le temps de nous occuper.

                                     La Rédaction de Disputationes Theologicae

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 21:29

Et nouvelle menace au directeur de cette revue

 

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Les fôrets de la Colombie, le lieu idéal pour faire entendre sa voix…comme en Sibérie…

 

14 septembre 2013, Exaltation de la Sainte Croix

 

Nous ne pouvons pas dire grand-chose de l’“élection”, déclarée, de l’abbé Philippe Laguérie au rôle de Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur parce que - comme nos lecteurs attentifs se souviendront certainement - le recours au Tribunal de la Signature Apostolique sur l’altération du corps électoral qui en est la base est encore pendant. Nous avons su qu’il est en train d’être examiné et quand il y aura une réponse (quelle qu’elle soit), nous pourrons en dire plus: mais, pour le moment, nous respectons une cause sub iudice et nous attendons.

 

En fait, comme il est écrit dans notre dernière édition, quelque soit le résultat obtenu lors de l’ « élection » du 31 Aout  grâce à un remaniement injustifié du Chapitre (comme nous l’avons dénoncé dans les détails, d’abord de façon réservée et ensuite publique), nous n’aurions pu y accorder trop d’importance. «À chaque jour suffit sa peine», et sans précipitations, voici quelles sont les douleurs et les joies d’aujourd’hui.

 

À ceux qui aiment réellement Rome (romains critiques, parce que romains passionnés!), le discrédit que, de cette manière  Elle reçoit, est douloureux. Certains diront que le préjudice vient de nous, en ne gardant pas sous silence ce qui se passe “dans les coulisses”. Cette Rédaction (directeur et collaborateurs, clercs et fidèles laïcs), qui a toujours tenté de procéder par étapes, répond publiquement : l’alternative réelle à une discussion à la lumière du jour, c’est-à-dire la médisance en privé et la duplicité réelle, est-ce mieux? La diffamation dans le dos, avec cette attitude de “bavardage”, dont a mis en garde, d’un ton très sévère, le Saint Père François - autant applaudi que peu écouté - est-elle meilleure? Cette logique, est, de plus, celle qui a mené à de longues réticences sur les graves scandales, connus maintenant même aux chroniques, des réticences qui, selon le témoignage du Saint Père Benoit XVI, ont justement fini par augmenter le scandale général et le discrédit populaire injuste envers notre Sainte Mère l’Église : si bien que nous pouvons vraiment dire errare humanum est, perseverare diabolicum!

 

Et certains en sont même arrivés au point de notifier au Directeur de ce site, mais en la divulguant immédiatement aux membres du Chapitre réunis justement pendant la retraite pré-électorale, la “sanction” d’un transfert en Colombie à cause du dernier article de cette revue libre! Naturellement, au bâillonnement moyennant “bâton” du Commissaire Forgeot - insouciant de son “conflit d’intérêts” - nous avons répondu de la même façon qu’au bâillonnement moyennant “la carotte” de l’abbé Laguérie (le soir du 3 juillet 2012, quand il fallait se taire sur l’affaire du bulletin remplacé qui lui permit l’égalisation, il fit alors remarquer que l’Assistant devait encore être élu…): «Non Possumus» est la réponse.

 

Mais que dire des sanctions contre ceux qui avancent des objections argumentées - au lieu des réponses invoquées (desquelles il n’y a pas de trace) - sanctions intimées par ceux qui sont partie en cause et justement dans les jours immédiatement précédents la délicate votation ? Avec quelle sérénité, avec quelle liberté aliénée par toutes  sortes de craintes impropres a-t-on voté?

 

Et il est attristant qu’un homme, un prêtre, qui, parfois, a été même courageux, puisse être pris dans le tourbillon du pouvoir au point d’accepter d’être “élu”, après un telle altération du corps électoral et une telle intervention “extérieure”, avec seulement quatre voix sur les neuf ayant droit du Chapitre remanié!

 

Au lieu des douze du Chapitre original, un nouveau Chapitre a été créé de neuf membres: et malgré cela, il n’est pas arrivé à plus de quatre voix, dont la sienne et celle de son secrétaire. Et puis, il n’est pas surprenant que, in loco, en marge de cette “élection”, il ait été dit par un des présents : “ça, c’est un coup d’Etat…”! Mais, comment a-t-il pu accepter?

 

Il est clair qu’objectivement - comme nous l’avions écrit et après que quelqu’un de nous in camera charitatis et en le regardant dans les yeux, l’ait à plusieurs reprises mis en garde de la voie qu’il était en train de prendre - il a les conditions idéales pour consentir que l’Institut soit dirigé de l’extérieur moyennant un “guide fantoche”, peut-être fort avec les faibles, mais certes faible avec les forts…, en essayant de sauver en même temps (grâce à l’imposition du silence) l’orgueil et l’assiette.

 

D’une façon plus large - parce qu’il serait erroné de personnaliser - les tentatives de justification n’ont jamais manqué aux opportunistes, mais il reste la question: pourquoi alors avons-nous pris cette voie? Pourquoi avons-nous fait certains choix difficiles? Est-il possible d’être aveugles au point de ne pas voir que l’histoire montre la myopie  de certaines “roublardises” politicardes? Mère de la Sainte Esperance, convertissez-nous!

 

C’est au contraire une joie, comme nous l’avons aussi écrit, de voir comment la Bonne Providence, moyennant les épreuves, les purifications douloureuses, passe au crible les cœurs et les dévoile, l’un après l’autre. Combien est chrétienne et féconde «la voie royale de la Sainte Croix» (L’imitation du Christ), si la maxime de Saint Augustin: «la racine de la désorientation actuelle ne réside pas tant dans la force de l’erreur, mais dans la faiblesse de ceux qui devraient témoigner la vérité» est vraie.

 

Et cela réjouit enfin de lire, de la plume de séminaristes qui ne veulent pas finir ainsi, des témoignages dont l’esprit est tout autre…

 

 

-     «Rappelons-nous combien il est chose vaine de se goinfrer d’autre

       chose que de servir Dieu et combien cela est dangereux et nuisible» 

       (extrait librement des écrits de Saint Jean de la Croix).

 

-      Oculi Domini super justos:

        et aures eius in preces eorum.

        Vultus autem Domini super facientes mala:

        ut perdat de terra memoriam eorum (Ps 33).

 

-      Deus, iniqui insurrexerunt super me,

        et synagoga potentium quaesierunt animam meam:

        et non proposuerunt te in conspectu suo.

        Et tu, Domine, Deus miserator et misericors,

        patiens, et multae misericordiae, et verax (Ps. 85).

 

-    «Que la Sainte Vierge nous donne, lors de la fête du Saint Nom de Marie, les aspirations grâce auxquelles Jean Sobjesky n’a pas choisi le profit politique immédiat (au contraire…), mais le bien commun».

 

 

En avant, avec patience et détermination, confiants dans l’aide des Cœurs de Jésus et Marie avec la petite “goutte d’eau” qu’apporte notre libre arbitre, «en cheminant, en édifiant et en confessant avec la Croix du Christ» (S.S. le Pape François – le 14 mars 2013, Homélie dans la Chapelle Sixtine).

 

 Le Directeur et la Rédaction de Disputationes Theologicae

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 09:15

Nous recevons et nous répondons.


