La remigration serait-elle « éthiquement condamnable » ?
Sur le progressisme (dépourvu de véritable théologie) de certains évêques
22 août 2026, Cœur Immaculé de Marie
« Avvenire », qui, en théorie, devrait être un journal catholique et exprimer la pensée des évêques italiens, a publié (ou commandé) le 28 janvier 2025 un article de Valeria della Valle, toujours en ligne et bien en évidence, intitulé : « Remigration », tout ce qu’il faut savoir sur le mot qui plaît tant à l’extrême droite.
L’auteur, qui serait linguiste de formation, expliquait aux lecteurs, non sans pontifier avec des airs de cours de théologie morale, que ce néologisme ne serait en réalité qu’un prétexte destiné à faire passer en douce une pratique « éthiquement condamnable ». Le quotidien officiel des évêques, devenu désormais, en dépit de ces pasteurs italiens qui n’en partagent pas l’orientation et dont la voix est réduite au silence, l’organe du parti progressiste du cardinal Zuppi (… ou, tout simplement du PD, principal parti de gauche italien) devrait pourtant savoir qu'en matière de théologie morale, il est capital que la pensée soit, dans son contenu, conforme à la doctrine de l’Église et, dans son argumentation, structurée intellectuellement et non idéologiquement.
Le fait est qu’entre les interventions ciblées et les astuces éditoriales d’« Avvenire », le résultat, pour le lecteur moyen - aujourd’hui peu enclin à la réflexion - est que l’Église ne pourra jamais approuver la « remigration », désormais érigée en péché inadmissible « contre la charité ». Il faudrait sans doute le compter parmi les nouveaux péchés apparus à l’époque bergoglienne (cfr. Arrêter l’immigration incontrôlée : la vraie doctrine catholique. Et que personne n’invente de nouveau péché).
La pensée catholique, cependant - fides quaerens intellectum -, ne tolère ni les simplifications de comptoir ni les circonvolutions pseudo-intellectuelles des cercles universitaires catho-communistes, mais exige un fondement solide qui satisfasse l’intelligence dans le respect de la Révélation divine. Le reste n’est qu’idéologie de club jacobin et, en tant que telle, du « papier brouillon ».
Nous utilisons le terme « papier brouillon » pour certains articles d’« Avvenire » car, tout en respectant d’autres interventions plus approfondies et écrites par des collaborateurs bien plus valables, nous estimons qu’il est de notre devoir de mettre en garde les lecteurs, prêtres et fidèles, contre des déviations qui ne sont désormais plus tolérables.
Par le terme « remigration », qui est certes un néologisme, mais qui exprime l’essentiel d’une nécessité liée à la préservation de la civilisation chrétienne (ou de ses vestiges), on désigne généralement la pratique par laquelle les autorités civiles renvoient dans leur pays d’origine ceux qui l’ont quitté illégalement pour se rendre sur un territoire doté de ses propres lois, de sa propre identité, de son ordre à préserver et - cela ne déplaise pas à certains rédacteurs modernistes d’« Avvenire » - de sa religion à protéger, la seule vraie, celle catholique, apostolique et romaine, qui a déjà tant souffert de la part de l’islam et qui fait déjà l’objet d’attaques toujours plus violentes et dont il faut malheureusement craindre qu’elles ne deviennent bientôt bien plus sanglantes. Telle est la réalité de l’histoire, au-delà des verbiages.
Selon la théologie catholique, un État a le devoir de défendre un bien commun, voire deux, pour ainsi dire. Le « premier », non pas par ordre d’importance, mais parce qu’il est plus accessible à la mentalité des modernes, est le « bien commun naturel ». Un gouvernant avisé - et non idéologisé de manière plus ou moins artificielle - sait bien que l’invasion de son pays par des étrangers, même si pour l’instant ceux-ci ne sont pas armés pour la plupart, constitue un grave facteur de déstabilisation sociale. Saint Thomas d’Aquin l’affirmait sans ambages dans le De Regno, et plus récemment ce concept a été repris par le cardinal Biffi. Il n’est pas nécessaire d’avoir un regard d’aigle pour le comprendre, un peu d’honnêteté intellectuelle suffirait.
Le « deuxième » bien commun à défendre est le « bien commun surnaturel », dont le gouvernant devrait se préoccuper avec un engagement tout aussi fervent, voire plus encore. Même si cette notion est difficilement compréhensible pour certains hommes politiques d’aujourd’hui, il n’est pas acceptable que le quotidien des évêques italiens la mette de côté.
En d’autres termes, le bon roi, le bon président de la République, chef du gouvernement ou maire, quel qu’il soit, doit contenir autant que possible la présence de facteurs qui éloignent ses sujets du salut éternel de l’âme. Eh bien oui, celui qui gouverne est responsable y compris si les personnes qu’il gouverne vont en enfer par sa faute. Or, toute personne dotée de bon sens comprend très bien que la présence incontrôlée de musulmans sur notre territoire constitue un danger non seulement pour l’ordre public, mais aussi pour la foi.
