Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 juillet 2022 5 29 /07 /juillet /2022 21:40

Mise en garde sur cette tendance

24 juin 2022, Fête du Sacré-Cœur de Jésus

 

Et aujourd'hui ils parlent de «brigandage»...

 

Les lecteurs de cette revue née dans la logique d'une critique constructive à large spectre, se souviendront que nous avons consacré des articles détaillés au danger réel pour l'Institut du Bon Pasteur de perdre les spécificités de sa fondation en 2006. Ces études présentes dans cette revue méritent d'être relues face aux récentes sorties de l'Abbé Laguérie. En fait, en quelques interventions, il manifeste maintenant une ligne opposée, et même diamétralement opposée, à celle qu'il tenait officiellement jusqu'à il y a environ un an. Certes, Traditionis Custodes a été une douche froide pour un certain traditionalisme qui voulait se nourrir d'illusions, et ajoutons que maintenant l'Abbé Laguérie n'est plus le Supérieur Général de l'Institut...

A titre d'exemple, il y a une dizaine d'années, alors qu'il était encore en fonction, il écrivait dans la Position commune des membres du Conseil général de l'IBP, Dans le respect du Magistère et du Droit liturgique en vigueur, rédigée à Paris le 23 juin et remise officiellement à Mgr. Pozzo le 20 juillet 2011 : « Nous recevons le texte de tous les Conciles, et notamment du concile Vatican II selon les normes définies par l'Église [...] nous nous attachons à promouvoir "l'herméneutique de continuité et de réforme" ». En ce qui concerne la messe de Paul VI : « Nous attestons "la validité́ ou la légitimité́ du Saint Sacrifice de la Messe ou des Sacrements célébrés dans la forme ordinaire", selon les termes de l'Instruction Universae Ecclesiae du cardinal Levada (30/04/2011)». Dans ce même texte - position officielle - toutes les références au droit de célébrer exclusivement dans le rite traditionnel ont été éliminées et on ne parle plus désormais que de rite propre. Abstraction faite de tout jugement sur le fond, on se demande: où est la cohérence avec les déclarations rapportées dans l'interview accordée à Anne Le Pape dans le journal Presént du 19 janvier 2022 cité au-dessous de cet article?

Nous avons amplement analysé cette question dans de nombreux articles antérieurs, parmi lesquels nous citons à titre d'exemple: Le “rite propre” et l’“herméneutique de continuité” sont-ils suffisants?

De plus, était-ce vraiment nécessaire de faire l’éloge servile de Mgr Pozzo, au moment où il venait de formuler la menace d’une possible abolition de la messe traditionnelle, précisément lors de sa conférence au séminaire de l’IBP? Cf. Mgr Pozzo: la Messe “extraordinaire” peut être interdite par l’autorité.

Le lecteur trouvera ci-dessous des textes récents d’une teneur diamétralement opposée. Bien sûr, il ne serait pas juste d'attribuer uniquement à l'abbé Laguérie le phénomène que nous décrivons dans le titre, mais cet ensemble de données, ainsi que nos articles précédents, ont une valeur illustrative claire. La question qui se pose, y compris dans le monde catholique traditionnel, est la suivante : dans quelle mesure les choix sont-ils dictés par la conscience et dans quelle mesure sont-ils dictés uniquement par l’utilité? Ou par la “supposée” utilité?

La Rédaction de Disputationes Theologicae


 

Voici les extraits publiés sur internet de l'interview d'Anne Le Pape avec l'abbé Philippe Laguérie, Présent, 19 janvier 2022:

Monsieur l’abbé, pensiez-vous revivre un jour une période de chasse aux sorcières (si j’ose cette expression) vis-à-vis du rite traditionnel?

Oui et non ! Si l’on considère les causes profondes de la révolution liturgique des années soixante, l’infestation moderniste du brigandage de Vatican II (bien plus sinistre que celui d’Éphèse!), les mêmes causes produisant les mêmes effets : oui ! Malgré la tentative, qu’on peut dire aujourd’hui échouée, sous Benoît XVI, de rendre à la liturgie bimillénaire de l’Église ses lettres de noblesse, le personnel de l’Église est resté et demeure foncièrement révolutionnaire. « Un mauvais arbre ne peut porter de bons fruits... » Mais à considérer la violence des deux derniers documents romains (Traditionis Custodes et les réponses aux Dubia), leur mépris de la tradition liturgique, le cynisme des mesures adoptées, la rage même de destruction systémique qui suinte la haine, alors on se dit que le pape ne travaille plus « aux périphéries » mais bien plutôt sur une autre galaxie. On sait d’ailleurs de ses voyages que son orthodoxie est inversement proportionnelle au carré de son altitude! Oui: consternation. Nous voilà revenus aux années 70, aux suspens a divinis, au « séminaire sauvage », aux « excommunications ». Odeur de poudre.

Comment comprendre l’attitude du pape François: purement malveillante, ou simplement cohérente avec Vatican II?

Ne surtout pas perdre de vue que le pape actuel est un jésuite! C’est la première fois et, j’espère bien, la dernière. Toujours, un jésuite préférera l’efficacité à la cohérence. Saint Ignace le savait bien, qui avait assujetti ses religieux à un quatrième vœu : celui d’obéissance au pape. Histoire de limiter la casse de ces génies (car la Compagnie en compte à foison). Que l’efficacité livrée à elle seule n’y devienne pas extravagance, présomption, mégalomanie, autoréférence. Les cardinaux l’avaient compris, qui jamais n’avaient élu un jésuite. Un jésuite pape, sans supérieur donc, c’est un génie fou aux commandes d’ un Mirage ou d’un Rafale: garez-vous. Sans qu’il ne soit besoin de supposer au for interne la moindre malveillance. Allons donc, qui vous l’autorise? Un jésuite peut vous assassiner quelqu’un Ad majorem Dei gloriam; facile, si son supérieur n’ y trouve rien à redire et s’il manipule convenablement sa direction d’intention (cf. Les Provinciales). Au XVIIe siècle, ils avaient inventé tant d’ hérésies (probabilisme, molinisme, casuistique, etc.) que le pape dût leur imposer le silence. Et ils se turent! Mais aujourd’hui, on ne voit pas bien, sauf Jésus-Christ lui- même, qui pourrait faire taire un jésuite sans supérieur... Au moins qu’il ne prenne plus l’ avion.

Que pensez-vous de l’objection: «Ne vouloir célébrer que dans l’ancien rite est contester la valeur du nouveau»?

Là-dessus, je me dois d’être clair, après une période de silence diplomatique. Je suis de ceux qui pensent que notre refus absolu de la messe de Paul VI n’est ni affectif, ni disciplinaire, ni charismatique, etc. Il est théologal, théologique, dogmatique et moral. Absolu, quoi! Le péché originel de cette querelle liturgique détestable dans l’Eglise, c’est l’inénarrable et folle audace du pape Paul VI de promulguer un nouvel ordo missae basé sur la recherche des experts, des F... M... et des protestants, et de mettre aux orties (avec des trémolos dans la voix) la messe des pontifes Léon et Grégoire, grands tous les deux. La liturgie catholique ne peut et ne doit être qu’une transmission de l’héritage des Apôtres. Une messe concoctée 19 siècles plus tard ne peut être qu’une ambition prométhéenne, une chimère romantico-libertaire, un populisme de mauvais goût, indigne de l’Eglise de Jésus-Christ. La promulgation du nouvel ordo missae de Paul VI est sans doute légale et valide, mais sûrement pas légitime. Ce qui va être très instructif dans cette crise, c’est le repositionnement d’un chacun: ceux qui survivent par diplomatie et dos ronds ecclésiastiques vont se noyer. Seuls subsisteront les passionnés de la vérité. Ayant passé ma vie à combattre, je suis heureux de constater que je vais mourir, non comme un retraité, mais comme un soldat.

Comment envisagez-vous la question des ordinations?

Je laisse cette question au supérieur général de notre institut, M. l’abbé Gabriel Barrero, qui l’a bien prise en main et avec quelques belles perspectives, mais qui réclame à juste titre le silence...

Y a-t-il selon vous un risque réel de rupture de transmission du rite traditionnel? Si oui, quelles en seraient les conséquences?

Aucun, aucune! La «bataille» de la messe catholique a été gagnée définitivement et irréversiblement par Mgr Lefebvre dans les années 80. Ce qui est fait n’est plus à faire! Il y a des dizaines de milliers de prêtres de par le monde qui célèbrent la messe grégorienne et ce ne sont pas les gesticulations de quelque secrétaire romain ou de quelque évêque résidentiel, qui fait des heures « sup », qui y changeront quelque chose. C’est trop tard : nous avons gagné la bataille. Je ne suis pas de ceux qui spéculent sur un infarctus ou un AVC du pape: je trouve cela misérable, d’autant que le parieur pourrait bien faire les frais de son pari. Je sais par contre que TOUS les prêtres que je connais (à commencer par moi) ne passeront jamais à cette messe qui a ruiné l’Eglise d’Occident, d’Amérique et d’Afrique. Macron aura plutôt fait de vacciner les fœtus que François de nous imposer la synaxe de Paul VI. Avec 43 ans de sacerdoce, croyez-vous seulement que j’irai demander quelque permission à qui que ce soit pour célébrer la messe de mon ordination?

Partager cet article
Repost0
2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 19:45

Sur la décadence de l'Église en tant que "societas"

2 avril 2022, Dimanche de la Passion

 

 

Il fallait un "libéral" de la trempe d'Ernesto Galli della Loggia, dans un journal  habituellement porte-drapeau du politiquement correct, comme "Il Corriere della Sera", pour soulever une vérité connue de tous les prêtres, a fortiori s'ils vivent "Oltretevere" (le Vatican Ndt) ! Mais une vérité inavouable : la justice au Vatican, au sens de justice rendue à celui qui la demande ou à celui qui a été injustement accusé - si nécessaire en recourant à un débat judiciaire devant les tribunaux - se déroule d’une manière profondément inique. Actuellement, par les "temps bergogliens", nouveaux et radieux, dépeints comme l'avènement tant attendu de "l'équité sociale", de "l'ouverture", de "la miséricorde" d’une Église sortie de l'obscurantisme, la situation - qui n’était déjà pas rose depuis quelques décennies - n'a fait que glisser vers des modèles, auxquels le journaliste fait également allusion, plus... "sud-américains". C’est-à-dire qu’on a ajouté une bonne dose de démagogie. 

Le journaliste susmentionné, à l’approche « laïcisante » générale qu’évidemment nous ne cautionnons en aucune manière, commente la méthode accusatoire et la procédure utilisée en évoquant le cas d’un cardinal bien connu. (Son éventuelle culpabilité ou son innocence ne constituent pas l’objet de cet article). Il écrit ainsi :

« Le procès du cardinal Becciu met en lumière le point qui est à l'origine, du moins à l'origine immédiate, de la crise qui semble désormais se propager dans l'Église catholique 

Le procès dont l'accusé le plus célèbre est le cardinal Becciu a un effet certain. Que personne, s'il était appelé à répondre d'une quelconque accusation - de l'homicide volontaire à l'excès de vitesse - n'accepterait jamais, s'il en avait le choix, d'être jugé par un tribunal du Vatican.

On peut en effet débattre longuement de la question de savoir s'il est préférable de faire face à la justice devant une cour américaine ou devant un tribunal italien, mais après ce que nous avons vu depuis deux ans environ, il est certain qu'aucune personne saine d'esprit ne songerait à affronter la déesse aux yeux bandés dans une salle d'audience à l'ombre de Saint-Pierre ».[1]

Nous répétons ici que notre intérêt n’est pas de savoir si le Card. Becciu est coupable ou innocent de ce dont on l'accuse, ou des événements peu clairs, peut-être même vraisemblables, qui se cachent derrière cette histoire, mais de voir que même les ennemis de l'Eglise sont scandalisés (malheureusement avec de bons arguments) par les procédures de jugement dans "l'Eglise en sortie". Citons ce qui est devenu clair même pour les journalistes du Corriere :

« 1) que, comme dans Alice au pays des merveilles, dans l'État du Vatican, les peines sont imposées avant la condamnation (Becciu a été privé de tous les droits attachés au cardinalat ex abrupto par le pape sans qu'aucun acte judiciaire d'aucune sorte n'ait été pris contre lui auparavant) ; 2) qu'au Vatican - toujours comme au pays des merveilles - ceux qui ont le pouvoir de le faire peuvent changer les règles du procès comme ils le souhaitent au cours de celui-ci : et non pas une, mais deux, trois, quatre fois, au moyen de pronunciamientos sur mesure appelés « rescritti » ; 3) que le principal suspect, tel Monseigneur Perlasca, peut non seulement devenir par magie le principal témoin de l'accusation et ainsi éviter non seulement toute inculpation mais même le tracas de comparaître devant le tribunal pour réitérer ses accusations ; 4) que ce n'est pas le président du tribunal qui dirige effectivement le procès, mais la partie qui mène l’Accusation Publique, qui peut se moquer des instructions péremptoires données par le président susdit et donc, par exemple, déterminer quand présenter la documentation demandée et n'en donner qu'une partie, et choisir toujours cette partie à sa guise ; 5) que par conséquent, dans cette salle d'audience, les temps du procès sont ce qu’il y a de plus aléatoire qu'on puisse l'imaginer (encore pire qu'en Italie, ce qui est tout dire) ».[2]

L’influent journaliste, libéral et peut-être connaisseur quelque peu approximatif du véritable fonctionnement vertueux des tribunaux de l’Eglise dans le passé, se réfère ironiquement aux paroles prononcées pour « légitimer les nombreuses anomalies indiquées ci-dessus » par un des représentants de l’Accusation Publique du Vatican : « C'est l’ordonnancement canonique qui est la première source normative du Vatican, c'est le droit divin qui est la base du pouvoir du Pape : si vous ne comprenez pas cela, vous vous égarez ».

Ce qui a été dit, même si c'est sur un ton moqueur, est fondamentalement vrai, mais il faut surtout préciser une distinction capitale qui échappe au chroniqueur, plus porté sur la rhétorique, citant le besoin de se renouveler, l'air frais à faire entrer dans l'Église et l’incontournable renouveau de Vatican II... il oublie cependant combien les juges qu'il stigmatise comme iniques sont, au moins en paroles, des promoteurs acharnés et sans critique de ce Concile.

Au fond, cela est vrai, avons-nous dit : l'Église est fondée sur le droit divin. Et cela est  juste et bon. Toute autorité ne juge et n'a le pouvoir de juger qu'en tant que représentante de la Justice divine, du Juste, entendu comme Notre Seigneur Jésus-Christ et comme Justice objective plus largement, le "iustum". Le critère de jugement, n’en déplaise à Galli della Loggia, n'est donc pas la démocratie libérale, ce n'est pas la dictature de la majorité, ce n'est pas le politiquement correct ; le critère de jugement des tribunaux de l'Église doit être le droit qui découle de Dieu et non des caprices des médias. La règle reste donc la conformité ou non de l'acte avec le droit naturel et révélé, reconnaissant au Souverain Pontife - en vertu du Pouvoir Suprême des Clés - d'intervenir également dans un procès, en graciant ou en condamnant par son jugement incontestable un baptisé sur lequel il a autorité ; il faut cependant des preuves certaines de la sorte que la procédure requise par la justice naturelle ne fasse pas défaut. Mais attention - et c'est là la distinction sur laquelle nous insistons - ce pouvoir incontestablement donné par le Christ au Pape (ou au Roi dans l'ordre temporel) présuppose une donnée fondamentale : son exercice doit être ouvertement déclaré et non pas supposé, insinué, sous-entendu et donc invoqué subrepticement pour imposer l'arbitraire. Prenons un exemple : lorsque le Souverain Pontife, ayant reçu des preuves suffisantes de la culpabilité d'un prêtre, décide même sans procès entendu à la manière moderne, de le punir justement, il n'a pas besoin de convoquer des juges et des avocats. Il peut, et parfois doit, agir même seul, sous réserve d'une enquête préliminaire adéquate afin de ne pas être injuste. Mais il doit le déclarer : « Moi, Souverain Pontife, usant du pouvoir que le Christ m'a donné, je dépose tel roi infidèle, je punis tel prêtre parjure, j'excommunie tel fidèle hérétique ». C'est ainsi que l'Église a toujours agi, c'est ainsi que les Souverains Pontifes se sont toujours comportés... avant que le "complexe" du moderniste (qui demeure cependant un autocrate...) ne s’emparât des esprits.