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La vraie Romanité est le culte du Droit.


22 août, Fête du Cœur Immaculé de Marie

 

J’ai lu ce qui est écrit sur les tentatives de manipuler “en cours d’opération” le corps électoral qui doit réélire le Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur, des tentatives qui me rappellent celles avec le “clergé jureur”. Une curiosité: après ces élections (façon de parler) comment a changé le corps électoral par rapport à celui qui avait procédé à l’élection controverse de juillet 2012? Est-il plus ou moins favorable à la ligne de l’abbé Laguérie?

Giacomo Santini” 

 

Nombreux sont ceux qui nous ont déjà interpellés sur l’affaire de l’Institut du Bon Pasteur en appréciant aussi le travail d’information exercé par notre revue. Ce sont évidemment des prêtres qui appartiennent à d’autres sociétés dépendant de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, mais aussi des membres de la Fraternité Saint-Pie X, qui observent avec beaucoup d’attention comment se comporte la Commission Ecclesia Dei: veut-on réellement laisser faire l’ “expérience de la Tradition” dans un climat de sérénité et de franchise ecclésiale appropriée, ou bien la contrepartie des cérémonies liturgiques est-il le bâillonnement et même l’adhésion contre conscience à l’opinion dominante ? Nous verrons.

Supposant que l’on se rappelle la série d’articles publiés sur ce même sujet,  nous renvoyons à ces derniers pour une relecture opportune et nous nous limitons ici à approfondir la réponse, à laquelle nous avons déjà fait allusion, à la question spécifique présentée dans cette lettre. Le 4 juin, le Père Abbé Dom Forgeot, le Commissaire de l’IBP, avait convoqué une réunion pour tous les membres de l’IBP, initialement pour discuter et chercher une pacification ; quelques jours avant cette date, il a communiqué que cette réunion devenait une session électorale pour renouveler les membres électoraux du Chapitre, lesquels au contraire - élus en décembre 2011 et approuvés ensuite par la Commission E.D. - restent en fonction, d’après les Statuts, pendant six ans. En bref : six Capitulaires ont été ainsi destitués sans aucune motivation canonique et en absence de toute dérogation manifeste en matière - deux de droit et quatre élus - sur un total de douze en fonction, ce qui, de la sorte, altérait le collège électoral.

Avant cela, le Rév.me Dom Forgeot a voulu rencontrer les Capitulaires et les autres prêtres pour leur demander comment ils entendaient interpréter les Statuts et comment ils voulaient appliquer le chapitre relatif à la “célébration exclusive dans le rite traditionnel”. Il a été expressément demandé quel était la disponibilité à la célébration dans le Novus Ordo et quelle était la position doctrinale de chacun. Parfois, le Père Abbé a invité, en privé,  à suivre l’exemple de sa communauté en adoptant un certain biritualisme, même si d’une façon réduite. En quoi cela concerne-t-il le problème canonico-électoral ? Sur quelle base a eu lieu la “mise sous Commissaireˮ de l’IBP ? Uniquement en raison d’une élection “controversée” du Supérieur ? Dans ce cas, convoquez alors les douze capitulaires en fonction et que ces douze votent à nouveau. C’est simple. Par contre, si le problème est la position doctrinale du Bon Pasteur de 2006, que le Saint Siège a aussi déclaré admissible par la volonté expresse du Saint Père Benoît XVI (et Son Excellence Mgr Di Noia a, lui aussi, reconnu qu’au moins à l’intérieur de l’IBP certaines invitations peuvent être légitimement discutées : cf. Plutôt que la Commission Pontificale Ecclesia Dei, c’était donc le servilisme… ), ne serait-il pas juste de dire ouvertement que les accords ne sont valables que pendant quelques années, plutôt que de modifier les membres du Chapitre ?

Toutefois, au-delà des intentions, Dom Forgeot destituait de la fonction de Capitulaires et donc d’électeurs du Supérieur – sans qu’aucun critère juridique ne soit connu – les membres suivants, quatre desquels avaient été élus lors de l’élection de juillet 2012 et même désignés, à cette élection, pour la fonction d’Assistants Généraux et Conseillers (!) :

Abbé Paul Aulagnier

Ks.  Leszek Kròlikowski                 

Abbé Louis-Numa Julien

Don Stefano Carusi

Abbé Vincent Baumann

Abbé Matthieu Raffray

 

À la réunion “pacificatrice” du 4 juin, qui venait d’être transformée à l’improviste en une section électorale “belliqueuse”, seulement une petite partie des membres du Bon Pasteur s’est présentée, en reniant ainsi – qui explicitement et qui implicitement – un acte inadmissible.

      Mais un autre problème s’est présenté. Le Commissaire avait prévu un règlement pour le vote, qui fixait un quorum minimum pour la validité de cette élection. Ce quorum n’a pas été atteint, pas même en intégrant les quatre membres déjà sortis de l’Institut et maintenant en service dans le diocèse, qui ont été rappelés ad hoc , et après que deux desquels, pratiquants le Novus Ordo, se s’étaient même présentés (abbé Fournier et abbé Cecchin). Le Commissaire Dom Forgeot a décidé de faire tout de même voter, en violant la règle qu’il avait lui-même établie pour la validité de ce vote. L’élection a eu lieu en soutenant que l’on aurait vu par la suite si elle était valable ou non.


Les membres élus ont été les suivants :  

-   Abbé Guillaume de Tarnoüarn, dont il faut reconnaître la franchise d’avoir soutenu depuis longtemps – sans double jeu – la nécessité d’une “ouverture” n’excluant pas la possibilité d’une “adaptation” des Statuts vers une voie plus conciliante.

-   Abbé Vincent Baumann, prêtre qui – avec la même franchise et le même possibilisme – a affirmé à plusieurs reprises être disponible à concélébrer, bien que ne le faisant pas par obéissance aux Statuts.

-    Abbé Jean-François Billot, secrétaire personnel de l’abbé Laguérie.

 

Ceci dit, le Commissaire, qui s’était d’abord trouvé “embarrassé”, c’est lui-même qui l’écrit, a affirmé qu’il allait attendre des ordres supérieurs.

Voilà la raison pour laquelle le communiqué suivant est apparu sur le soi-disant site du Bon Pasteur de la part du  webmaster, le Secrétaire personnel de l’abbé Laguérie (lequel ne voulut pas remettre les codes d’accès à ce site, pas même lors de l’élection capitulaire, après sa démission, préférant ne pas les révéler à son successeur) :

 

Par autorisation spéciale du Supérieur Général de l'Institut du Bon Pasteur et délégué plénipotentiaire du Saint-Siège, le Révérendissime Père abbé Dom Forgeot, et sur son ordre expresse, nous publions sur ce site unique et officiel du Bon Pasteur [excusatio non petita…], la dernière lettre de notre Supérieur Général qui fait le point sur la situation actuelle de notre Institut. C'est dire aussi qu'avec notre Supérieur Général et derrière lui, nous attendons avec impatience, dans la prière la loyauté et la confiance, la résolution de la crise. Nous invitons tous les fidèles à se joindre à nos prières pour que le mois de septembre connaisse la résurrection de notre cher institut. Nous les en remercions bien sincèrement.

Ce mail de notre Supérieur est du premier juillet 2013.