Mais limitons-nous, dans un premier temps, à la défense du seul « bien commun naturel », en développant la pensée du cardinal Biffi, qui peut se résumer ainsi : si j’étais un gouvernant uniquement soucieux du « bien commun naturel », autrement dit si j’étais à la tête d’un État sans aucun intérêt pour la foi ni pour le salut des âmes et que ma seule préoccupation était la bonne gouvernance de mon peuple, je ne laisserais pas entrer dans mon pays des immigrés musulmans. Je favoriserais, si l’immigration s’avérait réellement nécessaire, l’entrée d’immigrés provenant de pays européens ou, à tout le moins, de pays de culture chrétienne - non pas pour des raisons de foi, répétons-le, mais parce qu’il serait plus probable qu’ils ne bouleversent pas l’ordre social du pays.
Un exemple éclairant. Un ami chef de chantier dans une grande entreprise de construction confiait à notre rédaction : « Un chantier comptant de nombreux ouvriers musulmans est pour moi presque ingérable, car le fossé culturel est trop grand, y compris dans les méthodes d’apprentissage, et lorsque le nombre de musulmans devient trop important, les collègues italiens ou les immigrés chrétiens refusent de travailler dans ces conditions. Sans parler du mépris perceptible à l’égard des collègues chrétiens, qu’ils considèrent comme des « chiens infidèles », et même à mon égard, moi qui suis censé être leur chef. Dans ces conditions, on ne travaille pas bien ». Voilà ainsi expliqués, par une personne qui ne vit pas dans la dentelle des salons catho-progressistes, les avantages tant vantés de l’immigration qui résoudrait le problème des métiers que d’autres ne veulent plus exercer. Au contraire, l’immigration sauvage, les salaires très bas dont beaucoup se contentent (et qui profitent généralement au grand capital), ainsi que le climat de travail déplaisant qui s’installe de fait, éloignent les travailleurs européens ou de culture chrétienne, créant parfois ces vides professionnels qui n’existaient pas auparavant. La même source nous a confié : « J’ai essayé de faire venir de bons travailleurs d’Argentine, mais lorsque je dépose une demande pour faire entrer légalement des Sud-Américains [donc de culture chrétienne], le service de l’immigration rejette mon projet, car, en vertu d’accords politiques internationaux et des pratiques en vigueur, il faut en effet privilégier d’autres flux migratoires (généralement en provenance du Maghreb) ou la régularisation des clandestins déjà présents dans le pays, souvent d’origine islamique ». Quelle en est la conclusion ? Qu’il est évident, même pour des enfants, qu’il existe un projet d’invasion et de déchristianisation définitive de l’Europe, soutenu par les loges maçonniques.
Voilà pour le « bien commun naturel », pour la simple bonne gouvernance d’une nation à son niveau le plus élémentaire. Si quelqu’un devait ensuite s’exprimer véritablement en tant qu’évêque, alors sa préoccupation principale devrait être le « bien commun surnaturel » et le salut éternel des âmes, qui passe inévitablement par la préservation de la foi. La préservation de la foi passe également par la préservation de l’identité et des traditions chrétiennes d’un pays, ainsi que par le rejet catégorique de la mentalité moderniste, qui a fini par assimiler la religion catholique aux fausses croyances. Ces ecclésiastiques qui, dans les faits, se font l’écho du discours illuministe et maçonnique, en détournant et en dénaturant les concepts d’« accueil » et de « charité chrétienne », sans pour autant donner une structure théologique à leur pensée, ne font qu’évoquer un sentimentalisme de façade et soutiennent en réalité les thèses mondialistes en faveur d’un projet « laïc ». Ou plutôt « religieux », mais celui de la religion mondialiste, qui n’est certainement pas celle de Jésus-Christ.