Aujourd'hui, cependant, d'une part on a honte d'exercer ouvertement un pouvoir monarchique venant de Dieu, mais d'autre part il est commode de faire taire les opposants en l'invoquant implicitement, sans l'exercer ouvertement. Le résultat ? On feint d’utiliser le "débat procédural", les "méthodes démocratiques" comme dans le "libéralisme parlementaire", les "procédures nouvelles et équitables par rapport à l'autocratie papale du passé", mais en fait le recours au "droit divin" demeure, en l'utilisant toutefois de manière objectivement diabolique. Parce que l’exploitation et la corruption des choses les plus saintes, données par Dieu pour la défense de Église, par des méthodes les plus iniques et les plus sournoises scandalisent même les journaux maçonnico-illuministes qui,  constatant l'abus d'autorité, affirment que tout cela en dit long sur la gravité de « la crise qui semble maintenant se propager dans l'Église catholique ». En effet, à l'exception de ce qui est strictement garanti par la nature divino-humaine de l'Église, lorsque les rapports ne sont pas réglés par la justice, pire lorsque l'arbitraire est élevé au rang de principe, tout l'organisme social tend vers la décadence parce que la confiance dans l'autorité et entre les membres se perd. Et fallait-il un laïc libéral comme Galli della Loggia pour nous rappeler cette vérité ? N’était-ce pas plutôt le rôle des nombreux réformateurs de l’ « Eglise en sortie » ?

N'étions-nous pas au grand moment des "garanties démocratiques", parce que nous étions désormais "Fratelli tutti" et qu'il n'y avait plus l'autorité hargneuse du Moyen Âge ? Ou alors est-il vrai que derrière le légalisme hypocrite moderne se cache le fait qu'il n'y ait plus personne qui prenne ses responsabilités ? Et - à la manière des Jacobins - on intimide et on punit d’une façon … "impersonnelle" ?

La vérité est que ce système pourri et arbitraire d'administration de la justice est le plus éloigné de la vision médiévale et catholique de l'administration… de la justice.

Il suffit de penser à la méticulosité et à la miséricorde des procès de l'Inquisition romaine lors desquels la justice donnait d’une part d'amples garanties de défense à l'accusé et d’autre part reconnaissait la place du monarque, au-dessus de la loi, précisément pour garantir une application équitable de ce qui est « juste » et pas seulement « légal ».

C’est cela que notre Rédaction affirmait il y a quelques années : si le Saint-Siège veut imposer à un Institut religieux un chef qui n'a pas été élu par les membres, il a le pouvoir de le faire. C'est le pouvoir des Clés. Bien sûr, nous ne parlons pas d'infaillibilité, il n'y a aucune promesse divine d'infaillibilité papale dans les choix contingents de gouvernement, mais il y a exercice légitime d'un pouvoir de gouvernement qui n’est pas exempt d'erreur humaine. Le Pape en soi peut donc déposer un supérieur et en placer un autre, même s'il serait gravement immoral de le faire uniquement sur un coup de tête et non pour le véritable bien de l'Église.

En tout cas, on ne peut jamais affirmer - pas même un Pape ne peut le faire - qu'une procédure illégitime en soi et même contraire au droit naturel, devienne légitime et morale. Tout au plus, on peut faire ce qu'on appelle une "régularisation", une "sanatio", des irrégularités, mais il est honnête de le déclarer. Par exemple, nous avons écrit que si l'autorité veut vraiment que telle personne soit à la tête de tel organisme on ne manipule pas le collège électoral afin de pouvoir dire qu’on est arrivé - librement et même "démocratiquement" - au résultat voulu par l'autocrate. Cela n’est pas "l'exercice du droit divin", comme semble l'insinuer Galli della Loggia, mais c’est l'hypocrisie du système libéralo-maçonnique qui s’est emparé aussi des esprits de nombreux prélats. A la limite, on peut exercer l’autorité et imposer un légat pontifical. Cette dernière procédure aurait le mérite de ne pas être aussi hypocrite que la précédente. On assume au moins la responsabilité de la gouvernance. Si l'on est chef, on décide ou on punit en son nom propre, sans se couvrir derrière la composition des jurys, la modification des chapitres électifs, la substitution des juges et des procédures au cours du débat judiciaire. Ceci est contraire à la justice naturelle, alors qu'il n'est pas contraire à la justice qu'un Pape gouverne en tant que monarque avec des méthodes "romaines" et non pas avec une "démagogie sud-américaine".

C'est le courage que doit avoir l'Église, d'être elle-même, avec autorité si nécessaire, même en revêtant le gant de fer si la situation l'exige, mais avec la franchise du Moyen Âge chrétien et non pas avec l'hypocrisie libérale, qui se cache derrière des subterfuges procéduriers. Que l’on condamne, si nécessaire, mais que l’on ne change pas en cours de route la procédure afin d'obtenir - d’une manière politiquement correcte - le résultat qui était déjà fixé.   

Quelques années avant Galli della Loggia (que cette crise de l’Eglise est donc grave puisque seule la parole d’un libéral peut être entendue !...) nous avions déjà posé la question suivante :

est-il possible qu'une personne qui défend ses propres droits auprès du Tribunal Suprême de la Signature Apostolique ne puisse pas lire son propre mémoire de défense, alors que les mêmes autorités du Vatican s'évertuent à exiger la plénitude des droits civils pour tous les immigrés islamiques ou même les terroristes assassins, en revendiquant avec une rhétorique mielleuse les "droits universels de l'homme " ? Le mémoire de défense de celui qui défend son propre droit est en fait rédigé par un autre, par un avocat tiré de la liste très limitée de ceux qui sont accrédités auprès du Tribunal de la Signature. Et il est tenu secret pour la personne concernée! Je ne peux pas savoir comment je me suis défendu, je ne connais pas ma défense ! Mais une sentence me parviendra qui mentionnera ce que je n'ai pas écrit. Ou plutôt, ce que j'ai dû suggérer à l'avocat, sans savoir s’il le transcrirait, dans l'ignorance quasi totale des documents pour ou contre moi. Oui, car on ne peut pas - et pas seulement dans des cas particuliers - connaître les documents présentés au juge par l'autre partie.

Il est vraiment arrivé que (link) , après avoir demandé une assistance judiciaire, la réponse négative arrivât vers le 31ème jour, alors que les délais de recours expiraient le 30ème jour - ou arbitrairement les faisait-on expirer ce jour là ? - et ainsi un procès dérangeant ne fût même pas débattu. Vous avez trente jours pour répondre, mais nous vous dirons le 31ème que nous ne vous accordons pas l'avocat commis d’office, donc les délais sont expirés et le procès ne sera pas entendu. Est-ce cela la justice ? La procédure nous a été décrite comme telle - ou comme devenue telle - par le strict Mgr Daneels comme par l’ l'ultra-bergoglien Mgr Sciacca, Secrétaires de la Signature Apostolique.

D'après ce que révèle Il Corriere della Sera, on peut se demander : mais vraiment était-ce ainsi ou bien les procédures sont-elles habituellement manipulées et adaptées ? Et si les plaignants ont vraiment tort, ne serait-il pas plus honorable pour un tribunal - qui se targue du titre d' "apostolique" - de permettre au moins un débat judiciaire ? "Si j'ai mal parlé, dis-moi en quoi je me suis trompé, sinon pourquoi me frappes-tu" ?

Telle est, malheureusement, la réalité de la "justice" au Vatican et, à l'époque bergoglienne, les choses ne se sont certainement pas améliorées. Contrairement à Galli della Loggia, nous soutenons qu'il est juste que l'Église soit fondée sur le droit divin. Mais avec des dirigeants qui assument la responsabilité de leurs choix, y compris les choix punitifs. Telle est l'Église des Saints, qui sait quelle grandeur lui a été confiée et qui fait ouvertement usage de ses justes pouvoirs, sans se couvrir de ridicule en singeant en paroles le système libéral et en se comportant en fait comme un autocrate. Lorsque Saint Pie V fut élu au trône, l'une des premières choses qu'il entreprit fut de réformer les tribunaux pour qu'ils rendent la justice, conscient que l'Église n'est pas réductible à cette indéfinie "communion d'amour" que les modernistes brandissent, mais qu'elle est avant tout "société". Et une société se fonde sur la justice des rapports. C'est le même Saint Pontife qui, lorsqu'il eut affaire à Elisabeth d'Angleterre, n’institua pas "démocratiquement" et "hypocritement" une commission de membres manœuvrables, ne modifia pas les procédures en cours de route pour parvenir à un "résultat partagé", comme on dit aujourd'hui, mais en revêtant simplement et évangéliquement la crosse et la tiare déposa l'hérétique sanguinaire du trône qu'elle usurpait, assumant pleinement ses responsabilités devant Dieu et devant l'histoire. Juste exercice du droit divin et zèle pour que les tribunaux humains soient justes. Face à ces réalités douloureuses, comme lui, nous recourrons pour l’Eglise à l’arme du saint Rosaire en nous souvenant que « la force principale des mauvais, c’est la faiblesse et la lâcheté des bons» (Saint Pie X).

Don Stefano Carusi

Abbé Louis-Numa Julien

 

[1] E. Galli della Loggia, I molti aspetti singolari della giustizia vaticana, in Il Corriere della Sera, 16 febbraio 2022.

[2] Ibidem.

Partager cet article
Repost0
6 mars 2022 7 06 /03 /mars /2022 19:19

Nous recevons et nous publions

Carême 2022

 

Après plus de huit ans, la lettre suivante - dont le contenu n’a pas perdu son actualité - n’a pas reçu de réponse. Au lieu de l’ « ouverture » affichée, on remarque plutôt, pour les voix critiques d’un certain type, la mise en place de mesures destinées à réduire au silence (elles vont du renvois de cardinaux jusqu’au régime restrictif des “concessions” du rite traditionnel), ce qui favorise le découragement et l’exaspération. Ndr.

 

Lettre ouverte au Cardinal Maradiaga

Février 2014

A S. E. R. le Card. Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga

Coordinateur de la "Commission des Cardinaux"

 

Et, par connaissance,

A d’autres Cardinaux

 

« Je promets de ne rien diminuer ou changer de ce que j’ai trouvé conservé par mes vénérés prédécesseurs, et de n’admettre aucune nouveauté, mais de conserver et de vénérer avec ferveur, comme leur véritable disciple et successeur, de toutes mes forces et avec tous mes efforts, ce qui a été transmis [...] Si j’ai la prétention d’agir en dehors de ces choses, ou de permettre à d’autres de le faire, Vous ne me serez pas favorable au jour redoutable du jugement divin » (extrait du Serment des Papes le jour de leur couronnement […] à propos de la grandeur et des limites du pouvoir pontifical).

 

Eminence Révérendissime,

dans l’interview que Votre Éminence a accordée à La Repubblica, l’organe de la gauche maçonnique en Italie, le 22 novembre dernier, en réponse à la question du journaliste "Pourquoi avez-vous choisi Bergoglio au conclave ?", Votre Éminence a déclaré : "C’était l'Esprit Saint. Ce jour-là, il n’était pas en vacances ou en train de faire la sieste. Bergoglio avait déjà démissionné de son poste d'Archevêque de Buenos Aires et attendait son successeur pour partir en retraite. Il ne pensait pas à l'élection et avait son billet de retour à la main. Au lieu de cela, l'Esprit a suggéré un nom différent de celui de la curie et de l'Italie". En nous conformant à humour de votre réponse, et confiant dans l'esprit salésien de Votre Eminence, nous nous permettons de Vous présenter avec franchise quelques perplexités que nous avons à ce sujet, en Vous ouvrant librement notre cœur.

 

A vrai dire - selon la logique de la réponse, qui semble d'ailleurs aller au-delà de la question - « l'Esprit » semblerait avoir éclairé encore plus précisément La Repubblica d'Eugenio Scalfari (et les cercles qui se cachent derrière) : en effet, il est avéré qu'il avait déjà deviné le nom du nouveau Pape quelques jours auparavant, alors que l'intéressé direct a dit y avoir pensé seulement pendant l'élection, et seulement après avoir dépassé les soixante-dix-sept voix (cf. le très favorable A. Tornielli Francesco Insieme, pp.68-69).

 

Nous ne doutons pas que le Cal. Bergoglio avait un billet de retour pour Buenos Aires à la main, mais nous devons également constater quelques éléments dissonants. Oublions sa déclaration de faire de feu Don Giacomo Tantardini son secrétaire en cas d’éléction (Don Giacomo Tantardini est décédé un an avant l'élection). Oublions la campagne électorale mise en œuvre pour lui dès 2005 par le diplomate Mgr Pietro Parolin aujourd’hui cardinal et secrétaire d’état. Oublions ses visites incognito non encore éclaircies à ce haut lieu clérico-curialo-mondain, l’Académie Ecclésiastique, précisément dans les semaines précédant le dernier Conclave. Oublions encore que le nom de l’élu était certes, suffisamment « différent de celui de la Curie » mais pas au point d'empêcher des hommes influents de la curie de permettre cette élection ni au point de mettre en péril le milieu diplomatique curial à l’issue d’un consistoire ostensiblement pénalisant pour d’autres milieux ecclésiastiques. Oublions beaucoup d’autres choses encore. Demeure alors le fait qu’à l’époque du « billet d’avion », il avait dit à ses amis qui s’appliquaient à faire campagne pour lui, à « penser » et à travailler discrètement à l’élection, que s’ils l’élisaient, il accepterait l’élection, qu'il nettoierait vigoureusement le Vatican et qu'il se garderait bien de prendre un café dans le Palais papal (prévoyant déjà de résider ailleurs).

 

En réalité, la question posée se référait clairement aux déclarations faites à L'Espresso - un magazine lié à la Repubblica et appartenant au même groupe éditorial - par l'un de ses confrères du Sacré Collège, le Cal. Barbarin (29 octobre 2013). Selon le cardinal français, le cardinal Bergoglio aurait été élu sur la base d'une intervention selon laquelle il aurait « dit textuellement » : « J'ai l'impression que Jésus a été enfermé à l'intérieur de l'Église et qu'il frappe parce qu'il veut sortir, il veut s’en aller ». Ces déclarations d'un cardinal électeur, attribuées à celui qui siège sur le trône de Pierre et présentées expressément à la revue comme étant littérales - bien qu'en contraste direct avec certaines de ses homélies en tant que Pape -, ne sont pas faciles à interpréter et de toute manière ne correspondent pas à l’idée d'une expansion missionnaire de l'Église du Christ lui donnant de nouveaux enfants. Ces affirmations sont parues sous le titre : Pape Bergoglio : le Christ veut sortir de l'Église. De fait, elles ont été comprises par la rédaction, par de nombreux lecteurs, comme une légitimation de la vieille revendication hérétique et maçonnique de séparer le Christ de son Église ; laissant penser tranquillement ainsi qu’on peut rester avec le Christ tout en s’obstinant à refuser « ce qui est propre au Christ », comme le disait saint Ambroise.