 

+ PAX


Chers Membres de l'Institut du Bon Pasteur,

Depuis notre réunion du 4 juin dernier, vous êtes tous très présents à ma pensée et à ma prière.

Le 9 de ce même mois, j'ai écrit à S.Exc. Mgr Di Noia pour lui rendre compte de ma mission. A propos de l'embarras dans lequel je me suis trouvé pour l'élection du " troisième tiers", je lui disais:"Je me suis souvenu d'un passage de la Règle de S.Benoît, au chapitre 64ème, sur l'élection de l'abbé:. N'y a-t-il pas là une certaine analogie avec notre situation actuelle? J'ai pris la responsabilité de procéder au vote, tout en disant aux électeurs que j'avais bien conscience de cette irrégularité et que je m'en ouvrirais à vous en toute franchise, en sollicitant de votre part une sanatio ou une dérogation, étant dans la disposition de me ranger sans hésitation à votre décision".

 

Le jour de la fête des SS. Apôtres Pierre et Paul, je recevais la lettre suivante, datée du 20 juin et signée par Mgr Di Noia:

"TRP, votre lettre en date du 9 juin dernier a exposé les difficultés rencontrées au cours de l'élection du troisème tiers des capitulants appelés à élire prochainement le nouveau Supérieur général de l'Institut du Bon Pasteur. Vous y avez joint le texte de la conférence que vous avez donnée à Fontgombault aux membres de cet Institut. 

Cette Commission pontificale vous remercie très vivement pour l'ensemble de votre action. Puisque les statuts de l'Institut ne prévoient nul quorum pour ce type d'élection (cf. chap. V, art. 4), elle vous invite à poursuivre votre mission. 

 

Nous apprenons donc que, après avoir connu les noms des élus, le Commissaire Dom Forgeot a estimé que l’élection pouvait être valable, en demandant la confirmation à la Commission, laquelle – dans le texte connu – approuve avec une formule générale, mais sans s’exprimer clairement à propos du problème canonique qui a été soulevé. Il est certain qu’en lisant le communiqué du Secrétaire personnel de l’abbé Laguérie, on se demande si c’est un homonyme de celui qui assaillait Saint Germain l’Auxerrois, de cet “incontrôlable curé de Saint Nicolas du Chardonnet” devenu si docilement “vatican” (tout au moins en public) qu’il faisait maintes fois des jeux de mots à propos des phrases statutaires qui expriment nos spécificités ; en nous demandant si c’est aussi ce même prêtre qui, en tant que Supérieur du Bon Pasteur, s’installait à Poitiers en siège vacant, en bravant l’épiscopat français (pour fermer peu de mois après) et qui maintenant dit « Rome, Rome, Rome », « obéissance et silence, obéissance et silence » face à toute mesure qui « doit l’aider à réorganiser les élections», comme  affirme le texte de la “désignation du Commissaire”.  Le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique a justement été interpellé sur la compréhensibilité canonique de cette phrase énigmatique et sur sa légitimité juridique, ainsi que sur sa correspondance aux normes les plus élémentaires de correction et de justice. Ce qui aura lieu le 31 août est – évidemment et si les choses restent comme elles le sont – dénué de toute valeur quelconque aux fins de l’élection du Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur. Au prochain épisode.

                                                                                                          La Rédaction

 

 

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Published by Disputationes theologicae - dans Positions théologico-ecclésiales
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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 10:16

Les développements de l’affaire de l’Institut du Bon Pasteur. 

 

25 juillet 2013, Saint Jacques le Majeur, apôtre

 

pio-VI-caccia-gli-emissari-della-rivoluzione.jpg"Non possumus"

 

Comme cela a été annoncé et promis, Disputationes Theologicae continue, en restant, comme il se doit, fidèle à la ligne de la franchise ecclésiale et de la critique constructive, à informer sur les développements de l’affaire de l’IBP. Et cela sans agir d’une façon précipitée – comme cela est évident à tout observateur attentif – mais toutefois en tentant de persévérer dans cet amour de la vérité, bien que difficile, qui nous a poussé à parler (et cela aussi avec une visibilité appropriée)  à propos d’autres sujets. De sorte que, après avoir prudemment suivi  « l’échelle » évangélique, nous publions aussi les actes récemment établis, qui – nous l’estimons – parlent d’eux-mêmes.

Nous ne perdons pas non plus de vue – contrairement à la si fréquente démagogie – que les pressions sont un aspect très important, mais que ce n’est pas le seul : le facteur principal est comment nous nous rapportons à celles-ci, libre arbitre après libre arbitre. C’est en effet la présence fréquente de ce second facteur, le facteur intérieur, ce qui laisse le champ au premier. Observons l’histoire récente (qui – hélas, est si rarement magistra vitae…), par exemple l’histoire ecclésiastique : si les hommes d’Église “de bonne doctrine” avaient amplement préféré le bien de la cause au bien personnel (ou au mirage de celui-ci …), si au moins les “bons ” avaient été disponibles pour s’exposer personnellement sans trop de calculs opportunistes – d’une fausse prudence uniquement humaine – et cela de façon stable, la crise moderniste n’aurait-elle pas pu nuire beaucoup moins ? Peut-être le Seigneur nous aurait-il même épargné totalement ce châtiment. D’autre part, ces épreuves ont le grand mérite de dévoiler les cœurs et de les passer au crible un par un.

Voilà donc les actes qui ont été établis au cours de ces derniers mois. Et cela en observant, sans anxiété, les signes de la Providence et pendant que pratiquement toutes les activités ordinaires, les joies assouvissantes du sacerdoce et du Séminaire, continuaient comme toujours. Nous nous en remettons à cette Providence par l’intercession de la Vierge Marie, sans hâte, pour le futur aussi. Fiat voluntas Tua.   

Pour la version originale en langue italienne des documents voir ici.

 

1 -  Préavis de recours au Tribunal Suprême de la Signature Apostolique envoyé au Révérendissime Dom Antoine Forgeot le 29 mai 2013

 

Au Révérendissime Père Abbé

Dom Antoine Forgeot en tant qu’exécuteur de la Commission Ecclesia Dei

 p. c. À la Révérendissime Commission Ecclesia Dei

 

Objet : préavis de recours

 

Courtalain,  le 29 mai 2013

Révérendissime Père Abbé,

                                 après avoir présenté le texte annexé ci-après, et vu que j’ai reçu en réponse des phrases au ton menaçant, mais sans présentation d’arguments aux problèmes que j’ai avancés, et vu que je n’ai pas reçu l’envoi des documents de nature publique que j’ai demandés, y compris le ou les décrets du 18 juillet et/ou du 19 juillet (les dates et les objets qui m’ont été fournis ne coïncident pas) et le rapport du canoniste qui représente la Commission au Chapitre, le Rév. Père Poquet de Haut-Jussé (dont le nom a été, au dire de l’abbé Laguérie, établi discrètement avec Mgr Guido Pozzo);

après que je vous ai confidentiellement envoyé, à vous, Révérendissime Père Abbé, un texte avec quelques questions qui m’a été renvoyé, et après avoir expédié de nouveau le même texte, sans que je n’aie encore eu une réponse à mes questions;

par la présente, je communique que, dans les prochains jours, vu l’état des choses, je vais  désormais me voir contraint – à mon grand regret – à intenter un recours canonique exercé selon le Droit de l’Église Romaine.