À ces réflexions et aux articles mentionnés ci-dessous s’ajoute également la question de la « remigration », qu’on nous a demandé d’examiner en lien avec les devoirs du bon catholique : renvoyer chez lui celui qui s’est introduit clandestinement dans un pays, celui qui peut nuire au bien commun naturel et surnaturel d’une nation, ceux qui se sont rendus coupables de crimes, parfois effroyables, sans parler de ceux qui aspirent ouvertement à déstabiliser nos sociétés pour les remplacer par on ne sait quelle directive islamique, figure parmi les devoirs principaux du bon dirigeant. Et ce, encore plus pour un dirigeant catholique. Cette sainte reine qu’était Isabelle la Catholique, pour le bien naturel et surnaturel de l’Espagne, n’a pas hésité - avec la bénédiction de l’Église - à favoriser l’éloignement du territoire de son royaume de ces facteurs de déstabilisation qu’étaient devenus les musulmans et les juifs faussement convertis. Et cela en vertu d’un principe simple et fondamental, qui relève davantage d’une saine philosophie réaliste que de la théologie : le bien commun d’une nation tout entière est supérieur au bien de l’individu ou au bien d’un groupe minoritaire. En effet, le bien de ces « parties » du tout n’est véritablement « un bien » que s’il est considéré par rapport au « bien de l’ensemble ». Le « bien de l’ensemble » est supérieur au « bien de la partie ». Si je dois amputer un pied pour sauver le corps, l’homme sensé n’hésitera pas à retirer la partie malade pour empêcher la gangrène de dévorer l’individu tout entier. Et d’ailleurs ne serait pas un véritable « bien » pour le pied gangrené que de le laisser en place. Même pour celui qui nuit au bien commun, il est bon qu’il soit mis dans l’impossibilité de continuer à faire du mal. D’autant plus s’il n’a pas un titre pour être membre du « corps social », mais s’il s’y est introduit clandestinement. Pour ceux qui ont encore du bon sens, ces principes ne nécessitent pas d’explications supplémentaires.
Par conséquent, si des individus pénètrent dans un pays en violant ses lois et, de surcroît, s’ils constituent des facteurs potentiels non seulement de déstabilisation, mais aussi de violence ou, pire encore, de sédition armée dans le pays d’accueil - et tels sont les musulmans qui suivent véritablement le Coran, leur texte “sacré” qui méprise par principe la culture chrétienne -, il est tout à fait légitime que le dirigeant les renvoie dans leur pays d’origine. En effet parmi les droits de souveraineté rentre bien le fait de ne pas avoir d’obligations strictes envers ceux qui ne sont pas des sujets de son propre territoire. Sinon, il n’existerait qu’un mondialisme humanitaire sans États, sans frontières et sans droits définis, si ce n’est celui à l’émigration sauvage, qui est pourtant contraire au droit naturel le plus élémentaire et qui, grâce à Dieu, n’est pas encore une forme de gouvernement reconnue, sauf pour quelques rédacteurs d’« Avvenire » . Benoît XVI disait que lorsqu’on parle de « droits » dans ce domaine, le premier et le plus fondamental d’entre eux, qui devrait être garanti partout, devrait être « le droit de ne pas émigrer ».
Ces considérations évidentes à toute personne dotée de bon sens, concernant la pleine licéité de principe de la « remigration » - sous réserve de son opportunité prudentielle au cas par cas -, s’appliquent également au soi-disant « blocus naval », lequel, moyennant les distinguos qui s’imposent, est lui aussi pleinement légitime pour le gouvernant, y compris le gouvernant catholique. Il n’en reste pas moins vrai que le chrétien, plus que quiconque, est tenu à l’exercice public de la véritable charité, qui est celle ordonnée. Par exemple, le bon gouvernant catholique qui devrait appliquer un « blocus naval » pour limiter l’immigration sauvage devrait certainement organiser des soins et des premiers secours en mer pour les naufragés ou pour ceux qui arrivent épuisés par la traversée. Il est de son devoir de les nourrir, de les désaltérer, d’aider les femmes enceintes à accoucher et même de les transférer temporairement vers des hôpitaux sur le continent s’ils sont gravement malades, mais en vue d’un retour dans leur pays d’origine une fois rétablis. Et cela aussi pour dissuader d’autres malheureux de courir le risque de mourir en mer. Car les migrants noyés dans les eaux de la Méditerranée pèsent certes sur la conscience des passeurs sans scrupules, mais aussi sur celle de ceux qui les incitent plus ou moins indirectement à s’aventurer dans des traversées maritimes ou des voyages périlleux. Que chacun fasse son examen de conscience, y compris au sein de l’« Avvenire », quotidien des évêques italiens, ou plutôt au sein de la frange progressiste - organisée et idéologisée - de l’épiscopat italien.
Les simples réflexions contenues dans ce bref texte constituent une réponse rapide à nos lecteurs, qui sont, à juste titre, scandalisés par les déclarations de certaines autorités ecclésiastiques, lesquelles ne doivent toutefois pas être confondues avec la véritable pensée catholique. Nous vous invitons vivement à consulter, pour une meilleure compréhension de ce qui précède, nos deux articles précédents et documentés, s’appuyant sur saint Thomas d’Aquin, sur le thème de l’immigration et de la théologie catholique, qui ne s’identifie certainement pas à l’idéologie du « catho-progressisme » à la mode:
- Immigration ordre dans la charité. L’ “accueil” désordonné des migrants est la négation de l'amour de Dieu
- Est-il immoral d’aider les étrangers plus que ses compatriotes ? Saint Thomas d’Aquin sur le devoir d’aider ceux qui nous sont proches
Don Stefano Carusi
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