 

Peut-être, cet article a-t-il un goût de rappel et d'avertissement, c’est-à-dire de pression sur l’élu ? Quoi qu'il en soit, curieusement, le protagoniste de ces signaux probables est le même groupe éditorial qui a accueilli le célèbre Diario del Conclave (le Journal du Conclave, Ndt), duquel a émergé le rôle important du Cal. Bergoglio en tandem avec un journaliste du mouvement Communion et Libération. En outre, des journalistes du mouvement Communion et Libération de Rome (dont l'une aurait déjà fait carrière), ainsi que certains ecclésiastiques appartenant à un courant ecclésial bien défini et correspondant précisément aux référents ecclésiastiques de ce groupe éditorial, ont travaillé dans le plus grand secret à la candidature du Cal. Bergoglio. Certains d'entre eux ont pensé soutenir l'ami de Don Giacomo Tantardini, prêtre romain de Communion et Libération, les autres - du moins ceux qui l’ont clairement annoncé - ont pensé s'opposer à la candidature du "papabile" de Communion et Libération le Cal. Scola. Tout comme, selon certaines déclarations, certains ont pu comprendre que "la publicité aurait changé mais que le produit serait resté le même" et d'autres - même au sein de l'Église - ont pu comprendre qu'il en émergerait "une nouvelle Église" - bien que d’une manière oscillante et à la limite aussi dissimulée que nécessaire dans l’esprit d’un "retour" du Cal. Martini.

 

Alors qu'un homme de curie puissant et de longue date comme le Cal. Sodano, qui s'était montré tout sauf enthousiaste à l'égard du précédent Conclave (supposant en privé que le Pontificat de S.S. Benoît XVI ne serait pas long), puis, étrangement, avait célébré les funérailles de Don Tantardini, dressait un portrait parfait de l'Archevêque de Buenos Aires dans l’homélie de la Sainte Messe Pro eligendo Romano Pontifice. Alors qu'un autre prélat avait prédit des mois plus tôt ce qui, en substance, s'est réellement passé : le pape Ratzinger ne passerait pas Noël 2012. Alors que la campagne Vatileaks, précédant le retrait du Pontife qui a rendu possible ce nouveau Conclave, et à laquelle - connexion curieuse et récurrente - les organes de ce même groupe éditorial ont fortement fait écho, semble s'être arrêtée (du moins pour l'instant) comme par enchantement. Éminence, au lieu de "trop" se réfugier derrière l'Esprit Saint, combien de choses y-aurait-il à clarifier !

 

Après avoir évoqué les questions historiques, ne négligeons surtout pas les questions doctrinales. Dans la tendance à une sorte de refondation de l'Église, édifiée hier sur Pierre et aujourd'hui sur Simon (un glissement qui, évidemment, ne sera jamais complet, nous le savons bien, mais qui, entre-temps, peut être nuisible et radicalement trompeur), nous relevons en particulier, avec une certaine inquiétude, trois points spécifiques. Par conséquent, après avoir attendu dans le calme et la prière, et en prenant au sérieux certaines déclarations générales vibrantes du Pape Bergoglio, qui, lorsqu'elles sont appliquées, nous amènent tous à traiter ces questions, nous présentons ces points - dans un esprit de parrhesia évangélique - à Votre Éminence en raison de Votre fonction, et aussi pour que Vous puissiez éventuellement les présenter à Sa Sainteté François. Nous pensons, en conscience, que de cette manière nous ne serons certainement pas des courtisans (phénomène qui, comme le népotisme, ne semble pas se limiter à la Curie Romaine des temps récents).

 

1) Dans Evangelii gaudium n° 253, par exemple, le Pape François prend soin de déclarer expressément l'exclusion des « odieuses généralisations », négatives envers les musulmans (avec un jugement d'ailleurs largement bienveillant sur l’Islam). Cependant, vis-à-vis des catholiques appartenant à la typologie de ceux qui n’ont pas voté pour lui au conclave et dont le profil ne correspond ni à sa formation personnelle ni à sa sensibilité ni aux expériences antérieurs à son élection, le souci d’apporter des éclaircissements pour exclure les « odieuses généralisations » ne s’est pas manifesté (cf. Evangelii gaudium n° 94 et 95, et encore plus en diverses autres occasions). Au contraire : à plusieurs reprises, il a eu des mots méprisants, durs et nous dirions presque violents à l'encontre de certains catholiques ; parfois même du sarcasme. Sans compter d’autres phrases, pour lesquelles on se demande parfois où était le Cal. Bergoglio au cours des dernières décennies, qui sont des expressions, indépendamment de l’intention, que certains milieux influents peuvent facilement utiliser (en sélectionnant parmi certaines déclarations ambivalentes) : non seulement contre certains catholiques qui ne sont pas des disciples de Bergoglio, contre des catholiques qui ne partagent pas le martèlement de certains slogans devenus une idéologie intouchable, mais - et c'est ce qui est particulièrement inquiétant - contre certains thèmes, contre certaines instances.

 

En ce sens, nous constatons que le même document prend soin de citer le célèbre passage (usé et abusé, même selon le témoignage de S.S. Jean Paul Ier) de S.S. Jean XXIII sur les « prophètes de malheur » (n.84), mais omet les déclarations pontificales de teneur opposée, y compris les plus récentes moins connues qui comprennent une certaine autocritique, jusqu’aux larmes.

 

2) Une certaine tendance épiscopalienne, assez marquée est également préoccupante. Après son auto-présentation depuis le balcon de Saint-Pierre de Rome avec pour seule carte de visite son titre d’évêque de Rome répété à trois ou quatre reprises dans ce bref discours (certains se sont d’ailleurs immédiatement demandés s’il s’agissait d’un signe pour quelqu’un) ; après son éloge lors de son premier Angélus du cardinal Kasper (tout en mentionnant aussi la Vierge pèlerine de Fatima et le confessionnal), cardinal dont il loue non seulement un livre, mais sa théologie en générale et qui est l’un des principaux représentants de la tendance épiscopalienne. Et maintenant cette tendance est favorisée par la décentralisation préconisée aussi par Evangelii Gaudium.

 

Il est vrai que pendant qu'il disait ces choses, le Pape Bergoglio (ou celui qui faisait ça à sa place) n’a pas manqué de donner des ordres. Mais il est également vrai que (par exemple) un important vaticaniste, absolument favorable à cette tendance en question, a pu commenter avec une satisfaction factieuse : par une décentralisation de ce genre, concernant même les compétences doctrinales, une Conférence épiscopale particulièrement progressiste aura la voie ouverte pour - par exemple - changer dans les faits la position de l'Église sur les " divorcés remariés ". Voilà les attentes qui, quel que soit le résultat final, sont entre-temps encouragées !

 

Ce n'est pas suffisant. En fait, nous trouvons déjà un programme de décentralisation étendue dans le magazine du Grand Orient de France, L'Humanisme. Et nous imaginons que le cœur salésien de Votre Eminence va sursauter en repensant à cette phrase de Saint Jean Bosco : la Franc-Maçonnerie, c'est-à-dire le diable. Dans le numéro de mai-octobre 1968, cette revue parle, avec une grande franchise, d'une sorte de « révolution copernicienne », d'une « révolution gigantesque dans l'Église » qui porte déjà en elle, (pour ses ennemis), « le prélude de la victoire ». En effet, outre l'éloge du processus de désacralisation, on peut lire : « Lorsque les structures traditionnelles s'effondreront, tout le reste suivra. [...] Ce n'est pas la guillotine qui attend le Pape, mais ce sera l'établissement d'Eglises locales, qui s'organiseront démocratiquement et refuseront de reconnaître les frontières entre clercs et laïcs, qui construiront leurs propres dogmes et vivront en totale indépendance de Rome. [...] Le Vatican ne pourra plus contrôler les mouvements d'un grand corps que l'on croyait homogène... Le temps ne serait-il pas venu de revenir aux Eglises "nationales" ? Que le Pape ne s'attende pas à la guillotine car notre époque est devenue plus humaine; mais les "Églises locales" attendent cela, et il lui faudra trouver un accord avec elles. Il serait facile de rappeler certains épisodes du passé, comme l'Église gallicane par exemple. Une fois l'évolution terminée, le pape deviendra superflu, puisque les Églises locales "vivront en pleine indépendance par rapport à Rome". C'est donc la guillotine, mais sous une autre forme : l'anéantissement ! ». On touche ici, volontairement ou non, à la Constitution divine de l'Église; et l'esprit se porte sur le fruit de la décentralisation épiscopale orthodoxe historique : sa faiblesse structurelle, par exemple face au pouvoir mondain. Votre frère dans l'épiscopat, Mgr Rudolf Graber, commente dans son livre Saint Athanase et l'Église de notre temps (p. 81) : « Nous savons maintenant à quoi nous avons affaire. Le "plan de Lucifer" nous a été clairement et ouvertement révélé ».

 

3) Les discours répétés contre le prosélytisme (sans que son sens exact soit clairement défini) inquiètent. Il ne fait aucun doute que si l'on entend par ce mot la mise en œuvre de l'apostolat avec des méthodes indignes (par exemple, celles que des laicistes comme Eugenio Scalfari appellent les méthodes jésuites), nous sommes tous d'accord. Cependant, comme l'a reconnu avec embarras un évêque dans sa revue diocésaine, ce que la multitude a compris de l'apparente interview à La Repubblica c'est qu'il n'y a pas besoin de se convertir au catholicisme (interview probablement mal rapportée, mais en fait c'est le message qui est passé; alors nous demandons : le Pape n'est-il pas obligé, par strict devoir d'état, d’agir - justement humblement - avec une grande prudence ?). Le message passé indique tout au plus souhaitable de se convertir au catholicisme, pour certains, mais pas nécessaire (une option). N'est-ce pas cela, au sens évangélique du terme, un scandale ? Les Apôtres, le premier Pape dans son discours paradigmatique, Saint François au Sultan, ont-ils parlé de manière à ce que leurs interlocuteurs puissent comprendre cela ? [...] Comment pourrait-il être fidèle aux paroles divines « euntes docete » ? Qu'en est-il de cette phrase divine « celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » ? [...] Qu'est-il advenu de l'avertissement répété du Saint-Esprit selon lequel « si tu ne l'as pas averti de sa ruine, c’est à toi que je demanderai des comptes » ? [...] Qu'advient-il dans ce contexte de deux œuvres de miséricorde, vraiment de miséricorde, telles que l'instruction des ignorants et l'admonition des pécheurs ? [...].

 

4) Enfin, relisons quelques passages des lettres de saint François d'Assise, le saint précisément dont Bergoglio porte le nom.

Lettre à tous ceux qui ont des charges publiques : « Souviens-toi et pense que le jour de la mort approche. Je vous supplie donc, aussi respectueusement que je le peux, de ne pas oublier le Seigneur, pris que vous êtes par les soucis et les préoccupations du monde. Obéissez à ses commandements, car tous ceux qui oublient le Seigneur et se détournent de ses lois sont maudits et seront oubliés par lui. Et quand viendra le jour de la mort, toutes ces choses qu'ils pensaient avoir leur seront enlevées. Et plus ils sont savants en ce monde, plus ils auront à souffrir les peines de l'enfer [...] Vous êtes tenus de donner au Seigneur tellement d'honneur parmi le peuple qui vous est confié, que chaque soir vous fassiez annoncer, au moyen d'un héraut ou de quelque autre signe, que des louanges et des remerciements soient rendus au Seigneur Dieu tout-puissant par tout le peuple. Et si vous ne le faites pas, sachez que vous aurez à en rendre compte à Dieu devant votre Seigneur Jésus-Christ au jour du jugement ».

 

Lettre aux fidèles laïcs, sur celui qui ne suit pas le Christ : « Ils sont prisonniers du diable... ils voient et reconnaissent, connaissent et font le mal, et perdent sciemment leurs âmes. Car celui qui meurt en état de péché mortel... le diable enlève son âme... et ils iront en enfer où ils seront tourmentés éternellement ».

 

Lettre aux prêtres : « Rendez le plus grand honneur au Corps et au Sang très saints de notre Seigneur Jésus-Christ ». Parfois au contraire « le Corps du Seigneur est placé et laissé dans des lieux indignes, il est transporté sans aucun honneur et reçu sans les dispositions dues et administré sans révérence ».

 

En les lisant, nous pensons avec tristesse : quand ces avertissements résonnent-ils dans le monde catholique d'aujourd'hui ? Quand le pape François sera-t-il lui aussi François en confessant ces vérités, en avertissant le troupeau (actuel et potentiel) des dangers comme l’enfer, tellement graves et tellement perdus de vue aujourd'hui ? Le Seigneur ne dit-il pas, sans circonscrire cela "ad intra", que si tu ne l'a pas averti (la lumière ne se met pas sous le boisseau !), de sa mort, à toi je te demanderai d’en rendre compte ?

 

Votre Éminence, c'est par amour pour l'Église que nous Vous avons écrit [...].

 

Mais nous constatons aussi certains efforts récurrents et massifs d'instrumentaliser le Vicaire du Christ : La Repubblica et Famiglia Cristiana ont ouvertement loué, au nom de ce Pape, « une nouvelle Église » (à leur image et à leur ressemblance), exaltant Simon et humiliant Pierre. Cette position est exactement l’opposée de celle de ce Pape [Pie II, Ndt] qui a été humble non pas en refusant, au milieu des applaudissements du monde, les "oripeaux" qu'il trouvait présents pour la fonction qu'il occupait, mais en disant, avec sa bouche et avec des faits : « Aeneam reicite, Pium recipite »; comme l'a fait aussi notre bienheureux Pie IX, sacrifiant comme Pape avec humilité certaines de ses vues, certaines de ses orientations de Cardinal. Un organe officiellement catholique en vint à titrer, idéologiquement et factieusement : « Martini Papa » [le Cardinal Martini a été élu Pape, Ndt]. Et nous ne pouvons pas ne pas penser (car nous serions en train de renier la raison contre l'Évangile et contre le Magistère) que certains actes et certaines paroles de celui qui est maintenant assis sur le Seuil de Pierre, certaines ambiguïtés et imprudences objectives, ont pu favoriser des instrumentalisations aussi importantes.

 

Comme lorsqu'il a fait le large éloge, mentionné ci-dessus, du Cal. Kasper élevé à la pourpre par un récent prédécesseur avec des réserves pontificales contenues dans une lettre d’admonestation et portant précisément sur sa théologie, ce qui est inhabituelle.

 

De nombreuses personnes se rendent compte que l'Église, même si elle ne peut pas le dire immédiatement et ouvertement, change de position sur des questions telles que les "divorcés remariés". Qui répond devant Dieu du mal fait en laissant passer un tel message dans la réalité ? Et si les familles en crise qui ont essayé de tenir bon, quoique assiégées par les tentations, en trouvant ouverte la "voie large" de l'autojustification, considéraient que, finalement, même l'Église dit maintenant qu'il ne faut pas être si rigide... ? Que ce n'est pas certes une chose idéale, mais qui est sans péché ? Et si certaines personnes qui vivent publiquement et en permanence dans le péché, même si elles entendent y rester, se sentaient autorisées à s'approcher des sacrements de la confession et de l'eucharistie, en trouvant peut-être des prêtres qui interprètent certains discours d'actualité comme on peut l'imaginer ? C'est-à-dire donner à Notre Seigneur Jésus-Christ « certainement la plus grande douleur, celle qui transperce le plus son cœur » (Via Crucis au Colisée du 25 mars 2005) ! Celui qui est responsable, activement ou passivement, de toute cette montée du mal, du mal aux âmes et du mal comme profanation des Sacrements, n'a-t-il pas à craindre - selon les mots de Sainte Catherine de Sienne - le Jugement divin ? [...].

 

Prions donc de tout cœur pour que le Pape jésuite puisse montrer, avec des faits sans équivoque et malgré le premier Consistoire, qu'il n'est pas indûment conditionné soit par ses opinions et attitudes très personnelles, soit par certains de ses "grands électeurs".

 

               Et si on laisse parler d'une "révolution de François", la révolution de la transparence au Vatican ne serait-elle pas une belle révolution - pour ainsi dire - bien qu'elle ne soit peut-être pas applaudie par le monde et les puissances mondiales?