En effet, si, suite à la réponse écrite de la Révérendissime Commission du 29 mai dernier, je reste sans aucune suite bienveillante, je vais devoir conclure que les termes de la supplicatio pourront être considérés désormais échus. Du fait que les réponses aux questions que j’ai formulées sur les motivations canoniques de l’annulation de l’élection de l’abbé Roch Perrel et du Conseil Général de l’IBP (dont la nullité reste sans être prouvée) – Conseil qui comprend le soussigné, qui, entre autre, résulte donc partie lésée –, ainsi que sur les raisons juridiques sous-jacentes à l’introduction de la confirmation des élus de la part de la Commission (un élément nouveau qui introduit subrepticement une norme non prévue par le Droit canonique ni par nos Statuts), ne me sont pas parvenues, je vais être obligé d’agir ad normam iuris, bien que j’aie, jusqu’à aujourd’hui, préféré et tenté des voies plus discrètes, tant que compatibles avec la charité fraternelle dans la vérité. Charitas in veritate.

Accessoirement à ce qui est exprimé ci-dessus, je me vois aussi obligé de présenter un recours concernant le remaniement du corps électoral capitulaire, qui, outre le fait que ce remaniement est contraire au Droit et à nos Statuts, semble aussi être contraire à la justice naturelle la plus élémentaire (les résultats en seraient objectivement altérés et pourraient sembler “orientés”). 

Je n’ai pas l’intention de décrire ici la pratique singulière de convocation à laquelle nous avons assisté jusqu’à aujourd’hui, qui me semble tout au moins juridiquement discutable, si ce n’est catégoriquement ‘a-juridique’.

Je précise en outre, pour exprimer filialement ce que j’ai sur le cœur et le présenter à votre évaluation paternelle, qu’une telle procédure me paraît imprudente en ce qui concerne la continuation sereine de l’activité de l’Institut (qui – objectivement et abstraction faite des intentions personnelles – reste l’objectif primaire de toute intervention) et pourrait paraître inconvenante au bien d’une société déjà si tourmentée par les pressions réitérées dans le but d’en altérer l’identité, une identité reconnue par les Statuts voulus par le Souverain Pontife Benoît XVI.

Il va de soi – évidemment – qu’un recours à la Prima Sedes est par essence un acte public, qu’il ne serait par conséquent pas inconvenant d’annoncer publiquement ; toutefois,  je désire ardemment que les voies interlocutoires puissent être activées dans un délai convenable qui précède le 4 juin, date jusqu’à laquelle je continuerai d’espérer.

Qu’il me soit permis de rappeler que des interventions semblables ont objectivement engendré, abstraction faite des intentions des auteurs, des ruptures et des durcissements douloureux, qui résultent être les pires ennemis du terrain d’un saint esprit de communion. Avec la tristesse que j’éprouve en constatant que l’histoire du “monde traditionaliste”  semble n’avoir rien enseigné – tant dans le cas de Mons. Lefebvre, où la rupture aurait pu être évitée à temps, que dans le cas de la Fraternité Saint Pierre en l’An Saint 2000, où la lourde « mise sous Commissaire » et les manigances et pressions (dont des prêtres de cette Fraternité nous ont confié le conditionnement douloureux) ont renforcé le climat de défiance qui a suivi dans des secteurs variés de ce monde – je garde l’espoir que l’on ne s’obstinera pas à suivre une ligne qui suit plutôt la politique de la terre brûlée plutôt que celle de la paix et de l’union, dans la vérité et dans la charité, où nous mène cette agréable fête du Très Saint Sacrement.

En toute franchise évangélique et dans la prière à Marie Reine. 

                                                                                                    
Don Stefano Carusi

 

 

Le texte antérieur mentionné ci-dessus, de nouveau envoyé, était le suivant:

Suit l’annexe:

 

ANNEXE

 

Instance à la Commission Pontificale Ecclesia Dei

 

À Son Excellence Révérendissime  Mgr Gerhard L. Müller

A Son Excellence Révérendissime  Mgr J. Augustine Di Noia

p.c. au Révérendissime Père Abbé Dom Antoine Forgeot

 

                                 Courtalain, le 8 mai 2013,
Apparition de Saint Michel Archange
et Supplication à Notre-Dame du Rosaire

 

Excellences Révérendissimes,

                     le 4 mai 2013, j’ai été mis au courant de la lettre aux membres de l’Institut du Bon Pasteur, que Vos Excellences ont voulu nous faire parvenir moyennant l’expédition du Révérendissime Dom Forgeot, qui est partie de Fontgombault le 1 mai 2013.

J’ai lu à cœur ouvert les exhortations à la paix et à la réconciliation ; et je me réjouis d’avoir été en syntonie avec celles-ci, dans l’amour à la vérité et à la justice, dans mes tentatives suivantes : juillet 2012, septembre 2012, avril 2013. Malheureusement, comme la Révérendissime Commission nous l’écrit elle aussi, à mon grand regret, il n’a pas été possible d’arriver à une résolution raisonnable de la situation concrète. Une situation dans laquelle – sans animosité pour la personne, mais aussi sans aveuglement face aux faits – l’abbé Laguérie a publié, après avoir fait parvenir un bulletin électoral ad hoc, après avoir abandonné le Chapitre en plein déroulement, après avoir signé un document de renonciation à ses titres peu avant cet abandon, comme si de rien n’était des écrits de signe contraire, par Internet, déjà dès juillet 2012!

Par cette supplicatio, je présente, après avoir demandé conseil auprès de la Révérendissime Curie Romaine, quelques instances, à cette Commission et à tous les degrés prévus selon la pratique de notre Sainte Mère l’Église, sans, d’autre part, exclure de les considérer à nouveau.


Je vous présente donc, en premier degré, les trois instances suivantes:


Instance n. 1 – Je demande la copie du décret du 19 juillet 2012, un décret émis suite à je ne sais pas quelles informations et en tout cas inaudita altera parte, puisque le Secrétaire de l’époque de cette Commission, le Révérendissime Mgr Guido Pozzo avait répondu par courriel à l’abbé Perrel deux jours auparavant, en s’exprimant avec le ton de qui comprend tout, qu’il n’était disposé à écouter aucun des Capitulaires.

Instance n. 2 – Je demande les raisons juridiques qui ont amené à estimer nulle l’élection de l’abbé Perrel et du Conseil, y compris l’appelant, une élection que tous les Pères Capitulaires présents (plus des deux tiers des ayant droit) ont exercée et qui avait été réalisée uniquement après en avoir informé cette Révérendissime Commission et en avoir en vain demandé l’avis avant de continuer, sans recevoir aucun signe contraire de votre part. Quelles sont les raisons de la nullité de l’élection adoptée par l’abbé Laguérie, cela résulte en effet évident car, pour l’égalité de voix, fut essentiel un bulletin arrivé par correspondance et remplacé peu avant le scrutin par le Rév. Père Canoniste Poquet du Haut Jussé, que l’abbé Laguérie dit avoir concordé discrètement avec le Secrétaire de l’époque de cette Révérendissime Commission. Le contraste avec le Code étant flagrant (cf. can. 167), comme cela fut souligné lors du Chapitre (cf. Rapport du Secrétaire du Chapitre), la nullité est évidente, tout comme elle fut évidente pour les Capitulaires. Par contre, nous ne comprenons pas quel élément juridique aurait annulé l’élection, cette fois avec une majorité qualifiée, de l’abbé Perrel et de son Conseil. 