 

Par exemple, la publication du soi-disant quatrième secret de Fatima (même sans le reconnaître, si l'on a des doutes sur sa pleine et exacte authenticité surnaturelle : ce ne sont pas que des "coups de bâtons", ce texte a été condamné à la prison à vie !), puisque, en outre, des "experts argentins de Fatima", et pas seulement eux, ont pu sortir des entretiens et des échanges avec l'Archevêque de Buenos Aires en ayant l'impression qu'il était d'accord avec eux.

 

Par exemple, l'abolition, et pas seulement pour l'avenir, du secret du Conclave. Une réforme préconisée par ce grand expert le Cal. Siri, ainsi que d'autres changements : mettre main à la réforme postconciliaire de la Curie, précisément celle actuellement en vigueur. Cette proposition de révision a été paradoxalement combattue, malgré une certaine faveur déclarée de S.S. Jean-Paul II, précisément par les grands noms du progressisme curial : cf. entre autres Il Papa non eletto, Laterza 1993, pp. 288-289.

 

Avec nos pauvres prières, prosternés en embrassant la Pourpre Sacrée,

 

Lettre signée

Partager cet article
Repost0
17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 12:49

Moralité de “croire” en des données scientifiques

 

17 janvier 2022, Saint Antoine Abbé

 

« Je crois en la science », « il faut croire en la science », telles sont les phrases qui résonnent aujourd’hui à tout bout de champ pour demander ou justifier son assentiment a priori à un ensemble de données “scientifiques”, y compris celles qui parfois ne peuvent être connues que par très peu d’experts et sur lesquelles eux-mêmes ne possèdent peut-être pas de certitudes. En effet, nous assistons aujourd’hui, sur fond d’intérêts stratosphériques, à la fusion d’une prétendue “Foi en la Science” avec l’émotivité savamment guidée par les rênes des médias, auxquels on voue un assentiment aveugle. Et c’est précisément ce même consensus médiatique, qui ne fait pas l’économie du recours à l’irrationalité hystérique, qui invoque sans cesse la “science”, comme couverture, à laquelle « il faut croire ». Les mêmes qui, en sophistes, il y a peu de temps encore, nous enseignaient que la “Science” (avec une majuscule) excluait toute croyance, surtout en Dieu, nous disent maintenant que nous devons « croire en la science », et certains ecclésiastiques sont même allés jusqu’à dire, dans un asservissement total aux pouvoirs mondains, que c’est un péché grave de ne pas obéir aux thèses actuelles “de la science”.

 

Comment est-il possible que le scientisme d’empreinte rationaliste se marie si bien avec l’émotivité d’inspiration immanentiste, et donc fort peu “rationnelle” ? La raison profonde de ce mariage réside dans la mort de la philosophie du réel, celle du bon sens sur laquelle se fonde la métaphysique classique, et dans le scientisme qui, depuis sa naissance à bien voir, a besoin pour survivre de l’immanentisme, c’est-à-dire de l’activité fervente du moi, créateur de réalité, qui remplace la métaphysique en réinventant le réel, recourant même aux mathématiques là où les mathématiques n’ont pas grand chose à dire. C’est ainsi que les traits du scientisme deviennent ceux d’une véritable religion, une religion révélée non pas par Dieu, mais par les organes qui “révèlent” la pensée correcte, exigeant l’assentiment et créant le consensus. Ce processus, qui en stricte logique est anti-scientifique, mériterait un long approfondissement. Dans cet article, nous nous concentrerons pour le moment sur l’affirmation désormais quasi dogmatique « Je crois en la science » et ses implications morales.

 

 

«Je crois...

 

Tout d’abord, « je crois ». Que signifie “croire” ? En restant à un niveau naturel et sans vouloir entrer dans le discours sur la foi infuse, qui n’est pas notre objet, nous pouvons dire que “croire” signifie soumettre l’intelligence à un objet qui n’est pas évident en soi ou évident en soi, mais pas pour celui qui croit.

A titre d’exemple, nous pouvons penser à notre date de naissance, ma mère a l’évidence que c’était le 3 janvier, moi pas. Je crois sa parole car elle sait avec certitude et ne me trompe pas. Cette certitude est appelée “evidentia in attestante”. C’est-à-dire que je fais confiance à celui qui atteste, qui a une connaissance directe et a l’évidence de ce qu’il affirme. Dans le domaine scientifique, ce même type d’assentiment est donné par celui qui croit le scientifique qui a réalisé une expérience dont le résultat s’est imposé avec une certitude absolue. Ce résultat est évident et certain pour ce scientifique mais pas pour l’étudiant, ce dernier le “croit” parce qu’il “a foi en lui”, et dans ce cas d’une manière prudente. Lorsqu’il n’y a pas de preuve certaine, même pour le scientifique la certitude diminue car il manque l’ “evidentia in attestante”. C’est le cas, par exemple, de ce qui se trouve au centre de la terre, une donnée qui n’est évidente pour personne et ne le sera pas avant longtemps. Si j’affirme qu’il existe un noyau incandescent, je le fais par foi. Cette foi naturelle dans une hypothèse scientifique, présente dans tous les manuels scolaires, est devenue un “consensus” peut-être crédible mais qui reste une hypothèse. Comme nous allons le voir, le savant qui l’a inventée n’y croit donc pas par “science” au sens strict. L’affirmation reste une hypothèse pour le scientifique et pour l’élève qui a décidé de croire en lui. Dans ce cas, par rapport au cas précédent, il y a au moins deux actes de foi, le premier est celui du scientifique envers sa propre théorie - toute fondée qu’elle soit - le second est celui de l’élève qui croit à son tour le scientifique. S’il y a une chaîne d’intermédiaires, les actes de foi se multiplient. Si toute une “communauté scientifique” a décidé de croire à une hypothèse qui n’a été démontrée par personne, il y a au moins autant d’actes de foi qu’il y a de scientifiques “qui croient” au noyau incandescent que personne n’a jamais vu, ni foré par des expériences de carottage, et qui demeure une simple hypothèse émise en raison de l’observation de certains “effets”. Ici, pour être complet, il convient de mentionner un phénomène fort peu scientifique : le scientisme ayant la prétention de donner des réponses à tout souffre de devoir se taire sur des questions fondamentales, il préfère ainsi, face à certains mystères de la nature qui n’ont pas encore été éclaircis, avoir foi en une hypothèse et si nécessaire uniformiser le consensus de la foi. Un peu comme ce que certains scientifiques ont admis il y a quelque temps : « Nous devons croire au darwinisme - même si les preuves sont rares - car sinon il ne reste que le créationnisme », mais comme la Création est une “hérésie” condamnée par leur dogme, on ne peut même pas y réfléchir...

 

Pour simplifier, nous pourrions dire que lorsque je n’ai pas l’évidence d’une hypothèse, lorsque je n’ai pas vu, connu, étudié et démontré personnellement cela, lorsque je n’ai donc aucun accès direct à la véridicité d’un tel énoncé, je peux choisir d’y “croire”. La chose n'est pas évidente pour moi, cependant, mon intelligence, la plupart du temps à cause de l’autorité et de la véridicité reconnue de celui qui me propose de croire une telle chose, par une intervention de ma volonté, se soumet et dit - sans en avoir évidence ou sans l’avoir démontré - « je crois », « je te crois », « j’y crois ». Qu’on remarque bien que croire par la foi naturelle, faire confiance à un témoin qui me communique quelque chose qui n’est pas évident pour moi est un processus non seulement légitime, mais nécessaire à la vie quotidienne et louable, lorsqu’il est fait d’une manière prudente. De la même façon, il serait absurde de vérifier chaque fois par des analyses chimiques ce que j’achète chez le boulanger : je fais confiance à celui qui est digne de confiance à la fois parce qu’il sait ce qu’il a mis dans le pain et parce qu’il a toujours bien agi et sans tromperie. La fiabilité du témoin est évidemment une prémisse fondamentale du fait de croire dans tout domaine, y compris le domaine “scientifique”.

 

 

...dans la science ».

 

Qu’entend-on par “science” ? Pour Aristote, qui part de ce qu’on appelle la “philosophie du sens commun” (cfr. Pour une relance de philosophie pérenne”), la science est une connaissance certaine au moyen de la cause nécessaire. La science consiste à connaître les causes propres des choses. Dans un jugement scientifique au sens propre, on ne “croit” donc pas. On ne croit pas car soit on a une perception immédiate et évidente de la vérité, soit on a une démonstration rationnelle qui exclut tout doute. Je connais par les causes nécessaires, je sais que cette chose est nécessairement la cause de cette chose là et non d’une autre. Dans ce cas, nous parlons de la science proprement dite, et non de la foi. Je sais, je ne crois pas. Bien que l’aristotélisme n’exclue pas différents niveaux de rigueur dans la démonstration selon les différents domaines, la procédure proprement scientifique est celle où, à partir d’une chose connue, je parviens à la connaissance d’une chose qui ne m’était pas connue auparavant et où je connais la relation de cause à effet nécessaire entre les deux choses.

 

Du point de vue de certains modernes, mieux vaudrait dire pour le positivisme scientiste du XIXe siècle, largement dépassé, mais dont la rhétorique a du mal à mourir, la science n’est que la description des phénomènes par la méthode dite “scientifique”. En d’autres termes, en voulant atteindre l’objectivité des affirmations, après avoir observé un phénomène, on cherche à créer un modèle mathématique qui décrit le fonctionnement du phénomène dans certaines conditions, puis on vérifie le modèle par des expériences pour en éprouver la validité. Il est évident qu’une telle “connaissance scientifique” n’est pas un objet de foi. Je n’y crois pas, je le démontre. Personne ne conteste qu’elle soit vraie, on conteste seulement qu’en considération des “limites mathématiques” qu’elle s’impose elle sous-évalue trop les capacités abstractives de l’intelligences humaines face à d’autres types de connaissances et qu’en étant une “science de laboratoire”, si on peut passer l’expression, elle n’est valable que lorsque certaines conditions très précises peuvent être reproduites.

 

Il est vrai, cependant, que toutes les sciences, tout en restant de vraies sciences selon leur graduation et par rapport à leur objet et à leur méthode propres, ne peuvent pas être ramenées sic et simpliciter à l’évidence de la vérité et à une démonstration rationnelle nécessaire (conformément à la démarche aristotélicienne), ni à la méthode scientifique expérimentale avec sa réversibilité de vérification, sa reproduction en laboratoire, sa linéarité et sa clarté du recours aux mathématiques (conformément à la démarche du scientiste).

La physique expérimentale moderne nous rappelle aujourd’hui même que nous ne pouvons pas connaître directement de nombreux phénomènes, mais que nous ne pouvons que décrire approximativement leurs effets (que l’on pense à la description du comportement de l’électron). A cela il faut ajouter que des sciences comme la médecine et la biologie expérimentales ne peuvent être envisagées sur l’unique base de critères de nécessité des conclusions, en effet concernant ces sciences-là, on n’est pas en mesure de retrouver les “causes” de tous les “effets”, et on ne peut qu’émettre des hypothèses sans pouvoir “reproduire le phénomène” car il comporte souvent trop de “variants”.

Il existe plus d’une explication plausible, de sorte que lorsqu’il est nécessaire de choisir ou de construire un système d’étude, l’affirmation « je crois » peut aussi légitimement intervenir dans le processus d’étude. Elle peut intervenir précisément parce qu’il n’y a pas de science absolue au sens décrit ci-dessus, et qu’il est également nécessaire, dans des cas spécifiques, de supposer l’assentiment du « je crois ». Ce n’est pas rare du tout dans ce type d’étude, car il peut aussi être nécessaire de supposer une vérité pour pouvoir procéder. Dans ce cas, il s’agit d’une « attitude active de l’esprit qui formule à lui-même l’adhésion donnée à un énoncé, lorsque l’un ou l’autre des éléments requis pour la connaissance scientifique fait défaut », lorsque fait défaut « la certitude parfaite, qui exclut le risque d’erreur » et « l’évidence, capable de s’imposer à tous les esprits ». 1

 

Récapitulons : « l’esprit formule à lui-même l’adhésion à cette affirmation », autrement dit il “y croit”, le processus nous est donc interne, il ne s’agit pas d’un constat indiscutable de faits certains totalement extérieurs au moi. Par conséquent, plus il est nécessaire d’affirmer que « l’on croit en la science » pour défendre l’opinion donnée, plus on affirme que la thèse ne jouit pas de la certitude scientifique stricte, c’est-à-dire de la certitude de la connaissance par les causes nécessaires si l’on est aristotélicien, ou de la vérification par la méthode scientifique si l’on veut se limiter au vieux modèle positiviste. Dans les deux cas, devoir dire « Je crois en la science » revient à affirmer que nous n’avons pas la certitude que nous avons dans d’autres domaines de la science.

 

Alors, l’assentiment donné dans ce cas « exprime un choix entre une affirmation et une négation possibles, ou entre plusieurs énoncés possibles ». Il s’agit donc forcément du choix volontaire d’une opinion. Nous soulignons que volontaire ne signifie pas arbitraire, mais que l’intelligence seule, dans ce cas, n’est pas en train simplement de constater une vérité évidente, mais que la volonté, après avoir évalué un ensemble de facteurs, doit intervenir en faisant son libre choix dans un sens. Et cela parce que nous sommes dans le domaine de la croyance-opinion, qui « comporte en elle-même le risque de l’erreur, dans la mesure où elle est insuffisamment fondée du point de vue expérimental ou rationnel, et ce risque est nécessairement reconnu par celui qui opine »2. Il faut donc le reconnaître, ne pas mentir à son intelligence et admettre la nature non évidente de l’affirmation.

 

 

Moralité de “croire” aux données scientifiques

 

Il s’agit donc souvent, même dans le domaine “scientifique”, de l’opinion de tel ou tel savant, qui - s’il est honnête - doit admettre qu’il a lui-même fait un choix volontaire en faveur d’une opinion, même si elle est la plus probable ; l’opinion du savant est ensuite proposée à la personne qui, n’ayant pas étudié directement l’hypothèse, pourra à son tour (n’étant pas un dogme de foi infuse nécessaire au salut éternel) choisir de croire ou non, sur la base de critères qui reposent sur la compétence du découvreur, sur l’honnêteté intellectuelle dont il a fait preuve au cours de sa vie et aussi sur son désintéressement économique, sur son immunité face aux logiques de carrière, de prestige ou de chantage, autant de facteurs qui augmentent sa crédibilité.

 

Et cela parce que la fiabilité du témoin dans cette matière est capitale. Donc, puisqu’il n’y a pas d’évidence, pour celui qui, comme Aristote, garde les pieds sur terre et veut faire un choix moralement bon, il faut aussi - et c’est vraiment “scientifique” - se demander : le témoin est-il intéressé ? M’a-t-il montré dans leur intégralité les études qui l’ont conduit à ces conclusions ? S’il soutenait la thèse inverse, serait-il exclu de l’université ou de son emploi ? Est-ce qu’il propose comme “certain” ce qui est encore “incertain”, et est donc intellectuellement malhonnête ? Est-il possible que certains scientifiques, même s’ils sont nombreux, puissent être influençables, surtout si des intérêts considérables sont en jeu, ou sont-ils sous la coupe du pouvoir ? Y a-t-il eu des répressions qui ont pu conditionner la liberté du scientifique ? Le dit consensus de la “communauté scientifique”, surtout si l’étude est à l’état embryonnaire, est-il réel car il résulte d’études irréprochables, ou est-il aussi le résultat de ceux qui contrôlent le “consensus émotionnel des masses” ?

 

Ces questions ne peuvent certes pas entrer dans un “modèle mathématique” ou un “taux d’incidence”, mais elles sont véritablement scientifiques car ma connaissance par les causes, si elle doit “croire” une donnée scientifique, doit aussi s’interroger sur la crédibilité et donc le désintéressement du témoin. Ce n’est que de cette façon que mon acte de croire sera prudent. Ce qui a été dit - pour ceux qui sont restés ancrés dans la philosophie réaliste et ne rêvent pas d’un savoir scientifique qui aurait des réponses à tout et tout de suite sous forme d’algorithme - est encore plus vrai dans les premières années qui suivent une découverte. En particulier dans le cadre d’expérimentations dans le domaine médical, sachant que notre connaissance du fonctionnement du corps humain a ses limites, sans parler du système immunitaire. Certaines découvertes acquièrent, sinon une scientificité absolue, du moins une plus grande crédibilité lorsqu’elles ont été éprouvées par le temps. Ma “foi”, non pas dans la science - ce qui ne veut rien dire - mais dans un traitement médical spécifique qui est maintenant établi parce qu’il a porté de bons fruits à long terme, est devenue une “foi raisonnable” avec le temps. Et même “tellement raisonnable” qu’il serait imprudent de ne pas y croire, compte tenu des nombreuses confirmations qui nous sont parvenues au fil des ans. Mais le contraire est également vrai : d’un point de vue moral, il pourrait être gravement imprudent, et ce pourrait même être un péché grave de crédulité - s’il y a pleine advertance - de donner son assentiment imprudemment, c’est-à-dire sans les vérifications nécessaires. Surtout si nous avons un rôle de scientifique, de médecin ou de gouvernant, avec de graves responsabilités sur celui qui nous écoute ou nous obéit.

 

En conclusion, je peux croire tel ou tel scientifique pour des raisons fondées et non émotionnelles ou d’utilité, mais dire « je crois en la Science » ne veut rien dire. Il n’existe pas un credo dans la Science, il y a la possibilité d’attribuer une crédibilité plus ou moins grande à un savant ou à un autre concernant une déclaration spécifique. Le reste n’est que cette émotivité irrationnelle intimement liée au scientisme positiviste du XIXe siècle mentionné plus haut, qui, ayant renié la métaphysique classique, tente, lorsqu’il manque de certitudes, de les imposer “à coups de majorité”, réelle ou fictive.

 

Don Stefano Carusi

 

1 R. Jolivet, Psicologia, Brescia 1958, p. 569.

2 Ibidem.

Partager cet article
Repost0
18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 21:12

L’abomination de la désolation dans le lieu saint

 

18 novembre 2021, Dédicace des Basiliques de saint Pierre et saint Paul

 

 

Un de nos lecteurs, Alessandro C., nous a envoyé un lien vers un article du Corriere della Sera” du 30 octobre 2021 relatant les déclarations du prêtre qui a effrontément donné la communion à l’avortiste Joe Biden à Rome même:

«Le président américain Joe Biden a assisté dans la soirée à la messe à l’église San Patrizio de la Via Boncompagni, à quelques centaines de mètres de l’ambassade des États-Unis [...] Biden a reçu la communion le lendemain du jour où le pape lui a demandé de continuer de recevoir le sacrement, malgré l’opposition de certains conservateurs en Amérique qui contestent sa position sur l’avortement. [En réalité l’opposition est beaucoup plus substantielle, c’est la ligne de l’épiscopat américain, ndlr]. Le président reçoit régulièrement l’Eucharistie dans les diocèses de Washington et du Delaware, mais communier à Rome revêt une signification particulière pour lui. Le pape est techniquement l’évêque de Rome, et la paroisse de San Patrizio fait partie de son archidiocèse. Environ 30 personnes ont assisté au rite. La famille Biden s’est assise au dernier rang, indiqué “réservé”. La messe a été célébrée par le père Joe Ciccone, qui n’a fait aucune annonce particulière aux personnes présentes. “La communion est ce qui nous unit dans le Seigneur, aucun de nous n’est pur ou parfait, nous sommes tous des saints et des pécheurs”, a commenté le prêtre à la fin de la célébration».

Nous remercions notre lecteur. Considérant que l’information concernant le consentement du Pape Bergoglio n’a pas été démentie, il est difficilement concevable qu’un geste d’une telle ampleur accompagné d’une déclaration d’une telle gravité, à Rome même, résultent d’un choix personnel et spontané du Père Ciccone. Toute l’Amérique, et pas seulement l’Amérique, attendait de savoir ce qui allait se passer ce jour-là dans la Ville Sainte. Et comme rien ne dit qu’à ce jour le père Ciccone ait été sanctionné - nous ne parlons pas de la sévérité et de l’aigreur que l’on est capable d’utiliser contre le camp conservateur, mais nous n’avons même pas vu un léger rappel protocolaire, comme le faisaient au moins les communistes dans les années 1970 avec les “camarades excessifs” -, il est légitime de penser que les événements ont été orchestrés. Orchestrés, si c’est le cas, lâchement avec la méthode marxiste habituelle déjà amplement décrite dans nos colonnes, selon laquelle on agit en changeant la praxis là où on ne peut pas changer la doctrine, en donnant publiquement le corps du Christ à ceux qui ne peuvent évidemment pas Le recevoir. Cette fois, cependant, il y a quelque chose de plus par rapport à Amoris Laetitia. On trouve une certaine structure “théologique” invoquée en appui d’une praxis hérétique qui, à moins d’un démenti improbable, est la confirmation de l’avancée de “l’abomination de la désolation dans le lieu saint”, compte tenu aussi du lieu qui a été le théâtre de ces événements. Ces déclarations, sans aucune distinction et de surcroît en étroite association avec la profanation publique de l’Eucharistie qui vient d’avoir lieu, ne sont ni plus ni moins que la théorie luthérienne éculée du « simul iustus et peccator ». La profanation de l’Eucharistie s’accomplit au nom de «nous sommes tous saints et pécheurs». La doctrine catholique sur l’état de grâce, la distinction catholique entre un état de péché mortel (public et social, d’ailleurs, dans le cas de Biden), qui empêche l’accès à la Communion, et un état de grâce avec quelques péchés véniels qui au contraire le permet, est enterrée précisément avec la...“théorie de la praxis” de la Communion au Président américain. Et de plus à Rome, publiquement, dans la Ville Sainte.  Nous renvoyons à la lecture de «La malice intrinsèque de la Communion sacrilège».

Cette fois, les paroles du Père Ciccone (à Rome, là où « ne bouge aucune feuille sans que le Pape ne veuille », par qui ont-elles été inspirées ?) montrent que nous sommes en train de dépasser la phase de la simple “praxis hérétique”, pour arriver à sa théorisation.  Déjà dénoncée lors de sa phase encore embryonnaire en 2014, «L’influence de Luther derrière la "thèse Kasper"» se confirme malheureusement de plus en plus aujourd’hui.

 

Association de clercs « Saint Grégoire le Grand »

Partager cet article
Repost0
29 septembre 2021 3 29 /09 /septembre /2021 23:45

Entre intérêts "curialesques" et hypocrisie

29 septembre 2021, Saint Michel Archange

 

Bergogliens

 

Une fidèle de Bordeaux s’est adressée à notre rédaction au sujet de Traditionis custodes, texte qui, de fait, interdit presque la célébration de la sainte messe traditionnelle. Son intérêt portait aussi sur la réponse servile donnée à ce texte par les Supérieurs des Instituts traditionnels, appartenant à la Commission "Ecclesia Dei", désormais définitivement supprimée, tout comme est supprimée (même en théorie) cette logique de protection des réalités traditionnelles que Jean-Paul II lui avait attribuée. Notre lectrice nous informe qu’à sa demande expresse, le texte des Supérieurs des Instituts traditionnels réunis à Courtalain a été défini par un prêtre responsable de Saint Eloi comme "suffisamment ambivalent" pour être lu dans les deux sens : le signataire "traditionaliste" ne joue pas carte sur table quant à sa façon de penser et le Vatican peut le lire comme une pleine acceptation de Vatican II. À cela s’ajoute l’information selon laquelle le Supérieur pour l’Italie du même Institut du Bon Pasteur, conformément aux indications du Vicaire général du diocèse d’Ascoli Piceno, a proclamé en chaire - solennellement revêtu des ornements sacrés - le texte intégral de Traditionis Custodes, y compris les passages que récemment encore il aurait jugés inacceptables. A la fin de la messe, la réponse apportée aux interrogations d’un fidèle scandalisé a été celle-ci: "désobéir à cette disposition pontificale serait comme pécher contre l'Esprit Saint". Et vu que la servilité provoque aussi la schizophrénie, un prêtre du même Institut dit - en privé - que le Document des Supérieurs réunis à Courtalain est honteux, qu’il est le fruit de pressions (venant de la Secrétairerie d'Etat?) exercées lors de la réunion par l’intermédiaire de Mgr Wach et avec lequel tous les signataires n’étaient pas d’accord au départ. S’agit-il du même prêtre d’Ascoli Piceno?

Abstraction faite du double jeu intéressé, il nous semble gravement injuste de rejeter toute la responsabilité sur l’Institut du Christ Roi, qui ne brille certes pas par sa critique publique des hérésies modernes, mais qui n’avait pas le pouvoir d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Chaque prêtre des Instituts signataires doit assumer la responsabilité de ce qui a été signé par le Chef. Aristote dit que ce que le chef fait, la société dans son ensemble le fait, laissant à l’individu la possibilité de ne pas être d’accord. Ce désaccord doit être exprimé publiquement. Et oui, parce que quand une position engageant tout l’Institut a été adoptée publiquement et qu’en conscience elle est inacceptable pour certains prêtres, ou même pour certains baptisés, ceux-ci ont le devoir d’exprimer publiquement leur désaccord.  Sinon, leur silence équivaut à un acquiescement et les ragots chuchotés en privé n’y changent rien.

A vrai dire, dans les rangs de la Fraternité Saint-Pierre, on avait remarqué, pendant la deuxième quinzaine de juillet, des prises de position publiques un peu plus courageuses qu’ailleurs, et même des commentaires qu’on ne pouvait pas mépriser. Quelqu’un avait même rappelé par écrit la possibilité de la fameuse "critique constructive", qui – n’étant plus défendue par l'IBP - avait été reprise par certains prêtres un peu plus entreprenants de la FSSP. Malheureusement, tout s’est inexorablement éteint après la prise de position du Supérieur Général et encore davantage après la publication du Document des Supérieurs Réunis. Un document lapidairement défini par certains prêtres américains de la FSSP comme : "une capitulation". Ici aussi, cependant, à notre connaissance, le désaccord n’a été exprimé qu’en privé. Si nous nous trompons, nous publierons volontiers une rectification signée. En ce qui concerne les positions des communautés bénédictines signataires de la lettre, Le Barroux in primis, rien n’a encore transpiré, si ce n’est le commentaire unanime que, très familiers de la lectio divina, ce sont eux qui seraient les promoteurs de cette profusion de citations scripturaires, dont la plupart utilisées mal à propos. Quelqu’un nous a objecté que le sens accommodatice d’un texte ironique nous échapperait, car au fond, le Document des Supérieurs Réunis, lorsqu’il invoque la piété et la miséricorde, ferait allusion à la "miséricorde" tant invoquée et si peu appliquée pour les traditionalistes. Pourquoi évoquer précisément ces passages latitudinaires d'Amoris Laetitia, qui de fait ont permis aux divorcés remariés d’accéder à la communion, pour invoquer miséricorde aussi sur la Tradition ? S’il s’agit d’une blague, ce n’est pas drôle du tout, si c’est un signe de la pusillanimité d’un certain monde traditionnel, cela fait pleurer. Le vieil Eléazar du livre des Maccabées doit se retourner dans sa tombe. Quel est l’intérêt de se cacher derrière son petit doigt ? Est-ce ainsi que l’on sert avec amour l’Église dans la tempête ? Oportet aliquandum excessum facere dirait saint Jérôme, et saint Athanase, repris par saint Pie X, nous rappelle que dans la défense de la vérité catholique, l’excès vaut mieux que le défaut, mais jusqu’à présent, on n’a vu que du politiquement correct...

Et puis, si demander la pitié et la miséricorde pour le pécheur en tant que tel, ou pour chacun de nous individuellement en tant que pécheurs, est juste, il devient injuste de demander miséricorde pour des sociétés ou des prêtres qui, même avec leurs limites, essaient de défendre la Tradition. "Agnosce, o christiane, dignitatem tuam". 

Par souci d’équité, nous devons toutefois ajouter, en réponse à notre lectrice, qu’il ne serait pas juste de s’attarder uniquement sur ces formes d’hypocrisie du "monde traditionaliste" défini, pas toujours à tort, comme "rallié", auquel se sont ajoutés récemment à plein-titre - publiquement et sans distinction - ceux même qui, en 2006, disaient tenir une position plus combative parce qu’ils avaient reçu un mandat spécifique du pape Benoît XVI. Cela serait injuste et pour le moins incomplet. En fait, de nombreux cœurs se dévoilent à propos de Traditionis custodes. Notamment celui de la FSSPX bergoglienne, grande bénéficiaire du Pape au visage latino-américain... mais aux méthodes exquisément curiales, qui - en paroles – n’aimerait pas "ceux qui critiquent Vatican II".

Ceux qui suivent les événements depuis des années savent bien que Disputationes Theologicae dénonce depuis un certain temps l'existence d'un accord...pratique (voir même "pratico-pratique") entre le pape Bergoglio et la FSSPX. Nos déductions de l’époque, pourvues d’une certaine évidence à condition de lire les évènements avec une certaine honnêteté intellectuelle, éclatent désormais au grand jour pour ceux qui ont conservé un peu de bon sens.

En effet comment croire que les timides "critiques de Vatican II" exprimées par les Instituts "Ecclesia Dei" (d’ailleurs ont-elles jamais été réellement formulées?) aient pu déclencher Traditions Custodes?

Entre autres choses, selon le raisonnement spécieux invoqué qui dit en gros "puisque parmi ceux qui célèbrent la messe traditionnelle, quelques-uns insultent Vatican II, alors je vous supprime la Messe traditionnelle" on pourrait équitablement inverser "puisque parmi les partisans idéologiques de la Messe réformée de Paul VI il y a de vrais hérétiques qui nient les dogmes sanctionnés par l'Eglise, alors nous interdisons le Novus Ordo", au lieu de quoi, pour ce dernier il n’y a qu'un discours bienveillant et hypocrite sur quelques "abus" à corriger. Pour les éventuels excès de certains, la messe grégorienne est de fait retirée à tous, pour les aberrations des amis modernistes, juste un rappel d’ordre général.

Il nous semble cependant que, plus personne ne se soucie de Vatican II, même pas les progressistes, projetés comme ils sont sur Vatican Trois, mais qu’il est plutôt invoqué pour des manœuvres curiales...notamment en vue du prochain Conclave, bien que l’on cherche à le retarder.

Si la raison d’une telle répression de la Messe traditionnelle réside réellement dans la position divisive des "Instituts traditionnels" sur le dernier Concile, comment se fait-il que, face à des critiques de la part de la FSSPX, certes non dénuées de fondement, mais exprimées d’une manière criarde, parfois débraillée, et dans certains cas sans structure théologique adéquate, on n’agisse pas d’une manière analogue ? La raison est-elle doctrinale ou politique ? En effet, aujourd’hui les Instituts "Ecclesia Dei" ont été étranglés, tandis que les seuls à pouvoir continuer à ordonner des prêtres licitement et sans avoir besoin de lettres dimissoriales par concession du Pape François, les seuls à pouvoir entendre validement et licitement les confessions sans demander les pouvoirs des évêques diocésains avec l’accord du Pape François, les seuls à pouvoir célébrer des mariages validement et licitement  - en donnant un coup de fil au curé en fin de soirée pour qu’il transcrive dans les registres le mariage célébré le matin - en vertu d'une reconnaissance mutuelle avec le Pape de Fratelli Tutti sont juste...les prêtres de la FSSPX.