Instance n.3 – Je demande les raisons de la nécessité de confirmer celui qui sortira élu Supérieur de l’IBP aux prochaines élections, de la part de cette Commission, comme cela est précisé dans le décret du 15 avril 2013. Cet élément ne résulte pas présent dans le Code de Droit Canonique en vigueur, ni non plus dans nos Statuts, ce qui a été voulu (à l’époque ne nous a pas du tout été présenté comme transitoire) de l’Éminentissime Card. Castrillon Hoyos. Il est en effet évident, aujourd’hui malheureusement non pas partout avec certitude (comme cela sera certes bien connu à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi), que le Pontife Romain jouit du droit d’intervenir directement sans exceptions : mais vu qu’il s’agit de Statuts récemment approuvés par volonté directe – c’est ce que nous a dit le Card. Castrillon Hoyos – du S.S. Benoît XVI, il semble à l’appelant et aux sources qu’il a consultées que des éléments difformes éventuels doivent résulter approuvés directement et de façon spécifique par le Saint Père.


Restant dans l’attente des élucidations mentionnées ci-dessus, qui, en ce qui concerne les points n. 2 et 3, postulent évidemment aussi une question humble de reconsidération, je l’espère avec sérénité et je prie le plus possible, afin que l’éventualité fâcheuse d’un recours jusqu’à l’Auguste Table, soit évité.

En me permettant de confier le futur de notre Institut à Vos prières, j’implore Votre bénédiction et je Vous adresse mes salutations les plus spirituelles.


Don Stefano Carusi
, membre élu du Conseil de l’IBP   

 

 

 2 - Suite à l’absence de réponse de la part du Commissaire de la Commission “Ecclesia Dei”, qui, au contraire, convoquait des élections primaires, en modifiant la composition du Chapitre en fonction, qui allait procéder de nouveau à l’élection du Supérieur, a été transmise la présente Instance au Tribunal Suprême de la Signature Apostolique, une instance qui implique la suspension des mesures objet du recours.

 

Instance au Tribunal Suprême de la Signature Apostolique

 

À Son Éminence Révérendissime Card. Raymond Burke

p.c. À la Révérendissime Secrétairerie d’État

p.c. À la Révérendissime  Congrégation des Religieux

p.c. À la Révérendissime  Commission Ecclesia Dei

p.c. Au Révérendissime  Dom Antoine Forgeot

 
Courtalain, le 3 juin 2013

 

Éminence Révérendissime,

                                          par la présente, je fais directement appel au Tribunal Suprême que Vous présidez pour présenter ce qui suit à titre d’Instance, la suite de l’Instance juridique que j’ai déjà soumise à la Révérendissime Commission Ecclesia Dei, concernant l’annulation de l’élection du Supérieur Général de l’Institut du Bon Pasteur qui a eu lieu en juillet 2012 dernier.

Le 8 mai 2013, après avoir reçu, le 4 mai, la nouvelle certaine d’un décret annulant l’élection du Supérieur Général du Bon Pasteur et la mienne, j’ai soumis – en tant que partie lésée aussi – une Instance à la Commission Ecclesia Dei afin de connaître les raisons juridiques d’un tel acte d’annulation ; des raisons qui, de par leur nature, sont publiques, tout au moins pour les sujets qui sont, en ce qui concerne la disposition, des parties lésées.

Par la lettre datée 20 mai 2013 que j’annexe, Son Excellence Mgr Di Noia ne m’a répondu rien d’autre que l’injonction de m’“abstenir” définitivement de tout acte qui “provoquerait des désagréments”, en ajoutant aussi une phrase qui se prête à des interprétations variées, même éventuellement menaçante, c’est-à-dire que la chose aurait été un bien pour la personne que je suis ; nulle autre spécification n’a été ajoutée, ni les documents ne m’ont-ils été envoyés, ni la disponibilité à me les envoyer dans les trois mois après réception de la lettre ne m’a-t-elle été indiquée.

La pratique de l’Église étant toujours celle du recours franc et ouvert à la Prima Sedes, ce qui est, entre autres, un acte de déférence au Vicaire du Christ et à Sa Curie, je suis convaincu que le recours filial aux organes compétents peut être, dans le culte de la justice et du droit, la voie propice pour favoriser une transparence juridique humble et rigoureuse que, garantie véritable à la personne, l’Église a tant à cœur.

Suite à une telle communication et alors que, à défaut d’une réponse adéquate, j’étais en train d’anticiper le projet de mon intervention actuelle, j’ai reçu des menaces de “graves sanctions”. Celles-ci étaient exprimées d’une manière canonique irrecevables, et ont suscité en moi une profonde douleur, liée au scandale et à la réprobation, non pas pour les intentions car ce n’est pas à moi de les juger mais au Très Haut le jour du Jugement, mais pour la manière dangereusement indéfinie des susdites menaces, ce qui n’est certainement pas compatible avec la franchise chrétienne sereine et la paix ecclésiale dans la justice (cf. Annexe n. 7).

Je présente donc la documentation citée à ce Révérendissime Tribunal, actuellement sous forme d’Instance, en restant dans la prière ouvert à des possibilités de conciliation, qui soient compatibles avec les principes rappelés par les Souverains Pontifes Pie XII et Paul VI sur le lien dont il faut absolument tenir compte entre la paix et la justice.

 

Je transmets au besoin, en tant que parties intégrantes, les annexes suivantes:

Annexe n. 1) Rapport du Chapitre Général de l’Institut du Bon Pasteur de juillet 2012 rédigé par le Secrétaire du Chapitre.

 Annexe n. 2) Lettre de Son Excellence Mgr Müller aux membres de l’Institut du Bon Pasteur du 15 avril 2013.

Annexe n. 3) Instance à la Commission Pontificale Ecclesia Dei présentée par le soussigné le 8 mai 2013.

Annexe n. 4) Lettre à Mgr Di Noia du 20 mai 2013.

Annexe n. 5) Lettre du soussigné au Révérendissime Père Abbé Dom Antoine Forgeot du 29 mai 2013.

Annexe n. 6) Annonce du recours canonique par voie hiérarchique du 31 mai 2013.

Annexe n. 7) Décret du Révérendissime  Dom Antoine Forgeot, daté 30 mai 2013.

Avec mes pauvres prières, je m’incline pour baiser la Pourpre sacrée

 

Don Stefano Carusi, IBP

 

 

3) - Contextuellement, a été envoyé, avec cinq autres confrères, le recours hiérarchique suivant concernant la disposition qui, en fait, procédait à l’altération de la composition du Chapitre qui devait élire le Supérieur de l’Institut:

 

À Son Excellence Révérendissime Mgr Gerhard  Müller

À Son Excellence Révérendissime Mgr Augustine Di Noia

Commission Pontificale Ecclesia Dei

p. c. À la Révérendissime Secrétairerie d’État

p. c. À la Révérendissime Congrégation des Religieux 

 

Objet : recours hiérarchique

 

Courtalain, le 2 juin 2013

 

Excellence Révérendissime,

                  nous nous voyons obligés de présenter à Vos Excellences un recours hiérarchique, après avoir épuisé toutes les voies de l’arrangement pacifique du litige. À partir du moment où nous avons eu la communication, bien que fragmentaire et imprécise, nous avons demandé, avec des remonstrationes écrites variées envoyées au Révérendissime Antoine Forgeot, Supérieur Général pro tempore de l’Institut du Bon Pasteur, la révocation de la disposition ab ipsius auctore (CIC, c. 1734), une disposition qui convoquait des élections pour le remaniement du corps électoral capitulaire de l’Institut du Bon Pasteur, en en altérant la composition initiale. Nous soulignons que cette disposition résulte être promulguée sans dérogation manifeste en la matière. L’auteur, par la réponse écrite du 31 mai dernier ne donnait suite à aucune reconsidération de la disposition que nous exposons ci-dessous dans les détails, ni ne donnait suite à la voie de la médiation que nous avions proposée durant les deux jours suivants (CIC, c. 1733).  

Suite au décret de nomination du 15 avril dernier Vos Excellences avez nommé le Rév. Dom Antoine Forgeot, Commissaire avec la fonction de Supérieur Général  pro tempore pour l’Institut du Bon Pasteur, dans le but de procéder à l’élection du futur Supérieur Général, conformément au Droit et à nos Statuts.

Il y a environ une semaine, il nous a été communiqué par plusieurs courriels dont les contenus étaient différents, que la réunion consultative et d’échange débonnaire d’opinions en vue d’une pacification, prévue pour le 4 juin, avait été transformée en section électorale (cf. courriels annexés) pour organiser des élections primaires qui modifieraient en grande partie la composition du Chapitre. Nous précision que le Chapitre est déjà en fonction depuis plus d’un an et qu’il reste en fonction pendant les cinq ans prochains aux termes des Statuts (V. 4) ; les membres de droit ont été approuvés par cette Commission et les membres élus ont eu accès aux fonctions conformément aux pratiques statutaires approuvées par écrit par cette Commission, qui approuva aussi les résultats des scrutins et la convocation régulière de juillet 2012.

 La disposition, outre la rapidité de la communication très proche de la rencontre qui nous avait été annoncée initialement comme simplement consultative, vise à organiser un nouveau vote, qui en fait remanie la composition initiale du Chapitre Général, et ne résulte pas consonant avec le Droit et avec les normes procédurales :

En l’espace d’une semaine, immédiatement après la rencontre consultative du 4 juin, nous avons eu la nouvelle peu précise que l’on procédait à l’innovation imprévue et inattendue et que par conséquent de nouvelles élections primaires étaient établies, sans fournir aucune raison juridique (courriel du 23 mai), que l’on procédait à la destitution de deux membres de droit, à la diminution du nombre des membres élus (qui de quatre devenaient deux), à la communication que l’abbé Héry était un membre de droit, suivie d’un démenti écrit de la même nouvelle, démentie à son tour par une troisième communication de signe opposé (cf. courriels annexés des 27 et 29 mai 2013) ; il en est de même pour les diacres incardinés, qui, au premier moment, ont été indiqués par écrit comme électeurs pour être ensuite expulsés du collège électoral il y a environ deux jours, le tout à moins d’une semaine de la rencontre consultative, à l’improviste transformée en votation primaire. Nous précisons que ces communications sont toutes parvenues, par courriel et d’une manière fragmentaire, à quelques-uns et non pas à tous les membres de l’Institut, ce qui a engendré objectivement de la confusion et de la défiance juridique, car nous avons découvert une pratique procédurale qu’il nous semble impossible  de concilier avec le Code et avec nos Statuts et qu’en toute conscience nous ne pouvons approuver.

Le remaniement presque complet du corps électoral capitulaire, en fonction pour les cinq prochaines années, sans qu’il consiste aucune attribution de pouvoirs extraordinaires en ce sens – et vu qu’il n’y avait aucune dérogation manifestée – ne rentre pas dans les munera conférés au Supérieur pro tempore (cf. Décret de la Commission Ecclesia Dei, prot. 80/2006, 15 avril 2013). Nous présentons donc un recours par voie hiérarchique afin que soit reconnue la nullité juridique de la disposition citée du Rév. Dom Forgeot, qui résulte avoir la faculté d’organiser l’élection invoquée par le décret mentionné, mais non pas pour altérer la composition de tout le Chapitre. Le Souverain Pontife Jean Paul II, en invoquant le respect du Code, qu’il appelait  “le troisième pilier de l’Église”, soulignait que la clarté procédurale est le support nécessaire présupposé de tout acte juridique ecclésial et de sa crédibilité.

Ni ne pouvons en outre garder sous silence que l’élection successive à cette procédure, du fait de sa nullité, exposerait l’Institut à de très graves troubles qui, objectivement et abstraction faite des intentions, ne feraient qu’aggraver la situation déjà délicate de notre société. Non seulement certains membres de l’Institut, avertis depuis moins d’une semaine et par courriels contradictoires – qui ne parlaient, entre autres, pas initialement d’élection – n’ont pas prévu de se rendre matériellement sur le lieu de la rencontre (que l’on pense à combien d’entre eux demeurent en Amérique du Sud, lesquels ne peuvent même pas – raisonnablement – être avertis in extremis), mais nous soulignons que nous ne pouvons vraiment pas concevoir une telle procédure. Tout résultat sortant de l’imposition d’une telle votation ne pourra qu’être l’opposé de l’“élection sereine et sûre” souhaitée par le Décret du 15 avril dernier.

Nous soulignons aussi l’inconvenance des menaces écrites que certains des signataires reçoivent en cette période qui est une période électorale, nous ne pouvons donc certainement pas dire qu’il y ait un climat permettant de pouvoir procéder sereinement, car il est évident qu’une altération semblable du corps électoral mènerait vraisemblablement à des résultats différents de ceux qui viendraient du corps électoral original des Pères capitulaires.

Nous demandons donc, avant de recourir au Tribunal Suprême de la Signature, que le vote ait lieu comme selon la procédure avec le même corps électoral capitulaire de juillet 2012 et la suspension immédiate – liée au présent recours – de la décision convoquant les élections du 4 juin prochain mentionnées.

Dans l’espoir d’une solution, nous vous adressons nos salutations distinguées et restons dans l’attente d’une réponse dans la prière à Jésus le Bon Pasteur.

(Suivent les six signatures des prêtres appelant)

 

4)  -  Alors que le Commissaire Forgeot procédait comme si de rien n’était à une nouvelle élection, pour laquelle ont été aussi convoqués quatre prêtres qui avaient abandonné l’Institut avant le dernier Chapitre, dont deux se sont même présentés (et malgré cela le quorum, qu’il avait déjà prévu pour la validité de l’élection, n’a même pas été atteint), nous avons aussi reçu la communication déconcertante d’une prorogation d’un an de l’abbé Laguérie, une notification dont personne n’était au courant avant le 4 juin 2013, ni les Pères capitulaires ni les membres de l’Institut.