Mais croit-on vraiment que tout ceci soit une coïncidence ou un oubli ? Celui qui, peut-être trop occupé à préparer le futur Conclave, aurait oublié que les prises de positions discutables de la FSSPX portent sur la validité des "nouveaux" sacrements ? Elles ne portent pas simplement sur la simple "expression correcte de l'orthodoxie", ou la "pleine légitimité doctrinale et canonique" mais bien sur la "validité". Alors qu’il a écrasé les Instituts qui, bien que de manière différente, avaient au moins fait l’effort de maintenir un accord canonique avec Rome pendant des années ? L'abbé Jean-Michel Gleize peut-il nous expliquer cela, lui qui avec une dureté plus proche de l'idéologie que de la théologie, a attaqué sans pitié le Document des Supérieurs Réunis, d’ailleurs critiquable, sans aborder les ambiguïtés de sa propre maison ? N’est-il pas plus hypocrite de se poser en défenseurs inflexibles du dogme sans aucun compromis avec la "Rome moderniste et apostate", comme ils l’appellent, et en même temps de demander - et d’obtenir en dessous de table - toutes ces concessions ? Des concessions qui ne portent pas seulement sur la question des sacrements, mais qui sont aussi très, très concrètes. Elles sont même immobilières. Comment a pu intervenir au moment même de la rédaction de Traditionis Custodes l’approbation romaine de l'achat - mieux encore du don par l'Institut religieux ! - d’« une des églises les plus renommées, belles, et antiques de Vienne, et dans une position privilegié », comme dit l’abbé Frei, par la FSSPX ? Comment est-il possible que Mgr Huonder, ancien évêque de Coire, ait confirmé solennellement encore le 26 août dernier à Wangs que son choix de passer sa retraite dans une maison de la FSSPX était pleinement approuvé et partagé par le pape François ? Comment est-il possible que Mgr Huonder célèbre pontificalement au trône, dans les prieurés de la FSSPX et entouré des Assistants généraux de cette même société le 25 septembre 2021 avec l’encouragement exprès de Bergoglio alors que des prêtres régulièrement incardinés soient contraints de demander une centaine de permissions et ne puissent plus célébrer dans les "églises paroissiales" ? Allons, ne nous leurrons pas...quel aveugle ne peut pas voir la réalité des faits ? Et maintenant, que l'Abbé Gleize de la FSSPX, que Don Davide Pagliarani laisse librement enseigner à Ecône ses positions ecclésiales plutôt discutables (et pas toujours théologiquement fondées), équilibrant ainsi "sur la droite" l'accord bergoglien et tranquillisant la "Résistance interne", ait au moins la courtoisie de faire grâce à ses lecteurs de ses leçons de morale. S’il est vrai que certains Supérieurs "Ecclesia Dei" ont péché par couardise intéressée, au moins ils ne se sont pas posés en sauveurs inflexibles de l'Eglise et ils ont eu le courage de parvenir à un accord public et signé à la lumière du jour. Contrairement à la Fraternité Saint Pie X, ils n’ont jamais dit, que pour parvenir à un accord, ils avaient besoin : 1) de la libéralisation de la messe traditionnelle. Et maintenant on a Traditionis Custodes. 2) Le retrait des excommunications. Et maintenant, dans la lettre accompagnant Traditionis Custodes, on parle de nouveau du "schisme" de Mgr Lefebvre. 3) La conversion de Rome à la suite des discussions doctrinales. Voit-il arriver cela l’abbé Davide Pagliarani? Et aujourd’hui, au lieu de prendre ses distances, l’accord pratique entre la FSSPX et le Pape Bergoglio se poursuit jusqu’au point d’éliminer...ceux qui étaient gênants pour les deux. 

Et nous ajoutons: quel autre pacte inavouable se cache derrière cette promotion de facto de la FSSPX par Bergoglio à laquelle elle répond souvent avec plus de gratitude et de déférence qu’elle ne le faisait avec Benoît XVI ? Il y aura certainement un "donnant-donnant". N’y aurait-il pas des jeux pré-conclave avec des légitimations croisées de ceux qui, de fait, sont largement délégitimées tant pour l’un que pour l’autre ? La FSSPX ne marchande-t-elle pas la légitimité de Bergoglio, critiqué certes, mais reconnu comme "indiscutablement légitime", alors que d’autres plumes émettent des doutes, quoique d’une manière non catégorique (De quel genre est la “démission” de Benoît XVI?; En 2017 Benoit XVI a-t-il accordé la Bénédiction Apostolique?!? ) ?

Le pape Bergoglio, en effet, ayant laissé tomber le masque de franciscain et de "latino-américain" sympathique, fait ressortir tout le curialisme progressiste italien et allemand. D’une part, il stigmatise - au nom de l’unité - les "traditionalistes divisifs", et d’autre part, divise encore davantage l’Église avec son anti-Motu Proprio, en cassant le pontificat de son prédécesseur à coup de hache et en démolissant Summorum Pontificum au marteau-piqueur. Justement Summorum Pontificum, qui, malgré ses limites, était un symbole du pontificat de Benoît XVI et l’un de ses actes les plus éminents (cf. Instruction Universae Ecclesiae) de son Magistère. Mais qu’est-ce qui a été promis lors du dernier Conclave ? Combien y a-t-il de "feuillets de reconnaissance de dette" à payer ? Quand il dit "Je ne fais pas ce que je veux, mais ce que nous avons décidé ensemble", raison pour laquelle il a été élu, à quoi fait-il référence ? S’était-il accordé sur ce point avec tous ceux qui ont voté pour lui ou seulement avec les partisans de la première heure, c’est-à-dire le courant progressiste jésuitico-martinien ?

Qu’en est-il, de plus, de cette accusation selon laquelle les cardinaux se seraient réunis pour préparer un futur conclave pendant sa maladie ? N’est-ce pas lui qui avait parlé en 2014 de sa courte présence, quatre ou cinq ans ? Les Cardinaux en question auront seulement fait le calcul, 2013 plus cinq font 2018 et on est en 2021. Et en outre, cette histoire de la "Papauté à échéance" n'a-t-elle pas déjà été presque imposée, quoique dans des termes différents, à Benoît XVI ? La Papauté avilie était l’un des grands chevaux de bataille du Cardinal Martini et de la mafia de Saint-Gall, et Bergoglio lui-même a parlé plusieurs fois d’une démission au moment opportun. « Certains Cardinaux me voulaient mort », a-t-il sous-entendu, mais le problème ne résiderait-il pas plutôt dans le fait que, comme des sources autorisées nous l’ont signalé, « si on va au Conclave maintenant le Cardinal Tagle (ou Zuppi) ne gagnerait pas, et donc qu’il vaut mieux le retarder »?   

Et puis encore, cette hâte à promulguer Traditionis custodes, à peine sorti de l'hôpital...sans qu’on lui laisse le temps de la convalescence...le fait que la norme doive entrer en vigueur immédiatement, cela sonne comme si tout devait être sécurisé avant que quelque chose de grave ne puisse se produire. Une indication avant le Conclave qui donnerait une claire caractérisation progressiste, anti-Benoit XVI, qui lierait le successeur et qui aurait un effet, sur ces nombreux cardinaux venant "du bout du monde", peut-être un peu moins au fait des manœuvres "vaticanes", de la victoire écrasante et absolue du front de l’extrême gauche ecclésiale.

En conclusion, si ces événements - et Dieu se révèle à travers les événements - ne parviennent pas à une remise en question du chemin emprunté, que faudra-t-il de plus ? Ne méprisons pas ces sollicitations de la Providence, que nous soyons des Cardinaux, avec une immense responsabilité, que nous soyons des prêtres traités moins bien que des hérétiques en raison de la simple célébration traditionnelle, ou que nous soyons de simples baptisés.

La Rédaction de "Disputationes Theologicae"

Partager cet article
Repost0
6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 17:33

Camerino, Fête-Dieu 2021

 

                                                                       

Sur le parvis de l’église Saint Jean de la Chaîne, alors que le cercueil de l’Abbé Paul Aulagnier sortait, un jeune prêtre nous a interrogés sur la raison de notre présence à ces funérailles eu égard à un désaccord qui avait causé la séparation de nos routes. Pour rendre hommage à un grand combattant, lui avons-nous répondu, car face à la mort il faut savoir rentrer les épées, surtout quand pendant longtemps on a lutté ensemble contre le progressisme rampant dans l’Église. Et, sachant qu’il était mourant, nous sommes heureux d’avoir pu lui envoyer un confrère pour lui dire que nous voulions que la mort nous voie réconciliés. Chaque décès nous fait réfléchir sur la brièveté de la vie, mais celui-ci nous a confirmé spécialement la nécessité de ne pas baisser la garde dans cette guerre sans merci pour la foi et, propter fidem, pour la Sainte Messe dans le rite de la Tradition. Ce Juge, nous osons l’espérer, nous pardonnera si dans le feu de l’action tous les coups n’ont pas été calibrés à la perfection - et qui peut dire en avoir toujours été capable, “brebis sans pasteur” que nous sommes en partie - ce Juge sera plus sévère si nous n’avons pas défendu sa royauté devant les hommes malgré nos connaissances et nos possibilités. L’heure vient vite, et au moins, puissions-nous dire que, malgré nos nombreuses limites, nous avons essayé de mener ce « bonum certamen ». Ces réflexions flottaient dans l’air le jour de ses funérailles et elles n’étaient pas seulement les nôtres.

 

A la nouvelle de sa mort, il nous a déjà semblé que l’Abbé Aulagnier, qui voit désormais tout sub specie aeternitatis, était encore plus proche de nous, comme il le fut dans tant de batailles, dont certaines longtemps menées côte à côte face à ceux qui voulaient nous faire agir contre notre conscience catholique. L’Abbé Aulagnier appréciait beaucoup Disputationes et nous conservons jalousement ses lettres d’éloges aux résistants du Bon Pasteur de la première heure. Il disait « Foncez », notamment parce qu’il n’était pas du genre à reculer, tout fin politicien qu’il fût. Un peu trop parfois, peut-être pour compenser certaines ardeurs un peu dommageables : comme lors de la fameuse réunion du 31 mai 1988 au cours de laquelle son avis fut décisif dans l’échec de l’accord Rome-Ecône. Un jour, il nous dit que Monseigneur Lefebvre avait parlé de la nécessité d’un genre de revue comme la nôtre, qui alternerait actualité ecclésiale et recherches approfondies voire même exigeantes. Il pensait même que la fameuse lettre des séminaristes de l’IBP était l’œuvre de notre Rédaction. Il se trompait, ne nous a jamais cru et a continué à nous féliciter alors que seule notre position l’avait inspirée, mais nous n’en étions pas les auteurs. En ce moment tragique, il avait grandement apprécié, relu et diffusé cette lettre. L’auteur était cependant un de ses élèves et un des nôtres, mais pas le directeur de cette Revue. Cela vaut cependant la peine de la relire, car il s’agissait d’une réponse à la lutte qui faisait rage à l’époque et à laquelle il avait adhéré de tout cœur (Lettre des séminaristes de l’IBP), même s’il a ensuite choisi la tranquillité, qui avait chez lui le facteur atténuant de son âge et des fatigues accumulées.

 

Nous ne nous sommes jamais lassés de répéter - et quelqu’un l’a également repris dernièrement - que le geste dans lequel transparaît l’aspect le plus cher à nos yeux de l’Abbé Aulagnier, révélateur de son animus, se situe dans les années 2000, lorsque, après l’accord canonique produit dans le cadre de l’Administration Apostolique Saint Jean Marie Vianney de Campos (un bon accord en soi, malheureusement ruiné par le carriérisme notoire d’un homme), il a eu le courage de crier haut et fort au sein de la FSSPX que le temps était venu pour un accord canonique. Un accord qu’il fallait réaliser dans une double perspective : servir l’Eglise, dont le rapport avec le monde traditionnel a des conséquences au niveau général, et préserver le monde traditionnel du danger de l’enracinement d’une mentalité tendant au schisme. Pour ces séminaristes d’esprit romain de Flavigny et d’Ecône, cela signifiait beaucoup : c’était l’ami de Mgr Lefebvre qui parlait, et sa voix était plus difficile à liquider. Il subit des pressions selon les méthodes habituelles - causes d’une détérioration significative de sa santé - réduit au silence, menacé des peines les plus sévères, il choisit cependant de ne pas se taire (ce qui aurait été schizophrène étant donné l’importance de la “dénonciation de l’erreur” prônée par la FSSPX même contre le Vicaire du Christ). Il aurait pu être favorable à l’accord canonique à condition de ne rien déclarer publiquement. Son choix fut d’une grande cohérence : se taire eût été inique. Le devoir de parler, parfois publiquement, pour le bien de l'Église ne peut pas se limiter à certains dangers et, si de graves erreurs se trouvent parfois aussi dans la maison “traditionaliste” et que la vérité vaut plus que l’intérêt, il faut accepter ce rôle ingrat. C’est ce que fit l’Abbé Aulagnier, dénonçant les prémices d’une dérive qui tendait au schisme. Il fut déposé de son rôle d’Assistant Général de la FSSPX, en pratique “raccompagné à la porte”. Et non pas « il s’en éloigna à notre vif regret », comme l’indique le communiqué officiel du 6 mai 2021 de la FSSPX (Fraternité dans laquelle l’ambiguïté obstinée de Mgr Fellay a engendré une réaction de rejet de l’accord et qui est maintenant dirigée par un Chef qui avait préféré s’exiler à Singapour plutôt que se soumettre à un Supérieur “accordiste”. L’Abbé Aulagnier ne devait pas avoir complètement tort...). On ne craint vraiment pas le mensonge le plus éhonté proféré contre ceux qui ne sont plus là. Non, il a été chassé, et d’une mauvaise manière. Si l’on ne reconnait pas le tort, au moins que l’on se taise, et que l’on évite les falsifications de la réalité ad usum delfini. « Qui habet aures audiendi audiat ». Si ces quelques lignes peuvent contribuer à rétablir la justice envers celui qui ne peut plus se défendre sur terre, elles n’auront pas été écrites en vain.

 

Certes, tout le monde sait qu’en 1988, comme nous l’avons dit plus haut, il fut “l’homme des Sacres”, dont il affirma toujours l’absolue nécessité de manière péremptoire et sans vouloir entendre d’arguments pondérés ou du moins s’ouvrir à une réflexion; sur ce point, il a toujours été passionnel. Mais il fut aussi l’homme qui, en conscience lorsqu’il reconnut l’accord possible et nécessaire, eut le courage de le dire, payant par la solitude, l’oubli et la calomnie une position qui n’était pas celle du confort. Honneur à vous, “cher Abbé”, pour reprendre son expression habituelle. Nous nous sommes dit toutes sortes de choses, à certains moments, mais toujours avec la reconnaissance réciproque d’être des soldats de la même armée.

 

Il fut également courageux lorsque - et la Fraternité Saint-Pierre lui doit une reconnaissance éternelle - il révéla unegrande partie de ce plan peu honorable par lequel certains signataires demandèrent à la Curie romaine l’autorisation decélébrer selon le rite réformé, plongeant la FSSP dans le désarroi. Aujourd’hui, sans l’Abbé Aulagnier, qui contribua à rendre publics ces documents, la FSSP ne se serait peut-être relevée en aucun domaine. Nous ne parlons évidemment pas de l’aspect relatif à la bataille doctrinale qui languit encore, tout en étant l’aspect le plus important, mais de la conduite liturgique actuelle. S’il n’y avait pas eu ce prêtre courageux qui savait qu’il s’exposait à des dénonciations et à des amendes judiciaires avec la diffusion de ces documents, la vérité n’aurait pas émergé avec une aussi grande clarté. Qu’ils y pensent, ceux qui... avec une conduite plus servile que véritablement filiale envers l’Autorité, lui envoyèrent ces documents... pour les faire circuler. Et lorsque nous lui avons demandé, sachant qu’il était auvergnat, donc notoirement peu dépensier, si ces amendes pour diffusion de documents internes ne lui avaient pas coûté trop cher, sentant notre provocation, il répondit « jamais l’argent n’a été mieux dépensé ! ». Et il avait bien raison car cette correspondance n’était pas une affaire privée, mais concernait le bien public de l’Église et il a bien fait de les publier.

 

Enfin, un dernier mot sur son amour de la Messe, combat de toute sa vie pour la défense de la « Sainte Messe de toujours » comme il l’appelait, une défense acharnée qui lui laissait parfois échapper quelques phrases déplacées et une fougue que nous nous étions permis de lui reprocher. Mais l’Abbé Aulagnier, sur certains points, était un peu resté dans l’ambiance des années qui suivirent immédiatement 1988 (ou même 1976).

 

C’est ainsi que nous nous souvenons de lui et il était juste que notre Revue lui rendît hommage, sans cette impersonnalité aseptisée des souvenirs funèbres. Nous sommes confiants que de l’éternité, d’où il voit tout avec plus de clarté, l’Abbé Aulagnier nous aide déjà, nous l’avons même expérimenté.

 

  Don Stefano Carusi - Abbé Louis-Numa Julien

 

Partager cet article
Repost0
Published by Disputationes theologicae
19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 12:33

Une nouvelle “praxis” à la lumière de saint Thomas d'Aquin

 

19 - IV - 2021 

En ces temps très sombres...un Cardinal qui honore sa pourpre.

 

Nous avons déjà évoqué dans le passé les dangers d’une nouvelle “praxis sacramentelle” (Missionnaires de la Miséricorde ou de la profanation de la Confession?), par laquelle se répand dans la pratique un accès objectivement sacrilège à la Communion et qui du moins prétend se référer à la diffusion de documents ambigus comme Amoris Laetitia ou aux tendances permises en haut lieu pour formaliser l’intercommunion avec les protestants (cf. Intercommunion, les fausses raisons doctrinales de Kasper). Nous avions également rappelé comment, dans la pensée marxiste qui fait aujourd’hui école, les programmes révolutionnaires les plus inavouables sont appliqués non pas tant par des documents de spéculation ordonnée, soutenant scientifiquement la validité supposée des nouveautés et acceptant le risque de réactions contraires, mais par l’action factuelle et concrète, précisément, par la “doctrine de la praxis”. En fait, des documents trop articulés et explicites, incapables de résister à un examen rigoureux parce qu’il leur manque un cadre philosophique et théologique solide et surtout un fondement profond dans la Révélation divine, s’avéreraient contre-productifs pour la cause des subversifs. Cela ne signifie pas que le plan pour renverser les choses soit moins articulé, mais seulement on ne l’avoue pas et on se limite à l’appliquer en sous-main, laissant la doctrine se modifier imperceptiblement dans tous les domaines liés à la nouvelle pratique tendant à l’hérésie. A force de ne pas agir comme on pense, on finit par penser comme on agit. Les marxistes - et le catho-marxisme, qui en est un dérivé servile - le savent bien.

 

Actuellement la Communion sacrilège fait rage. Elle est en partie théorisée en évitant la notion trop alarmante de “sacrilège”, lui préférant celle d’ “ouverture” (une ouverture comme par hasard toujours à gauche et jamais à droite, exception faite de quelques “situations fantoches”). Il est donc bon de rappeler l’ample illustration donnée par saint Thomas d’Aquin en essayant de saisir toutes les implications destructrices liées à la malice objective d’un tel sacrilège, subversif également quant au dessein du Christ sur son Église.

 

Il est évident que nous ne sommes pas en train de parler de la faiblesse de ceux qui, par respect humain, s’approchent de la Communion en état de péché mortel, parce qu’ils sont mal formés ou parce qu’ils sont plus attentifs au jugement des hommes qu’à celui de Dieu - ce qui est certainement grave et dont il est impératif de s’amender, mais qui peut parfois être attribué davantage à l’irrésolution humaine qu’à une malice préméditée. Nous nous référons à la “théorisation” voilée (ce qui équivaut à une officialisation) de la “praxis” de la Communion sacrilège, de la part de certains ecclésiastiques, pourtant revêtus de l’autorité.

 

 

Jusqu’à quel point est faussé le signe de l’Eucharistie

 

Lorsque saint Thomas cite le passage bien connu de la première épître aux Corinthiens, « celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation » (11, 29) et analyse la gravité de la Communion sacrilège, il ne se réfère pas seulement au grave dommage que subit l’âme du pécheur et à la condamnation que l’on décrète sur soi-même, mais il veut aussi développer en profondeur tout ce que le fait de pécher « sacramentellement » indique et implique.

 

La vision de saint Thomas sur ce point est, comme toujours, très éloignée de l'individualisme et du subjectivisme modernes. L’Aquinate évalue avant tout la chose en elle-même - la gravité intrinsèque d’un tel acte -, il l’évalue ensuite dans tous ses aspects sacramentels, christologiques, ecclésiaux et eschatologiques, mettant en évidence tous les dommages causés à la notion même de sacrement, de présence réelle, d'Église. Il évite de se fonder sur les aspects de tel ou tel cas singulier, tout en sachant tenir comte de ces données.

 

Saint Thomas, dont nous allons essayer d’expliquer brièvement la pensée ci-dessous, affirme par une distinction scolastique classique, que la malice de la Communion faite avec un péché mortel sur la conscience est au moins triple[1].

 

Le premier motif de malice concerne l’Eucharistie dans la mesure où elle est proposée comme nourriture (« in modum cibi proponitur »). La nourriture en effet est proposée à celui qui vit pour qu’il se nourrisse et non pas à celui qui est mort. Celui qui s’en approche sans avoir la vie spirituelle à cause d’un péché mortel commet donc un abus : il fausse ce Sacrement dans son caractère de nourriture pour les seuls vivants.

 

De même que le pain et le vin, nourriture des vivants, se transforment dans la personne de celui qui se nourrit, il en va de même, d'une certaine manière, dans l’Eucharistie, où entre la nourriture spirituelle et les fidèles se produit une union qui est une transformation, avec la différence qu’ « à la table eucharistique, la nourriture est plus forte que celui qui la mange, le fidèle n’assimile pas, mais il est assimilé par le Christ: “Ce n’est pas toi qui me changes, mais moi qui te transforme en moi” (saint Augustin, Les Confessions 7, 10, 16) »[2]. Le Concile de Florence affirme: « L’effet de ce Sacrement, qui se produit dans l’âme de celui qui le reçoit dignement, est l’adhésion de l’homme au Christ. Et puisque l’homme est incorporé au Christ et uni à ses membres par la grâce, chez ceux qui le reçoivent dignement, ce sacrement augmente la grâce et produit pour la vie spirituelle tous les effets que la nourriture et la boisson matérielles réalisent dans la vie corporelle, en nourrissant, développant, restaurant et réjouissant »[3].

 

Quant à la Communion donnée à l’âme en état de péché mortel, rien de ce qui vient d’être dit ne peut valoir. Cette nourriture qui extérieurement semble être la vie pour l’âme est plutôt sa condamnation à la mort. Donc, donner sacramentellement comme nourriture la vie de la grâce à un cadavre, en substance, n’est qu’un mensonge[4]. On fait mentir le Sacrement, en lui faisant dire - au-delà des intentions subjectives - qu’il est quelque chose pour ceux qui sont spirituellement “morts”. Ou alors on nie que le pécheur en état de péché mortel soit réellement “spirituellement mort”, se rapprochant ainsi de la notion luthérienne de l’homme à la fois « pécheur et juste » (pour un examen approfondi de cette notion et de sa diffusion actuelle, nous renvoyons à notre article L'influence de Luther derrière la thèse de Kasper”?) ; ou bien on suggère - un peu “jésuitiquement” - que ce n’est pas un péché mortel parce que, malgré une « matière grave », il y a un manque de « pleine advertance » et/ou de « consentement délibéré ». Cette dernière éventualité est possible, mais l'utilisation d’un tel argument - surtout de manière habituelle - contredit le principe fondamental selon lequel « de internis non iudicat Ecclesia » (cf. “Amoris Laetitia”: Mgr Livi parle aux pénitents et aux confesseurs). 

 

Deuxièmement, par la Communion sacrilège on abuse de la réalité du Christ sous les espèces du pain, cette Hostie consacrée est le Christ lui-même, qui est le Saint des Saints, donc celui qui Le reçoit doit être saint, au sens où il doit être en état de grâce[5] ; c'est-à-dire qu'il est nécessaire d'être exempt au moins de péché mortel pour qu’il puisse y avoir cette conformité entre celui qui accueille en lui le Saint Sacrement et l'Invité Divin, offrant une place digne à un tel Visiteur. Il y a donc un abus, objectivement très grave du Sacrement parce qu’on assume la chose sainte dans ce qui n’est pas saint et, ce faisant, on fausse objectivement le Sacrement. Ajoutons que dans le climat actuel, il pourrait aussi y avoir une négation insidieuse de la sainteté intrinsèque de la Présence Réelle et Substantielle, à la mode protestante, ou une attribution plutôt moderne à tout homme d’une sainteté (plus ou moins « anonyme »), en suivant les traces de Karl Rahner, défini par le Cal. Giuseppe Siri comme le penseur le plus dangereux de l’hétérodoxe “Nouvelle Théologie”, condamnée par Humani Generis.

 

En troisième lieu - et c'est l’aspect le plus grave, lié au précédent - l’accès au Corps réel du Christ signifie et cause également l’union au Corps mystique du Christ, c’est à dire l’union à la Sainteté du Rédempteur dans la Communion des Saints, union “incorporante” avec le Christ et avec les frères en grâce[6]. La Communion sacrilège fausse ici très gravement la signification du Sacrement, car d’un point de vue objectif - qui est et doit être prééminent - elle fait dire au Sacrement que cette circulation mystique de la charité dans la Communion des Saints est une circulation qui peut coexister tranquillement avec le péché grave et, plus largement, même avec ce qui en soi s’oppose à l’unité de l’Église, comme par exemple l’adhésion au schisme ou à l’hérésie protestante. Le Concile de Trente avec autorité dogmatique rappelle que « le divin Sauveur a laissé l'Eucharistie à son Église comme symbole de son unité et de sa charité, par laquelle il a voulu que tous les chrétiens soient unis entre eux et unis de la manière la plus intime »[7], l’Eucharistie étant « le symbole de cet unique Corps dont il est lui-même le Chef » [8], Elle est « signe d’unité » et « lien de charité »[9] entre le Christ et les chrétiens qui accèdent au Banquet céleste. Par conséquent, l’accès indigne à l'Eucharistie (non seulement pour les pécheurs, mais même pour ceux qui sont séparés de l’Église catholique), bouleverse la signification de cette union mystique avec le Christ Chef dans la Communion des Saints qui nous lie aussi à l’Église triomphante et souffrante. Elle fausse la réalité parce que dans les faits la Communion sacrilège brise et profane ce lien avec le Christ et les frères, creusant le sillon au lieu de guérir la blessure. Ici encore, nous pouvons répéter que dans les faits on fait mentir le Sacrement. Même si on ne le révèle pas ouvertement, la théologie sous-jacente est tout autre. Elle va des déviations protestantes classiques aux “interprétations” les plus funestes, parfois même jusqu'à la négation de la sainteté du Christ, dont la Personne et l'action se mêleraient tranquillement au péché dans une synthèse hégélienne des opposés aux connotations quasi panthéistes.

 

Enfin, en ce qui concerne l’aspect eschatologique, le pape Léon XIII écrit dans Mirae Caritatis: « Le désir de bonheur, qui est inhérent au cœur de tout homme, devient de plus en plus fort à mesure qu’il fait l’expérience de la vanité des biens terrestres, de l’arrogance injuste des méchants et de toutes les autres préoccupations matérielles et spirituelles de la vie. L’auguste Sacrement de l’Eucharistie est à la fois cause et gage de bonheur éternel et de gloire, non seulement pour l’âme, mais aussi pour le corps. En effet, de même qu’il enrichit l’âme de l’abondance des biens célestes, il l’arrose de plaisirs si agréables qu’ils dépassent largement toutes les attentes et les espérances humaines. Il soutient dans l’adversité, donne de la force dans la lutte pour la vertu, et garde pour la vie éternelle, à laquelle il conduit comme un viatique. Cette hostie divine inocule dans le corps fragile destiné à la mort, la future résurrection, car le corps glorieux du Christ insère une grain d’immortalité qui germera un jour. De tout temps, l’Église a cru à l’un et à l’autre don, qui sera conféré à l’âme et au corps ». De ces mots si suaves du Pontife pour l’âme en état de grâce, pas un seul ne peut s’appliquer à la Communion sacrilège, par laquelle ce « gage de gloire future, de bonheur perpétuel et donc symbole de cet unique corps dont il est le chef » se transforme en un poison mortel par la faute de celui qui le reçoit. Et, surtout, par la faute objective de celui qui l’a incité à un tel acte. Mgr Piolanti observe: « par l'incorporation au Christ, on reçoit le droit aux mêmes biens que le chef, l’incorporation parfaite au Christ étant réalisée par l’Eucharistie, on obtient par elle le titre maximal à l’obtention pour l’âme et pour le corps de ce bonheur dont le Christ, chef du Corps mystique, jouit déjà parfaitement »[10]. Mais que reste-t-il de tout cela dans la pratique de la Communion sacrilège, si ce n’est une offense à Notre Seigneur Jésus-Christ, qui en soi est susceptible d’ouvrir plus largement les portes de l'Enfer que celles de la Gloire éternelle?

 

 

Le Card. Sarah et ses prises de positions.

Démissionné sans même attendre 76 ans

 

 

 Une “praxis meurtrière”

 

La diffusion objectivement coupable de la pratique de l’accès à l’Eucharistie en état de péché mortel - surtout par les Maiores, qui devraient avoir une plus grande connaissance de cause - fait de facto “mentir le Sacrement”. Les causes de ces “ouvertures” peuvent se trouver dans la complaisance vis-à-vis du Monde (“monde” au sens de l'Écriture Sainte), dans la diffusion d’une théologie sacramentelle qui tend à l’hérésie, mais - si elles sont poursuivies en connaissance de cause - elles peuvent aussi être liées à des aspects qu’il ne faut pas avoir peur de définir comme sataniques, dans la mesure où ils déforment le Sacrement et la notion même d’Église.

 

Le devoir absolu de l’individu qui s’approche de l’Eucharistie en état de péché mortel est de se confesser le plus rapidement possible en raison de la gravité objective de l’acte. Cependant, comme l’observe saint Thomas, il est juste de reconnaître que ce péché peut parfois être déterminé par des conditionnements externes. C’est le cas, par exemple, quand le pécheur craint d’être révélé aux autres comme tel[11] - figurons-nous dans le contexte actuel - ou bien quand il ne perçoit pas pleinement la gravité intrinsèque du sacrilège.

 

Mais que dire de celui qui - même en haut lieu - par la diffusion de cette pratique, élève presque en principe une telle contrefaçon, une telle profanation, un tel bouleversement de la doctrine eucharistique, christologique, ecclésiale et eschatologique ? Combien d’âmes, au lieu d’être aidées, sont seulement trompées et perverties ? Quel dommage est causé à l’ensemble de la doctrine catholique ?

 

Le fait qu’une telle invitation ne soit qu’une “praxis” et non une formulation claire d’un traité spécifique n’est qu’un indice de la malice satanique supplémentaire qui s’y cache, au-delà du degré de conscience des individus. On n’a même pas le courage de l’affirmation hérétique ou sacrilège, on l’applique “seulement”. C’est le modernisme “dernière génération” à l’école des méthodes marxistes, pire encore que cette prise de responsabilité, aussi répugnante soit-elle mais au moins assumée par Luther (lequel selon certains, s’est suicidé comme l’apôtre Judas).