Ainsi, la présente intégration au recours est devenue nécessaire:

   

Courtalain, le 8 juin 2013

                  
Excellences Révérendissimes,

                                ce n’est que successivement, par rapport à notre recours du 3 du mois courant, que nous avons appris que la Commission Ecclesia Dei a confirmé motu proprio le Supérieur échu et non réélu, l’ Abbé Philippe Laguérie, qui “est reconduit pour un an”. La circonstance, référée par le représentant, Dom Antoine Forgeot, de ladite Commission, le 4 du mois courant, qui nous a été référée par des confrères, a été confirmée successivement par ce-ci par écrit dans le courriel annexé par lequel il nous communique son rôle d’“aider le supérieur sortant, Mr l’abbé Philippe Laguérie, à préparer l’élection”. Cette procédure foule aux pieds la volonté de notre Chapitre de juillet 2012, qui a légitimement retenu ne pas confirmer ce candidat et se révèle complètement irrespectueuse de nos statuts, approuvés par le Saint Siège pas plus tard qu’en 2006, qui ne prévoient pas une telle procédure. Donc, nous refusant de considérer un accord bilatéral comme étant un chiffon de papier, nous nous voyons obligés d’intégrer notre récente Instance avec cet élément aussi, qui, entre autres, ne consent pas de reconnaître que le Délégué de la Commission soit un garant impartial de la répétition d’une élection controverse. Bien que stupéfaits et attristés à l’extrême, nous sommes en train de tenter de procéder avec le maximum de modération et de responsabilité possible si bien que nous avons encore gardé les susdits comportements, qui ne peuvent nous sembler que de scandaleux abus de pouvoir, dans la discrétion.

Nous prions ardemment afin que nous ne soyons pas obligés, en cas d’échec de la voie de l’Instance aussi, de saisir désormais prochainement les voies de justice accomplies, comme conformément à la procédure toujours considérée légitime dans la Sainte Église Romaine, amie du droit et de la justice.

 (Envoyée au nom des appelants précédents)

 
La Rédaction de Disputationes Theologicae

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 14:50

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      Disputationes a demandé à Mgr Gherardini d’évoquer la personne que fut son maître et ami Mgr Antonio Piolanti. Une dette de reconnaissance nous lie à ce théologien qui est connu de la plupart pour ses textes de théologie puissants et denses, pour son style incomparable, qui fonde la chaleur humaine de la Romagne, où il naquit, avec la rigueur doctrinale de la Rome Éternelle, où il vécu et mourut. Beaucoup ont voulu – il faut malheureusement le dire – l’oublier : ses œuvres, des chefs-d’œuvre accessibles et en même temps documentés, sont pour la plupart épuisées et personne ne cherche à en faciliter la diffusion (l’“étrange” incendie qui éclata dans le dépôt de ses œuvres est bien connu…), qui serait un baume pour les nombreux séminaristes et prêtres qui ont reçu une formation radicalement imbue d’immanentisme existentialiste, si ce n’est de véritable relativisme doctrinal. C’est aussi à cela que pensait l’auteur, dans le sillon des avertissements – inécoutés – du Magistère, Humani Generis particulièrement.

L’œuvre de Mgr Piolanti est une nourriture solide pour celui qui veut connaître la Vérité de l’Église du Christ, suivant l’exemple de Saint Thomas ; il sut aussi relire – sans rien rejeter de ce qui est bon – un certain thomisme rendu parfois un peu sec et trop livresque, en parlant toujours de la “philosophia perennis” avec une vitalité nouvelle. Mais, plus encore que le théologien, c’est l’homme de Dieu que Mgr Gherardini rehausse en peu de lignes essentielles et puissantes. Le professeur qui eut de Dieu le don de l’enseignement, aimait-il à répéter lui-même, ne courrait pas derrière des mitres épiscopales ou des pourpres faciles : pour un homme comme lui – en ces époques difficiles – elles auraient plausiblement pu lui coûter son âme. Il n’était pas affecté par cette “ambitio mala”, qui apporte tant de deuils à l’Église, mais par une soif de vérité, qui ne peut être séparée du respect du Vicaire du Christ. Tout Rome connaît sa phrase lapidaire, qu’il dut prononcer du bout des lèvres dans le Sacré Palais : “j’embrasse la main qui me frappe”. Le respect de l’autorité ecclésiastique ne signifie pas un servilisme qui brade la Vérité pour une maigre monnaie. Mgr Piolanti mourut “en monseigneur”, en Recteur honoraire du Latran, rien de plus. Il avait toujours aimé la Vérité. Mais comme la vérité est beaucoup plus durable que le bronze – et que les petitesses des hommes – nous nous unissons au cri de Mgr Gherardini, afin que l’“opera omnia” trouve un éditeur, pour que tant de manne ne soit pas perdue.

S. C.

 

ANTONIO PIOLANTI

In memoriam

 

par Mgr Brunero Gherardini

 

       "Audiamus dominum pratensem" et c’est justement moi, qui venais de m’inscrire à un de ses cours extraordinaires sur l’efficacité des sacrements, qu’il indiquait à ce moment-là de la main en m’identifiant sur la base de ma ville de provenance, Prato. Voilà comment commença un rapport qui devait se transformer, en peu de temps, en une amitié vraie et profonde.

       Au début, à dire la vérité, je me sentais un peu gêné : moi, un étudiant quelconque, lui l’un des plus célèbres maîtres de la si digne d’éloges "École Romaine". Puis, au bout de quelques semaines seulement, l’embarras se dissipa, pour laisser la place à une corrélation qui, au cours des années, devint "forte comme la mort" (Cant. 8 : 6). Ce fut ainsi, en réalité, que commença cette réciprocité d’intentions, d’estime et d’amitié vraie qui nous accompagna dans l’engagement commun pour la "sana theologia". Commun, non pas pour que nous puissions dialoguer et coopérer d’égal à égal : Lui, il était le colosse, moi, j’étais un pygmée quelconque ; Lui, le Maître, grand et célèbre, moi, le jeune "apprenti" qui entrait sur la pointe des pieds dans le sanctuaire de la théologie, que Lui, plus que d’autres, a ouvert à mon intérêt et à mon envie de savoir. Il s’est toutefois agi d’une réciprocité véritable. Dès qu’il se rendit compte que je l’approchais, non pas pour lui faire perdre du temps, mais pour lui soumettre des problèmes exclusivement théologiques et une orientation théologique authentique, surtout dans cette partie de la "sacramentaire" – la causalité des sacrements – dont Il était sans le moindre doute un Maître incomparable, fut avec moi d’une disponibilité rarissime. Non seulement il s’arrêtait pour parler avec moi dans les couloirs de l’Université du Latran, mais il prolongeait et intensifiait le dialogue en me recevant chez lui ou en me faisant part, par courrier postal, de ses réponses toujours convaincantes.

       Plus tard, alors que j’étais déjà prêtre et professeur titulaire de théologie fondamentale, je pus profiter aussi bien de sa disponibilité – qui, dans certains cas, se transformait en une joie véritable et évidente de communiquer à l’unisson avec les autres – que de sa compétence incontestée, pour focaliser les problèmes que j’avais rencontrés dans mes études et dans mon enseignement. Je l’avais hautement apprécié quand j’ai eu l’honneur et la joie de m’asseoir face à sa chaire ; mais pas autant que plus tard quand je pus l’apprécier quand j’ai discuté avec lui, face à face, en l’interpellant sur les problèmes les plus brûlants du moment ou sur leur origine historique. En effet, si son envergure de théologien fut grande, celle d’historien ne fut pas inférieure. Il avait une excellente mémoire ; je l’appelais le Pico della Mirandola ressuscité – et le cas voulut qu’il habitât à Rome, pendant un bon bout de temps, justement rue Pico della Mirandola – et je le qualifiais avec le même surnom : le phénix des intelligences (« la fenice degli ingegni »). Il connaissait, comme peu de personnes et même peut-être très peu, les obscurs précipices historiques où étaient nés et avaient pris pied les problèmes théologiques. Il avait la joie d’en parler. Il en recherchait les causes et les occasions afin d’atteindre un jugement de fond appuyé de preuves. Qui n’était jamais évident. Personne – pas même moi, qui ai été près de lui plus que d’autres – n’était à même d’en entrapercevoir une réponse ou une prise de position. Lui, le traditionaliste par antonomase, se renouvelait sans interruption et presque prodigieusement; sa position face à Odo Casel suffit pour le prouver. Chacun de ses jugements exprimait toujours la double source de laquelle il dépendait : la tradition, surtout thomiste, et le moment historique dans lequel il l’insérait.

       Son cours – tout comme, du reste, sa conversation – était exactement l’opposé de ce que les élèves entendent quand ils déclarent : que c’est rasoir ! Qu’il parle, comme presque toujours, en un latin fluide et brillant, ou qu’il se permette quelques digressions en italien, il s’agissait toujours d’une leçon limpide jusqu’à la transparence. J’ai connu peu d’autres professeurs aussi féconds que Lui et en même temps aussi pourvus de propriétés linguistiques et de rigueur méthodologique au service de la vérité théologique. Ses écrits, qui ressentent pourtant de son "cours" à vive voix, ne transmettent pas toujours les mêmes sensations que son parler en toute liberté, comme Il le faisait aussi de sa chaire. C’était un homme plein de savoir dans le sens le plus vaste du terme ; son cours le transmettait pleinement. Ce qui pourrait être considéré des digressions était, chez Lui, une partie intégrante, si ce n’est même essentielle, de son enseignement. Ou plutôt, tout était, chez Lui, enseignement : sa préparation spécifique, la façon très respectueuse de se comporter avec ses élèves, le ton même de sa voix servaient d’appui au déroulement de ses thèses : nous nous sentions tous profondément et joyeusement concernés.

       J’en ai connu peu qui avaient, dans leur chaire, Son autorité. Sans jamais lire une seule ligne écrite – à moins qu’il ne se soit agi d’une source à rapporter en entier, ou d’un Auteur à citer – il enseignait en parlant librement avec une clarté cristalline, avec une connaissance inouïe de la matière et, quelquefois, en invitant l’un ou l’autre élève à évoquer le cours qu’il avait écouté. C’était un moyen pour "repasser" la matière ensemble, qui allait à notre avantage, à nous, ses élèves, qui, en nous fondant sur ses questions, pouvions non seulement confirmer ce que nous avions appris à son école, mais aussi établir avec une certaine approximation sur quoi et comment nous allions être ensuite interrogés lors des examens.

       Les sources desquelles il puisait son savoir théologique étaient les plus fiables : saint Thomas surtout, le "Magister sententiarum", saint Albert le Grand et d’autres auteurs de la période classique. Mais il avait contact avec toute l’histoire en général et avec l’histoire théologique en particulier. Sur le plan historique, peu de personnes auraient pu rivaliser avec lui : peut-être pas même les professeurs titulaires les plus renommés. Ses écrits sont le témoignage évident de sa préparation historique : quelques-uns de nature purement historiques, la plupart de nature théologique, c’est certain, mais jamais étrangers à leur collocation dans l’histoire ou à la référence à celle-ci.

       On s’occupe en général de faire réimprimer les écrits des grands Maîtres. L’"opera omnia" de Piolanti attend l’éditeur généreux qui en prendra l’initiative. 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:12

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  Saint Athanase piétine Arius qui demande le silence

 

2 mai 2013

 

Dans la fête du glorieux et très actuel Saint Athanase et en ce quarantième anniversaire du mémorable livre-dénonciation de Mgr Rudolf Graber, Archevêque de Ratisbonne, “Saint Athanase et l’Eglise de notre temps”, nous signalons un article significatif publié exactement il y a un an dans cette revue: Le “rite propre” et l’ “herméneutique de continuité” sont-ils suffisants?.

 

La Rédaction de Disputationes Theologicae

 

 

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 11:57

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Chandeleur 2013: la prise d’habit. En avant, sereinement…

 

     Au bout de neuf mois, le temps de faire naître un enfant, la position achevée prise par la Commission Pontificale Ecclesia Dei sur la situation interne à l’Institut du Bon Pasteur est enfin arrivée. Au nom de l’amour pour la vérité qui a inspiré la ligne éditoriale de cette revue, Disputationes la communique en se promettant de continuer à informer, en toute transparence, sur les développements de ces vicissitudes.

     En résumé: un Commissaire a été nommé pour six mois. Il devra organiser de nouvelles élections pour les organes directifs de l’Institut (dans la personne d’un religieux français ayant la réputation d’être un homme de Dieu).

     D’un côté, ce fait démentit l’irrecevable et absurde prétention de l’abbé Laguérie, lequel soutenait être, encore à présent, le Supérieur de l’Institut (grâce à l’appui de cette Commission Ecclesia Dei, qu’il méprise dans le privé) et de manipuler, hier tout comme demain, les élections. En ce laps de temps, il y aura de toute façon de nouveaux votes, qui ne seront pas gérés par l’abbé Laguérie : d’une certaine manière, on sortira, avec clarté, de la situation actuelle. De l’autre, il ne paraît pas enthousiasmant qu’après neuf mois d’incertitude, on en suppose six autres sous Commissaire. L’IBP, tout au moins en sa majorité,  ira certainement de l’avant sereinement, fidèle à son identité et à son devoir, tout comme, avec la grâce de Dieu, il a continué de l’être au cours de ces longs mois : alors que pas mal de personnes donnaient l’Institut pour mort, le séminaire a continué tranquillement sa vie, et a même éprouvé la consolation de l’arrivée de nouveaux séminaristes, le ministère sacerdotale ayant continué comme toujours… Cependant, il n’y a pas de doutes que d’ajouter six mois encore sous Commissaire, aux neuf qu’il y a déjà eus, ce n’est pas ce qui était le plus désirable pour la vie d’une société. Comme cela a été écrit en son temps dans ces colonnes: voilà les fruits de l’obstination de l’abbé Laguérie!      

     Dans les milieux de la Fraternité Saint Pie X (mais pas seulement) les problèmes de l’Institut avec Rome ont souvent été mentionnés. Il nous semble qu’à ce propos aussi nous avons dit clairement les choses telles qu’elles sont: les articles de cette revue sont là pour le confirmer. Cependant le problème principal de l’Institut – cela est douloureux, mais la vérité, c’est la vérité – est la conduite de l’abbé Laguérie, tout comme le problème principal de la FSSPX est la conduite de Mgr Fellay (bien que les deux ne soient pas dépourvus de qualités remarquables). Avec la différence que la majorité de l’Institut – en résistant – a refusé de confirmer l’abbé Laguérie.

Don Stefano Carusi, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur

 

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