Don Stefano Carusi

 

 


[1] Saint Thomas d'Aquin, In IV Sent., d. 9 q. 1 a. 3 qc. 1 co : « Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod quilibet cum conscientia peccati mortalis manducans corpus Christi, peccat mortaliter, quia abutitur sacramento: et quanto sacramentum est dignius, tanto abusus est periculosior. Ratio autem hujus ex tribus potest sumi. Primo ex eo quod est sacramentum tantum, ex quo apparet, quod hoc sacramentum in modum cibi proponitur ; cibus autem non competit nisi viventi : unde si carens vita spirituali per peccatum mortale accipiat hoc sacramentum, abutitur ipso. Secundo ex eo quod est ibi res et sacramentum, quod est ipse Christus, qui est sanctus sanctorum; unde receptaculum ejus debet esse sanctum ; et ideo si aliquis cum contrario sanctitatis corpus Christi sumat, sacramento abutitur. Tertio ex eo quod est res tantum, quod est corpus Christi mysticum ; quia ex hoc ipso quod aliquis ad hoc sacramentum accedit, significat se ad unitatem corporis mystici tendere ; unde si peccatum in conscientia teneat, per quod a corpore mystico separatur, fictionis culpam incurrit, et ita abutitur sacramento ». Idem, Summa Theologiae (S. Th.), IIIa Pars, q. 80, a.4. Sur la distinction « res tantum, res et sacramentum, sacramentum tantum », voir aussi A. Piolanti, Il Mistero Eucaristico, Vaticano 1996, p. 366. Idem, I Sacramenti, Vaticano 1990, p. 198.

[2] A. Piolanti, Il Mistero Eucaristico, op. cit., p. 607.

[3] Denz. 1322.

[4] «cibus autem non competit nisi viventi : unde si carens vita spirituali per peccatum mortale accipiat hoc sacramentum, abutitur ipso», Saint Thomas d'Aquin, In IV Sent., d. 9 q. 1 a. 3 qc. 1 co.

[5] «Secundo ex eo quod est ibi res et sacramentum, quod est ipse Christus, qui est sanctus sanctorum ; unde receptaculum ejus debet esse sanctum ; et ideo si aliquis cum contrario sanctitatis corpus Christi sumat, sacramento abutitur», Ibidem.

[6] « ex hoc ipso quod aliquis ad hoc sacramentum accedit, significat se ad unitatem corporis mystici tendere ; unde si peccatum in conscientia teneat, per quod a corpore mystico separatur, fictionis culpam incurrit, et ita abutitur sacramento», Ibidem.

[7] Denz. 1635.

[8] Denz. 1638.

[9] Denz. 1649.

[10] A. Piolanti, Il Mistero Eucaristico, op. cit., p. 610.

[11] S. Th., IIIa Pars, q. 80, a. 5, c., “ex quodam timore ne deprehendatur in peccato”.

 

Partager cet article
Repost0
10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 10:47

Réflexions sur l'article du 29 septembre 2020

 

Carême 2021

 

Jacopino del Conte, Sermon de Saint Jean Baptiste,

Rome, Oratoire de S. Jean Bapt.

 

Nous publions la lettre d’un de nos lecteurs, en souhaitant que chacun saura en prendre le contenu de manière à la fois sereine, équilibrée et zélée (Ndlr.). 

***

« Nous avons vu sur le côté gauche de Notre Dame, un peu plus en hauteur, un Ange avec une épée de feu dans la main gauche; elle scintillait et émettait des flammes qui, semblaient devoir incendier le monde; mais elles s’éteignaient au contact de la splendeur qui émanait de la main droite de Notre Dame, en direction de lui; l’Ange, indiquant la terre de sa main droite, dit d’une voix forte: Pénitence! Pénitence! Pénitence! ». (extrait du Troisième secret de Fatima publié).

« Père, nous n’attendons pas un appel à la pénitence du Saint-Père, ni de notre Evêque ou de nos congrégations religieuses. Non! Notre Seigneur s’est déjà servi de ces moyens très souvent, et le monde ne s’en est pas soucié du tout. C’est pourquoi il est maintenant nécessaire que chacun de nous commence à se réformer lui-même spirituellement » (extrait du Colloque de Sœur Lucie avec le Père Fuentes, 26 décembre 1957).

 « Ecris aussi à l’Église de Laodicée: […] tu n’es ni froid ni chaud. Ah! Que n’es-tu froid ou chaud! Mais parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni chaud, je vais te vomir de ma bouche ». (Ap 3,14)

 « [Dit le Seigneur] Si mon peuple m’écoute, je lui donnerai de bons prêtres; mais si mon peuple n’écoute pas, je lui donnerai de mauvais prêtres » (Saint Jean Eudes).               

 

Un lecteur

 

Pour lire l'article du 29 septembre dernier sur l’énorme pouvoir de la pénitence, cliquez ici.

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 09:49

Où est passé le dogme de l’enfer?              

25 janvier 2021, Conversion de Saint Paul

 

Luca Signorelli, Les damnés en enfer, San Brizio (Cappella Nova), Cathédrale d’Orvieto

 

 

Le jour de la Conversion de Saint Paul, nous publions un article écrit au cours des années précédentes et qui nous a été envoyé récemment, constatant avec douleur une nouvelle aggravation de la situation générale. En effet, le Concile Vatican Trois du Cardinal Martini - cet abusif Concile Vatican Trois, soutenu par le monde et non combattu ou combattu de manière inadéquate par la hiérarchie - a pu se répandre pendant des décennies dans l’Église et a aujourd’hui gagné le sommet humain de Celle-ci (Ndr).

***

« [Aujourd’hui] le monde se trouve terriblement englué dans le marécage d’un sécularisme qui veut créer un monde sans Dieu ; d’un relativisme qui étouffe les valeurs permanentes et immuables de l’Évangile et d’une indifférence religieuse qui reste imperturbable face aux biens supérieurs et aux choses qui concernent Dieu et l’Église. [...] Quelques mois avant son élection au trône papal, le cardinal Karol Wojtyla a déclaré : “Nous nous trouvons aujourd’hui face à la plus grande lutte que l’humanité ait jamais connue. Je ne pense pas que la communauté chrétienne l’ait bien compris. Nous sommes aujourd’hui devant la lutte finale entre l’Eglise et l’Anti-Eglise, entre l’Evangile et l’Anti-Evangile”. Cependant, une chose est certaine : la victoire finale appartient à Dieu et elle se produira grâce à Marie, la Femme de la Genèse et de l’Apocalypse, qui combattra à la tête de l’armée de ses fils et de ses filles contre les forces de l’ennemi, de Satan, et qui écrasera la tête du serpent” » (Cardinal Ivan Dias, en tant que Légat Pontifical, homélie de la fête de l’Immaculée Conception, Lourdes 2007).

La gnose (mère de toutes les hérésies, des pouvoirs occultes...) «n’a, d’un certain point de vue, aucune difficulté à s’insinuer dans la pensée catholique, même à un niveau supérieur. […] Aldo Natale Terrin, enquêtant sur le post-moderne, soutient que l’Église d’aujourd’hui vivrait dans l’acceptation d’une double appartenance : pouvoir être catholique (mais de quelle manière ?) et autre chose en même temps, en se vantant d’accéder désormais en toute impunité à d’autres sources. Non seulement la double appartenance serait acceptée en interne aux différents niveaux, mais ferait partie de la proposition même de l’Église à l’homme contemporain : c’est un pacte tacite, interne et externe» (Un professeur de l’“Université du Pape”, le Latran, interview à 30 giorni, mai 2003).

Voici les dangers qu’un grand cardinal (mort « triste » et avec « de grands remords ») avait noté en marge du Concile Vatican II, en les décrivant comme connexes à l’orientation dominante du Concile. Dans l’ambiance qui a suivi immédiatement l’allocution Gaudet Mater Ecclesia, « un air de malaise évident et excité » régnait. Ce témoin autorisé avait vu et prévu que l’on était en train de « jeter dans une zone d’ombre les grands problèmes de l’orthodoxie », au nom d’un « pastoralisme » donné à tort comme une nécessité. Il avait vu et prévu la « formation de deux points de pression (biblique-rationaliste et mysticisme à tendance charismatique) » tendant à « éliminer » la saine doctrine. Il avait vu et prévu la tendance à « répondre à un monde athéisé sur la lignée protestante » (Benny Lai, Il Papa non eletto. Giuseppe Siri cardinale di Santa Romana Chiesa).

***

«Père très clément [...] disposez nos jours dans Votre paix, sauvez-nous de la damnation éternelle, et accueillez-nous dans le troupeau des élus». C’est ce que dit le très ancien Canon Romain, plus au moins repris dans le Novus Ordo Missae, tiré du Vetus Ordo Missae. A propos de ce Canon le pape Paul VI aurait dit à son ami philosophe français Jean Guitton qu’il lui avait donné la première place. En effet, il port dans le Novus Ordo le nom de Prière Eucharistique I.

Alors, maintenant que la Sainte Messe n’est plus habituellement en latin - ce qui est généralement considéré comme l’essence de la réforme liturgique faite au nom du Concile Vatican II - ces mots résonnent-ils plus fortement, enfin compris par le peuple?

En réalité, les choses sont différentes: cette supplication, et cette confession de la « foi catholique transmise par les Apôtres », ont généralement disparu.

Ce qui dans le très ancien Missel traditionnel, même renouvelé, était le Canon est devenu l'un des Canons (au choix, “au libre choix” du célébrant, officiellement). Précisément et officiellement, il est devenu la Prière Eucharistique I.

Prière Eucharistique I, “la première”, donc celle qui sera dite le plus souvent ? Beaucoup auraient pu le penser. Laissons de côté ce mot rassurant sur ce qui est en réalité un déclassement, un glissement, et, plus largement, sur les réserves concernant la réforme liturgique historique[1]. En réalité, elle est souvent devenue la prière eucharistique ultime.

Alors qu’il n’est pas rare d’entendre cette Préface bien connue, dont le sens logique évident et l’idée qu’elle donne sont la négation de l’enfer et la proclamation d’un salut universel subjectif.

En bref: dans la tendance actuelle, l’encouragement de l’hérésie anti-catholique prévaut sur le dogme catholique, condamné au silence. N’est-ce pas une proclamation à l’envers qui sort d’une telle combinaison? Mais qui est celui qui, par excellence, met les choses à l'envers?

Peut-être que les choses sont généralement meilleures dans la prédication, dans les homélies? Pourquoi, parmi les nombreux maux dont les hommes d’Eglise parlent tant, omettent-ils si souvent de rappeler le plus oublié: l’enfer? Pourquoi, au contraire, entendons-nous si souvent des propos qui favorisent sa négation?

Comparons le passage suivant du Magistère (et notons sa teneur stricte et affirmative) avec la réalité constatée actuellement à l’intérieur de l’Église ; un passage dans lequel, en outre, on répond au sophisme allusif fréquemment esquissé en réponse (ou en non-réponse): comment peut-on se fonder sur la peur de l’Enfer!...

« Il est vrai que le désir du Ciel est un motif en soi plus parfait que la crainte du châtiment éternel ; mais il n’en découle pas que pour tous les hommes il soit aussi le plus efficace ». En effet, ce discours de S.S. Pie XII aux curés et aux prédicateurs du Carême de Rome, le 23 mars 1949, ne dit pas que l’enfer devrait être le seul thème de la prédication ; mais si Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le Bon Pasteur, mais qui est aussi le Verbe fait chair, a parlé de cela dans l’Évangile, et pas qu’un peu, celui qui sur l’autel agit in persona Christi peut-il rester presque silencieux sur ce sujet? «[La prédication sur l'enfer] n’a non seulement rien perdu de son opportunité même à notre époque, mais est même devenue plus nécessaire et plus urgente que jamais [...] et aucune circonstance de temps ne peut diminuer la rigueur de cette obligation. Elle oblige tout prêtre en conscience », et la doctrine catholique sur l’enfer doit être proclamée et enseignée «sans aucune atténuatio».

Il serait obtus de ne pas reconnaître que la situation actuelle diffère en partie de celle du temps de Pie XII: c’étaient dans l’ensemble, des temps de « foi diminuée », de « diminution de la ferveur »; maintenant c’est le temps de la « grande apostasie » (de sorte que, comme le disait Jean-Paul II à Fatima, ce sont « les fondements mêmes » du salut qui sont  « minés » : déjà les fondements le sont, déjà les présupposés du discours le sont...et la situation générale a effectivement changé. C’est un aspect réel. Mais en comparant cet enseignement avec la réalité ecclésiale actuelle, n’y a-t-il pas un contraste frappant ? Des problèmes, des doutes et des questions radicales n’apparaissent-ils pas à propos de la rupture dans la praxis de l’unité catholique, qui est avant tout l’unité dans le temps ? Quelle est alors la communion avec de très nombreuses parties de l’unique Église du Christ, telles que l’Église triomphante et l’Église souffrante?

Faire passer les idées par la Praxis est une vieille méthode marxiste (les modernistes remplacent le mot Praxis par le mot Pastoral, la dynamique est la même).

Mais que dire de la demi-réponse, également fréquemment esquissée, selon laquelle la disparition de l’enfer serait justifiée par le Magistère actuel (ou mieux, par le Magistère récemment exprimé)  

Tout d’abord, il faut distinguer les opinions personnelles (même de personnes très haut placées) et le Magistère (bien qu’une opposition entre les deux soit problématique). Les mots, les gestes, les choix ont des degrés d’officialité et d’autorité très différents.

Ensuite, il faut noter que le Magistère récemment exprimé a déclaré officiellement à plusieurs reprises qu’il ne voulait pas remplacer celui qui était exprimé depuis longtemps, mais le laisser intact.

Et puis, prenons comme exemple des textes tels le Catéchisme de l’Eglise Catholique, promulgué en 1992 par le Pape Jean-Paul II et son Compendium, publié en 2005 par le Pape Benoît XVI sur mandat (en 2003) de Jean-Paul II ; en référence stricte au Concile Vatican II (1962-1965) et au Synode des évêques (1985). Dans un texte assez bref comme le Compendium, l’enfer est mentionné aux points 74, 125, 212, 213 et dans l’Appendice.

Le Magistère conciliaire et post-conciliaire ne justifie donc pas cette disparition contrairement  à ce que la tendance progressiste dominante (et un certain traditionalisme “dur”) dit ou insinue à tort de manière idéologique ou partisane.

Mais d’un autre côté, après réflexion, même en admettant que ces déviations outrepassent, instrumentalisent ou ignorent les actes officiels, nous posons la question : le courant centriste (et un certain traditionalisme “modéré” ou plutôt servile) a-t-il pleinement raison d’assurer que les textes du récent Magistère authentique n’ont rien à voir avec de telles déviations?

Prenons par exemple le n° 212 du Compendium du Catéchisme de l’Église Catholique (mars-juin 2005). « En quoi consiste l’enfer ? Il consiste en la damnation éternelle de ceux qui meurent par libre choix dans le péché mortel. Le principal châtiment de l’enfer est la séparation éternelle d’avec Dieu, en Qui seul l’homme a la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire. Le Christ exprime cette réalité par ces mots : “Loin de moi, maudits, dans le feu éternel” (Mt 25, 41) ». Juste un exemple : d’une part, l’épithète “principal” indique, en toute logique, que la peine du dam (la plus grande, il est vrai) n’est pas la seule peine de l’enfer ; donc, en enfer, il y a aussi une autre peine, et c’est la peine du sens. En revanche, elle n’est exprimée qu’à travers une allusion indirecte, laissée d’ailleurs quelque peu dans l’ombre. N’est-ce pas déjà anti-traditionnel ? Le développement homogène de la doctrine catholique se fait par explicitation, du gland au chêne, et non l’inverse, face aux menaces contre les vérités de la foi jusqu’alors en état de placida possessio, l’Eglise a toujours et partout réagi en “plaçant sous la lampe” le bien mis en danger. Elle le professe alors de manière plus claire, plus formelle, plus explicite mais certainement pas d’une manière plus ambiguë, plus déficiente et en tout cas plus implicite. Est-ce toujours le cas ici, ou n’est-ce pas plutôt le contraire ? Et cela arrive dans un texte dont l’intention - en soi louable - est de mettre un terme à la perte du contenu doctrinal de la foi, qui sévit. Ne s’agit-il pas déjà d'un renversement de situation en demi-teinte de la tradition catholique?

 

 

[1] Perplexités qui se sont révélées également au Synode de 1967, qui étaient non seulement largement présentes mais où elles ont même été majoritaire, au point de rejeter la ligne liturgique de Mgr Bugnini.

Partager cet article
Repost0